{"id":8614,"date":"2013-11-27T19:16:38","date_gmt":"2013-11-27T17:16:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8614"},"modified":"2017-08-05T10:17:25","modified_gmt":"2017-08-05T08:17:25","slug":"lasagnes-06","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-06\/","title":{"rendered":"Lasagnes \u2022 chapitre 6"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P7104412.jpg\" alt=\"OLYMPUS DIGITAL CAMERA\" width=\"300\" height=\"168\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8928\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P7104412.jpg 1920w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P7104412-300x168.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P7104412-1024x576.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<h3><font color=\"#990000\">Chapitre 6<\/font><\/h3>\n<p><br ><\/p>\n<p>Laitues et chondrilles avaient enfin fleuri, ce qui indiquait que l\u2019\u00e9t\u00e9 attaquait ses derni\u00e8res manifestations ou br\u00fblait ses derniers feux. Les petites fleurs jaune p\u00e2le et jaune d\u2019or, n\u00e9es du jour, venaient percer d\u00e9licatement l\u2019air \u00e9pais, presque min\u00e9ral, et procuraient une sensation (sensation erron\u00e9e) de fra\u00eecheur. Il y avait deux plants c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, cr\u00fbs l\u00e0 o\u00f9 croissent ces plantes, dans les lieux les moins adapt\u00e9s \u00e0 la croissance : entre le b\u00e9ton d\u00e9sactiv\u00e9 du trottoir et le parement de basalte de l\u2019immeuble.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait qu\u2019une solution possible, et ces fleurs le prouvaient \u2014\u00a0qu\u2019elles \u00e9taient jolies les petites scaroles, avec leurs grandes mains \u00e9pineuses comme des planches \u00e0 d\u00e9couper ou comme des \u00e9tendards, et ces minuscules boutons couleur de pass\u00e9, couleur de photographie, puis enfin ces fleurs modestes, p\u00e2les, d\u2019un jaune p\u00e2le comme un \u00e9garement dans l\u2019\u00e9t\u00e9 roide et franc \u2014 et cette solution \u00e9tait l\u2019enl\u00e8vement.<\/p>\n<p>\u2014 Qu\u2019elles \u00e9taient mignonnes les fleurs \u00e9parpill\u00e9es de chondrille, avec leurs touffes de fruits, sur leur r\u00e9seau \u00e9chevel\u00e9 de tiges \u00e9paisses et bord\u00e9liques, une pelote rigide de v\u00e9g\u00e9tal, comme des fils bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 s\u2019occuper de la ville.<\/p>\n<p><font face=\"century gothic\">Le kidnapping.<\/font><\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Spin habite un \u00e9cart de la ville, en amont, dans des rues qui font comme un hameau, on est surpris du calme et de la petitesse du lieu. Une maison qu&rsquo;il a refaite enti\u00e8rement, encore largement en travaux. La mer est bannie ici.<\/p>\n<p>Comme Carlos sonne, Barbara ouvre. Spin vit l\u00e0 avec Barbara, une femme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, joyeuse et gourmande, qui collectionne les hommes comme d&rsquo;autres les ecz\u00e9mas, et qui donne toujours l&rsquo;impression que tout va bien. Aucune ambigu\u00eft\u00e9 entre Barbara et Spin, il lui avait dit tout de suite, \u00ab\u00a0pour que la coloc marche il faut \u00eatre tr\u00e8s clair\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Barbara est ce qu&rsquo;on appellerait une femme pleine, riche de son pass\u00e9, et de ses exp\u00e9riences, plus ou moins r\u00e9ussies, aux quatre coins du monde. Son visage porte les stigmates d&rsquo;un temps r\u00e9volu, mais ne saurait alt\u00e9rer le sourire \u00e9clatant qu&rsquo;elle porte \u00e0 toute heure, ils ne parvenaient pas \u00e0 la d\u00e9figurer. CF se demande s&rsquo;il lui arrive de crier de col\u00e8re, de pleurer de d\u00e9tresse, de r\u00e9vulser les yeux sous le coup de l&rsquo;angoisse. Il se demande si elle peut s&rsquo;effondrer. Il se demande quel absolu elle a bien pu trouver pour d\u00e9gager autant d&rsquo;harmonie, une harmonie certes un peu f\u00eal\u00e9e mais vive \u2014 <font face=\"century gothic\">tout le contraire de moi quoi<\/font>.