{"id":16719,"date":"2023-06-18T11:56:19","date_gmt":"2023-06-18T09:56:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=16719"},"modified":"2024-10-01T11:45:11","modified_gmt":"2024-10-01T09:45:11","slug":"livret-de-faillite-christophe-manon","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/livret-de-faillite-christophe-manon\/","title":{"rendered":"Livret de faillite<br \/><font size=\"4\">Po\u00e8te cherche r\u00e9cit, 3 : Christophe Manon<\/font>"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Manon_Extremes-et-lumineux.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Manon_Pature-du-vent.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" \/> &nbsp;&nbsp;&nbsp; <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Manon_Porte-du-soleil.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" \/><\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La passion selon Christophe Manon est un livret de famille : <em>Extr\u00eames et lumineux<\/em>, cette enqu\u00eate-r\u00e9demption sur les traces de ses a\u00efeux, s&rsquo;ach\u00e8ve avec le troisi\u00e8me volet intitul\u00e9 <em>Porte du soleil<\/em>, qui fait donc suite \u00e0 <em>Extr\u00eames et lumineux<\/em> (2015) et <em>P\u00e2ture de vent<\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-16719-1' id='fnref-16719-1' onclick='return fdfootnote_show(16719)'>1<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Cette \u0153uvre courageuse, singuli\u00e8re dans le paysage aussi bien po\u00e9tique que narratif contemporain, m\u00e9rite que l&rsquo;on s&rsquo;y attarde un instant. On s&rsquo;y attarde un instant, trop bref sans doute pour en saisir toute la moelle (et quelle organique moelle !), mais toujours avec l&rsquo;intention de d\u00e9crire (\u00e0 d\u00e9faut de comprendre ou d&rsquo;analyser) cet attrait singulier du po\u00e8te, subitement, ou pour un projet pr\u00e9cis, vers la forme narrative. Ce texte est notre troisi\u00e8me volet \u00e0 nous, apr\u00e8s Brosseau et Ta\u00efeb, de <em>Po\u00e8te cherche r\u00e9cit<\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-16719-2' id='fnref-16719-2' onclick='return fdfootnote_show(16719)'>2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>\u00ab\u00a0Toi qu\u2019as\u00a0\u00bb, pacte d&rsquo;\u00e9criture<\/h3>\n<p>Un cycle se termine donc, pour le po\u00e8te qui s&rsquo;est lanc\u00e9, avec cette suite dans l\u2019aventure d\u2019un texte qui touche lascivement au r\u00e9cit. Entrons directement avec ce que les Italiens appellent le \u00ab\u00a0clou\u00a0\u00bb (en fran\u00e7ais dans le texte) de cette \u0153uvre expiatoire \u2013 le vif du sujet.<\/p>\n<blockquote><p>Adolescent, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 investi en quelque sorte par mon grand-p\u00e8re de la mission de devenir un \u00e9crivain.<\/p>\n<p>Toi qui as de l\u2019instruction [\u2026], toi qui as fait des \u00e9tudes et qui lis presque autant que moi, tu pourras un jour coucher par \u00e9crit tout ce que je te raconte l\u00e0, tu pourras rapporter mon histoire et celle des tiens, tu publieras des livres dans lesquels nous serons les h\u00e9ros et tu entretiendras notre souvenir comme j\u2019entretiens mon jardin, avec application et respect. (EL)<\/p><\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 ce qu&rsquo;on lit dans EL, et qu&rsquo;on retrouve, \u00e0 peine abr\u00e9g\u00e9, dans PV :<\/p>\n<blockquote><p>Toi qu\u2019as de l\u2019instruction et qu\u2019as fait des \u00e9tudes, t\u2019aurais pu \u00e9crire un roman rien qu\u2019en racontant ma vie. (PV)<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette \u00e9criture, ou tout au moins l&rsquo;\u00e9criture de cet ensemble, est une histoire de famille : l&rsquo;auteur, qui n&rsquo;est pas ou plus l&rsquo;auteur du r\u00e9cit, devient le d\u00e9positaire de l&rsquo;histoire, du r\u00e9cit que lui fait son grand-p\u00e8re. J&rsquo;insiste en premier lieu ici sur ce qui n&rsquo;est pas un d\u00e9tail : la mani\u00e8re dont le grand-p\u00e8re (par deux fois, notons bien) pr\u00e9sente ce qu&rsquo;on pourrait appeler un dispositif narratif \u2013 et que l&rsquo;auteur nomme la \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb dont il a \u00e9t\u00e9 investi &#8212; concerne bien l&rsquo;histoire, plut\u00f4t que la m\u00e9moire. Ce n&rsquo;est pas le souvenir, que l&rsquo;auteur est charg\u00e9 de reporter ou relater, mais le souvenir recompos\u00e9 dans un r\u00e9cit, et essentiellement celui-ci, et seulement subs\u00e9quemment, si l&rsquo;on veut, selon la classique distinction de Vidal-Naquet ou Carlo Ginzburg.