{"id":9877,"date":"1999-05-19T13:01:58","date_gmt":"1999-05-19T11:01:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=9877"},"modified":"2021-11-21T18:02:51","modified_gmt":"2021-11-21T16:02:51","slug":"la-mer-l-amer-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-mer-l-amer-2\/","title":{"rendered":"La mer (l&rsquo;amer 2)"},"content":{"rendered":"<p>Et alors, qu&rsquo;est-ce que tu regardes ? Et dans la phrase, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;incongruit\u00e9 qui frappait le plus, et qui r\u00e9sonnait aussi le plus.<br \/>\n\u2014\u00a0Je regarde la mer.<br \/>\n\u2014\u00a0C&rsquo;est beau la mer.<br \/>\nOu :<br \/>\n\u2014 Je regarde la mer.<br \/>\n\u2014\u00a0Ou la mer nous regarde.<br \/>\nOu :<br \/>\n\u2014\u00a0Je regarde la mer.<br \/>\n\u2014\u00a0Il n&rsquo;y a rien que nous puissions regarder. L&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re des choses ou l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re du monde emp\u00eache de cultiver \u2014 tu devrais le savoir. Il s&rsquo;agit de trouver, entre les deux vies, le rythme juste, celui qui se perturbe, pas trop. Et alors on peut vivre. Mais en aucun cas il est question de \u201cregarder\u201d. Garder ce mot pour tel ou tel animal. L&rsquo;homme lui se souvient, et imagine. Il ne peut simplement \u201cregarder\u201d, il transpire.<\/p>\n<p>(J&rsquo;aimerais que les hommes cessent de se prendre pour des r\u00e9flexes. Il y a tant de silence en eux.)<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Je regarde la mer. Et l&rsquo;absurde de la situation (un homme qui fait un ch\u00e2teau de sable r\u00e9pond aux questions d&rsquo;une petite enfant) dessinerait des vagues sur celle-ci, parce qu&rsquo;il est bien connu que le mouvement <strong>n&rsquo;<\/strong>est <strong>pas<\/strong> tr\u00e8s humain.<br \/>\n\u2014\u00a0La mer ne se laisse pas regarder. Utilise plut\u00f4t tes derni\u00e8res braises pour planter un arbre, construire un abri. On le sait pourtant, que le regard ne peut pas s&rsquo;accrocher sur un vide mouvant comme la mer. C&rsquo;est trop de travail pour un homme. Concentre-toi sur le sable, tu seras mort avant midi.<br \/>\nLes esprits malheureux qui, comme toi, errent, s&rsquo;imaginent de m\u00e8che avec les \u00e9l\u00e9ments parce qu&rsquo;ils les font pleurer ou fr\u00e9mir, tel paysage parce qu&rsquo;il leur rappelle leur petite enfance. Mais en r\u00e9alit\u00e9 le monde n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;eux.<br \/>\nL&rsquo;errance n&rsquo;est pas une chose importante. \u00c7a ne concerne jamais que l&rsquo;enfance. Qui s&rsquo;int\u00e9resse aux errants ? Des professeurs ou des illumin\u00e9s. Pas de quoi fouetter un chat.<br \/>\nEt encore tu n&rsquo;as pas de nom pour le donner aux rencontres. Tu n&rsquo;es pas Ulysse.<br \/>\nCrois-moi, l\u00e2che le sable, et cours, cours vers toi jusqu&rsquo;au n\u0153ud ancestral. <strong>Plonge<\/strong>. Moi je te regarderai. Et si tu es assez r\u00e9gulier et dense dans ton \u00eatre, tu ne te noieras pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et alors, qu&rsquo;est-ce que tu regardes ? Et dans la phrase, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;incongruit\u00e9 qui frappait le plus, et qui r\u00e9sonnait aussi le plus. \u2014\u00a0Je regarde la mer. \u2014\u00a0C&rsquo;est beau la mer. Ou : \u2014 Je regarde la mer. \u2014\u00a0Ou la mer nous regarde. 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