<\/p>\n<p>Spin et Barbara vivent \u00e9galement dans une harmonie qui fait plaisir \u00e0 voir (et tant pis si on reste dehors), toujours en train de se chercher et de se taquiner, comme fr\u00e8re et s\u0153ur, sans qu&rsquo;on sache qui prend soin de l&rsquo;autre. Spin avoue souvent que <i>cette fille [l&rsquo;]a sauv\u00e9<\/i> ou que <i>cette fille [l&rsquo;]a fait dr\u00f4lement avancer<\/i>. Et on le croit volontiers.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Tu voulais voir SirSiro ? <em>(c&rsquo;est l&rsquo;une des rares personnes qui l&rsquo;appelle de son vrai nom)<\/em><br \/>\n\u2014 Oui, mais je te vois toi&#8230; comment vas-tu ?<br \/>\n\u2014 Je sors, je te laisse seul, je n&rsquo;ai pas trop le temps, je suis d\u00e9j\u00e0 en retard&#8230; \u00c7a va \u00e7a va.<br \/>\n\u2014 Oh, tu veux dire que je n&rsquo;aurais pas la joie de partager quelques instants avec la plus \u00e9bouriffante fille de l&rsquo;arri\u00e8re-ville ?<br \/>\n\u2014 Tu es gentil, et tu es cruel. Je suis d\u00e9j\u00e0 en retard, mais tu sais que je t&rsquo;aime, Carlita.<br \/>\n\u2014 Mm, laisse-moi au moins t&#8217;embrasser&#8230;<br \/>\n\u2014 Ciao ciao, tu embrasseras la Meute infernale ! <i>(autre surnom domestique de Spin)<\/i><\/p>\n<p>Carlos reste seul, donc, et pi\u00e9tonne devant la grande grande biblioth\u00e8que. C&rsquo;est parce qu&rsquo;il avait eu le loisir de fouiller longuement la biblioth\u00e8que de Spin qu&rsquo;ils \u00e9taient devenus amis. Spin, en outre, \u00e9tait passionn\u00e9 de textes rares. Carlos Futuna, en outre, en \u00e9tait avide.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p><i>Petite, mon p\u00e8re m&rsquo;avait donn\u00e9 un petit carnet \u00e0 spirales, qui \u00e9tait presque vierge. A mon souvenir, il n&rsquo;avait gribouill\u00e9 que quelques pages, avec des notes illisibles, quelques dessins, quelques listes. Si tu as quelques chose de plus grand que toi et que tu ne peux pas confier \u00e0 quelqu&rsquo;un, tu l&rsquo;\u00e9criras l\u00e0-dedans. Il m&rsquo;avait donn\u00e9 aussi un petit jeu de cartes postales, reproductions d&rsquo;\u0153uvre qu&rsquo;il avait accumul\u00e9es dans les mus\u00e9es durant des ann\u00e9es. Ce petit catalogue \u00e9tait un mus\u00e9e id\u00e9al. Chaque fois que je d\u00e9livrais au carnet un secret trop lourd, j&rsquo;\u00e9crivais \u00e0 mon p\u00e8re sur l&rsquo;une de ces cartes. Je ne lui envoyais pas, jamais.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re est mort peu apr\u00e8s \u2014\u00a0c&rsquo;est l\u00e0 que je suis devenue insignifiante. Je n&rsquo;ai plus rien cach\u00e9 dans le carnet et je n&rsquo;ai plus \u00e9crit sur le revers des cartes.<\/p>\n<p>Il y avait dans les cartes un beau cr\u00e2ne fumant, un van Gogh je crois, presque un dessin de bande-dessin\u00e9e. C&rsquo;est la seule image que je puisse associer au visage de mon p\u00e8re. Un mort, un mort qui fume.<\/i><\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p><i>Plus tard<\/i><\/p>\n<p>La traduction ? Il ne parvenait pas \u00e0 s\u2019y remettre.