<\/p>\n<p>Un pacte d&rsquo;\u00e9criture est \u00e9tabli (et l&rsquo;on serait en droit de demander \u00e0 l&rsquo;auteur : qui du lecteur de cette histoire de famille ? nous le ferons plus loin), ce qui est une charge tout \u00e0 fait singuli\u00e8re, je trouve, et une variation tr\u00e8s personnelle de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture, dont l&rsquo;auteur n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs nullement dupe :<\/p>\n<blockquote><p>Voici la t\u00e2che consid\u00e9rable qui me fut assign\u00e9e dans mon jeune \u00e2ge et \u00e0 laquelle je m\u2019efforce modestement de me tenir, n\u2019ayant au fond pas le choix. Voici pourquoi j\u2019en suis r\u00e9duit \u00e0 faire ce que je fais comme une imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9, m\u00eame si je le fais disons <i>\u00e0 ma fa\u00e7on<\/i>. (EL)<\/p><\/blockquote>\n<p>Dupe, dans le sens ou il se r\u00e9dime tr\u00e8s particuli\u00e8rement de cette dette, \u00ab\u00a0\u00e0 sa fa\u00e7on\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, sans doute, dans l&rsquo;\u00e9cart n\u00e9cessaire (qui puisse confiner ou s&rsquo;apparenter \u00e0 une esp\u00e8ce de parricide) permettant, en retour, l&rsquo;inscription de la voix singuli\u00e8re, propre, de l&rsquo;auteur lui-m\u00eame comme v\u00e9ritable auteur du r\u00e9cit, si r\u00e9cit cela est, que nous allons lire.<\/p>\n<p>Et cette intention se fait jour notamment dans le troisi\u00e8me volume, probablement le moins narratif, de par sa forme, mais aussi sans doute le plus ambitieux et \u00e9galement le plus personnel, le plus \u00ab\u00a0\u00e0 vide\u00a0\u00bb, le plus passionnel (au sens proprement christique su terme\u00a0\u00bb. Manon y d\u00e9couvre en effet, comme par une esp\u00e8ce de rencontre fortuite, le sens de cette immersion.<\/p>\n<blockquote><p>la forme du livre sur lequel je m\u2019\u00e9tais engag\u00e9<br \/>\n\u00e0 venir travailler dans ces lieux s\u2019\u00e9tait enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9e<br \/>\nPS57<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>L&rsquo;histoire des vaincus<\/h3>\n<p>Les trois livres, disons-le d&#8217;embl\u00e9e, sont on ne peut plus diff\u00e9rents de forme : EL est une esp\u00e8ce de po\u00e8me en prose compos\u00e9 d&rsquo;une s\u00e9quence de textes nombreux de quelques lignes \u00e0 quelques pages, lesquels textes se terminent tous  par un mot coup\u00e9 en deux, un mot amput\u00e9, suivi d&rsquo;un saut de ligne, et le texte suivant d\u00e9but\u00e9 \u00e9galement par un mot amput\u00e9, le m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 la ligne pr\u00e9c\u00e9dente ou pas, on ne saura pas, jamais, mais chaque partie lisible du mot amput\u00e9 de sa fin et de celui amput\u00e9 de son d\u00e9but forment eux-m\u00eames un mot, de sorte que le texte est en mesure, de la sorte, de se poursuivre ind\u00e9finiment, quoiqu&rsquo;en sautant du coq \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne. PV est un diptyque assez contrast\u00e9 \u00e9voqaunt la d\u00e9couverte de leurs corps par deux amants appel\u00e9s le gar\u00e7on et la fille, sur fond de brassage, si j\u2019ose dire, de l\u2019histoire familiale du gar\u00e7on, lequel d\u00e9signe, sans le feindre, l\u2019amour pour son \u00ab\u00a0petit fr\u00e8re\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0mors-n\u00e9 dans le ventre de maman\u00a0\u00bb, comme une esp\u00e8ce d\u2019image d\u2019Epinal de la cruaut\u00e9 et de l\u2019horreur du monde, ses d\u00e9sastres et ses masques\u2026 Enfin PS repr\u00e9sente comme une catabase personnelle, celle du narrateur partie en Ombrie sur les traces de ses a\u00efeux, pour finalement, \u00e0 travers la tentation et l\u2019\u00e9chec, subsumer par la langue, et l\u2019aide de viatique picturaux ou litt\u00e9raires, cette aspiration au paradis, d\u00e9livr\u00e9 des trop pesants d\u00e9funts.