{"id":18879,"date":"2024-10-21T19:47:39","date_gmt":"2024-10-21T17:47:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18879"},"modified":"2026-04-17T23:57:04","modified_gmt":"2026-04-17T21:57:04","slug":"archivive-fleurs","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-fleurs\/","title":{"rendered":"Archivive &#8212; fleurs"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-19010\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-1024x576.jpg 1024w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-768x432.jpg 768w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-1536x864.jpg 1536w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-2048x1152.jpg 2048w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/IMG_20240707_174718_747-850x478.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui ne me touche gu\u00e8re, chez Rembrandt, c\u2019est l&rsquo;esp\u00e8ce de flou d&rsquo;auberge, de condensation de verre, ou de graisse d&rsquo;animal.<\/p>\n<p>Pourtant je sens bien qu&rsquo;il y a l\u00e0 quelque v\u00e9rit\u00e9 qui m&rsquo;interpelle.<\/p>\n<p>Je cherche des fleurs.<\/p>\n<p>Alors que je suis en pleine classification de mon archive personnelle (un effet sans doute de ma pr\u00e9sence \u00e0 l&rsquo;Imec), donc un plongeon dans la m\u00e9moire m\u00eame, je revois non seulement ces fleurs que j&rsquo;ai plus ou moins oubli\u00e9es<sup class='footnote'><a href='#fn-18879-1' id='fnref-18879-1' onclick='return fdfootnote_show(18879)'>1<\/a><\/sup>, mais aussi souvent leur milieu propre, et parfois m\u00eame les circonstances de leur rencontre (balade, \u00e9tude, voyage), sans parler des gens avec qui j&rsquo;ai pu les voir (Luc, Ren\u00e9, et tous les autres), de sorte que c&rsquo;est tout un processus de descente non aux enfers mais au pass\u00e9 (mais c\u2019est un peu pareil : cet \u00eatre-l\u00e0 que j&rsquo;\u00e9tais n&rsquo;est plus), ou plut\u00f4t, comme je disais pr\u00e9c\u00e9demment, un dialogue avec ce qui n&rsquo;est plus, plut\u00f4t qu&rsquo;une catabase, ce qui me fait dire qu&rsquo;un herbier (physique ou photographique), un coquillier, est \u00e0 la fois une g\u00e9ographie et une histoire. Et pour tout dire une autobiographie, une autog\u00e9ographie.<\/p>\n<p>Alors donc que je cherche des fleurs, et que j&rsquo;en nomme (dans ma base de donn\u00e9es), je me dis tout de m\u00eame : oui il y a les fleurs des Fleurs de Tarbes, on a d\u00e9j\u00e0 fait le jeu de mot&#8230; il y a \u00ab\u00a0une fleur\u00a0\u00bb de Mallarm\u00e9, d&rsquo;ailleurs, qui lui fait \u00e9cho, et que Blanchot transformera, le geste est facile, en \u00ab\u00a0une femme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Puis me revient celui qui ne cesse de revenir, de hanter ces textes comme ces lieux de par sa proximit\u00e9 (voir le <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-le-souterrain-numero-7\/\">Souterrain num\u00e9ro 7<\/a>), Jacques Derrida.<\/p>\n<p>En effet j&rsquo;avais oubli\u00e9 (?) que Derrida avait \u00e9crit <em>Glas<\/em> (que dans mon esprit j&rsquo;avais confondu avec <em>La carte postale<\/em>, allez savoir pourquoi). Que Glas parle de fleurs, et aussi de Jean Genet.<\/p>\n<p>Que Genet porte un nom de fleur. Et l&rsquo;une des plus belles. \u00c7a aussi c&rsquo;\u00e9tait \u00e9vident<sup class='footnote'><a href='#fn-18879-2' id='fnref-18879-2' onclick='return fdfootnote_show(18879)'>2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Et bien s\u00fbr qu&rsquo;il a \u00e9crit <em>Notre-Dame-des-Fleurs<\/em> et <em>Miracle de la rose<\/em>. Le rapprochement avec Proust, soulign\u00e9 par un autre fant\u00f4me en ces lieux, Sollers, que je go\u00fbte peu pourtant<sup class='footnote'><a href='#fn-18879-3' id='fnref-18879-3' onclick='return fdfootnote_show(18879)'>3<\/a><\/sup>, est assez \u00e9vident : la <em>Recherche<\/em> est \u00e9maill\u00e9e pour ne pas dire truff\u00e9e de dizaines de r\u00e9f\u00e9rences aux sciences naturelles et \u00e0 la botanique, \u00e0 Darwin, \u00e0 Fabre, \u00e0 Maeterlinck peut-\u00eatre&#8230; La rencontre de Charlus et Jupien, qui ouvre <em>Sodome et Gomorrhe<\/em>, est, de ce point de vue, embl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Tout ce passage sur la sexualit\u00e9 hermaphrodite de la plupart des fleurs tend \u00e0 conf\u00e9rer, voire pr\u00e9server, \u00e0 la sc\u00e8ne, un caract\u00e8re po\u00e9tique.