<\/p>\n<p>Il ouvre son cahier Clairefontaine\u00ae 14,8 x 21 petits carreaux, il regarde fixement la miniature punais\u00e9e au mur, peut-\u00eatre un tableau de Delaunay, ou une fille qu\u2019il a crois\u00e9e sur Facebook, et dont il a pill\u00e9 des photographies le compte, ou la mer, il regarde fixement peut-\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement derri\u00e8re, ou l\u00e9g\u00e8rement en arri\u00e8re de ses yeux, et il se perd dans cet horizon. Il se l\u00e8ve brusquement, il va se chercher un bocal qu\u2019il remplit d\u2019eau, il boit goulument. <\/p>\n<p>Il revient vers sa table de travail.<\/p>\n<p>Il se plante fermement devant elle. Il prends le Bic noir et il \u00e9crit.<\/p>\n<p>Les jours de pluie, Carlos Futuna lutte tr\u00e8s fort contre le sentiment de vanit\u00e9 et l&rsquo;inutilit\u00e9 de tout cela : Nature, Amour, Traduction, Argent, et se demande s&rsquo;il n&rsquo;est pas plus constructif de se taillader les veines dans un bain bouillant, accompagn\u00e9e d&rsquo;une fille aux petits seins, une fille belle, intelligente et pleine d\u2019esprit, une fille dont il n\u2019est plus certain de savoir s\u2019il la crois\u00e9e effectivement ou s\u2019il l\u2019a invent\u00e9e, une nuit rouge d\u2019ivresse.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p><i>Plus tard<\/i><\/p>\n<p>La traduction attendra, comme tout le reste. A pr\u00e9sent il n\u2019y a plus qu\u2019une chose \u00e0 faire. <em>Se faire le spectateur de sa propre vie c\u2019est \u00e9chapper \u00e0 toutes les souffrances de la vie.<\/em><\/p>\n<p>Il fallait l\u2019enlever. Il faut l\u2019enlever, l\u2019extraire de ce r\u00eave o\u00f9 elle surnage avec volupt\u00e9 et difficult\u00e9.<\/p>\n<p><font face=\"century gothic\">Tu as failli te noyer \u00e0 deux reprises, se disait-il, ce doit \u00eatre la troisi\u00e8me fois. Tu sais comment faire. Oublie la ligne droite. Oblique. <\/p>\n<p>Oblique. Fais de ton chemin le d\u00e9tour pour toi-m\u00eame.<\/font><\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il ouvre alors l\u2019histoire m\u00e9diocre de Suzan et Jerry, relit les douze premi\u00e8res pages, avance de quatre autres, jusqu\u2019\u00e0 la fin du chapitre, ouvre le fichier et se remet \u00e0 la t\u00e2che.<\/p>\n<p>La traduction monte. C&rsquo;est un dodelinement, une danse. C&rsquo;est un pont de singe. Sur un pr\u00e9cipice. Avec des ca\u00efmans, affam\u00e9s, au fond. On traverse dans le vide. mais on se tient \u00e0 deux cordes. L&rsquo;une, qui s&rsquo;effiloche, l&rsquo;autre tiss\u00e9e lentement. C&rsquo;est Spider-Man passant d&rsquo;un building \u00e0 l&rsquo;autre. Il faut du temps pour s&rsquo;y mettre, mais une fois le vide sous les pieds, on ne peut plus (on ne doit pas s&rsquo;arr\u00eater). Le traducteur c&rsquo;est l&rsquo;homme araign\u00e9e.<\/p>\n<p>Le texte est une couverture, d&rsquo;abord, qu&rsquo;on soul\u00e8ve l\u00e9g\u00e8rement, on parvient \u00e0 la saisir, on ne l&rsquo;a pas encore transform\u00e9e en bouillie. Peu \u00e0 peu ce tissu est ing\u00e9r\u00e9, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 soir, d\u00e9glutit. <\/p>\n<p>Les \u00e9crivains n&rsquo;ont pas beaucoup de m\u00e9rite, car ils ne font pas cette op\u00e9ration arachn\u00e9enne. Tout au plus, ils se m\u00e9tamorphosent eux-m\u00eames, en garou hagard, et hantent nuitamment certaines impasses ou terrains vagues de villes sans effrayer personne \u2014 beaucoup plus int\u00e9ress\u00e9s par leur nouvelle forme que d&rsquo;en faire une identit\u00e9 secr\u00e8te, suspecte, vaguement effrayante. C&rsquo;est comme s&rsquo;ils l\u00e9chaient des vitrines.