{"id":15272,"date":"2020-07-05T19:51:04","date_gmt":"2020-07-05T17:51:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=15272"},"modified":"2020-07-05T19:59:17","modified_gmt":"2020-07-05T17:59:17","slug":"droit-d-espleche","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/droit-d-espleche\/","title":{"rendered":"Droit d&rsquo;espl\u00e8che &#8211; [13.2 &#8211; Crau &#8211; Saint-Martin-de-Crau]"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Microfiction de la s\u00e9rie <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/residences\/\">R\u00e9sidences<\/a><\/em>, celle-ci extraite de <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/feroce\/\">F\u00e9roce<\/a><\/em>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/761076024-la-crau-rhone-alpes-steppa-pianura-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" class=\"alignnone size-medium wp-image-15278\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/761076024-la-crau-rhone-alpes-steppa-pianura-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/761076024-la-crau-rhone-alpes-steppa-pianura-768x432.jpg 768w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/761076024-la-crau-rhone-alpes-steppa-pianura.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tellines froides vinaigrette maison rouille du p\u00eacheur aux sept poissons (grondin, lotte, bar, vive, rascasse, dorade, rouget), un demi-litre de costi\u00e8res et, dans les premiers coups de chaud, je me dirige vers le bas, pour traverser le Rh\u00f4ne. Je suis cuit. Je n&rsquo;ai plus la carte de r\u00e9sident, je passe par la voie des touristes ; devant il y a un Marseillais qui m&rsquo;a l&rsquo;air lui aussi bien refait. Il sort fumer une cigarette et comme moi aussi, nous cherchons \u00e0 discuter. Il est press\u00e9, il demande si il peut passer m\u00eame si c&rsquo;est rouge. Je lui conseille de non, il barbouille dans sa barbe. Tout \u00e0 coup, d&rsquo;un mauvais mouvement de jambe, il se ramasse par terre, rigolard.<\/p>\n<p>Le feu passe au vert, on monte dans nos voitures, et \u00e0 la queue leu leu sur le bac. Je rentrais et je n&rsquo;avais pas envie d&rsquo;aller affronter le trafic \u00e0 Arles, alors je me suis dit que je pouvais en profiter pour manger aux Salins et prendre le bac (pas de pont entre Arles et le Barcarin). La dur\u00e9e effectu\u00e9e, je trace directement \u00e0 travers la Crau.<\/p>\n<p>Riche id\u00e9e pour d\u00e9cuver. Je coupe pour Entressen par des chemins que je connais et, comme \u00e0 chaque fois, un double sentiment me saisit : je pense \u00e0 mon grand-p\u00e8re, qui est mort \u00e0 la Dynamite dans l&rsquo;accident de 1935, et je me dis toujours que je devrais aller voir sur place (je passe r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 proximit\u00e9, mais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;aller visiter le patrimoine seveso ne m&rsquo;attire pas plus que \u00e7a) ; je devrais aller voir les vieilles b\u00e2tisses, les locaux industriels, les paysages qu&rsquo;il portait chaque jour dans les yeux&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;autre sentiment est celle d&rsquo;entrer dans un d\u00e9sert, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du caussouls. J&rsquo;ai mon ami Marcien qui doit d&rsquo;ailleurs \u00eatre arriv\u00e9 avec ses b\u00eates, et qui m&rsquo;autorise \u00e0 passer par ses pistes. Mais quand je suis l\u00e0 dans le pierrier du delta, je me fait l&rsquo;effet d&rsquo;un usurpateur, quelques b\u00eate sans doute me regarde, et j&rsquo;ai toujours peur de tomber sur un paysan ou un militaire qui me demande ce que je fous l\u00e0.<\/p>\n<p>Marcien dit <em>C&rsquo;est ton droit d&rsquo;<\/em>espl\u00e8che<em> \u00e0 toi !<\/em> Peuch\u00e8re, lui il reste des semaines dans son cabanons, en plein cagnard et mistral, \u00e0 recevoir des pierres dans la gueule, tout \u00e7a pour quelle mis\u00e8re de salaire ?