{"id":18215,"date":"2024-05-10T15:37:08","date_gmt":"2024-05-10T13:37:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18215"},"modified":"2025-11-14T11:34:55","modified_gmt":"2025-11-14T09:34:55","slug":"bobines-05","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-05\/","title":{"rendered":"Le Fau &#8212; Bobines 05"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Capture-decran-du-2024-05-10-15-38-55-300x222.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"222\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18220\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Capture-decran-du-2024-05-10-15-38-55-300x222.png 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Capture-decran-du-2024-05-10-15-38-55.png 520w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\">Le signe \u070d indique de futurs d\u00e9veloppements au sein d&rsquo;un appareil compl\u00e9mentaire<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Fau, pour une version griotienne du <i>faux<\/i>-Jabron\u070d, mais plus probablement li\u00e9 au nom local du h\u00eatre, le <em>fau<\/em>\/fayard (du latin <em>fagus<\/em>\/italien <em>faggio<\/em>). Le Jabron la rivi\u00e8re principale de Dieulefit, affluent du Roubion et du Rh\u00f4ne (\u00e0 Mont\u00e9limar)<sup class='footnote'><a href='#fn-18215-1' id='fnref-18215-1' onclick='return fdfootnote_show(18215)'>1<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Cette petite rivi\u00e8re joue un r\u00f4le capital dans cette histoire, mon histoire et l&rsquo;histoire du lieu. Affluent du Jabron\u070d donc, elle prend sa source au nord de la montagne de Roc\u070d, l&rsquo;une des sept<sup class='footnote'><a href='#fn-18215-2' id='fnref-18215-2' onclick='return fdfootnote_show(18215)'>2<\/a><\/sup> belles collines qui enserrent le village et lui donnent cet \u00e9crin am\u00e9thyste, au niveau du col de Vesc\u070d, sur la commune \u00e9ponyme. On le remonte le long de la route de Comps\u070d. Je cite ces noms non seulement parce qu&rsquo;ils sont beaux, Comps, Vesc, mais aussi parce que ce sont les seigneurs de Comps et Vesc, deux maisons du Haut Moyen-\u00c2ge qui se disputent le pouvoir localement apr\u00e8s l&rsquo;An Mil, qui vont fonder Dieulefit, d&rsquo;abord sous la forme d&rsquo;une maladrerie (peut-\u00eatre du fait du climat).<\/p>\n<p>Au col de Vesc, \u00e0 la bonne saison, entre le 15 avril et le 15 mai, on peut trouver une explosion d&rsquo;orchid\u00e9es avec pas moins d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;esp\u00e8ces de mani\u00e8re contemporaine, dont la fameuse <em>Ophrys drumana<\/em>, l&rsquo;Ophrys de la Dr\u00f4me, aujourd&rsquo;hui ramen\u00e9 dans le giron d&rsquo;<em>Ophrys saratoi<\/em>, dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans <em>GEnove<\/em>.<\/p>\n<p>Tout le monde aime Vesc\u070d et Comps\u070d, leurs paysages (un plateau de prairies de fauche et de fourrage, parfois humides, et de marnes, qui donne sur Saou, les Trois-Becs et Couspeau, <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/mielandre\/\">Mi\u00e9landre<\/a> et Ang\u00e8le), leurs picodons, leurs ch\u00e2teaux et chapelles &#8212; la chapelle de Comps\u070d, inachev\u00e9e et \u00e9l\u00e9gamment d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, est class\u00e9e l&rsquo;une des plus belles de l&rsquo;art roman mondial<sup class='footnote'><a href='#fn-18215-3' id='fnref-18215-3' onclick='return fdfootnote_show(18215)'>3<\/a><\/sup>, et c&rsquo;est l&rsquo;un des clous du secteur. Que le Fau\u070d vienne de l\u00e0 me rassure et me pla\u00eet. Le Jabron\u070d, du reste, vient lui aussi du plateau, sur la commune de Comps : on con\u00e7oit alors la logique de Dieulefit.