{"id":18932,"date":"2024-10-24T19:15:23","date_gmt":"2024-10-24T17:15:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18932"},"modified":"2025-06-20T08:42:25","modified_gmt":"2025-06-20T06:42:25","slug":"archivive-sous-nos-yeux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-sous-nos-yeux\/","title":{"rendered":"Archivive &#8212; sous nos yeux"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-19012\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-1024x1024.jpg 1024w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-768x768.jpg 768w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-1536x1536.jpg 1536w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260-850x850.jpg 850w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/DSC04260.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aussi bien avons-nous tent\u00e9 d&rsquo;escalader des montagnes, de franchir les oc\u00e9ans, de quadriller les steppes et hanter les campagnes.<\/p>\n<p>Nous avons consult\u00e9 les augures, pri\u00e9 des ic\u00f4nes, jet\u00e9 des sorts.<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9puis\u00e9 les livres, accumul\u00e9 les donn\u00e9es, trac\u00e9 des m\u00e9thodes.<\/p>\n<p>Mais rien n&rsquo;y fit.<\/p>\n<p>Et pourtant.<\/p>\n<p>Et pourtant la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait l\u00e0, sous nos yeux, comme le nez au milieu de la figure.<\/p>\n<p>Pour ma part, pour donner un exemple qui vaut ce qu&rsquo;il vaut, c\u2019est-\u00e0-dire pas grand-chose, je suis all\u00e9 jusqu&rsquo;au fond de la prairie, j&rsquo;ai plong\u00e9 mes mains dans le bassin du jardin, j&rsquo;ai auscult\u00e9 des murs les mousses et les lichens, duss\u00e9-je choir lourdement comme un animal pataud, j&rsquo;ai lu tous les livres et compuls\u00e9 avidement toutes les archives, j&rsquo;ai ratiss\u00e9 chaque grain de sable du stabilis\u00e9 mobile pour trouver toutes les annuelles sur lequel tous cheminent, j&rsquo;ai pos\u00e9 des pi\u00e8ges dans les cellules pour les araign\u00e9es, des filets dans les aires pour les insectes volants, oiseaux, les chauves-souris, j&rsquo;ai pos\u00e9 des cam\u00e9ras nocturnes pour les mammif\u00e8res, des plaques de t\u00f4le ondul\u00e9e pour les amphibiens et les reptiles, j&rsquo;ai tamis\u00e9 la liti\u00e8re pour les \u00eatres du sol, collemboles, cloportes, myriapodes et toutes sortes de vers, ann\u00e9lides ou autres larves d&rsquo;insectes, j&rsquo;ai gratt\u00e9 au scalpel les cro\u00fbtes de fromages, les reliefs des enduits, les pores de la peau pour ensuite agrandir sous la loupe les films microbiotiques des uns et des autres, je n&rsquo;ai laiss\u00e9 aucun recoin au hasard, je n&rsquo;ai n\u00e9glig\u00e9 aucune rainure ; j&rsquo;ai d\u00e9pli\u00e9 tous les dehors avec tous ses dedans putatifs, j&rsquo;ai tout \u00e9tal\u00e9, page apr\u00e8s page, sur l&rsquo;\u00e9tabli ou la paillasse de mon esprit&#8230;<\/p>\n<p>et j&rsquo;ai manqu\u00e9 le principal.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le dernier jour que tout s&rsquo;\u00e9claira.<\/p>\n<p>Jean-Luc avait re\u00e7u les r\u00e9sultats du laboratoire du bassin qui avait tu\u00e9 tous ses poissons, mais aussi les nymph\u00e9as, et chass\u00e9 tous les gerris que j&rsquo;y voyais.<\/p>\n<p>Il y avait dans l&rsquo;eau de l&rsquo;eau noire, en quantit\u00e9 : plus de 30% de la composition de l&rsquo;eau \u00e9tait de l&rsquo;eau noire, c&rsquo;est-dire de l&rsquo;eau des enfers, de sorte que le bassin dans la cour de l&rsquo;Imec \u00e9tait devenu un passage pour les enfers et le monde des morts. Mais cela n&rsquo;\u00e9tait pas surprenant : les r\u00e9centes pluies ravageuses, l&rsquo;engorgement de la nappe, les aurores bor\u00e9ales, autant de signes d&rsquo;une combinaison dimensionnelle des plans, qui devenait plus \u00e9vidente, d&rsquo;ailleurs, avec l&rsquo;approche de la f\u00eate de Samain, la nuit du 1er au 2 novembre.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, cette pi\u00e8ce d&rsquo;eau n&rsquo;est pas l&rsquo;unique entr\u00e9e du Tartare, puisque l&rsquo;on conna\u00eet aussi le cap Tenare et le lac Averne, elle n&rsquo;en est qu&rsquo;un l&rsquo;un de ses nombreux yeux, l&rsquo;un des nombreux passages d&rsquo;ailleurs, en ce cas, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans quelques jours les portes seront ouvertes, et les morts rendus amn\u00e9siques par L\u00e9th\u00e9 sortiront du bassin &#8212; tandis que d&rsquo;autres \u00e2mes y entreront, avec aussi les \u00eatres et les esprits, le vivant qui va passer sous terre la mauvaise saison, emmen\u00e9s par l&rsquo;ours sans lyre pr\u00e9sident de l&rsquo;hibernation jusqu&rsquo;\u00e0 la f\u00eate d&rsquo;Imbolc, jusqu&rsquo;\u00e0 la nuit du 1er au 2 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>\u00c0 la Samain je quitterai l&rsquo;Imec pour revenir, trois mois plus tard, au <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/rencontres\/residences-de-creation\/conversation-generale-avec-emanuela-schiano-di-pepe\/\" target=\"_blank\">CHBD<\/a> \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;Imbolc. Sous nos yeux le tunnel. Sous nos yeux le tour de passe-passe.<\/p>\n<p>Sous nos yeux la porte d\u00e9rob\u00e9e, la lettre vol\u00e9e.<\/p>\n<p>Le souterrain &#8212; et pourtant nous le savions !<\/p>\n<p>Tous les mots \u00e9taient dans la biblioth\u00e8que, et avec eux tous les livres possibles. Mais tous les morts aussi \u00e9taient pr\u00e9sents, nous accompagnaient, parfois m\u00eame ils nous devan\u00e7aient.<\/p>\n<p>Oui je le sais, \u00e0 pr\u00e9sent, elle dormait en ces lieux, elle y r\u00e9sidait, et elle pouvait appara\u00eetre \u00e0 tout moment, comme dispara\u00eetre, par le truchement fantastique de l&rsquo;eau noire &#8212; ou les ridules du reflet sur le mur de pierre de Caen, ou les images projet\u00e9es sur une toile de lin blanc, ou les mots formant des lignes formant des mondes aussi improbables que fragiles, sujets \u00e0 l&rsquo;eau et au feu, et qu&rsquo;il convient de d\u00e9rober \u00e0 la vue.<\/p>\n<p>Elle est l\u00e0. Elle est l\u00e0 \u00e9ternellement, nul besoin de l&rsquo;invoquer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-conclusion\/\">\u279f<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Aussi bien avons-nous tent\u00e9 d&rsquo;escalader des montagnes, de franchir les oc\u00e9ans, de quadriller les steppes et hanter les campagnes. Nous avons consult\u00e9 les augures, pri\u00e9 des ic\u00f4nes, jet\u00e9 des sorts. Nous avons \u00e9puis\u00e9 les livres, accumul\u00e9 les donn\u00e9es, trac\u00e9 des m\u00e9thodes. Mais rien n&rsquo;y fit. Et pourtant. 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