<\/p>\n<p>Marcien et moi on s&rsquo;est connu \u00e0 l&rsquo;internat d&rsquo;Istres. Je me destinais \u00e0 une carri\u00e8re militaire, mais lui savait d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il voulait au contraire rester dehors ; moi c&rsquo;est comme si j&rsquo;entrais dans les ordres, et bien vite, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 Istres m\u00eame, j&rsquo;\u00e9tais pas loin de ma famille ; et d&rsquo;ailleurs souvent en Crau, \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport. Il me disait : toujours enferm\u00e9, comme je te plains ! Mais moi je pensais \u00e0 lui, qui passait les nuit\u00e9es dans la grand dehors \u00e7a oui, mais sans eau, sans \u00e9lectricit\u00e9, sans rien : c&rsquo;est qui le prisonnier. Des heures \u00e0 puiser l&rsquo;eau pour les b\u00eates, et m\u00eame pas de quoi vraiment se reposer ou se d\u00e9lecter du paysage.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un genre de plaine de la Mort, mais c&rsquo;est vrai que pour qui est d&rsquo;ici, et quoi qu&rsquo;on en dise, je me sens aussi cravenc que mon Marcien. Quelle diff\u00e9rence avec les murs de cannes et tous les trous d&rsquo;eau de tout \u00e0 l&rsquo;heure !<\/p>\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re bien voir Marcien, mais je ne sais pas o\u00f9 il est, il n&rsquo;a m\u00eame pas un vieux portable pour le contacter. Je devrais passer chez ses vieux, qui sont toujours l\u00e0, mais bien mal en point, ma foi. Lui qui ne moufte plus et ne bouge plus et elle qui hurle parce qu&rsquo;elle est sourde comme un pot. Quelle famille.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai amen\u00e9 a Marcien un tricot que fabrique ma copine, avec des encres sp\u00e9ciales et un genre de flocage, je sais pas trop. Elle a recopi\u00e9 les phrases je sais plus d&rsquo;o\u00f9, sur le site de la com com je crois, des mots d&rsquo;un romain ; d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e7a dit :<br \/>\n<center><em>Des milliers de moutons y venaient des r\u00e9gions lointaines pa\u00eetre le thym. L&rsquo;herbe qui pousse sous les pierres grosses comme poing, fournit une abondante p\u00e2ture aux troupeaux&#8230;<\/em><\/center><\/p>\n<p>Et de l&rsquo;autre :<br \/>\n<center><em>On l&rsquo;appelle la Pierreuse&#8230; elle est tout enti\u00e8re expos\u00e9e au vent et surtout aux rafales de m\u00e9lambor\u00e9e, qui est un vent \u00e2pre et violent. On pr\u00e9tend que ce vent entra\u00eene ou roule parfois des pierres&#8230;<\/em><\/center><\/p>\n<p>C&rsquo;est vachement classe, elle fait des cours d&rsquo;\u00e9criture&#8230; elle a juste fait une grosse tache rouge un peu au centre, mais en m\u00eame temps \u00e7a donne un c\u00f4t\u00e9 myst\u00e9rieux et ancien&#8230; j&rsquo;esp\u00e8re que \u00e7a lui plaira.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la premi\u00e8re canicule, et je suis en sueur, je transpire autant d&rsquo;eau que de vinasse, il faudrait que je m&rsquo;arr\u00eate, et que je rouille un moment, mes yeux se ferment tout seuls. Mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;arbre en Grande Crau ! \u00e0 peine un pierrier que le connais, si je retrouve le chemin, je sais plus trop o\u00f9 sont les limites du camps&#8230; bah \u00e7a sera bien marqu\u00e9, je me dis.<\/p>\n<p>\u00c7a tape sa race et j&rsquo;arr\u00eate la voiture. J&rsquo;ai trouv\u00e9 une esp\u00e8ce de tas de pierre, je vais t\u00e2cher de me mettre \u00e0 l&rsquo;ombre. C&rsquo;est pas \u00e9pais, mais le tas est gros, on dirait une esp\u00e8ce de cabanon \u00e9boul\u00e9. Je t\u00e2che de me glisser dans une esp\u00e8ce de fissure.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p><strong>La Provence : Bouches-du-Rh\u00f4ne : qui a organis\u00e9 la rave de la Crau ? <\/strong><\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p>Bien plus tard, il fait nuit ! C&rsquo;est la bise noire qui me r\u00e9veille. J&rsquo;ai froid. Je ne sens plus mes jambes. Je suis en retard pour l&rsquo;appel. Je dois t\u00e9l\u00e9phoner. Il faut que je sorte de l\u00e0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=1>Photo : https:\/\/footage.framepool.com\/it\/shot\/761076024-la-crau-rhone-alpes-steppa-pianura<\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Microfiction de la s\u00e9rie R\u00e9sidences, celle-ci extraite de F\u00e9roce. &nbsp; &nbsp; Tellines froides vinaigrette maison rouille du p\u00eacheur aux sept poissons (grondin, lotte, bar, vive, rascasse, dorade, rouget), un demi-litre de costi\u00e8res et, dans les premiers coups de chaud, je me dirige vers le bas, pour traverser le Rh\u00f4ne. Je suis cuit. 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