<\/p>\n<p>Je brosse \u00e0 grands traits \u2013 et le ferai encore, h\u00e9las \u2013 les parts de ce triptyque beaucoup plus profond et riche que je ne peux le dire. Et leur association, l\u2019association de ces trois livres fort diff\u00e9rents, sous le titre d\u2019<em>Extr\u00eames et lumineux<\/em>, sous la forme d\u2019une suite \u00e0 pr\u00e9sent conclue, m\u00eame si elle n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019origine du projet, lui donne son \u00e9l\u00e9gante coh\u00e9rence et sa puissante quoique inqui\u00e8te r\u00e9ussite formelle.<\/p>\n<p>Manon va donc se mettre \u00e0 rassembler ces \u00e9clats de m\u00e9moire, de pass\u00e9, de traces, de souffles \u00e9vanouis, avec cette n\u00e9cessit\u00e9, dit-il d\u2019atteindre \u00ab\u00a0le r\u00eave d\u00e9mesur\u00e9, inaccessible et pr\u00e9somptueux de tenter de saisir d\u2019infimes \u00e9clats de vie et de ne pas les laisser s\u2019\u00e9teindre, soufflant dessus comme sur braises, non pas de dire le monde, car la chose est r\u00e9solument impossible, mais de le c\u00e9l\u00e9brer, non pas de retrouver le temps perdu mais de lui donner son \u00e9paisseur, sa mesure en quelque sorte, d\u2019enfin produire une \u00e9motion communicable par ses propres moyens\u00a0\u00bb (EL)<\/p>\n<p>Et c\u2019est bien ce qu\u2019il \u00e9voque encore dans PV, \u00e0 la toute fin, d\u00e9signant, sans le savoir peut-\u00eatre, l\u2019\u00e9trange voyage qui l\u2019attend en Italie, \u00e0 la recherche des \u00ab\u00a0anc\u00eatres radoteurs et t\u00eatus, les vieux \u00e9dent\u00e9s et chenus, ont eux aussi rejoint ce terrifiant tumulte depuis la rive lointaine o\u00f9 ils se tenaient accroupis et perplexes, petits tas d\u2019os anonymes recroquevill\u00e9s sous la poussi\u00e8re des si\u00e8cles, grelottants et inquiets, \u00e9gar\u00e9s dans une solitude \u00e9ternelle, emp\u00eatr\u00e9s dans leurs vieilles lubies de spectres path\u00e9tiques. Toute cette engeance de paysans brutaux, patients, calculateurs, obtus et ind\u00e9crottables, coriaces, presque analphab\u00e8tes, avan\u00e7ant avec d\u00e9termination en donnant la main \u00e0 cette foutue lign\u00e9e de ritals, \u00e9galement obtus et brutaux, \u00e9galement coriaces et ind\u00e9crottables. De taiseux bouseux creuseurs de glaise associ\u00e9s \u00e0 de bavards bouffeurs de lasagnes et de polenta.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les m\u00eames donc en envoi d\u2019EL, les \u00ab\u00a0anonymes petits tas d\u2019os recroquevill\u00e9s, fig\u00e9s t\u00eate baiss\u00e9e, mains sur le visage, guettant assis dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9, non pas se mat\u00e9rialisant mais rev\u00eatant une sorte de vie fantomatique et irr\u00e9elle sur quelques vieilles photographies jaunies oubli\u00e9es au fond d\u2019un tiroir, toute cette lign\u00e9e de paysannes et paysans pauvres et quasi analphab\u00e8tes, robustes, opini\u00e2tres, obstin\u00e9s, mutiques, \u00e9gar\u00e9s dans le monde comme au milieu d\u2019une for\u00eat obscure, engloutis dans le flot irr\u00e9sistible des g\u00e9n\u00e9rations [\u2026] des demi-ritals, ni Fran\u00e7ais ni Italiens, autant dire des moins-que-rien, sans m\u00eame un sentiment quelconque de leurs propres origines, ne faisant pas m\u00eame l\u2019effort de les imaginer ou de les retrouver, s\u2019en foutant purement et simplement, juste des bouffeurs de lasagnes satisfaits de leur ignorance, parlant une langue appauvrie et b\u00e2tarde, braillards et chaleureux, innombrables\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les m\u00eames mots encore dans PS :<\/p>\n<blockquote><p>Au fond, nous n\u2019\u00e9tions que des ritals,<br \/>\ncomme dit la chanson, juste de bavards<br \/>\nbouffeurs de lasagnes et de polenta<br \/>\ndot\u00e9s d\u2019un penchant prononc\u00e9 \u00e0 la fois<br \/>\npour le grotesque et pour la trag\u00e9die.