{"id":105,"date":"2017-03-18T07:00:39","date_gmt":"2017-03-18T06:00:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/wikijura\/?p=105"},"modified":"2017-05-31T15:20:01","modified_gmt":"2017-05-31T13:20:01","slug":"bibliotheques-saint-lupicin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/wikijura\/bibliotheques-saint-lupicin\/","title":{"rendered":"Saint-Lupicin"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Pour le d\u00e9tail du d\u00e9roulement de l&rsquo;atelier et les consignes, se rendre <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/wikijura\/atelier-numero-quatre\/\">ici<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>07. Tous les n\u00f4tres<\/h2>\n<p>Celui qui travaillait le bois avait les cheveux noirs. Il est parti tr\u00e8s t\u00f4t. Restent les outils et les planches.<br \/>\nCelle qui \u00e9tait institutrice s&rsquo;est occup\u00e9e d&rsquo;enfants toute sa vie.<\/p>\n<p>Celui qui travaillait la viande habitait dans la Loire. Un soir, rentrant chez lui, il rencontra la mort dans l&rsquo;escalier.<br \/>\nCelle qui travailla avec lui fut renvers\u00e9e par un v\u00e9lo.<br \/>\nCelui qui travaillait le lait avait une voix d&rsquo;un velours \u00e9pais.<br \/>\nCelle qui le secondait lui donna sept enfants. Elle avait le regard bleu et droit.<\/p>\n<p>Ceux que je n&rsquo;ai pas connu venaient du Sud, de l&rsquo;Est, d&rsquo;un pays sans doute sombre.<br \/>\nCeux dont j&rsquo;ai entendu parler eurent des enfants au teint clair. Ils donn\u00e8rent certaines de leurs filles \u00e0 Dieu.<br \/>\n<strong>ED<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Celui qui un beau matin d\u00e9cide de quitter sa ville, son emploi, sa famille pour aller s&rsquo;\u00e9tablir en \u00ab\u00a0pays voisin\u00a0\u00bb, l&rsquo;autre canton accol\u00e9 au sien mais si \u00e9tranger, la fronti\u00e8re entre les deux bien r\u00e9elle.<br \/>\nIl brave l&rsquo;inconnu, ambitieux de monter sa propre entreprise et s&rsquo;approprie en ville d&rsquo;un magasin de vin en faillite.<br \/>\nElle toute jeune encore se s\u00e9pare de son b\u00e9b\u00e9 pour suivre son mari dans cette entreprise en se mettant aux commandes du bureau.<br \/>\nLui se met en selle tous les matins pour faire ses premi\u00e8res livraisons.<br \/>\nCelle qui \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 30 ans, coiff\u00e9e par Sainte-Catherine sera offerte par son p\u00e8re au veuf du village voisin de 20 ans son a\u00een\u00e9.<br \/>\nElle demandera au pr\u00eatre de son \u00e9glise comment on fait les enfants.<br \/>\nConsciencieuse, elle \u00e9l\u00e8vera ses 3 enfants et lui en donnera deux autres.<br \/>\nElle dira de lui \u00e0 sa mort qu&rsquo;elle l&rsquo;aima de tout son c\u0153ur.<br \/>\nCelui qui promoteur, syndic de sa ville, politicien, chef de gare finan\u00e7a une partie de la perc\u00e9e du tunnel du Saint-Gothard.<br \/>\nIl perdit sa fortune lors de l&rsquo;effondrement du tron\u00e7on qu&rsquo;il avait choisi.<br \/>\n<strong>FT<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>23 octobre 1890<\/em><br \/>\nJe suis un homme. Chef d\u2019une famille paysanne, depuis la mort du p\u00e8re. Unique fils survivant de<br \/>\ndeux s\u0153urs a\u00een\u00e9es. Il ne reste que ma m\u00e8re, vieille femme au caract\u00e8re aride. Mais la vie ici n\u2019incite pas \u00e0 la douceur. Et puis elle m\u2019aime. Enfin je crois.<br \/>\nNous sommes pauvres comme on l\u2019est dans ces montagnes quand on n\u2019a pas de terre. La terre, je la<br \/>\nloue. Je suis le fermier d\u2019un autre. Pas vraiment riche, personne ne l\u2019est ici. Mais il porte des<br \/>\nsouliers le dimanche et son nom sur un banc de l\u2019\u00e9glise.