{"id":15046,"date":"2020-04-28T18:03:05","date_gmt":"2020-04-28T16:03:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=15046"},"modified":"2021-10-03T16:13:13","modified_gmt":"2021-10-03T14:13:13","slug":"reve-01","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/reve-01\/","title":{"rendered":"XII. R\u00eave I"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/codex-theodosianus-300x248.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"248\" class=\"alignnone size-medium wp-image-15088\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/codex-theodosianus-300x248.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/codex-theodosianus.jpg 616w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Ce <strong>texte<\/strong> [Acte 1, sc\u00e8ne XII], appartient \u00e0 <em>De par la ville de par le monde<\/em>, un <strong>roman<\/strong> en cours d&rsquo;\u00e9criture, en <strong>six actes<\/strong> et <strong>soixante-douze sc\u00e8nes<\/strong>, qui traite de la figure d&rsquo;<strong>Auguste<\/strong> dans l&rsquo;<strong>Empire romain<\/strong> et <strong>au-del\u00e0<\/strong>, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/de-par-la-ville-de-par-le-monde\/\">l\u00e0<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Et comme il songe, il r\u00eave.<\/em><\/p>\n<p>Le roi est dans son lit, le sommeil est le moment de l&rsquo;oblit\u00e9ration des surfaces, de la domestication de soi. La maison n&rsquo;est pas ouverte aux \u00e9trangers, et si elle dispose de portes, comme les oreilles ou les yeux, la bouche ou le trou du cul, vient un moment, un moment de grande difficult\u00e9, o\u00f9 il convient de s&rsquo;assembler et se recroqueviller en soi.<\/p>\n<p>De baisser les voiles, d\u00e9poser les volets.<\/p>\n<p>Face \u00e0 soi seul. Et face \u00e0 ses monstres.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un peu comme une chambre, myst\u00e9rieuse, \u00e9lectronique, o\u00f9 la m\u00e9moire, cryog\u00e9nis\u00e9e, \u00e9pouse des formes dociles et in\u00e9dites. Les portes coulissantes de papier et de pin glissent dans leurs rainures et viennent herm\u00e9tiquement embrasser l&rsquo;espace. C&rsquo;est une esp\u00e8ce de cylindre ou plut\u00f4t de coupole, de papier, de pin, et bient\u00f4t aussi, de feutre et de soie, que les glissi\u00e8res d\u00e9posent doucement, avec ce bruit de vapeur qu&rsquo;ont les tissus, depuis l&rsquo;auvent de la cantonni\u00e8re. Un petit tr\u00f4ne sans vue, sans cachet, mimant l&rsquo;alb\u00e2tre mais en r\u00e9alit\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9 lui aussi des bois les plus doux, marqueterie caf\u00e9 et chocolat d&rsquo;olivier de Brindes et \u00e9b\u00e8ne d&rsquo;Africa, un labyrinthe cr\u00e9tois ; il fait face \u00e0 un mur vide. Le masque s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, agripp\u00e9 par deux bras m\u00e9caniques de buis, et le visage alors, jusqu&rsquo;ici dissimul\u00e9 \u00e0 la face du monde, le visage meurtri et balafr\u00e9, bl\u00eame, difform\u00e9, appara\u00eet. Contract\u00e9, boursoufl\u00e9, couvert d&rsquo;\u00e9pines ou de pustules, il souffre autant du jour qui le br\u00fble que du masque qui l&rsquo;en prot\u00e8ge, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative, sauf peut-\u00eatre le sommeil.<\/p>\n<p>Certains monarques d&rsquo;Asie croul\u00e8rent sous le poids de leur couronne, de leur diad\u00e8me.<\/p>\n<p>Les officiers, les serviteurs, les servantes, les corps se sont \u00e9clips\u00e9s. Adieu l&rsquo;\u00e9tendue, vienne l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Le sommeil n&rsquo;est pas long \u00e0 venir, si sommeil est le mot qui convient pour une m\u00e9ditation qui ressortit plus de la chirurgie que de l&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>Et avec lui les fant\u00f4mes. Le p\u00e8re des rois en premier, \u00e0 l\u2019\u0153il satisfait mais la moue r\u00e9probatrice, que veut-il. Le roi qui dort reconna\u00eet en lui son propre p\u00e8re Th\u00e9odose l&rsquo;Ancien, mais qu&rsquo;il sait \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 Romulus lui-m\u00eame (Diodore).<\/p>\n<p>Un cheval richement harnach\u00e9, que le roi sait \u00eatre Jules C\u00e9sar, appara\u00eet alors, fougueux et d\u00e9cid\u00e9, lui-m\u00eame \u00e9galement satisfait, bien que son heaume emp\u00eache de bien discerner son visage, qui le pointe d&rsquo;un glaive qui s&rsquo;av\u00e8re, alors que l&rsquo;instant dure une \u00e9ternit\u00e9 (devenir) un <em>rudium<\/em> (Lucain).