{"id":5691,"date":"2012-04-06T14:28:13","date_gmt":"2012-04-06T12:28:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=5691"},"modified":"2013-08-10T12:07:59","modified_gmt":"2013-08-10T10:07:59","slug":"le-magasin-05","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-05\/","title":{"rendered":"Le Magasin (5)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/magasin-5.jpg\" rel=\"lightbox[5691]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/magasin-5.jpg\" alt=\"\" title=\"magasin-3\" width=\"100%\" \/><\/a><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 une nuit du <strong>Magasin<\/strong>. Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agenc\u00e9. Ce qu&rsquo;il s&rsquo;y passe. A quoi \u00e7a sert. Des phrases simples, des situations d&rsquo;autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l&rsquo;habiter.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>Une fois n&rsquo;est pas coutume, cet \u00e9pisode est transf\u00e9r\u00e9 <a href=\"http:\/\/motmaquis.net\/spip.php?article147&#038;lang=fr\" target=\"_blank\">sur le blog de Juliette M\u00e9zenc<\/a>, dans le cadre des <a href=\"http:\/\/rendezvousdesvases.blogspot.fr\/\" title=\"les listes actualis\u00e9es par Brigitte C\u00e9lerier\" target=\"_blank\">Vases<\/a> <a href=\"http:\/\/www.facebook.com\/groups\/104893605886\/\" title=\"Page Facebook\" target=\"_blank\">Communicants<\/a> ; on peut s&rsquo;y rendre, et de l\u00e0 acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode 6 quand il sera pr\u00eat !<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une nuit d\u2019huile, poisseuse, grasse, inamovible.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une nuit de plus, une enveloppe qui semblait sourdre du murmure des corps \u00e9bouriff\u00e9s, endormis, repli\u00e9s en boule. Une nuit de plus, qu\u2019on d\u00e9soccupait. Une nuit d\u00e9saffect\u00e9e de nos mains, de nos yeux et leurs ombres.<\/p>\n<p>Les sifflements, les hululements plut\u00f4t, prenaient forme. S\u2019\u00e9levaient dans la nuit. Ce n\u2019\u00e9tait plus le ronflement de grande fatigue. Un cri d\u2019h\u00e9b\u00e9tude. Une d\u00e9coupure.<\/p>\n<p>Ceux qui jouissaient de grande consid\u00e9ration \u00e9taient les passeurs de nuit. Par leurs bouches se colportaient les diff\u00e9rentes l\u00e9gendes et les mots incongrus du Dehors. Ils \u00e9taient respect\u00e9s et craints, car on leur pr\u00eatait des aventures extraordinaires : d\u2019avoir visit\u00e9 tout le Magasin, d\u2019avoir barul\u00e9 dans ses recoins, d\u2019\u00eatre mont\u00e9, et descendu, et puis aussi \u2014 mais peu le croyaient r\u00e9ellement \u2014 on disait qu\u2019ils \u00e9taient sortis. Qu\u2019ils avaient mis un pied hors du Magasin. Non pas pour une autre structure laborieuse, pas l\u2019Arsenal ou l\u2019Entrepot, mais le dehors, la vastitude, l\u2019inconnu, l\u2019incertain, le flou !<\/p>\n<p>Ils en retiraient une grande fiert\u00e9, de ce respect qui saisissait les baraquements, les alc\u00f4ves. Cela leur donnait m\u00eame un peu de condescendance. Affect\u00e9s un peu par leur renomm\u00e9e, ils devenaient insaisissables eux-m\u00eames, ils longeaient les parois.<\/p>\n<p>La nuit \u00e9tait leur espace, peut-\u00eatre parce que les corps s\u2019y \u00e9vanouissaient.<\/p>\n<p>Mais tu n\u2019\u00e9tais pas si t\u00e9nue, tu n\u2019\u00e9tais pas invisible. Comment se fait-il que je ne puisse te saisir autrement qu\u2019en oubli ?