<br \/>\nJ\u2019ai eu vingt ans dans cette ferme que l\u2019on m\u2019a contraint de quitter.<br \/>\nEnvoy\u00e9 au-del\u00e0 de la mer, dans un ailleurs jamais imagin\u00e9, j\u2019accomplis le devoir qu\u2019un homme doit<br \/>\n\u00e0 son pays, ce pays qu\u2019on m\u2019a dit \u00eatre mien.<br \/>\nEt pourtant je n\u2019y ai rien reconnu, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019instant o\u00f9 je t\u2019ai vue et o\u00f9 tout a sembl\u00e9 s\u2019apaiser. Ici, depuis deux ans, j\u2019ai trouv\u00e9 dans tes yeux un r\u00e9confort certain. A l\u2019id\u00e9e de te quitter, je tremble.<br \/>\nBien s\u00fbr, je pourrais rester et demander ta main. Ton p\u00e8re ne me la refuserait pas. Il me l\u2019a laiss\u00e9 entendre.<br \/>\nMais un fils laisse-t-il sa m\u00e8re seule en une terre hostile ? Oserais-je encore marcher la t\u00eate droite, \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s ?<br \/>\nL\u2019issue est cruelle. Nous le savons. Demain, je vais rebrousser chemin, retourner dans la montagne, retourner dans le froid. Je vais reprendre place dans le paysage qui m\u2019a vu na\u00eetre. Je vais y respirer, y travailler. Je vais y laisser mon empreinte, mon sang et mes g\u00e8nes.<br \/>\nMais un jour, dans 10 ans ou dans 100 ans, quand le souffle me manquera, l\u00e0-bas, dans la neige et<br \/>\ndans le vent, je te le jure, je te le promets, c\u2019est ton pr\u00e9nom que je crierai.<br \/>\n<strong>VV<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ceux qui montent et descendent<br \/>\nCelui qui a quitt\u00e9 la ville, la plaine, le pays ; que j\u2019ai rejoins dans le Jura\u2026<br \/>\nCelle et celui qui, d\u00e9j\u00e0, dans les Alpes, arpentaient les chemins de la montagne gavant de s\u2019\u00e9tablir \u00e0 son pied\u2026<br \/>\nCelui qui, de haut de forme et \u00e9chelle noirs affubl\u00e9, ramonait<br \/>\net cet autre, aux godillots crant\u00e9s, qui grimpait aux pyl\u00f4nes de bois ; sortant de l\u2019isolement gens et villages des hauteurs\u2026<br \/>\nCeux-ci, fr\u00e8res, fiers et sauvages d\u00e9fenseurs de leurs for\u00eats et hautes vall\u00e9es, qui, pour d\u00e9faire l\u2019ost ennemi \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre bataille, mont\u00e8rent au front, sans s\u2019y faire descendre\u2026<br \/>\nCelles toutes et tous ceux qui, d\u00e8s le Jurasssique, ont perp\u00e9tu\u00e9 l\u2019ancestral aller par monts et par vaux\u2026<br \/>\n&#8211; Que d\u2019empreintes seront grav\u00e9es dans la pierre de m\u00e9moire des descendants ! \u2013<br \/>\n<strong>AM<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Celle que l&rsquo;imminence de la guerre a contrainte \u00e0 se marier dans la chapelle du Fort de Joux, c&rsquo;est celle qui est ma m\u00e8re.<br \/>\nCelui qui ne pouvait dire \u00ab\u00a0Pouce!\u00a0\u00bb de sa main droite: il \u00e9tait mon grand-p\u00e8re, il \u00e9tait scieur et son doigt \u00e9tait tomb\u00e9 dans la sciure.<br \/>\nCelui qui vendait des chaussures dans la Grand-rue de Poligny et dont je n&rsquo;ai connu que le papier bleu d&#8217;emballage marqu\u00e9 \u00ab\u00a0Maxime Olivier\u00a0\u00bb celui-l\u00e0 \u00e9tait mon autre grand-p\u00e8re.<br \/>\nCelle qui a fait planter les arbres dans le parc de la maison que j&rsquo;habite aujourd&rsquo;hui et que, 100 ans plus tard, j&rsquo;aurai bient\u00f4t tous fait couper.<br \/>\nCelui qui a fait construire, il y a bient\u00f4t 300 ans, la maison que j&rsquo;habite aujourd&rsquo;hui et a laiss\u00e9 ses initiales sur la porte du grenier.