<br \/>\nPS28<\/p><\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est donc une esp\u00e8ce de pacte d&rsquo;\u00e9criture que l&rsquo;auteur noue avec le grand-p\u00e8re et, \u00e0 travers lui, avec ses a\u00efeux. Il y a donc bien un rapport \u00e0 l&rsquo;histoire quelque part, le rapport \u00e0 l\u2019histoire est donc bel et bien en jeu. Mais ici, pour d\u00e9tourner Brasillach, l&rsquo;histoire, en quelque sorte, est \u00e9crite par les vaincus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Et livre-nous du mal<\/h3>\n<p>Mais ce parcours, comment l\u2019effectuer\u00a0: dans un entretien, Manon dit bien que sa m\u00e9thode n\u2019est pas scientifique. C\u2019est la litt\u00e9rature qui va l\u2019accompagner dans ce voyage, jusqu\u2019au troisi\u00e8me volume, o\u00f9 justement on retrouve la main donn\u00e9e de Virgile \u00e0 Dante, dans ce chemin tortueux et dangereux : \u00ab\u00a0<i>Je partais pour les enfers, j\u2019emportais tout le mal<\/i> \/ <i>que j\u2019avais commis contre moi, contre moi et contre les autres.<\/i>\u00a0\u00bb (PS17, l&rsquo;auteur souligne).<\/p>\n<p>Or ce parcours doit tout d\u2019abord faire le comptes avec la r\u00e9alit\u00e9, cette r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9n\u00e9alogique, puisque la retrouver pourrait signifier se retrouver, en effet. Malheureusement ici s\u2019\u00e9l\u00e8vent deux obstacles\u00a0: l\u2019un est le vide comme entretenu par les fant\u00f4mes, qu\u2019il s\u2019agit de combler\u00a0; l\u2019autre est l\u2019adversit\u00e9 m\u00eame de la famille, jusqu\u2019au plus profond de soi.<\/p>\n<p>Une solution, que l\u2019enfant d\u00e9couvre assez vite, est d\u2019\u00e9chapper aux tenailles voraces du r\u00e9el.<\/p>\n<blockquote><p>Je mentais effront\u00e9ment et tr\u00e8s naturellement. J\u2019\u00e9tais devenu un menteur patent\u00e9, un athl\u00e8te du boniment, un artiste de la manipulation, un virtuose de l\u2019imposture, un jongleur d\u2019apparences. Je jouais la com\u00e9die admirablement. Tel un acteur, je pouvais avec aisance et sans vergogne masquer mes \u00e9motions et interpr\u00e9ter un tas de r\u00f4les diff\u00e9rents. Tel un homme politique, je pouvais avancer sans ciller les plus grossi\u00e8res contre-v\u00e9rit\u00e9s et je me sortais des situations les plus inextricables, des mauvais pas dans lesquels je m\u2019\u00e9tais emp\u00eatr\u00e9, avec une habilet\u00e9 qui me r\u00e9jouissait et satisfaisait mon ego, j\u2019en \u00e9prouvais m\u00eame un d\u00e9risoire sentiment de fiert\u00e9. Je transformais mes \u00e9checs les plus pitoyables en triomphes et mes path\u00e9tiques l\u00e2chet\u00e9s en glorieuses aventures, je cr\u00e9ais des contes, de v\u00e9ritables \u0153uvres d\u2019art, des po\u00e8mes dramatiques dont j\u2019\u00e9tais le h\u00e9ros\u00a0: je devenais grand, fort, courageux, je me m\u00e9tamorphosais en authentique champion, en gagnant brevet\u00e9, et j\u2019avan\u00e7ais en funambule accompli sans jamais tr\u00e9bucher. (PV)<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est sous le signe du mensonge, dans la clef de la duplicit\u00e9, que va se mettre en place le \u00ab\u00a0dispositif\u00a0\u00bb d\u2019une effarante et sinc\u00e8re confession.<\/p>\n<p>Mais demandons-nous tout d\u2019abord d\u2019o\u00f9 vient ce mensonge\u00a0: au lieu du lieu flagrant de la turpitude, n\u2019est-il pas simplement l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une g\u00e9n\u00e9alogie bris\u00e9e, fragment\u00e9e, d\u00e9r\u00e9lict\u00e9e elle-m\u00eame\u00a0? Un long fragment (EL) en fait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9tat, bellement (qu\u2019on me pardonne cette longue citation, que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 amput\u00e9e d\u2019autant)\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>-prochant prudemment de son pass\u00e9 tel un arch\u00e9ologue qui fouille et retourne la terre \u00e0 la recherche de vestiges ou de menus