{"id":18731,"date":"2024-09-20T12:49:50","date_gmt":"2024-09-20T10:49:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18731"},"modified":"2024-11-01T11:14:24","modified_gmt":"2024-11-01T09:14:24","slug":"archivive-archimorte","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-archimorte\/","title":{"rendered":"Archivive &#8212; archimorte"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18788\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-1024x575.jpg 1024w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-768x431.jpg 768w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-1536x863.jpg 1536w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-2048x1150.jpg 2048w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/DSC04426-850x478.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors que je pr\u00e9pare une rencontre qu&rsquo;on m&rsquo;a propos\u00e9e dans le cadre des Journ\u00e9es du patrimoine, Antoine Mouton, ci-pr\u00e9sent r\u00e9sident, me parle du c\u00f4t\u00e9 morbide de l&rsquo;archive.<\/p>\n<p>Je crois avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9trange r\u00e9v\u00e9rence faite ici aux auteurs et surtout \u00e0 leurs papiers : les archives, les carnets, les correspondances, les \u00e9diteurs&#8230; rassembl\u00e9s dans un dispositif \u00e9tonnant qui associe un b\u00e2timent qui ressemble \u00e0 une installation de service secret, avec son souterrain (l&rsquo;archive en tant que telle), et une abbatiale transform\u00e9e en biblioth\u00e8que, un peu comme un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur qui divulgue les secrets de ses circuits, de son processeur, de sa m\u00e9moire, de ses donn\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;attention, s\u00e9v\u00e8re et moderne (la conservation) d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, quasi mystique et patrimoniale (la consultation) de l&rsquo;autre, ce d\u00e9calage, entre science et foi, ne laisse pas d&rsquo;interroger. L&rsquo;\u00e9glise, si elle donc associ\u00e9e \u00e0 une simple surface, mais donc \u00e0 une esp\u00e8ce de sc\u00e8ne (o\u00f9 se joue l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement de la rencontre avec l&rsquo;archive), malgr\u00e9 son exub\u00e9rante architecture, ne dissimule jamais qu&rsquo;un catalogue \u00e9norme de mots, sis sous la terre, cach\u00e9s, prot\u00e9g\u00e9s, occult\u00e9s, et fonctionne ainsi &#8212; comme c\u2019est le cas de la cath\u00e9drale typique du Moyen \u00c2ge. Malgr\u00e9 son apparent volume, c&rsquo;est un assemblage de surfaces, comme le v\u00e9g\u00e9tal, de support \u00e0 ce type singulier de photosynth\u00e8se qui est la lecture-\u00e9criture.<\/p>\n<p>Antoine est impressionn\u00e9 (ce n&rsquo;est pas le seul) par ce b\u00e2timent, l&rsquo;\u00e9glise qui \u00e9crase, en quelque sorte, de par sa seule pr\u00e9sence, la connaissance (le savoir) et son aiguillon, la curiosit\u00e9 (la recherche).<\/p>\n<p>La question est : que vient-on chercher dans l&rsquo;archive ?<\/p>\n<p>Avan\u00e7ons prudemment.<\/p>\n<p>Prosa\u00efquement, on dirait que ce que l&rsquo;on cherche dans l&rsquo;archive est la parole des morts, l&rsquo;archive servant en quelque sorte de passage vers le monde des morts, ou, plus justement, la biblioth\u00e8que, s&rsquo;\u00e9levant sur terre vers le ciel, servant d&rsquo;interface vers le royaume des morts, l&rsquo;archive en tant que telle \u00e9tant, elle, souterraine, enterr\u00e9e, litt\u00e9ralement sous terre.<\/p>\n<p>Pour avoir \u00e9t\u00e9 dans la biblioth\u00e8que \u00e0 compulser, avec autant d&rsquo;avidit\u00e9 que d&rsquo;humilit\u00e9, ce qu&rsquo;il convient bien d&rsquo;appeler des \u00ab\u00a0reliques\u00a0\u00bb, les notes autographes, les in\u00e9dits (qui sont toujours en quelque sorte intimes, autographes, m\u00eame \u00ab\u00a0tap\u00e9s\u00a0\u00bb), desquels nous nous persuadons de d\u00e9celer sinon un sens cach\u00e9 (l&rsquo;information manquante, la citation perdue et r\u00e9v\u00e9latrice), du moins un signe, un quelque-chose qui nous parle directement.<\/p>\n<p>De sorte que, ce que nous cherchons chez les morts, ce que nous allons chercher chez les auteurs qui nous passionnent et qui ne sont plus<sup class='footnote'><a href='#fn-18731-1' id='fnref-18731-1' onclick='return fdfootnote_show(18731)'>1<\/a><\/sup>, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment une part de nous-m\u00eames&#8230;<\/p>\n<p>Et ici deux corollaires qui me paraissent fondamentaux :<\/p>\n<p>1. que ce qui est en jeu dans la recherche (c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi bien dans la critique que dans la lecture) c&rsquo;est une forme tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e (et donc assez fonci\u00e8rement moderne, n&rsquo;en d\u00e9plaise aux f\u00e2cheux) de lien social, au sein d&rsquo;une aire culturelle donn\u00e9e, quitte \u00e0 l&rsquo;\u00e9largir dans la rencontre de soci\u00e9t\u00e9s \u00e9loign\u00e9es qui au besoin se passeraient de livres, mais au besoin pourraient tout aussi bien y recourir dans un geste d&rsquo;abandon \u00e0 la culture occidentale ;<\/p>\n<p>2. que ce qui est en jeu dans la question du livre, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la culture, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la noosph\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans le monde des humains en tant qu&rsquo;humains (quelles que soient les origines, les d\u00e9clinaisons), c&rsquo;est-\u00e0-dire des seuls vivants poss\u00e9dant le langage organis\u00e9, et donc la mort et le mythe par-devers soi, ce qui en jeu donc est l&rsquo;acceptation de cet \u00e9tat, de ce fait, et par cons\u00e9quent l\u2019acceptation de la mort, de la pr\u00e9sence de la mort dans nos vies, et de la condition de vivant entendu comme mourant, fondamentalement, inexorablement, fatalement ; la condition donc de la finitude de l&rsquo;individu (son excellente non-libert\u00e9, non-possibilit\u00e9), de l&rsquo;annexion d&rsquo;une partie de son \u00eatre par ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas (ni vivant, ni individuel), de la place prise par l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;une part, par la soci\u00e9t\u00e9 (un destin d&rsquo;esp\u00e8ce \u00ab\u00a0au carr\u00e9\u00a0\u00bb) d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p>De sorte que, \u00e0 nouveau, c&rsquo;est un bonheur d&rsquo;\u00eatre vivant que de parcourir les noms des cimeti\u00e8res, les livres des biblioth\u00e8ques, et les archives des archives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-patrimoines\/\">\u279f<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-18731'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-18731-1'> Le cas, tr\u00e8s intriguant et perturbant, des auteurs vivants qui ont d\u00e9pos\u00e9 d\u00e9j\u00e0 leurs archives, surtout s&rsquo;ils sont relativement jeunes &#8212; relativement destin\u00e9es \u00e0 ne pas mourir &#8212; doit \u00eatre ici mis de c\u00f4t\u00e9. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18731-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Alors que je pr\u00e9pare une rencontre qu&rsquo;on m&rsquo;a propos\u00e9e dans le cadre des Journ\u00e9es du patrimoine, Antoine Mouton, ci-pr\u00e9sent r\u00e9sident, me parle du c\u00f4t\u00e9 morbide de l&rsquo;archive. 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