{"id":7254,"date":"2012-10-31T19:35:45","date_gmt":"2012-10-31T17:35:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=7254"},"modified":"2024-10-29T12:36:18","modified_gmt":"2024-10-29T10:36:18","slug":"le-magasin-06","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-06\/","title":{"rendered":"Le Magasin (6)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/magasin-2.jpg\" rel=\"lightbox[7254]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/magasin-2.jpg\" alt=\"\" title=\"magasin-3\" width=\"100%\" \/><\/a><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 une nuit du <strong>Magasin<\/strong>. Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agenc\u00e9. Ce qu&rsquo;il s&rsquo;y passe. A quoi \u00e7a sert. Des phrases simples, des situations d&rsquo;autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l&rsquo;habiter.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Oui, en effet, une fois, je suis venu de nuit. Oui, une fois. Enfin, je crois.<\/p>\n<p>Car comment savoir ? Ce qui nous entoure et si sombre, et plus sombre et visqueux encore, ce qui nous pousse \u00e0 agir. Comprenez bien, qui venez d\u00e9crypter avec moi ces petites pattes de mouches gratt\u00e9es difficilement \u00e0 la lueur de l&rsquo;antenne-phosphore, dans la niche o\u00f9 je me retire de temps en temps (je vous expliquerai), comprenez bien que tout ici est masse pierreuse et imaginer cette masse volumineuse et dense et lourde d\u00e9river comme cela dans l&rsquo;espace&#8230; c&rsquo;est imaginer aussi qu&rsquo;une destination est possible. Mais la question <strike>O\u00f9 allons-nous ?<\/strike> ayant \u00e9t\u00e9 bannie par l&rsquo;Authority (je vous expliquerai cela aussi), c&rsquo;est hagards et impassibles que nous voyons se succ\u00e9der les heures d&rsquo;astreinte et les heures du chahut, ce moment si particulier o\u00f9 il faut courir vite \u00e0 sa niche si l&rsquo;on veut dormir et \u00eatre allong\u00e9.<\/p>\n<p><br ><center>\u00b1<\/center><br ><\/p>\n<p>Et l\u00e0, tu \u00e9tais, une fois, nuit ou jour, qu&rsquo;importe, la lumi\u00e8re r\u00eav\u00e9e par les antennes-phosphores n&rsquo;y font aucune diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Tu \u00e9tais d\u00e9j\u00e0 endormie profond\u00e9ment ; la fatigue t&rsquo;avait essor\u00e9 les yeux, et le corps broy\u00e9 par une charge administrative sans doute trop longue \u2014\u00a0il n&rsquo;est pas rare que nos femmes soient pouss\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9vanouissement dans des t\u00e2ches dont on ne sait trop que faire, ni m\u00eame \u00e0 quoi elles peuvent bien servir \u2014 mais c&rsquo;est un biais trouv\u00e9 pour occuper les femmes.<\/p>\n<p>Je me suis lov\u00e9 \u00e0 toi, car tu ne m&rsquo;as pas repouss\u00e9. L&rsquo;aurais-tu pu d&rsquo;ailleurs ? Et lorsque se produisit ce qu&rsquo;il se produisit, tu fis preuve d&rsquo;une docilit\u00e9 que j&rsquo;appelais un jour d\u00e9sir, que j&rsquo;appelais un jour amour, que j&rsquo;appelais un jour f\u00e9minit\u00e9, mais de tout cela aujourd&rsquo;hui, je ne garde qu&rsquo;un petit roulement \u00e0 larmes am\u00e8res, puisque c&rsquo;est \u00e7a que je fais moi, nettoyer les roulements, les faire tremper dans les acides corrosifs \u2014\u00a0et aussi nettoyer les bloqueurs.