<br \/>\n<strong>JNC<\/strong><\/p>\n<h2>08. Habiter le monde<\/h2>\n<p>1-<br \/>\nChaque jour, je d\u00e9coupe, je tranche, je taille, j&rsquo;\u00e9mince<br \/>\nJe cuis<br \/>\nDes collines, des vall\u00e9es, vient cette masse, ce volume rouge et blanc<br \/>\nLa Loire irrigue les prairies et s&rsquo;\u00e9coule<br \/>\nLes b\u00eates paissent puis tr\u00e9passent<br \/>\nJe prends soin de leurs os<br \/>\nJe facilite l&rsquo;acceptation<br \/>\nJe propose la mastication<br \/>\nChair pour chair, je permets la transmutation<\/p>\n<p>2-<br \/>\nJe suis la m\u00e8re d&rsquo;une famille au teint p\u00e2le<br \/>\nMes filles s&rsquo;uniront \u00e0 Dieu. Mais pas toutes<br \/>\nCertaines seront comme moi<br \/>\nIci des plaines fertiles<br \/>\nMes fils \u00e9l\u00e8veront, recueilleront, produiront<br \/>\nIls transformeront<br \/>\npour que tous puissent vivre<br \/>\n<strong>ED<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je monte sur la selle de mon v\u00e9lo, il est 6h30 du matin.<br \/>\nMa remorque est petite mais pleine. Les cartons sont fix\u00e9s avec la corde, les bouteilles ne doivent pas s&rsquo;entrechoquer.<br \/>\nPremi\u00e8re destination, traverser la Place du march\u00e9, passer devant la Grenette, prendre le quai Perdonnet et filer le long du lac. J&rsquo;entrerai par la porte de service de l&rsquo;H\u00f4tel des 3 Couronnes.<br \/>\nLivrer deux cartons de C\u00f4te du Rhone AOC cuv\u00e9e Romanus Noirot Carriere. Le caviste de l&rsquo;h\u00f4tel est au courant. J&rsquo;y serai vers 7h00.<br \/>\n*<br \/>\nJe marche dans l&rsquo;all\u00e9e de l&rsquo;Eglise de St-Maurice. Ma robe est simple, une cotonnade l\u00e9g\u00e8re avec un liser\u00e9 ourl\u00e9 et recouvert de mon voile blanc.<br \/>\nMon p\u00e8re \u00e0 mon bras m&#8217;emm\u00e8ne solennellement.<br \/>\nLes gens du village, la famille et les enfants de Benjamin sont immobiles sur les bancs de l&rsquo;\u00e9glise. L&rsquo;autel se rapproche, il est de dos mais je sens ses yeux pointer vers moi.<br \/>\nComment vais-je vivre ma nuit de noce\u00a0?<br \/>\n*<br \/>\nNous sommes le 3 mai 1880. J&rsquo;apprend la nouvelle par t\u00e9l\u00e9graphe.<br \/>\nLa perc\u00e9e du tunnel s&rsquo;est effondr\u00e9, \u00e0 mon tour je m\u2019effondre. Combien d&rsquo;hommes sous les d\u00e9combres, combien de vies arrach\u00e9es, d&rsquo;ouvriers en souffrance en ce moment m\u00eame\u00a0?<br \/>\nJe consulte mon oignon sorti de ma poche, il est 13h10.<br \/>\nJe prend le premier train pour Sion. Je trouverai de l\u00e0 un transport pour G\u00f6schenen en passant par Sierre.<br \/>\n<strong>FT<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019habite ici. Depuis cent ans. Depuis mille ans peut-\u00eatre. Je ne sais pas. Terrain de mort o\u00f9 mes amis m\u2019ont jet\u00e9, abandonn\u00e9 un matin d\u2019avril.<br \/>\nLe temps ici n\u2019importe plus. Le temps est d\u00e9pass\u00e9. Inutile.<br \/>\nJe suis inerte, couch\u00e9 dans une terre noire. Certains pensent que je suis sans vie. C\u2019est faux.<br \/>\nL\u2019immobilit\u00e9 permet la r\u00e9flexion. La contrainte impos\u00e9e par mon corps, fig\u00e9, d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9, m\u2019oblige \u00e0<br \/>\nplus d\u2019inventivit\u00e9. De cr\u00e9ativit\u00e9. Mes sens sont en alerte, pr\u00eats \u00e0 saisir chaque fragment d\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nJ\u2019entends tout. Je sens tout. Chaque larme vers\u00e9e. Chaque cri \u00e9touff\u00e9. Chaque b\u00e2ton d\u2019encens br\u00fbl\u00e9.