{"id":18880,"date":"2024-10-17T16:21:04","date_gmt":"2024-10-17T14:21:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18880"},"modified":"2025-01-07T18:29:25","modified_gmt":"2025-01-07T16:29:25","slug":"archivive-on-n-en-sort-jamais","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-on-n-en-sort-jamais\/","title":{"rendered":"Archivive &#8212; on n&rsquo;en sort jamais"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Adami_poisson-derridien-e1729495103864-300x206.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"206\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18907\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Adami_poisson-derridien-e1729495103864-300x206.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Adami_poisson-derridien-e1729495103864.jpg 452w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=1>En naissant nous mourrons chaque jour. (Manilius)<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>: st-ce une mal\u00e9diction : bien s\u00fbr que non : une r\u00e9v\u00e9lation ? : &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-1' id='fnref-18880-1' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>1<\/a><\/sup> :<\/p>\n<blockquote><p>Glu de l&rsquo;\u00e9tang lait de ma mort noy\u00e9e<\/p><\/blockquote>\n<p>Le premier texte publi\u00e9 par Derrida est ce vers, livr\u00e9 dans <em>Glas<\/em>. J&rsquo;y cherchais des fleurs, celles de Genet (plus que celles de Hegel), mais je n&rsquo;avais pas besoin de chercher bien loin : gen\u00eat.<\/p>\n<p>Mais ce m\u00eame jour, lors d&rsquo;une nouveau s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;Imec, on m&rsquo;apprend la mort. On n&rsquo;en sort d\u00e9cid\u00e9ment pas.<\/p>\n<p>Ni de la mort, ni de Derrida.<\/p>\n<p>On ne sort pas de la mort de Derrida.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Le soir du grand soir, les lumignons \u00e9taient allum\u00e9s, et, pour une \u00e9trange concordance des lumi\u00e8res et des reflets, un cin\u00e9ma de ridules s&rsquo;agita sur le mur de l&rsquo;abbaye.<\/p>\n<p>Ce spectacle visible, incongru, beau, \u00e9tait contrast\u00e9 par l&rsquo;odeur, l&rsquo;odeur qui venait pr\u00e9cis\u00e9ment du miroir qui se refl\u00e9tait dans le mur.<\/p>\n<p>Ce sont les poissons, cette fois, ceux du bassin, qui cr\u00e8vent.<\/p>\n<p>Ce sont des amours : des carpes Amour, du nom du fleuve &#8212; fronti\u00e8re entre la Russie et la Chine, et premier fleuve de Sib\u00e9rie &#8212; d&rsquo;o\u00f9 ils proviennent.<\/p>\n<p>Un certain nombre flottent en effet, inertes, \u00e0 la surface (et cette mort se v\u00e9rifiera les jours suivants, avec toujours plus de corps flottant).<\/p>\n<p>La cause en est : le produit de traitement des mousses sur les toits (dont force <em>Tortula muralis<\/em>), par une entreprise ext\u00e9rieure, est parvenu par ruissellement, au bassin.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>On n&rsquo;en sort pas : <em>Tortula muralis<\/em>. Comme le dit Paolo Milone (qu&rsquo;on vient d&rsquo;accueillir \u00e0 Laragne pour deux rencontres fort riches) :<\/p>\n<p><em><\/em>Tortula muralis<em>, tu ne comprendras jamais rien de l\u2019Univers. \/ Ou peut-\u00eatre est-ce toi qui as d\u00e9j\u00e0 tout compris<\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-18880-2' id='fnref-18880-2' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Parce qu&rsquo;elle est rest\u00e9e \u00e9gale \u00e0 elle-m\u00eame depuis des centaines de millions d&rsquo;ann\u00e9es, sans racine, sans fleur, ni patte, ni croc, ni langage, cette petite mousse, qui forme effectivement de petits \u00ab\u00a0pulvins\u00a0\u00bb semblables \u00e0 de petites et douces carapaces de tortue, elle est un t\u00e9moignage de l&rsquo;humilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi de tous ces \u00eatres qui, en tant qu&rsquo;\u00eatres vivants, donc dou\u00e9s d&rsquo;une certaine autonomie, ont une certaine action sur le monde inerte du dehors&#8230; mais, \u00e9tant d\u00e9pourvu d&rsquo;un monde symbolique anthropog\u00e8ne, semblent n&rsquo;agir qu&rsquo;en toute indiff\u00e9rence de ce qu&rsquo;il se passe autour d&rsquo;eux, ou en tout cas au-del\u00e0 de ce qu&rsquo;on peut appeler l&rsquo;<em>Umwelt<\/em> (le milieu), \u00e0 savoir l&rsquo;<em>Ungebung<\/em> (l&rsquo;environnant).