<\/p>\n<p>Alors mes mains du soir hurlent<br \/>\ncar elles ne peuvent attraper rien.<\/p>\n<p>Et je<br \/>\nhurle<br \/>\nparce que rien n&rsquo;est moins attrapable que toi quand je suis contre<br \/>\ntoi<br \/>\nlov\u00e9.<\/p>\n<p>Avec tes formes essor\u00e9es, tes chairs incarn\u00e9es, tes seins, tes fesses.<\/p>\n<p><br ><center>\u00b1<\/center><br ><\/p>\n<p>Parce que oui, apr\u00e8s des d\u00e9cennies o\u00f9 la copulation \u00e9tait consentie et, pire, encourag\u00e9e pour r\u00e9nover les courbes nationales de la natalit\u00e9, ces d\u00e9cennies o\u00f9 l&rsquo;on ne savait plus m\u00eame vers quoi tourner la t\u00eate, tant nous \u00e9tions combl\u00e9s, ravis de poss\u00e9der tant de chose, satisfaits d&rsquo;\u00eatre aussi libres et g\u00e9niaux et libres et habiles ; nous ma\u00eetrisions tout ; nous \u00e9tions des enfants aim\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors bien s\u00fbr, le d\u00e9collage, l&rsquo;Abandon, l&rsquo;Exide, \u00e7&rsquo;a \u00e9t\u00e9 dur, bien s\u00fbr. Dur de laisser ceux qu&rsquo;on allait laisser ; dur d&rsquo;abandonner nos maisons, nos affaires, nos enfants, nos animaux ; dur de revenir \u00e0 la pierre contondante, \u00e0 l&rsquo;acier brut, \u00e0 la cicatrice et au sang.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions des \u00eatres incarn\u00e9s ? Nous le d\u00e9couvrions. Nous \u00e9tions des \u00eatres anim\u00e9s ? Nous l&rsquo;avions oubli\u00e9. Totalement. Il a fallu marcher. Marcher, et marcher encore. Faire et d\u00e9faire les campements, caresser les saisons, accepter la neige et le froid, la pluie, le soleil coupant, manger cru, manger froid, manger avec les doigts, r\u00e9gime prot\u00e9in\u00e9, enterrer les morts, les d\u00e9pecer, les vider de leur sang.<\/p>\n<p>On a bien ri, aussi. Quand on a compris.<\/p>\n<p>On a r\u00eav\u00e9 le Magasin.<\/p>\n<p><br ><center>\u00b1<\/center><br ><\/p>\n<p><i><br \/>\nles accolades, les al\u00e9as<br \/>\nles germinations, les bourgeonnements<br \/>\nles m\u00e9rist\u00e8mes qu&rsquo;on avait pu<\/p>\n<p>jouir<\/p>\n<p>les partitions que cela faisait<br \/>\ntout un fleurissement de silences dociles<br \/>\ntout un savoir-faire de la<br \/>\nmarqueterie de l&rsquo;<br \/>\n\u00e9b\u00e9nisterie de la<br \/>\nlutherie<\/p>\n<p>quelle belle ouvrage<\/p>\n<p>les tissus, les \u00e9pices<br \/>\nles murs aux pierres angulaires taill\u00e9es orn\u00e9es sigill\u00e9es <\/p>\n<p>les pots les c\u00e9ramiques<br \/>\nles potions les alcools et les drogues<\/p>\n<p>les produits transform\u00e9s<br \/>\net leur tra\u00e7abilit\u00e9<\/p>\n<p>tout \u00e7a pouss\u00e9 repouss\u00e9 dans un coin<br \/>\nde la m\u00e9moire<\/p>\n<p>il faut recommencer chaque fois au d\u00e9but<br \/>\nqui es-tu ?<\/p>\n<p>qui es-tu qui es-tu ?<\/p>\n<p>qui es-tu ?<\/p>\n<p><\/i><br \/>\n<br ><\/p>\n<p><font size=\"1\">LE MAGASIN : <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-05\"><em>pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-07\"><em>suivant<\/em><\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 une nuit du Magasin. 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