indices, interrogeant dans un ressassement insens\u00e9 les couches superpos\u00e9es du temps afin de remonter \u00e0 sa surface d\u2019infimes tr\u00e9sors ou de petites reliques priv\u00e9es qui n\u2019ont de valeur significative que pour celui qui les exhume, d\u00e9couvrant que des pans entiers de l\u2019\u00e9difice se sont \u00e9croul\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9s ou irr\u00e9m\u00e9diablement d\u00e9truits comme \u00e0 la suite d\u2019un bombardement ou d\u2019une terrible catastrophe, [\u2026] un corpus compos\u00e9 d\u2019une s\u00e9rie de moments sans coh\u00e9rence chronologique, sans lien logique entre eux, comme morcel\u00e9s et suspendus dans le vide, arbitrairement reconstitu\u00e9s et qu\u2019aucun fait tangible ne permet de confirmer, oscillant dans un espace interm\u00e9diaire entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction [\u2026]  s\u2019\u00e9merveillant de cette \u00e9trange et miraculeuse facult\u00e9 qui consiste \u00e0 tout moment et selon notre volont\u00e9 ou par suite de l\u2019impression fortuite produite sur nous par un objet, un lieu, une odeur, une couleur, un sourire, \u00e0 rappeler quelque chose d\u2019oubli\u00e9, \u00e0 rendre pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019esprit une notion, un fait, une id\u00e9e, un \u00e9v\u00e9nement, consid\u00e9rant avec admiration cette \u00e9nigmatique fonction qui permet d\u2019abord l\u2019enregistrement puis la conservation puis la restitution d\u2019exp\u00e9riences, d\u2019images mentales, de circonstances, d\u2019informations, de donn\u00e9es, que l\u2019on croyait d\u00e9finitivement perdues, leur processus d\u2019encodage, de stockage et de r\u00e9cup\u00e9ration demeurant totalement myst\u00e9rieux malgr\u00e9 les progr\u00e8s scientifiques qui ont permis de d\u00e9limiter pr\u00e9cis\u00e9ment les zones du cerveau o\u00f9 s\u2019\u00e9labore le prodige et pour ainsi dire dans quelles conditions chimiques\u00a0; m\u00ealant ses propres r\u00e9miniscences \u00e0 celles d\u2019autres individus connus de lui ou non, s\u2019appliquant \u00e0 interpr\u00e9ter, \u00e0 d\u00e9chiffrer des signes \u00e9mis par un objet, un \u00eatre, une photographie, s\u2019effor\u00e7ant de les traduire sans pour autant chercher \u00e0 leur trouver un sens, les consid\u00e9rant comme des op\u00e9rateurs textuels, des mati\u00e8res permettant de d\u00e9clencher la m\u00e9canique verbale, pleinement conscient de l\u2019ambivalence de ce qui survit et cependant a d\u00e9j\u00e0 disparu, ne se pr\u00e9occupant pas non plus d\u2019expliquer le temps qui passe mais s\u2019\u00e9vertuant bel et bien \u00e0 l\u2019\u00e9prouver, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit au fond d\u2019un exercice impossible, cette introspection m\u00e9ticuleuse ne r\u00e9v\u00e9lant au final que ce qui a impr\u00e9gn\u00e9 la pellicule de la conscience, occultant donc une part essentielle de la r\u00e9alit\u00e9 [&#8230;] tant de peines et de chagrins, de joies et de menus bonheurs, tant de tourments et de plaisirs devenus des fant\u00f4mes, des ombres, des silhouettes noires et sans \u00e9clat\u00a0; errant ainsi dans la brume des r\u00e9surgences fictives, de l\u2019oubli sp\u00e9cieux ou de l\u2019al\u00e9atoire effacement, voire d\u2019une totale dislocation, ne pr\u00e9tendant en aucun cas dire la v\u00e9rit\u00e9 ni m\u00eame une v\u00e9rit\u00e9, car une v\u00e9rit\u00e9, si elle existe, ne se trouve que dans l\u2019accumulation de n\u00e9cessaires mensonges, le r\u00e9el \u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9ment discontinu, form\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments juxtapos\u00e9s sans raison dans une infinie complexit\u00e9 de combinaisons possibles et forg\u00e9s de toutes pi\u00e8ces, d\u2019autant plus difficiles \u00e0 saisir qu\u2019ils surgissent de fa\u00e7on sans cesse impr\u00e9vue, hors de propos et al\u00e9atoire, s\u2019\u00e9vertuant donc simplement \u00e0 tracer des contours illusoires, ambigus et incertains, imaginaires en grande partie, de situations et