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne rien comprendre \u00e0 l&rsquo;univers\u00a0\u00bb : voil\u00e0 le doute qui me saisit alors que je poursuis ma recherche avide dans les murs de l&rsquo;Imec. Et si je faisais fausse route, compl\u00e8tement ? Et si, \u00e0 force de critiquer toutes les pens\u00e9es contemporaines du vivant et de la nature (essentiellement le Latouro-Descolisme), tout en r\u00e9futant l&rsquo;approche instrumentaliste d&rsquo;une \u00e9cologie de droite, mais aussi l&rsquo;approche romantique d&rsquo;une philosophie de la mort d&rsquo;inspiration disons blanchotienne, je ne parvenais pas \u00e0 saisir mon sujet et surtout \u00e0 me bien l&rsquo;expliquer ?<\/p>\n<p>Mais j&rsquo;ai beau tourner le probl\u00e8me dans tous les sens, je n&rsquo;arrive jamais qu&rsquo;\u00e0 voir le r\u00e9sultat : mon exp\u00e9rience de terrain <i>m&rsquo;oblige<\/i>.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Comme je fouine \u00e9galement du c\u00f4t\u00e9 de Lacoue-Labarthe, et son interminable agonie (sur Blanchot), je tombe sur cet article, \u00ab\u00a0La naissance est la mort\u00a0\u00bb, \u00e0 la m\u00e9moire de Sarah Kaufman.<\/p>\n<p>En trois pages de dense po\u00e9sie, Lacoue-Labarthe \u00e9voque les deux sc\u00e8nes primitives de l&rsquo;Occident : la col\u00e8re, celle d&rsquo;Achille-De Gaulle, et l&rsquo;exp\u00e9rience, celle d&rsquo;Ulysse-Mitterrand., et, \u00e9voquant ce cadre o\u00f9 la mythologie grecque heurte la mythologie jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, voici Artaud<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-3' id='fnref-18880-3' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>3<\/a><\/sup>, Artaud mort crucifi\u00e9 sur le Golgotha, qui relate, dans les carnets pr\u00e9paratoires \u00e0 la conf\u00e9rence du Vieux Colombier, anticipant <em>Pour en finir avec le jugement de Dieu<\/em>, sa mort :<\/p>\n<blockquote><p>Je flottais dans l&rsquo;air comme un ballon captif, me demandant de quel c\u00f4t\u00e9 \u00e9tait la route, et si mon corps m&rsquo;y suivrait jamais.<\/p><\/blockquote>\n<p>La col\u00e8re de Job et de Nietzsche et du prime Artaud se r\u00e9sout, \u00e0 l&rsquo;instar de Montaigne, Rousseau, Chateaubriand, Rimbaud, Mallarm\u00e9, Blanchot<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-4' id='fnref-18880-4' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>4<\/a><\/sup>, par ce nouvel Artaud qui a fait le pas au-del\u00e0, qui a accompli sa <em>n\u00e9kuia<\/em> (je ne fais que paraphraser Lacoue.)<\/p>\n<p>Et celui-ci, donc :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0\u00c9crire, c&rsquo;est dire comment l&rsquo;on est mort. Et c&rsquo;est la pens\u00e9e m\u00eame, qui n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre \u00e9tonn\u00e9 de ceci que \u201cje suis\u201d mais qui est d&rsquo;\u00eatre boulevers\u00e9 de ceci que \u201cje n&rsquo;ai plus \u00e9t\u00e9\u201d.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un peu avant :<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;impossible exp\u00e9rience de la mort est l&rsquo;<em>autorisation<\/em> de la litt\u00e9rature, et il n&rsquo;est pas un \u00e9crivain en souci de son essence qui ne soit, de toujours, d\u00e9j\u00e0 mort. Sinon, qu&rsquo;aurait-il \u00e0 dire, d&rsquo;important ?<\/p><\/blockquote>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-chassez-le-naturel\/\">pigeon<\/a>, cette colombe de No\u00e9 vulgaire, malade et chue \u00e0 terre, l&rsquo;amour succ\u00e9dan\u00e9 du Christ qui flotte au bassin<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-5' id='fnref-18880-5' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>5<\/a><\/sup>, ces signes, qui \u00e9voquent \u00e0 la fois l&rsquo;alliance et le salut, d\u00e9notent que ces derniers sont sinon d\u00e9finitivement r\u00e9volus, du moins durablement en p\u00e9ril.