<\/p>\n<p>Les traducteurs, eux, ont d&rsquo;autres pr\u00e9occupations, celles de la marmite br\u00fblante et \u00e9pic\u00e9e du texte. Les \u00e9crivains alignent des mots, nous les cuisinons \u2014 et pas toujours indemnes (en sortons). C\u2019est de l&rsquo;alchimie, oui, cette cuisine. Pas moyen d&rsquo;\u00eatre pervers, avec \u00e7a. Le texte t&rsquo;impose le respect. C&rsquo;est un corps \u00e0 corps, une langue \u00e0 langue. Pas le temps de t&rsquo;ab\u00eemer dans la consolation de ta petite personne.<\/p>\n<blockquote><p>Susan avait contourn\u00e9 l&rsquo;\u00e9glise (pour soulager sa vessie, honteuse et excit\u00e9e \u00e0 la fois). Aucune lumi\u00e8re alentour, pour r\u00e9v\u00e9ler si le monde \u00e9tait mort ou pas encore n\u00e9. Sa vessie, vid\u00e9e, lui avait apport un confort inesp\u00e9r\u00e9. Elle avait r\u00e9solu une douleur \u2014 comme si cette nuit-l\u00e0 elle s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9e au centre d&rsquo;un dispositif o\u00f9 les probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre n&rsquo;\u00e9taient que des douleurs, physiques, mat\u00e9rielles, des choses concr\u00e8tes de son propre corps. Elle avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solu une \u00e9nigme. Une douleur en moins. Pisser la douleur, la douleur \u00e9tait sortie, l&rsquo;urine en trop dans le corps qui fait mal. <\/p>\n<p>Mais elle avait encore d&rsquo;autres douleurs \u00e0 r\u00e9soudre dans son corps, et elle savait que l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, en tout cas, \u00e9tait sans solution. <\/p><\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0, traduire le premier bouquin qui passe sous la main, le d\u00e9former, le passer au crible, comme une bagnole au marbre. Et l&rsquo;auteur l\u00e0-dedans ? Qui est l&rsquo;auteur, celui qui recopie le livre, ou celui qui le d\u00e9tourne ? Qui le copie en le d\u00e9tournant ? Qui \u00e9crit ? Qui \u00e9crit ?<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p><i>Encore plus tard<\/i><\/p>\n<p>Suzan, Jerry, Jerry aime Suzan, Suzan aime Jerry, traduire c&rsquo;est graver au couteau sur un arbre<br \/>\n<br ><center>((S + J = <3 ))<\/center><br ><\/p>\n<p>Parce que ce geste est le plus important, finalement, ce geste est un t\u00e9moignage, subjectif (quoique peu respectueux des arbres), c&rsquo;est un geste d&rsquo;humain. Parce que, pour tout dire, qui se soucie <i>r\u00e9ellement<\/i> de l&rsquo;histoire mi\u00e8vre de Suzan et Jerry ? C&rsquo;est o\u00f9 la litt\u00e9rature ? Dans ces histoires encore moins cr\u00e9dibles que dans la vie ? Ou dans la friction des textes qui cherchent ensemble \u00e0 conqu\u00e9rir le feu ? Traduire c&rsquo;est l&rsquo;invention de l&rsquo;\u00e9tincelle, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9nergie du frottement.<\/p>\n<blockquote><p>Le lendemain, sa d\u00e9cision \u00e9tait prise. Il enfila les habits de la veille, ne se rasa pas, ne se lava pas, ne prit pas de caf\u00e9 caf\u00e9. Il monta dans la Chevrolet et prit la direction d\u2019Asbury Park.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><br \/>\n<font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-05-v02\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-07\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 6 Laitues et chondrilles avaient enfin fleuri, ce qui indiquait que l\u2019\u00e9t\u00e9 attaquait ses derni\u00e8res manifestations ou br\u00fblait ses derniers feux. Les petites fleurs jaune p\u00e2le et jaune d\u2019or, n\u00e9es du jour, venaient percer d\u00e9licatement l\u2019air \u00e9pais, presque min\u00e9ral, et procuraient une sensation (sensation erron\u00e9e) de fra\u00eecheur. 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