{"id":5635,"date":"2012-03-12T00:14:37","date_gmt":"2012-03-11T22:14:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=5635"},"modified":"2024-10-29T12:35:03","modified_gmt":"2024-10-29T10:35:03","slug":"le-magasin-04","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-04\/","title":{"rendered":"Le Magasin (4)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/magasin-4.jpg\" rel=\"lightbox[5635]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/magasin-4.jpg\" alt=\"\" title=\"magasin-3\" width=\"100%\" \/><\/a><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 une nuit du <strong>Magasin<\/strong>. Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agenc\u00e9. Ce qu&rsquo;il s&rsquo;y passe. A quoi \u00e7a sert. Des phrases simples, des situations d&rsquo;autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l&rsquo;habiter.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Il y a deux bruits qui forment un peu \u2014\u00a0pour la plupart qui ne quitte aucun de ses quartiers \u2014\u00a0qui forment le peu du paysage et de l&rsquo;environnement du Magasin.<\/p>\n<p>En haut, dans les \u00e9tages, les machines ou les hangars, on ne sait pas, des coups sourds, longuement r\u00e9sonnant, sur le sol ou contre les canalisations, on ne sait pas, et dont on ne conna\u00eet ni la cause ni l&rsquo;intention. Ces coups rythment la journ\u00e9e, comme les sonnerie de jadis, et en un certain sens, nous leur sommes redev<\/p>\n<p>(Je reprends la plume apr\u00e8s une absence, le bleu de m\u00e9thyl\u00e8ne a des effets secondaires pour le moins g\u00eanants. Maintenant les doigts cuisent, et je ne sais pas si je vais pouvoir tenir encore longtemps ce stylet. Mais le plus douloureux, qu&rsquo;on me laisse une fois le dire, restent les yeux \u2014 yeux br\u00fblants humect\u00e9s en permanence d&rsquo;un bain corrosif, ce n&rsquo;est vraiment pas possible pour compenser une faiblesse de s&rsquo;en infliger de pires.)<\/p>\n<p>Ces coups reviennent \u00e0 intervalles qui, bien qu&rsquo;irr\u00e9guliers, ont pu \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9s par quelques-uns de nos scripteurs, dans la vacance de leur activit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la nuit, quand il n&rsquo;y a plus rien d&rsquo;autre \u00e0 faire, et cette nuit s&rsquo;est r\u00e9percut\u00e9e toujours plus souvent. Leur effroyable m\u00e9moire a pu trouver l\u00e0 un passe-temps reposant.<\/p>\n<p>Ainsi tous les 3600 temps une triple saccade \u00e9trangle le Magasin, puis c&rsquo;est une d\u00e9croissance qu&rsquo;ils appellent \u00ab\u00a0bilogarithmique\u00a0\u00bb, bien que nous autres ouvriers et autres n&rsquo;en saisissons pas toutes les subtilit\u00e9s. Nous restent les d\u00e9flagrations br\u00e8ves, la pulsation, qui, il faut bien l&rsquo;avouer, nous tiennent debout.<\/p>\n<p>Je laisse de c\u00f4t\u00e9 les sir\u00e8nes, qui reviennent tous les 10000 temps environ, ou 11000 une fois par cycle. Elles participent des exercices de s\u00e9curit\u00e9 et permettent \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipage de maintenir un n\u00e9cessaire qui-vive.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre bruit ne semble pas g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par notre progression. Je soup\u00e7onne personnellement qu&rsquo;il est ext\u00e9rieur et fruit d&rsquo;une friction contre quelque chose dont je ne peux avoir aucune repr\u00e9sentation : mati\u00e8re solide ou liquide ? Mati\u00e8re gazeuse ? Autre chose que la mati\u00e8re ? Je vais essayer le d\u00e9crire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un sifflement, un sifflement silencieux, je ne saurais pas mieux dire, un souffle quasi continu mais avec derri\u00e8re un je-ne-sais quoi de sonore, une pr\u00e9sence, une intention, si j&rsquo;osais j&rsquo;appellerai \u00e7a une voix.<\/p>\n<p>La nuit, toujours l\u00e0, et sp\u00e9cialement dans mon quartier, o\u00f9 dans certaines loges on a vraiment l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre au bord de cette voix. La paroi \u00e0 cet endroit est froide. La voix semble se nourrir de ce manque de chaleur, parfois j&rsquo;ai m\u00eame l&rsquo;impression, je ne sais pas si j&rsquo;ai le droit de dire cela, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;elle inspire ce froid, et je ne comprends pas ce qu&rsquo;elle cherche \u00e0 dire.<\/p>\n<p>Ce sifflement est lui permanent. Je l&rsquo;accepte comme tel, il m&rsquo;accompagne. Nous manquons de rep\u00e8res, nous avons peu de dimensions accessibles. Nous soup\u00e7onnons des espaces a\u00e9riens, des issues possibles, moins de parois, froides ou chaudes, mais nous n&rsquo;en avons qu&rsquo;une perception tr\u00e8s fugace, \u00e9vanescente, mais pour le reste nous restons dans l&rsquo;odeur d&rsquo;huile et la ferraille de nos travaux.<\/p>\n<p>Le jour f\u00e9ri\u00e9, je porte comme mes camarades le s\u00e9same, et je peux passer de secteur en secteur, du VII au VIII, au IX&#8230; je vois de nouvelles t\u00eates, nos s\u00e9sames sont color\u00e9s, tous diff\u00e9rents et pourtant tous les m\u00eames : un bloc de feuilles noircies de lignes \u00e9tranges, comme des lignes de compte ou les traces d&rsquo;animaux intelligents.<\/p>\n<p>En observant bien, l\u00e0 aussi, on constate des retours, des r\u00e9p\u00e9titions, alors pour nous \u00e7a fait comme un calendrier, comme les sonneries ou les coups. Nous passons comme \u00e7a la progression, nous avan\u00e7ons en comptant, en comptant, chez nous l&rsquo;essentiel est \u00e7a, je crois, finalement, qu&rsquo;on ne perde pas le compte, qu&rsquo;on ne mette pas en p\u00e9ril l&rsquo;ordonnancement de l&rsquo;\u00e9quation, qu&rsquo;on ne chamboule pas l&rsquo;agencement des meubles.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><font size=\"1\">LE MAGASIN : <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magasin-03\"><em>pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/motmaquis.net\/spip.php?article147&#038;lang=fr\"><em>suivant<\/em> (sur le site <em>Mot Maquis<\/em>, de Juliette M\u00e9zenc)<\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 une nuit du Magasin. Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agenc\u00e9. Ce qu&rsquo;il s&rsquo;y passe. A quoi \u00e7a sert. Des phrases simples, des situations d&rsquo;autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l&rsquo;habiter. 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