d\u2019actions sans valeur autobiographique, op\u00e9rant une plong\u00e9e fictionnelle dans un temps non pas r\u00e9volu ni m\u00eame gaspill\u00e9 mais proprement consum\u00e9, pass\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter les bars, \u00e0 consommer des drogues, \u00e0 nouer des amiti\u00e9s futiles et cependant ind\u00e9fectibles, \u00e0 nourrir des amours infructueux et cependant \u00e9ternels, \u00e0 fr\u00f4ler les <em>extr\u00eames<\/em> dans une <em>lumi\u00e8re<\/em> trop vive, mais ce travail, cet effort sur soi, presque une conqu\u00eate, devenant peu \u00e0 peu une n\u00e9cessit\u00e9, consacrant toute son \u00e9nergie \u00e0 anal<br \/>\n(EL, je souligne)<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce mensonge, qui est l\u2019Histoire m\u00eame, qui est le constituant essentiel de cette histoire, de ces histoires\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais litt\u00e9ralement abreuv\u00e9 de mensonges \u00e0 longueur de journ\u00e9es, matins et soirs, soirs et matins, et m\u00eame \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner, et c\u2019\u00e9tait \u00e0 propos de n\u2019importe quel sujet, m\u00eame le plus insignifiant, qu\u2019on pouvait ainsi tenter de me tromper et de me mystifier. Et quand je dis on, je parle bien entendu de ma m\u00e8re.\u00a0\u00bb (PV)<\/p>\n<p>Cette m\u00e8re qui op\u00e8re par-l\u00e0 ce tour de passe passe qui donne l\u2019impression au narrateur \u00ab\u00a0de n\u2019\u00eatre plus [lui]-m\u00eame\u00a0\u00bb, qu\u2019il \u00ab\u00a0enten[d] en somme la voix de [s]a m\u00e8re parler sous la [s]ienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi se produit ici un double renversement\u00a0; une premi\u00e8re d\u00e9rive se trouve, d\u00e8s l\u2019origine\u00a0: la \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb du narrateur, donn\u00e9e par un anc\u00eatre, n\u00e9cessite la plus stricte v\u00e9rit\u00e9\u00a0; mais ce narrateur est contraint de combler les lacunes, les manquements du r\u00e9el, par le mensonge, du moins jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il prenne conscience de la nature singuli\u00e8re de la fiction.<\/p>\n<p>Ce premier chagrin, appelons-le ainsi, le conduit \u00e0 une vie pour le moins dissolue, qui va devenir la deuxi\u00e8me catastrophe \u00e0 affronter sur ce chemin de r\u00e9demption. Et nous suivons alors dans les trois livres les \u00ab\u00a0turpitudes\u00a0\u00bb qui d\u00e9coulent de notre malconformation d\u2019avec le r\u00e9el.<\/p>\n<blockquote><p>\nVenu \u00e0 Perugia, Ombrie, Italie, en juillet de l\u2019an du Christ 2019,<br \/>\nsur les traces de mes arri\u00e8re-grands-parents maternels,<br \/>\n\u00e0 la faveur d\u2019une bourse d\u2019\u00e9criture<br \/>\nattribu\u00e9e par l\u2019Institut fran\u00e7ais,<br \/>\nen v\u00e9rit\u00e9 je vous le dis, pendant mon s\u00e9jour,<br \/>\nj\u2019ai surtout \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9sastreuse<br \/>\n\u00e0 la solitude et \u00e0 l\u2019angoisse face \u00e0 mes propres turpitudes.<br \/>\nJ\u2019avais pass\u00e9 depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 le mitan de notre \u00e2ge<br \/>\net je ne sais pas bien ce que j\u2019esp\u00e9rais trouver<br \/>\ndans ce lointain voyage. J\u2019avais quitt\u00e9 Paris<br \/>\ndans un \u00e9tat d\u2019\u00e9puisement et de tension<br \/>\nque je n\u2019avais encore jamais connu auparavant,<br \/>\napr\u00e8s des mois particuli\u00e8rement difficiles et laborieux.<br \/>\nJe partais pour les enfers, j\u2019emportais tout le mal<br \/>\nque j\u2019avais commis contre moi, contre moi et contre les autres.