<\/p>\n<p>On n&rsquo;est gu\u00e8re \u00e9tonn\u00e9.<\/p>\n<p>Mais \u00e9tonn\u00e9s, nous le sommes, de retrouver ici Derrida, son premier vers<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-6' id='fnref-18880-6' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>6<\/a><\/sup> : <em>glu de l\u2019\u00e9tang lait de ma mort noy\u00e9e<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;alliance (la col\u00e8re) et le salut (l&rsquo;exp\u00e9rience) passent, semble vouloir nous dire cette sc\u00e9nographie du vivant-mourant, la tortule arrach\u00e9e, le pigeon \u00e0 terre, le poisson noy\u00e9, chacun mort d&rsquo;une mortelle mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une mort juste (noyer le poisson, rabattre l&rsquo;oiseau, c&rsquo;est tuer par ce qui donne vie) et injuste (il y a la main de l&rsquo;homme l\u00e0-dedans), c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une mort naturelle (quoi de plus naturel que la mort) et <em>innaturelle<\/em> (ils n&rsquo;auraient pas d\u00fb mourir) voire surnaturelle (auraient-ils d\u00fb vivre, vivre ici ?).<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;issue possible : le vivant meurt. On n&rsquo;en sort pas. On ne sort pas de la mort, on ne ressuscite pas &#8212; jamais. \u00c0 moins de suivre l&rsquo;exemple d&rsquo;Artaud, de Blanchot et de tous les autres.<\/p>\n<p>C&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;accomplir sa <em>n\u00e9kuia<\/em>, sa n\u00e9quie : non pas descendre aux enfers et en revenir (ce que fait Orph\u00e9e : la catabase), car dans ce cas l&rsquo;on meurt et ressuscite &#8212; mais on ne ressuscite jamais ; mais invoquer les morts, aller leur parler, les faire venir \u00e0 nous (ce que fait Ulysse gr\u00e2ce \u00e0 Circ\u00e9e).<\/p>\n<p>Il faut accepter la mort, et m\u00eame plus que \u00e7a ; mieux : il faut l&rsquo;accueillir.<\/p>\n<p>Car lorsqu&rsquo;on a accept\u00e9 la mort, \u00e9cout\u00e9 ses fant\u00f4mes, pris la mesure de notre condition mortelle, alors on est en mesure de pleinement figurer la vie : non pas comme un soleil, mais un soleil avec la lune, non pas comme une aube, un jour, mais une aube et son cr\u00e9puscule, un jour avec sa nuit.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Mais il est temps de rassembler toutes les pistes que nous avons ouvertes comme par inadvertance (<i>occasionnellement<\/i>).<\/p>\n<p>Le vivant est le mourant (Lacoue dit : <em>la naissance est la mort<\/em>) ; se pencher sur la question du vivant, c&rsquo;est se souvenir de sa condition mortelle ; <em>anzi<\/em>, c&rsquo;est acquiescer \u00e0 la mort comme condition de la vie. Ce faisant, l&rsquo;hubris s&rsquo;apaise, se d\u00e9gonfle.<\/p>\n<p>De prime abord, c&rsquo;est un triste constat, qui met en jeu la premi\u00e8re personne, moi-je<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-7' id='fnref-18880-7' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>7<\/a><\/sup>. <i>Glu de l&rsquo;\u00e9tang<\/i>. Moi-je, en tant qu&rsquo;auteur (en tant que dieu<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-8' id='fnref-18880-8' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>8<\/a><\/sup>), je suis aussi un vivant, je suis donc aussi un mourant. Une aporie : <i>ma mort noy\u00e9e<\/i>. Car si je tue la mort ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est un triste constat d&rsquo;un certain point de vue ; en quelque sorte, il est lib\u00e9rateur : tant que je vis (c&rsquo;est-\u00e0-dire tant que je meurs) je ne suis pas mort, je suis m\u00eame sans mort, je suis litt\u00e9ralement immortel.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est un constat finalement joyeux. Tragique, c&rsquo;est-\u00e0-dire lucide, mais joyeux, c&rsquo;est-\u00e0-dire inquiet.