<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Le corps est, par la conformation du si\u00e8ge, entre la position assise et la position couch\u00e9e ; il est un irr\u00e9sistible nid de baguettes de bois, rembourr\u00e9es de plumes ou de poils d&rsquo;hermines et autruches blanches, lav\u00e9es et purifi\u00e9es, card\u00e9es, tiss\u00e9es pour former une assise aussi solide que soyeuse, un molleton \u00e9pais. Un syst\u00e8me de petites poulies et de petits leviers, ins\u00e9r\u00e9s dans la structure de roseaux, permet d&rsquo;orienter les axes et les angles, d&rsquo;incliner le col ou le pied, l&rsquo;ensemble ou ses parties, et les accoudoirs, recouverts aussi de pourpre. Des encens indiens peuvent \u00eatre produits sur commande digitale, mais aussi des musiques jou\u00e9es en direct par des esclaves thraces, et l&rsquo;amour du confort s&rsquo;est mari\u00e9 au g\u00e9nie technique afin de pouvoir r\u00e9guler la temp\u00e9rature globale avec trois syst\u00e8mes d&rsquo;a\u00e9ration, activ\u00e9s par \u00e9quilibre des pressions (une premi\u00e8re dans l&rsquo;histoire du piston), depuis les trois chambres des thermes publics, relay\u00e9s dans le parcours urbain par d&rsquo;autres petits thermes ferm\u00e9s, aveugles, enfouis.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Entre alors en sc\u00e8ne un autre fils de roi, qui ressemble au boucher de Salerne Lucilius, mais que le roi sait \u00eatre Hadrien, qui approuve, toujours en silence, en montrant un tas de caillou \u00e0 ses pieds, que par un prodige apparemment il organise en marchant. Il pose un genou \u00e0 terre, et recueille dans le creux de sa main un peu de sable superficiel. Soudain il le fiche aux yeux de quatre de ses suivants qui portent leurs mains au visage, s&rsquo;affaissent et disparaissent en poussi\u00e8re (Hist.Aug).<\/p>\n<p>Entre alors un autre fils de roi, qui ressemble \u00e0 Tante Jugurtha mais que le roi sait \u00eatre Diocl\u00e9tien, il appara\u00eet derri\u00e8re le mur, mais demeure cach\u00e9 derri\u00e8re un voile ; il impose au roi la g\u00e9nuflexion et le baiser et sans toujours prononcer une parole, r\u00e9sonne en la qualit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;air le mot DOMINE ! DOMINE ! DOMINE ! (Ammien Marcellin)<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Par un syst\u00e8me assez in\u00e9dit de v\u00e9rins, le corps dans le si\u00e8ge est en mesure de se mouvoir, du moins de se retourner sans effort, des languettes accompagnent le mouvement, tandis que des poids reli\u00e9s \u00e0 des balances permettent de maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agite, comme parfois cela arrive, et comme cela arrive maintenant, c&rsquo;est dans le cocon de la sustentation, sans risque de chute, de choc, ou de contusion.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Entre alors un autre fils de roi, qui ressemble fichtrement \u00e0 l&rsquo;iconographie du fils de Dieu, le Juif r\u00e9pudi\u00e9 J\u00e9sus-Christ, mais que le roi sait \u00eatre Constantin Ier, et celui-ci lui tend la main et le roi ne parvient pas \u00e0 la saisir, alors qu&rsquo;il est \u00e9vident dans le songe qu&rsquo;il faut l&rsquo;attraper sous peine de mort, alors le roi prend un b\u00e2ton qui \u00e9tait l\u00e0, et le roi s&rsquo;en saisit, et les deux rois sont maintenant li\u00e9s par le b\u00e2ton, mais comme le danger s&rsquo;efface (les songes&#8230;) et que Constantin dispara\u00eet, le b\u00e2ton crochu, en forme oui de croix, se transforme en serpent et le roi doit le l\u00e2cher. Le regard de Constantin devient noir et Th\u00e9odose sait qu&rsquo;il doit implorer son pardon. Comme le visage du premier devient immense, et la couronne et son diad\u00e8me se muent respectivement en n\u00e9m\u00e8s surmont\u00e9 de l&rsquo;uraeus, mais alors que le roi fait le rapprochement dans l&rsquo;ordre d&rsquo;une logique m\u00e9connue, entre le b\u00e2ton serpent et le cobra sur la coiffe, la t\u00eate du pharaon est toujours plus grande et par un effet de lumi\u00e8re et de dimensions, il appara\u00eet finalement qu&rsquo;elle n&rsquo;est que surface, un habile m\u00e9canisme de mat, de drisses et de voilures, que le vent subit, jailli d&rsquo;une montagne comme d&rsquo;un volcan, finalement emporte, loin, loin dans le ciel, pour ne devenir qu&rsquo;un point, infinit\u00e9simal dans le vide infini de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/prolegomenes-a-la-conjuration\/\">XI<\/a> \u271a Acte II<\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce texte [Acte 1, sc\u00e8ne XII], appartient \u00e0 De par la ville de par le monde, un roman en cours d&rsquo;\u00e9criture, en six actes et soixante-douze sc\u00e8nes, qui traite de la figure d&rsquo;Auguste dans l&rsquo;Empire romain et au-del\u00e0, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 l\u00e0. &nbsp; Et comme il songe, il r\u00eave. 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