<br \/>\nPS 17<\/p><\/blockquote>\n<p>Faut-il vraiment nous d\u00e9livrer du mal\u00a0? \u00ab\u00a0Le mal n\u2019existe pas et ce n\u2019est pas du mal dont nous sommes victimes, mais de nos turpitudes. PV\u00a0\u00bb Et plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime savoir qu\u2019il y a du pire parce que le meilleur est toujours possible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et celles-ci ne manquent pas, l\u2019auteur est alors tr\u00e8s honn\u00eate sur ce point. <i>A sa fa\u00e7on<\/i>, dit-il, il reprendra le flambeau de l\u2019histoire, et cette fa\u00e7on sera pr\u00e9cis\u00e9ment de se mettre soi-m\u00eame en jeu, un enjeu personnel pour conjurer l\u2019histoire de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a beaucoup de gr\u00e2ce sur cette terre malgr\u00e9 toutes les horreurs qui y sont commises. Je ne suis pas d\u00e9go\u00fbt\u00e9 des hommes ni du monde comme il va\u00a0; au contraire, je trouve leurs imperfections d\u2019une grande beaut\u00e9 et je les en remercie. PV\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Soi-m\u00eame comme un autre<\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai une vie, j\u2019existe, je suis vivant\u00a0\u00bb, lit-on finalement dans PS. C\u2019est que ce parcours sans concession, cette radiographie (ou cartographie) des enfers, qui permettent de saisir ce qui semble \u00eatre la clef de la souffrance, \u00e0 savoir, apaiser les morts, les fant\u00f4mes, conduisent le narrateur en Ombrie, donc, sur les terres familiales.<\/p>\n<p>Ainsi croit-on retrouver ici Elisa, sa grand-m\u00e8re, et son mari Pasquale, probables enfant (lequel des deux, elle sans doute) de ce Filippo Luidi Gaetano Leopoldo Ferranti \u00e9voqu\u00e9 dans les deux premiers opus<sup class='footnote'><a href='#fn-16719-3' id='fnref-16719-3' onclick='return fdfootnote_show(16719)'>3<\/a><\/sup>. Mais le parcours s\u2019emballe\u00a0: je crois qu\u2019il n\u2019y a pas seulement le choc d\u2019arriver au bout de la qu\u00eate\u00a0; il y a, c\u2019est tr\u00e8s nettement indiqu\u00e9 dans le livre, le choc face \u00e0 la beaut\u00e9 pure, qui vient contrebalanc\u00e9 cette g\u00e9n\u00e9alogie rat\u00e9e, et ce trasfert pour le moins chaotique. Sur la terre d\u2019Italie, Christophe Manon se voit comme face \u00e0 un miroir, un pi\u00e8tre interpr\u00e8te de toute la richesse qui embrasse les primitifs italiens au c\u0153ur de ces montagnes d\u2019Ombrie, Assise, P\u00e9rouse.<\/p>\n<blockquote><p><em>Belles formes multiples. Couleurs vives et brillantes.<\/em><br \/>\nPS112, l&rsquo;auteur souligne<\/p><\/blockquote>\n<p>Ainsi la qu\u00eate se transforme\u00a0: ce ne sont plus les morts auxquels il s\u2019agit de rendre gr\u00e2ce, mais soi-m\u00eame qu\u2019il s\u2019agit de sauver, si cela est encore possible.<\/p>\n<blockquote><p>\n\u00c0 courir apr\u00e8s des fant\u00f4mes,<br \/>\naussi familiers soient-ils,<br \/>\non n&rsquo;attrape au mieux que du vent.<br \/>\nJ&rsquo;\u00e9tais venu avec beaucoup d&rsquo;amour pourtant,<br \/>\nqui ne me fut d&rsquo;aucun secours.<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nCe que nous remuons,<br \/>\nce que nous cherchons obstin\u00e9ment,<br \/>\nce sur quoi nous enqu\u00eatons sans rel\u00e2che,<br \/>\nce ne sont que des songes, de fr\u00eales apparences<br \/>\nd\u00e9pourvues de corps et de r\u00e9alit\u00e9<br \/>\nqui n&rsquo;int\u00e9ressent que les vivants.<br \/>\nLes morts, eux, sont sans histoires,<br \/>\ndu moins, je crois,<br \/>\nne cherchent-ils plus \u00e0 en avoir.<br \/>\nPS110<\/p><\/blockquote>\n<p>Laissons-donc les morts mourir en paix. R\u00e9clamons ce qui est d\u00fb\u00a0: la paix, la paix qui est au besoin inqui\u00e8te, douloureuse ou insoutenable, ou tour \u00e0 tour riche, heureuse et magnifique.<\/p>\n<blockquote><p>Seuls les vivants r\u00e9clament des r\u00e9cits<br \/>\net les mots dont nous usons<br \/>\nne sont anim\u00e9s que par notre d\u00e9sir<br \/>\nde vouloir \u00e0 tout prix r\u00e9veiller les morts<br \/>\npar leur invocation sonore,<br \/>\ncar nous craignons d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la fin<br \/>\ncomme eux indiff\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable<br \/>\nfouillis des \u00e9v\u00e9nements.<br \/>\nEntretenir certes le souvenir,<br \/>\nmais il n&rsquo;y a rien \u00e0 restaurer,<br \/>\nrien en v\u00e9rit\u00e9 qui puisse \u00eatre r\u00e9par\u00e9.