<br \/>\n<strong>VV<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De mes anc\u00eatres qui l\u2019ont unifi\u00e9e, j\u2019ai h\u00e9rit\u00e9 une terre pleine et pacifi\u00e9e o\u00f9 j\u2019ai b\u00e2ti, la grande guerre finie, des maisons pour tous ces fils qui\u2026 -mes contemporains et moins avions tous quatre enfants ou plus \u2014<br \/>\nJe t\u2019ai pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sur ces territoires, dispers\u00e9s alors, o\u00f9 il fallut se battre pour survivre, au seuil du XVII\u00e8me s, et s\u2019unir pour chasser l\u2019envahisseur puis, enfin, ensemencer la terre ensanglant\u00e9e.<br \/>\nJ\u2019ai quitt\u00e9 ces lieux importants, cette \u00e9poque grave, impr\u00e9gn\u00e9s pourtant, des premiers aux derniers de mes pas, de roches et d\u2019eaux claires, car pour se nourrir il s\u2019imposa \u00e0 moi de me mettre en marche, de me d\u00e9raciner.<br \/>\n<strong>AM<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je vois arriver mes quarante ans et j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 enterr\u00e9 mes parents et mon unique s\u0153ur.<br \/>\nEntre, \u00e9lever mon neveux orphelin et conserver ma tante \u00e2g\u00e9e, quel va bien \u00eatre mon avenir moi qui avait r\u00eav\u00e9 d&rsquo;enfants?<br \/>\nIl ne suffit pas d&rsquo;avoir deux lieux de vie possibles pour qu&rsquo;en en changeant mon quotidien s&rsquo;illumine.<br \/>\nJ&rsquo;ai toujours repouss\u00e9 les avances des hommes qui s&rsquo;int\u00e9ressaient \u00e0 moi en pr\u00e9textant mes engagements.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui, celui qui me fait la cour depuis des ann\u00e9es est officier et la guerre va \u00e9clater:<br \/>\nje veux des enfants et je c\u00e8de.<\/p>\n<p>Je suis scieur de m\u00e9tier.<br \/>\nMon \u00e9pouse C\u00e9lina, qui m&rsquo;a donn\u00e9 deux enfants , cherche aussi \u00e0 se r\u00e9aliser dans son travail.<br \/>\nSon gout du changement nous conduit toujours ailleurs et moi je souhaiterais bien me stabiliser dans une place.<br \/>\nParti du Jura, je suis all\u00e9 en Bresse, pass\u00e9 dans l&rsquo;Ain pour revenir dans le Jura.<br \/>\nJ&rsquo;ai m\u00eame, pour un temps, troqu\u00e9 mon bleu et ma casquette contre la blouse grise de l&rsquo;\u00e9picier pour faire des tourn\u00e9es lorsque C\u00e9lina a tenu une succursale des Docks.<br \/>\nPour avoir des scies qui coupent je suis devenu affuteur.<br \/>\nQuand j&rsquo;ai sci\u00e9 mon pouce la coupure \u00e9tait nette.<\/p>\n<p>Descendant des pelouses s\u00e8ches du Haut Doubs je me suis \u00e9tabli le long des eaux courantes du deuxi\u00e8me plateau.<br \/>\nL\u00e0, j&rsquo;ai pu planter des pommiers, des poiriers pour faire du cidre et semer des l\u00e9gumes au potager.<br \/>\nJ&rsquo;ai profit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience locale des rouliers du Grandvaux et de l&rsquo;implantation de mes fr\u00e8res dans la capitale, pour organiser vers Paris l&rsquo;\u00e9coulement des fromages du haut et des vins du Revermont.<br \/>\nLes caves de la grande maison que j&rsquo;ai construite sont remplies de tonneaux et de fruits et, cette maison, je l&rsquo;ai sign\u00e9e sur la porte en fer du grenier: A.O. 1726<br \/>\n<strong>JNC<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>LE GOUR DES ABEILLES<\/strong><\/p>\n<p>F\u00eate de P\u00e2ques. Le mont Bayard \u00e9clabouss\u00e9 de neige.<br \/>\nles ombres des grand fr\u00eanes se balancent sur l\u2019asphalte luisant.<\/p>\n<p>Emmitoufl\u00e9s dans des \u00e9charpes de laine, les enfants zigzag parmi les vieux cramponn\u00e9s \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Au kiosque du Truchet, concert de printemps de l\u2019harmonie municipale. Tambours et cymbales appellent la montagne \u00e0 se rassembler.