{"id":16414,"date":"2022-07-17T00:10:35","date_gmt":"2022-07-16T22:10:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=16414"},"modified":"2024-10-29T11:35:18","modified_gmt":"2024-10-29T09:35:18","slug":"usurper-02","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/usurper-02\/","title":{"rendered":"Usurper (02)"},"content":{"rendered":"<p><font size=\"1\">texte <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/usurper-01\/\">01<\/a> &#8211; texte <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/usurper-03\/\">03<\/a><\/font><\/p>\n<p><center>Sc\u00e8ne 3<\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette ville est (vous le savez) une ville d&rsquo;hommes.<\/p>\n<p>Cela pourrait suffire pour admettre, comment, une certaine familiarit\u00e9, vous ne trouvez pas ?<\/p>\n<p>Regardez par la fen\u00eatre, regardez le cours : p\u00e9cheurs, marins, saliniers, ouvriers, m\u00eame les fonctionnaires, ce sont essentiellement des hommes. Les trois quarts au moins ! Et puis de toute fa\u00e7on les femmes sont des \u00e9pouses ou des \u00e9coli\u00e8res, c&rsquo;est comme si elles ne comptaient pas.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tr\u00e8s dr\u00f4le, tout de m\u00eame, ne trouvez-vous pas ? pour la plupart de ses habitants, cette ville est un pi\u00e8ge, vous le savez mieux que moi, surtout aujourd&rsquo;hui, ici, avec moi&#8230; Mais pour la plus grande partie de ses visiteurs ext\u00e9rieurs, elle repr\u00e9sente la chaleur, la lumi\u00e8re, le bon climat, la saine di\u00e8te et l&rsquo;air salutaire de la mer&#8230; La mer ici n&rsquo;a jamais vraiment amen\u00e9 aucun salut, plut\u00f4t des ennemis \u00e0 revendre, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n<p>Et puis il faut faire les comptes aussi avec notre conception du territoire&#8230; vous savez, mais le savez-vous, je suis n\u00e9 ici, moi. Vous ? Je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr, m\u00eame si pour ce qui concerne l&rsquo;enracinement, \u00e9videmment, vos, comment dire, occupations, vous m\u00e8nent \u00e0 couper court, th\u00e9oriquement et rationnellement, \u00e0 toute possibilit\u00e9 d&rsquo;une origine&#8230; Quant \u00e0 ce qu&rsquo;il se passe en vous-m\u00eame, psychologiquement, intimement, je suis \u00e0 peu pr\u00e8s certain que vous rejetez tout autant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une quelconque appartenance&#8230; Avez-vous m\u00eame une faille ? On peut se le demander.<\/p>\n<p>Mais je vois que je vous mets mal \u00e0 l&rsquo;aise, pardonnez-moi, ce n&rsquo;est absolument pas mon intention.<\/p>\n<p><em>(Noir)<\/em><\/p>\n<p><center>Sc\u00e8ne 4<\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si mes modestes commentaires peuvent avoir un int\u00e9r\u00eat, ce n&rsquo;est certes pas de provoquer votre courroux, croyez-moi bien. La situation n&rsquo;est pas \u00e0 mon avantage, admettez-le. Or donc, mon int\u00e9r\u00eat n&rsquo;est pas de la d\u00e9grader davantage&#8230; Simplement je trouve que l&rsquo;occasion est bien choisie (encore que le terme de choix soit un peu excessif) pour soupeser, chacun pour soi et par chance tous ensemble par le dialogue mesur\u00e9 et mutuellement constructif, les tenants et les aboutissants de la situation. Je ne parle pas ici de la circonstance : moi ici avec vous, dans cette pi\u00e8ce sans fen\u00eatre, o\u00f9 r\u00e8gne une chaleur tout \u00e0 fait excessive (vous la subissez vous aussi, je vous ferais remarquer), dans cet endroit, dont je ne sais m\u00eame pas s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une maison \u00e0 la campagne ou d&rsquo;un appartement de l&rsquo;un de ces immeubles anonymes, et ni d&rsquo;ailleurs o\u00f9 cet espace se trouve ?<\/p>\n<p>Imaginez que derri\u00e8re ces parois s&rsquo;\u00e9tendent de riantes collines verdoyantes, pleines de fleurs et d&rsquo;insectes ! Ou sous ce plancher un march\u00e9 de primeurs, o\u00f9 de vieilles dames v\u00eatues de noir tirent un cabas rempli de past\u00e8ques ou de salades ! Ou sur ce plafond une salle de bal o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 danser un madison, \u00e0 l&rsquo;occasion du bapt\u00eame d&rsquo;un jeune enfant innocent ! Ce serait moins incongru que grotesque ! Il suffirait simplement de crever la paroi&#8230;<\/p>\n<p>Mais je m&rsquo;\u00e9gare&#8230; je vous disais donc que, si vous daigniez y mettre un peu du v\u00f4tre, peut-\u00eatre pourrions-nous, au bout d&rsquo;un certain temps, parvenir \u00e0 un accord. Ma pr\u00e9sence, au reste, en ces lieux avec vous a bien pour but d&rsquo;obtenir quelque service mutuel, n&rsquo;est-ce pas ? Sinon pourquoi avoir accompli tout ce travail, avoir pris toutes ces pr\u00e9cautions : me masquer la route en me narcotisant au besoin, calfeutrer toutes les ouvertures, et pr\u00e9parer cette esp\u00e8ce d&rsquo;espace sc\u00e9nique o\u00f9 vous comme moi nous appr\u00eatons \u00e0 jouer nos r\u00f4les ? Parce que vos ne pensez tout de m\u00eame pas qu&rsquo;en d\u00e9guisant tout ceci comme vous le faites, en maquillant la routine quotidienne de ces grossiers atours, vous ne pensez tout de m\u00eame que cela va nous inciter, vous comme moi, \u00e0 sortir des r\u00f4les que nous nous sommes fix\u00e9s, un beau jour de printemps, en prenant cette d\u00e9cision qui \u00e9tait aussi une route, un chemin sans retour et qui devez nous mener&#8230; mais o\u00f9 exactement ? Sinon bel et bien ici, maintenant ?<\/p>\n<p>Crever la paroi&#8230; comme on cr\u00e8ve un abc\u00e8s, c&rsquo;est ce que vous croyez devoir m&#8217;emp\u00eacher de faire, tout en le faisant&#8230; Vous \u00eates d\u00e9cid\u00e9ment aussi t\u00eatus que fantasques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>texte 01 &#8211; texte 03 Sc\u00e8ne 3 &nbsp; Cette ville est (vous le savez) une ville d&rsquo;hommes. Cela pourrait suffire pour admettre, comment, une certaine familiarit\u00e9, vous ne trouvez pas ? Regardez par la fen\u00eatre, regardez le cours : p\u00e9cheurs, marins, saliniers, ouvriers, m\u00eame les fonctionnaires, ce sont essentiellement des hommes. 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