<br \/>\nGarder trace, t\u00e9moigner, mais de quoi ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Garder trace de quoi\u00a0: simplement de ce qui de trace ne peut gu\u00e8re en \u00eatre conscient\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai une vie, j\u2019existe, je suis vivant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Je ne comprenais plus qui j\u2019avais \u00e9t\u00e9 la veille,<br \/>\nj\u2019\u00e9tais incapable de reconna\u00eetre mes traits<br \/>\nlorsque je croisais leur reflet dans une vitrine<br \/>\nou bien dans le miroir de ma salle de bains.<br \/>\nTout cela me semblait lointain, \u00e9tranger.<br \/>\nPS112<\/p><\/blockquote>\n<p>La double distorsion m\u00e9thodique, cet aveu d&rsquo;aveu, en somme, cette double confession (et comment ne pas penser \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce de d\u00e9ch\u00e9ance de la confession m\u00eame, depuis Saint-Augustin, permanent dans ce troisi\u00e8me opus, puis Rousseau et jusqu&rsquo;\u00e0 Derrida, venant doubler dans la doublure le texte de sa biographie), qui est en m\u00eame temps une double catabase, se r\u00e9soudrait ainsi de mani\u00e8re, allais-je dire, archa\u00efque, sans plus de contact ou de poids donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9go, au je, de sorte que Christophe Manon, aux prises avec la langue <i>avant tout<\/i> renoue, comme herm\u00e9neute d\u00e9j\u00e0 connu, par exemple de Villon dans l&rsquo;\u00e9tonnant et g\u00e9nial <em>Testatment<\/em>[L\u00e9o Scheer, 2011.], inspir\u00e9 de Villon, et autre catabase d&rsquo;ailleurs, si catabase est une forme pour d\u00e9signer la confession, Manon, disais-je, sur les traces du Virgile plut\u00f4t que du Dante, maniant avec art et savoir-faire le jeu des miroirs, la fine feuille qui s\u00e9pare le r\u00e9el de la fiction comme la vie de la mort, Manon, insistais-je, nous livre ici avec ce triptyque une remarquable m\u00e9moire orphique<sup class='footnote'><a href='#fn-16719-4' id='fnref-16719-4' onclick='return fdfootnote_show(16719)'>4<\/a><\/sup> faisant de lui, pour notre \u00e9ternit\u00e9, le prince de nos po\u00e8tes.<\/p>\n<p>&nbsp; <\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-16719'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-16719-1'> Dans la suite du texte <em>Extr\u00eames et lumineux<\/em> (2015) sera abr\u00e9g\u00e9 EL, <em>P\u00e2ture de vent<\/em> (2019) PV et Porte du soleil (2023) PS. Tous trois ont paru chez Verdier. Ayant travaill\u00e9 sur les versions epub des deux premiers volumes, je n&rsquo;ai pas avec moi les num\u00e9ros de page des livres papier \u2013  je les ajouterai. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-16719-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-16719-2'> Voici le texte sur Brosseau : <em>Mythes diffract\u00e9s<\/em> et celui sur Ta\u00efeb : <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/une-femme-puissante-sur-safe-de-lucie-taieb\/\"><em>Une femme puissante<\/em><\/a>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-16719-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-16719-3'> PS 36 : \u00ab\u00a0Elisa Frondizzi a \u00e9pous\u00e9 Pasquale Ferranti \u00e0 Assise\u00a0\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-16719-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-16719-4'> Et je n&rsquo;y ai pas fait allusion, apr\u00e8s coup, me dis-je, tenant de l&rsquo;inqui\u00e9tude, la n\u00f4tre, celle de la litt\u00e9rature inqui\u00e8te : \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9prouvais <i>cette inqui\u00e9tude malheureuse \/ des esprits qui coulent et exhibent leur nuit radicale. <\/i> (PS 61), hardi augustinien, pourquoi cet italique ? <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-16719-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; La passion selon Christophe Manon est un livret de famille : Extr\u00eames et lumineux, cette enqu\u00eate-r\u00e9demption sur les traces de ses a\u00efeux, s&rsquo;ach\u00e8ve avec le troisi\u00e8me volet intitul\u00e9 Porte du soleil, qui fait donc suite \u00e0 Extr\u00eames et lumineux (2015) et P\u00e2ture de vent1. 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