<\/p>\n<p>Accueillir la mort, c&rsquo;est, comme le savaient bien les Romains, accueillir la m\u00e9moire (en l&rsquo;huis) et, par cons\u00e9quent, choyer la vie.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 \u00e0 quoi je suis parvenu, dans cette r\u00e9flexion : dans l&rsquo;univers glacial et infini, l&rsquo;impromptu de la vie est une exception. C&rsquo;est litt\u00e9ralement un miracle. Mais pas de dieu l\u00e0-dedans, sauf si on appelle dieu l&rsquo;inconnaissable, l&rsquo;inexplicable.<\/p>\n<p>La vie appara\u00eet sur la plan\u00e8te, caillou remuant dans l&rsquo;univers glacial et infini, et appara\u00eet comme une esp\u00e8ce d&rsquo;erreur physico-chimique : des mol\u00e9cules inertes deviennent sollertes : organiques. Des acides amin\u00e9s produisent des cellules qui aboutissent aux mille formes et couleurs du vivant que nous connaissons.<\/p>\n<p>Dans ce vivant exub\u00e9rant, la survie est de mise (ce en quoi tout vivant-mourant peut en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre qualifi\u00e9 de <em>survivant<\/em>), et tous les moyens sont permis.<\/p>\n<p>Le vivant c&rsquo;est la guerre.<\/p>\n<p>Les \u00eatres vivants sont des embo\u00eetements d&rsquo;organes, d&rsquo;organismes<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-9' id='fnref-18880-9' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>9<\/a><\/sup> et d&rsquo;esp\u00e8ces, formant un film dysfonctionnel sur la cro\u00fbte ou les oc\u00e9ans inertes du globe. Ce film s&rsquo;\u00e9tire. Les organes travaillent les acides anim\u00e9s, les esp\u00e8ces travaillent les organismes.<\/p>\n<p>La reproduction et la nutrition sont les moyens qu&rsquo;a trouv\u00e9s le vivant pour se survivre. L&rsquo;esp\u00e8ce use des organismes, et les organismes des organes. Les organes ne savent trop rien du patron (l&rsquo;organisme) ; les organismes ne savent trop rien du patron (l&rsquo;esp\u00e8ce). Chaque site (de l&rsquo;organe, de l&rsquo;organisme ou de l&rsquo;esp\u00e8ce) bosse pour soi, dans son milieu (<em>Umwelt<\/em>) et est relativement ind\u00e9pendant ou inconscient de son environ (<em>Umgebung<\/em>) (toute la question est de d\u00e9finir la fronti\u00e8re entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre, ou mieux : la nature de cette distance, ni ind\u00e9pendance, ni m\u00e9connaissance).<\/p>\n<p>Evidemment, le croisement de deux sph\u00e8res d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, de deux Umwelt, la rencontre entre deux \u00eatres, est permise et le r\u00e9sultat hasardeux (nutrition ou reproduction ?).<\/p>\n<p>Deux myst\u00e8res persistent, et persisteront : l&rsquo;origine de l&rsquo;animation des anim\u00e9s en organiques ; l&rsquo;\u00e9volution qui multiplie les esp\u00e8ces dont le patron (la vie ?) est absurde : poursuivre.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution est, pour ce qu&rsquo;on en sait, la lac\u00e9ration d&rsquo;un anc\u00eatre commun en plusieurs rameaux, dont les premiers sont les Bact\u00e9ries, les Arch\u00e9es (d&rsquo;autres \u00eatres proches des bact\u00e9ries) et les Eucaryotes (tout le reste, v\u00e9g\u00e9taux, champignons, animaux<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-10' id='fnref-18880-10' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>10<\/a><\/sup>). Et chacun se ramifie \u00e0 l&rsquo;envi, selon des r\u00e8gles et des processus qui nous restent, avouons-le, encore tr\u00e8s myst\u00e9rieux. Chaque nouvelle branche apporte son lot de nouveaut\u00e9s, de cr\u00e9ations qui seront conserv\u00e9es (ou non) ; mais la chose \u00e9trange est que si l&rsquo;on consid\u00e8re que la masse totale des \u00e9l\u00e9ments sur Terre est toujours la m\u00eame (ainsi de l&rsquo;eau), et qu&rsquo;on en suppose que la biomasse totale lui est inf\u00e9rieure, et peut-\u00eatre elle aussi limit\u00e9e, alors on ne se repr\u00e9sente pas tr\u00e8s bien la raison qui fait que, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, je peux croiser sur mon chemin une cyanophyc\u00e9e, une p\u00e2querette, un fr\u00eane, une param\u00e9cie, un cloporte, une clausilie, un rouge-gorge et un archiviste (sans parler d&rsquo;un fenouil ou d&rsquo;un cochon, d&rsquo;une vache ou d&rsquo;un piment, tous ceux-l\u00e0 au restaurant), dans le m\u00eame espace temps !