<\/p>\n<p>A cet instant pr\u00e9cis<\/p>\n<p>le sol se d\u00e9robe sous mes pieds.<\/p>\n<p>La montagne bascule dans le vide et je me retrouve \u00e0 glisser le long de la rue de la glaciaire d\u2019o\u00f9 remontent des livreurs \u00e0 bicyclettes, vaillants et t\u00e9m\u00e9raires, corps pench\u00e9s sur des pains de glace\u00a0destin\u00e9s \u00e0 la buvette du Champs de mars.<\/p>\n<ul>\n<li>Allez \u00e7a s\u2019arrose\u00a0!<\/li>\n<li>ose \u2026 ose \u2026 ose \u2026 r\u00e9pond l\u2019\u00e9cho au fond du puit de glace<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans l\u2019embrasure du trou, quatre visages hilares m\u2019apostrophent.<\/p>\n<ul>\n<li>Gar\u00e7on, un <em>pe\u2019tit pont<\/em> \u00e0 la m\u00e9moire des moines d\u2019Avignon\u2026<\/li>\n<\/ul>\n<p>sur le pont d\u2019Avignon, on y danse, on y danse\u2026.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A cet instant pr\u00e9cis,<\/p>\n<p>quatre bras muscl\u00e9s me hissent hors du trou\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>A la une.. \u00e0 la deux.. \u00e0 la trois\u2026 .<\/li>\n<\/ul>\n<p>Vol plan\u00e9 dans l\u2019azur, instant dilat\u00e9<\/p>\n<p>Rochers montagnes arbres rivi\u00e8re poissons vaches pont immeubles poteaux \u00e9lectriques lampadaires<\/p>\n<p>dessinent dans l\u2019espace des arabesques psych\u00e9d\u00e9liques.<\/p>\n<p>Des formes naissent, s\u2019effacent puis surgissent \u00e0 nouveau, se forment, se d\u00e9forment.<\/p>\n<p>Strates de r\u00e9miniscences.<\/p>\n<p>L\u00e0, un moulin<\/p>\n<p>L\u00e0, une usine sur un arrivoir<\/p>\n<p>L\u00e0, une passerelle de bois<\/p>\n<p>L\u00e0, le chemin des carri\u00e8res \u00e0 b\u00e2tir du grand Plan<\/p>\n<p>L\u00e0, la rue de la papeterie o\u00f9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019ouvriers et d\u2019ouvri\u00e8res tissent en filigrane l\u2019histoire de Saint-Claude<\/p>\n<p>L\u00e0, les tourneries pour travailler l\u2019os, le diamant, la pierre pr\u00e9cieuse, la pipe, les mati\u00e8res plastiques, les m\u00e9taux<\/p>\n<p>L\u00e0 la pente de la rue du pr\u00e9, les bains Douches, l\u2019\u00e9cole de musique, l\u2019h\u00f4tel des postes, l\u2019usine Miflex, la chemin\u00e9e de l\u2019Ebonite.<br \/>\nL\u00e0 les grands arrivoirs pour le flottage des bois.<\/p>\n<p>L\u00e0 un petit port scintillant o\u00f9 le soleil diffracte ses ondes lumineuses sur les corps encore frissonnants des baigneurs et baigneuses du Gour des abeilles .<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A cet instant pr\u00e9cis<\/p>\n<p>un rapace fend l\u2019azur et plonge dans la rivi\u00e8re pour se saisir d\u2019une truite nacr\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 n\u2019en finit pas de tomber.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A cet instant pr\u00e9cis,<\/p>\n<p>un radeau charg\u00e9 de bois et de bimbeloterie de toutes sortes glisse sur la rivi\u00e8re<\/p>\n<p>Sous le pont de Molinges, je salue mes amis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le voyage commence.<\/p>\n<p><strong>MC<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour le d\u00e9tail du d\u00e9roulement de l&rsquo;atelier et les consignes, se rendre ici. &nbsp; 07. Tous les n\u00f4tres Celui qui travaillait le bois avait les cheveux noirs. Il est parti tr\u00e8s t\u00f4t. Restent les outils et les planches. Celle qui \u00e9tait institutrice s&rsquo;est occup\u00e9e d&rsquo;enfants toute sa vie. 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