<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un passeur de nuit s\u2019installait dans un baraquement, outre qu\u2019il fallait le nourrir et l\u2019h\u00e9berger (il prenait une alc\u00f4ve et toutes les alc\u00f4ves adjacentes, pour n\u2019\u00eatre pas d\u00e9rang\u00e9 \u2014 mais souvent on se demandait bien o\u00f9 il pouvait \u00eatre car la nuit est leur domaine), chacun se sentait plus attentif, plus prudent aussi, dans ses mots et ses mouvements.<\/p>\n<p>J\u2019ai vu autrefois \u2014 c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9fendu \u2014 j\u2019ai vu autrefois qu\u2019on se rassemblait en cercles autour du passeur et d\u2019un mauvais bras\u00e9ro qui ajoutait \u00e0 la confusion et au myst\u00e8re, par sa fum\u00e9e putride, suffocante.<\/p>\n<p>J\u2019ai vu autrefois un passeur tenir une nuit la communaut\u00e9 rassembl\u00e9e autour de lui et tenue par sa parole seule. Et nos lendemains \u00e9taient aussi tristes que douloureux.<\/p>\n<p>Mais tu n\u2019\u00e9tais pas intouchable, je me rappelle t\u2019avoir touch\u00e9e, tu \u00e9tais l\u00e0 contre moi, pourquoi je n\u2019ai aujourd\u2019hui qu\u2019un creux de faim, une plaie avide, qui ne r\u00e9clame qu\u2019encore coups, et coups \u00e0 nouveau ?<\/p>\n<p>La nuit, les passeurs prenaient forme, comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 model\u00e9s par la nuit m\u00eame. Et on ne savait pas de quelle mati\u00e8re ils se nourrissaient pour ainsi poser leurs mains sur nos c\u0153urs, leurs bouches sur nos bouches.<\/p>\n<p>Et lorsqu\u2019on se d\u00e9shabillait, avant de tenir l\u2019alc\u00f4ve, on se d\u00e9faisait peut-\u00eatre de l\u2019odeur, mais pas de la nuit, pas de la langue de la nuit dans laquelle on s\u2019endormait, la nuit comme une langue comme un tissu et ; pour les plus \u00e9reint\u00e9s, pour les plus fragiles, alors s\u2019ouvrait ce qu\u2019on appelait le r\u00eave. L\u00e0 on n\u2019\u00e9tait plus dans le Magasin. Mais ces excursions, on les gardait pour nous, car quitter le Magasin \u00e9tait interdit, on pensait qu\u2019on avait \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s, dans notre t\u00eate, par une passion ou une folie, enfin une chose honteuse et puante et on \u00e9tait parmi les premiers, au petit matin, \u00e0 pointer vers nos t\u00e2ches, rassur\u00e9s et heureux de pouvoir se remettre \u00e0 l\u2019oubli, se rencogner au corps, s\u2019abandonner au temps qui passe, sans impatience, et sans attente. Ils ne reviendraient plus. Peut-\u00eatre ils n\u2019\u00e9taient jamais venus.<\/p>\n<p>Mais tu n\u2019\u00e9tais pas partie, tu ne pouvais dispara\u00eetre, cette ombre qui te lovait \u00e9tait le plus-que-sensible, pourquoi s\u2019est-elle d\u00e9faite, comment as-tu pu la subtiliser ? Comme as-tu pu la soustraire, alors que tu \u00e9tais d\u00e9j\u00e0 l\u2019empreinte\u00a0?<\/p>\n<p><font size=\"1\">LE MAGASIN : <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-04\"><em>pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-06\"><em>suivant<\/em><\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 une nuit du Magasin. Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agenc\u00e9. Ce qu&rsquo;il s&rsquo;y passe. A quoi \u00e7a sert. Des phrases simples, des situations d&rsquo;autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l&rsquo;habiter. 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