<\/p>\n<p>Le Fau\u070d et le Jabron\u070d viennent donc arroser Dieulefit, et permettent, en des points strat\u00e9giques, l&rsquo;installation des industries textiles, en particulier les usines de soie et de draperie Morin\u070d, \u00e0 la Fa\u00efence\u070d comme aux Reymonds\u070d. Nous sommes dans la r\u00e9gion du ver \u00e0 soie et les petits ruisseaux bien fournis font tourner les machines. Du canal d&rsquo;amen\u00e9e du site des Reymonds\u070d, je n&rsquo;ai qu&rsquo;un vague souvenir ; en revanche je me souviens tr\u00e8s bien de l&rsquo;exploration t\u00e9m\u00e9raire du Fau\u070d, seul ou avec ma chienne, ou avec l&rsquo;ami N. (qui y p\u00e9chait, d&rsquo;ailleurs). En aval, c&rsquo;\u00e9tait simple, hormis une grande cascade dont il fallait faire le tour, puis une seconde au niveau du camping, \u00e0 la confluence avec le Jabron\u070d. En amont, c&rsquo;\u00e9tait une aventure incroyable, dans les ronces, sous la ripisylve mixte de bois tendres et durs, les pieds dans l&rsquo;eau, jusqu&rsquo;\u00e0 Beauvallon\u070d, justement. Au-del\u00e0 cela devenait quasiment impossible.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce paysage de jungle que je formais mon attention \u00e0 la nature. \u00c7&rsquo;avait commenc\u00e9 avec des populations de bourgognes dans les orties non loin de la distillerie. Puis la d\u00e9couverte de la microfaune du cours d&rsquo;eau, qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0macroinvert\u00e9br\u00e9s\u00a0\u00bb. Un petit guide en poche, et je cherchais avidement gerris et notonectes, mais bien vite des \u00e9l\u00e9ments plus discrets ou secrets : toute la panoplie des vers ronds et plats, les moches larves de tipule et autres dipt\u00e8res, les gammares et microcrustac\u00e9s, larves de perles, de porte-bois, de dytiques, les voraces larves de libellules et leur masque de chasse, la f\u00e9roce n\u00e8pe cendr\u00e9e et ses pinces inoffensives. Puis ce furent les poissons, et peut-\u00eatre quelques plantes, je ne sais plus.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par ces \u00eatres fragiles de l&rsquo;eau, je me rappelle avoir pass\u00e9 des heures devant le bassin de l&rsquo;Harmas de Jean-Henri Fabre, enfant, avec ma m\u00e8re et ma grand-m\u00e8re.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 dans <em>F\u00e9roce<\/em> cette passion qui m&rsquo;avait conduit \u00e0 r\u00e9cr\u00e9er l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me dans une esp\u00e8ce de bac \u00e0 sable dans le jardin d&rsquo;\u00e9t\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait pour moi un paradis, un monde clos, une utopie. Et je me passionnais alors pour les milieux naturels, consid\u00e9r\u00e9s comme tels : de petites plan\u00e8tes autonomes, avec leur vie associ\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c9videmment lorsque je revins \u00e0 Dieulefit, avec mes cours de BTS, toutes ces sensations et impressions remontaient \u00e0 la surface. Mais je d\u00e9laissais le Fau\u070d (pour le Lez\u070d, de nouveau ce \u00ab\u00a0pas de c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Je commen\u00e7ais \u00e0 collectionner les cartes IGN. J&rsquo;achetais celle de Dieulefit, la premi\u00e8re, et je disais \u00e0 ma famille : mais pourquoi on ne conna\u00eet pas les gens de Vesc\u070d, de Comps\u070d ? Pourquoi on ne va pas jamais Teyssi\u00e8res\u070d ?<\/p>\n<p>Un peu plus t\u00f4t j&rsquo;avais commenc\u00e9 \u00e0 randonner avec un autre ami, S., et ses parents : les Plaines, Rachas, puis Mi\u00e9landre, Cougoir, la Lance&#8230; Je m&rsquo;int\u00e9ressais de plus \u00e0 ces villages autour de la Malaboisse\u070d (la route de Nyons et, incidemment, de Valr\u00e9as\u070d), et je tombais en admiration devant le Lez\u070d, l&rsquo;<em>autre<\/em> rivi\u00e8re. Je devais faire un stage pour le BTS, et je me rapprochais du Syndicat de gestion du Lez, et proposais une \u00e9tude des milieux de l&rsquo;amont du Lez, quatre communes de mon canton : Roche-Saint-Secret-B\u00e9conne, Montjoux (dont on conna\u00eet mieux un quartier, la Paillette), Teyssi\u00e8res et&#8230; Vesc. Et de l\u00e0 naquit l&rsquo;aventure de la Maison de la Lance, que je ne vais pas aborder ici.