<\/p>\n<blockquote><p>D\u00e8s que j\u2019eus consid\u00e9r\u00e9 cette rencontre de ce point de vue, tout m\u2019y sembla empreint de beaut\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais aussi, et c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 je voulais en venir, ces retournements et d\u00e9placements, venaient conforter ce qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent je pensais de l&rsquo;individu m\u00eame. Pour ces auteurs, il es question de la singularit\u00e9 d&rsquo;une exp\u00e9rience, tellement particuli\u00e8re qu&rsquo;elle contrevient \u00e0 ce qu&rsquo;on entend g\u00e9n\u00e9ralement par la nature des choses ; or les v\u00e9g\u00e9taux le montrent bien, mais tout le vivant, la nature des choses n&rsquo;a que peu de rapport avec la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et conformiste de leur \u00e9poque.<\/p>\n<p>O\u00f9 je retrouve Rembrandt : quelque chose ne m&rsquo;attire pas chez Rembrandt, mais je l&rsquo;accepte volontiers. Parce que ce quelque chose de Rembrandt, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je cherche ou fantasme dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine : une forme de crudit\u00e9 qui est en m\u00eame temps un marque de lucidit\u00e9, et donc &#8212; pour moi &#8212; un gage de destin\u00e9e commune.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tr\u00e8s \u00e9trange ce cheminement que je fais via \u00ab\u00a0une fleur\u00a0\u00bb. Mais c&rsquo;est tr\u00e8s \u00e9trange ce que je suis venu chercher en ces murs, \u00e0 savoir un t\u00e9moignage du vivant &#8212; quand en r\u00e9alit\u00e9 j&rsquo;ai d\u00e9couvert &#8212; non sans banalit\u00e9 s&rsquo;entend &#8212; simplement, une m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Un herbier.<\/p>\n<p>Un livre.<\/p>\n<p>La mort m\u00eame, la mort vivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-sous-nos-yeux\/\">\u279f<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-18879'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-18879-1'> Certaines, de mon ancien territoire, disons la Dr\u00f4me, Dieulefit, et, pour tout dire, la portion du GR9 qui s&rsquo;\u00e9tend de la Viale \u00e0 la chapelle de Comps, plut\u00f4t rares, et que je ne les ai pas revues, <i>en vrai<\/i>, <i>vivantes<\/i> depuis longtemps (<em>Daphne cneorum<\/em>, <em>Spiranthes spiralis<\/em>, <em>Sorbus torminalis<\/em>), ou d&rsquo;autres que, hasard faisant, je n&rsquo;ai pas eu l&rsquo;occasion de contacter &#8212; comme on dit &#8212; depuis leur premi\u00e8re fois (<em>Allium moschatum<\/em>, <em>Campanula medium<\/em>, <em>Alyssum serpillifolium<\/em>), ou enfin dont je n&rsquo;ai pas de photographie (<em>Vincetoxicum nigrum<\/em>, <em>Bellidiastrum michelli<\/em>, <em>Plantago argentea<\/em>, par exemple), ou dont je n&rsquo;ai que des photographies rat\u00e9es (<em>Ranunculus revellieri<\/em>, <em>Ajuga pyramidalis<\/em>, <em>Polygonatum verticillum<\/em><sup>Note dans la note Travaillant sur la m\u00e9moire encore, avec <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/bobines\/\">Bobines<\/a><\/em>, mais aussi \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une c\u00e9l\u00e9bration toute intime \u00e0 Chauvac-Laux-Montaux, et encore \u00e0 celle de l&rsquo;invitation dans e Haut-Jura j&rsquo;en ai profit\u00e9 pour les chercher, et j&rsquo;ai revu le Daphn\u00e9, le Dompte-venin, la Fausse p\u00e2querette et le Plantain, en un <em>tournemain<\/em> !<\/sup><\/em>). J&rsquo;ai ces exemples, entre autres, en <i>m\u00e9moire<\/i>, et si parfois \u00e0 la m\u00e9moire charnelle suppl\u00e9e la m\u00e9moire de la machine, d&rsquo;autres fois, il ne me reste que les yeux de ma m\u00e9moire pour pleurer. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18879-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18879-2'> Le premier fonds de l&rsquo;Imec ? Et le savoir, la gentillesse et la malice d&rsquo;Albert Dichy, ici pr\u00e9sent. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18879-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18879-3'> <em>Fleurs<\/em>, Hermann, 2006. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18879-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce qui ne me touche gu\u00e8re, chez Rembrandt, c\u2019est l&rsquo;esp\u00e8ce de flou d&rsquo;auberge, de condensation de verre, ou de graisse d&rsquo;animal. Pourtant je sens bien qu&rsquo;il y a l\u00e0 quelque v\u00e9rit\u00e9 qui m&rsquo;interpelle. Je cherche des fleurs. 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