<\/p>\n<p>En plus de cette situation globale &#8212; et du bazar que fomentent tous ces organismes &#8212; qui d\u00e9fait un peu le mythe d&rsquo;esp\u00e8ces parapluies, d&rsquo;esp\u00e8ces ing\u00e9nieures, il faut dire ceci : de ces millions d&rsquo;esp\u00e8ces, une seule a d\u00e9velopp\u00e9 le langage articul\u00e9 et le monde symbolique qui l&rsquo;accompagne, et c\u2019est bien s\u00fbr la n\u00f4tre. Eh bien je consid\u00e8re que cette \u00ab\u00a0\u00e9volution\u00a0\u00bb est, comme pour les autres caract\u00e8res acquis depuis le myst\u00e8re de la naissance, une erreur dans l&rsquo;erreur. Le monde physique a bogu\u00e9 : paf, le vivant. Rebogue, paf ! le v\u00e9g\u00e9tal. Rebogue, paf ! l&rsquo;animal. Rebogue, paf ! l&rsquo;humain. Et ainsi de suite.<\/p>\n<p>De l\u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation sans souffrance des atermoiements moraux des \u00e9lites concern\u00e9es. C&rsquo;est comme avec la mort. \u00c7a va mieux en le disant.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Puisqu&rsquo;il est l\u00e0 avec moi, je termine sur d&rsquo;autres vers, ceux d&rsquo;Oliver Rohe qui, pour ce qui concerne la nature de la violence et celle du sentiment d&rsquo;appartenance, demeure un t\u00e9moin lucide :<\/p>\n<blockquote><p>la vie repousse apr\u00e8s chaque bataille,<br \/>\ndans chaque bataille,<br \/>\nchaque bombardement,<br \/>\nelle n\u2019arr\u00eate pas de repousser,<br \/>\nn\u2019\u00e9tant elle-m\u00eame qu\u2019une branche r\u00e9gionale de la guerre<sup class='footnote'><a href='#fn-18880-11' id='fnref-18880-11' onclick='return fdfootnote_show(18880)'>11<\/a><\/sup><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-le-souterrain-numero-7\/\">\u279f<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-18880'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-18880-1'> Ici l&rsquo;on pourrait traduire comme le ferait Quignard : {&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;}, mais \u00e7a ne nous avancerait gu\u00e8re. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-2'> <i>L&rsquo;art de lier les \u00eatres<\/i>, Calmann-Levy, trad. E. Schiano di Pepe. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-3'> Encore une occasion : mon amie Samantha Marenzi est venue \u00e0 l&rsquo;Imec consulter les fonds li\u00e9s \u00e0 Artaud. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-4'> Et Virgile, Lucain, Dante, Joyce, Broch. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-5'> Faut-il rappeler que le poisson est le symbole de J\u00e9sus-Christ, son \u00e9quivalent en grec ancien <em>\u1f30\u03c7\u03b8\u03cd\u03c2\/ichth\u00fas<\/em>, reprenant les initiales de \u00ab <em>\u1f38\u03b7\u03c3\u03bf\u1fe6\u03c2 \u03a7\u03c1\u03b9\u03c3\u03c4\u1f78\u03c2 \u0398\u03b5\u03bf\u1fe6 \u03a5\u1f31\u03cc\u03c2, \u03a3\u03c9\u03c4\u03ae\u03c1\/I\u0113so\u00fbs Khrist\u00f2s Theo\u00fb Hui\u00f2s S\u014dt\u1e17r<\/em> \u00bb, \u00ab J\u00e9sus-Christ, Fils de Dieu, {notre} Sauveur \u00bb : <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/f\/f9\/Ichthys.svg\/1280px-Ichthys.svg.png\" width=\"50\". <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-6'> Et son dernier texte : <a href=\"https:\/\/www.idixa.net\/Pixa\/pagixa-0603141553.html\" target=\"blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.idixa.net\/Pixa\/pagixa-0603141553.html<\/a> <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-6'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-7'> On n&rsquo;en sort pas : j&rsquo;ai connu Derrida et Lacoue-Labarthe le m\u00eame jour, au colloque Blanchot &#8212; le m\u00eame jour que Monique Antelme &#8212; et tous sont disparus. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-7'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-8'> C&rsquo;est donc ce qu&rsquo;en vient \u00e0 dire Paulhan, dans notre fouille passionn\u00e9e dans le dossier des <em>Fleurs de Tarbes<\/em>, fragment 98i : \u00ab\u00a0en quel sens le po\u00e8te est dieu\u00a0\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-8'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-9'> On pourrait dire \u00ab\u00a0individus\u00a0\u00bb, mais avec le recul, je juge ce terme impropre : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;individu au sens strict si on entend par-l\u00e0 une unit\u00e9 d&rsquo;esp\u00e8ce (nous portons mille esp\u00e8ces sur notre peau, dans nos organes, partout, nous leur servons litt\u00e9ralement d&rsquo;habitats) et puis c&rsquo;est un biais humain : l&rsquo;illusion ou l&rsquo;espoir que nous sommes des entit\u00e9s libres, autonomes ; mais non, l&rsquo;esp\u00e8ce veille encore en nous, m\u00eame chez les humains les plus puissants, par le pouvoir de l&rsquo;argent, de la connaissance ou de la sagesse. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-9'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-10'> Vois les sites qui tentent de repr\u00e9senter cet \u00ab\u00a0arbre\u00a0\u00bb de la vie : Life map (<a href=\"https:\/\/lifemap-ncbi.univ-lyon1.fr\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/lifemap-ncbi.univ-lyon1.fr\/<\/a>), ou celui de One Zoom : <a href=\"https:\/\/www.onezoom.org\/life\/@biota=93302?pop=on_1&#038;otthome=%40%3D568878#x941,y1960,w6.7092\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">https:\/\/www.onezoom.org\/life\/@biota=93302?pop=on_1&#038;otthome=%40%3D568878#x941,y1960,w6.7092<\/a>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-10'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18880-11'> Oliver Rohe, <em>Chant baln\u00e9aire<\/em>, Allia. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18880-11'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; En naissant nous mourrons chaque jour. (Manilius) &nbsp; : st-ce une mal\u00e9diction : bien s\u00fbr que non : une r\u00e9v\u00e9lation ? : &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1 : Glu de l&rsquo;\u00e9tang lait de ma mort noy\u00e9e Le premier texte publi\u00e9 par Derrida est ce vers, livr\u00e9 dans Glas. J&rsquo;y cherchais des fleurs, celles de Genet (plus que celles&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4106,851,2441],"tags":[4147,3426,163,4146,2442,4144,4150,4145,760,1498,525,4122,2209,262,3109,2053,3381,1551,38,444,92,500,4143,3316,4152,4151,1495,4109,132,1169,4149,4148,565,948,4132],"class_list":["post-18880","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archivive","category-rencontres","category-residences","tag-achile","tag-animal","tag-antonin-artaud","tag-archee","tag-archive","tag-bacterie","tag-cellule","tag-champignon","tag-dieu","tag-enfer","tag-fantome","tag-imec","tag-immortalite","tag-jacques-derrida","tag-jakob-von-uexkull","tag-jesus-christ","tag-liliade","tag-lodyssee","tag-maurice-blanchot","tag-memoire","tag-monique-antelme","tag-mort","tag-mourant","tag-oliver-rohe","tag-organe","tag-organisme","tag-orphee","tag-paolo-milone","tag-philippe-lacoue-labarthe","tag-ulysse","tag-umgebung","tag-umwelt","tag-vegetal","tag-vie","tag-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18880","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18880"}],"version-history":[{"count":18,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18880\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19080,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18880\/revisions\/19080"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18880"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18880"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18880"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}