<\/p>\n<p>Ainsi je mettais vers le cap vers un sud toujours plus avide, qui me d\u00e9tacha bient\u00f4t de Dieulefit. \u00c0 juste titre : l&rsquo;usine Billion fusionna avec une autre entit\u00e9, Mayor, et j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 la suite. Mon p\u00e8re mourut en 2007, je me transf\u00e9rais \u00e0 Taulignan en 2010, et ma m\u00e8re d\u00e9m\u00e9nagea \u00e0 Mont\u00e9limar en 2014 ou 2015, et elle disparut en 2019.<\/p>\n<p>Comme lors des crues d\u00e9vastatrices de 1991 et 1992, et comme toujours, l&rsquo;eau du Fau\u070d (l&rsquo;eau du Jabron\u070d ou du Lez\u070d, l&rsquo;eau du Rh\u00f4ne) avait tout emport\u00e9 sur son passage, la m\u00e9moire comme l&rsquo;oubli.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\"><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/bobines\/\">Pr\u00e9sentation<\/a> \u2194 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-04\/\">Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2193\u2191 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-06\/\">Suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-18215'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-18215-1'> Il existe trois autres Jabron, plus au sud ; dans les Baronnies, un affluent de la Durance (04-84) ; un autre affluent de la Durance est le Riou du Jabron (04-04) ; un autre enfin, affluent du Verdon (04-83). Notre \u00ab\u00a0Jabron\u00a0\u00bb vient d&rsquo;un mot celtique *<i>gava<\/i> qui d\u00e9signe les ruisseaux de montagne ; pour le n\u00f4tre &lsquo;\u00a0\u00bbW. von Wartburg rattache la forme jabron \u00e0 la base celtique ou pr\u00e9celt. gab-\/gav- (=> gave ; gaver, gavache, gavot\u2026) qui d\u00e9signerait primitivement la gorge. Cet auteur remet en question le clich\u00e9 gavot\/gabot\/gavouot\u2026 = homme grossier, rustre, ladre, souvent go\u00eetreux ; il rattache \u00e9galement les gavots, gabords, gavotti\u00e8res qui d\u00e9signent des embarcations sur la Loire ainsi que les gabar(r)es de Charente o\u00f9 coule une riv. Gaveronne ; il cite aussi les Gabales, montagnards de Loz\u00e8re, pillards redout\u00e9s que les Espagnols avaient les premiers appel\u00e9s gavachos, par adjonction d&rsquo;un suff. p\u00e9joratif. Sa th\u00e9orie est de dire que gavot d\u00e9signe non pas \u00ab\u00a0la gorge de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0l&rsquo;homme des gorges\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0gavot\u00a0\u00bb, menuisier, \u00e9tait primitivement \u00ab\u00a0le flotteur de bois\u00a0\u00bb. (<em>Propos d&rsquo;\u00e9tymologie sociale 1 : Des mots sur la gr\u00e8ve<\/em>, Maurice Tournier, 2002)\u00a0\u00bb) ; les autres \u00ab\u00a0Jabrons\u00a0\u00bb viennent peut-\u00eatre  \u00ab\u00a0du gaul. gabro, ch\u00e8vre, ou selon Mistral du prov. aiga bruna ?\u00a0\u00bb, ces informations revenues du site de Pierre Gastal, <i>Noms de lieux et de rivi\u00e8res de France<\/i> : https:\/\/www.lieuxetrivieresdefrance.fr\/  <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18215-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18215-2'> avec Les Plaines\u070d, Rachas\u070d, Saint-Maurice\u070d, Ventes\u070d, Montmirail\u070d, Doubl\u00e8ze\u070d. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18215-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-18215-3'> Par mes services. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-18215-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le signe \u070d indique de futurs d\u00e9veloppements au sein d&rsquo;un appareil compl\u00e9mentaire &nbsp; Le Fau, pour une version griotienne du faux-Jabron\u070d, mais plus probablement li\u00e9 au nom local du h\u00eatre, le fau\/fayard (du latin fagus\/italien faggio). 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