{"id":15016,"date":"2020-04-28T11:16:55","date_gmt":"2020-04-28T09:16:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=15016"},"modified":"2021-10-03T16:13:14","modified_gmt":"2021-10-03T14:13:14","slug":"des-voyages-en-grece","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/des-voyages-en-grece\/","title":{"rendered":"VII. Des voyages en Gr\u00e8ce"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Alexandre-300x117.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"117\" class=\"alignnone size-medium wp-image-15037\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Alexandre-300x117.jpeg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Alexandre.jpeg 359w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Ce <strong>texte<\/strong> [Acte I, sc\u00e8nes 7] appartient \u00e0 <em>De par la ville de par le monde<\/em>, un <strong>roman<\/strong> en cours d&rsquo;\u00e9criture, en <strong>six actes<\/strong> et <strong>soixante-douze chapitres<\/strong>, qui traite de la figure d&rsquo;<strong>Auguste<\/strong> dans l&rsquo;<strong>Empire romain<\/strong> et <strong>au-del\u00e0<\/strong>, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/de-par-la-ville-de-par-le-monde\/\">l\u00e0<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une autre aventure doit \u00eatre relat\u00e9e, utile \u00e0 la compr\u00e9hension de toute l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>En 48BEC, en pleine guerre civile, Jules C\u00e9sar d\u00e9fait Pomp\u00e9e \u00e0 la bataille de Pharsale ; celui-ci s&rsquo;enfuit, passe par l&rsquo;Afrique, l&rsquo;Asie, Chypre, et arrive \u00e0 Alexandrie ou il pense retrouver le nouveau pharaon, Ptol\u00e9m\u00e9e XIII, fils de PXII qu&rsquo;il avait h\u00e9berg\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 \u00e0 Rome suite \u00e0 de longues r\u00e9voltes populaires en Egypte, et aid\u00e9 finalement \u00e0 remettre sur le tr\u00f4ne, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;entremise d&rsquo;Antoine (\u21d28). Mais Ptol\u00e9m\u00e9e veut s&rsquo;attirer les faveurs du consul Jules et d\u00e9capite Pomp\u00e9e. La guerre est alors d\u00e9clar\u00e9e contre le pharaon, car C\u00e9sar r\u00e8gle ses histoire en famille, et lui-m\u00eame ; il parvient \u00e0 mettre sur le tr\u00f4ne la jeune Cl\u00e9op\u00e2tre VII. C&rsquo;est une personnage que nous croiserons de nouveau ailleurs (\u21d28).<\/p>\n<p>Quoiqu&rsquo;il en soit c&rsquo;est lors de ce s\u00e9jour de 48 que C\u00e9sar visite le tombeau d&rsquo;Alexandre, tr\u00f4nant au c\u0153ur de la ville qu&rsquo;il a lui m\u00eame fond\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;architecte Dinocrat\u00e8s de Rhodes (Vitruve ne manque pas d&rsquo;anecdotes \u00e0 ce sujet, II pr\u00e9f.). D\u00e9j\u00e0 auparavant, de grandes discussions agit\u00e8rent les ex\u00e9g\u00e8tes pour savoir si oui ou non C\u00e9sar s&rsquo;\u00e9tait rendu sur les ruines de Troie ou plut\u00f4t, puisqu&rsquo;il est probable que non, pour quelle raison Lucain l&rsquo;a amen\u00e9 l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Ce qui est en jeu ici ce n&rsquo;est pas la v\u00e9rit\u00e9 historique, ce qui est en jeu c&rsquo;est l&rsquo;ad\u00e9quation entre le r\u00e9el et ses \u00e9v\u00e8nements d&rsquo;une part et le r\u00e9cit qui en est fait d&rsquo;autre part ; non pas du point de vue de la fid\u00e9lit\u00e9 ou de la v\u00e9racit\u00e9 donc, mais du point de vue (j&rsquo;en ai bien peur pr\u00e9sent, en filigrane, d\u00e8s l&rsquo;origine, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e8s l&#8217;embryon de d\u00e9ploiement de l&rsquo;histoire) de la <em>vraisemblance<\/em>. Vraisemblance d&rsquo;ailleurs non pas au regard de la science (je dis science car j&rsquo;ai pens\u00e9 r\u00e9el = physique = science) mais de l&rsquo;herm\u00e9neutique (le mot que j&#8217;emploie pour d\u00e9crire l&rsquo;op\u00e9ration  : r\u00e9el < langage > r\u00e9cit). Dit autrement et plus simplement : C\u00e9sar, d\u00e8s l&rsquo;origine est d\u00e9j\u00e0 un personnage (et il le sait). Au-del\u00e0 des historiens (suivant H\u00e9rodote, Diodore, Dion ou Plutarque le savent aussi), la <em>Guerre des Gaules<\/em> en atteste. On pourra me dire que l&rsquo;\u00e9poque recul\u00e9e augmente l&rsquo;effet distordant, mais je suppose et affirme qu&rsquo;il en va tout \u00e0 fait de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;heure de la presse, de la radio, de la t\u00e9l\u00e9vision, d&rsquo;internet.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un m\u00e9dia ? Eh bien ce n&rsquo;est justement pas un imm\u00e9diat. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;<em>imm\u00e9dia<\/em>, et d&rsquo;ailleurs le mot n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans Lucain (IX) :<br \/>\n\u00ab\u00a0C\u00e9sar gagne la c\u00f4te de Sig\u00e9e et ces bords dont la renomm\u00e9e le remplit d&rsquo;admiration. Il parcourt les rives du Simois et le promontoire de Rhoet\u00e9, consacr\u00e9 par le tombeau d&rsquo;un Grec. Il marche \u00e0 travers ces ombres qui doivent tant au g\u00e9nie des po\u00e8tes. Il erre autour des ruines fameuses de Troie ; il cherche les traces des murs \u00e9lev\u00e9s par Apollon. Quelques buissons st\u00e9riles, quelques ch\u00eanes au tronc pourri couvrent les palais d&rsquo;Assaracus et de leur racine fatigu\u00e9e pressent les temples des dieux. Troie enti\u00e8re est ensevelie sous des ronces ; ses ruines m\u00eames ont p\u00e9ri. Il reconna\u00eet le rocher d&rsquo;H\u00e9sione, et la for\u00eat, couche myst\u00e9rieuse d&rsquo;Anchise, et l&rsquo;antre o\u00f9 si\u00e9gea le juge des trois d\u00e9esses, la place o\u00f9 fut enlev\u00e9 Ganym\u00e8de, et le mont sur lequel se jouait la cr\u00e9dule OEnone. Pas une pierre qui ne rappelle un nom c\u00e9l\u00e8bre. Il avait pass\u00e9, sans s&rsquo;en apercevoir, un petit ruisseau qui serpentait dans la poussi\u00e8re; ce ruisseau \u00e9tait le Xanthe. Il portait n\u00e9gligemment ses pas sur un tertre de gazon, un Phrygien lui dit : \u00ab Que faites-vous? vous foulez les m\u00e2nes d&rsquo;Hector! \u00bb Il passait pr\u00e8s d&rsquo;un tas de pierres renvers\u00e9es qui n&rsquo;\u00e9taient plus que d&rsquo;informes d\u00e9bris. \u00ab Quoi ! lui dit son guide, vous ne regardez pas l&rsquo;autel de Jupiter Herc\u00e9en? \u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le lecteur aguerri aura reconnu la plupart des noms li\u00e9s \u00e0 la guerre de Troie, mais qui aura reconnu que d&rsquo;autres, bien que li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;<em>Iliade<\/em>, n&rsquo;y sont jamais nomm\u00e9s, et d\u00e9pendent de sources post\u00e9rieurs (d&rsquo;ajouts, de notes, de scolies, de commentaires, de papiers coll\u00e9s, de paperolles, qui sont le fruit de l&rsquo;herm\u00e9neute).<\/p>\n<p>Et Lucain de s&rsquo;\u00e9chauffer : \u00ab\u00a0\u00d4 travail immortel et sacr\u00e9 des po\u00e8tes ! tu sauves de l&rsquo;oubli tout ce que tu veux ! c&rsquo;est par toi que les peuples triomphent de la mort! C\u00e9sar, ne porte point envie \u00e0 la m\u00e9moire des h\u00e9ros! car si les Muses du Latium peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 quelque gloire, la race future lira ton nom dans mes vers aussi longtemps que le nom d&rsquo;Achille dans les vers du chantre de Smyrne. Mon po\u00e8me ne p\u00e9rira point et ne sera jamais condamn\u00e9 aux t\u00e9n\u00e8bres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et C\u00e9sar \u00e0 son tour : \u00ab\u00a0D\u00e8s qu'[il] a rassasi\u00e9 ses yeux du spectacle de la v\u00e9n\u00e9rable antiquit\u00e9, il \u00e9rige \u00e0 la h\u00e2te un autel de gazon ; et apr\u00e8s y avoir allum\u00e9 la flamme, il verse avec l&rsquo;encens des v\u0153ux qui seront exauc\u00e9s : \u00ab Dieux des cendres de Troie ! \u00f4 qui que vous soyez qui habitez parmi ses ruines! et vous, a\u00efeux d&rsquo;\u00c9n\u00e9e, et mes a\u00efeux, dont les lares sont aujourd&rsquo;hui r\u00e9v\u00e9r\u00e9s dans Albe et dans Lavinium, et dont le feu apport\u00e9 de Phrygie br\u00fble encore sur nos autels ! Et toi, Pallas, dont la statue qu&rsquo;aucun homme ne vit jamais, est conserv\u00e9e \u00e0 Rome, dans le lieu le plus saint du temple, comme le gage solennel de la dur\u00e9e de notre empire ; un illustre descendant d&rsquo;Iule fait fumer l&rsquo;encens sur vos autels et vous invoque sur cette terre, votre antique patrie. Accordez-moi des succ\u00e8s heureux dans le reste de mes travaux : je r\u00e9tablirai ce royaume et je le rendrai florissant. L&rsquo;Ausonie reconnaissante rel\u00e8vera les murs des villes de Phrygie, et Troie, \u00e0 son tour, fille de Rome, rena\u00eetra de ses d\u00e9bris. \u00bb <\/p>\n<p>C\u00e9sar, \u00e0 travers lui-m\u00eame (<em>i.e.<\/em> C\u00e9sar, je ne revient pas sur le changement de nom [\u21d22]), \u00e0 travers Lucain (<em>i.e.<\/em> \u00e0 travers lui-m\u00eame) confirme son ascendant troyen (\u00ab\u00a0Iule\u00a0\u00bb ; ainsi, en passant, Lucain s&rsquo;assimile \u00e0 Hom\u00e8re), mais comme ce n&rsquo;est pas le premier (Alexandre, \u00e9videmment, avait d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 le coup), il lui faut trouver mieux, plus fort.<\/p>\n<p>A la fin de cette excursion, il apprend donc que Ptol\u00e9m\u00e9e a \u00e9limin\u00e9 son rival ; c&rsquo;est l&rsquo;occasion d&rsquo;une grande preuve de sollicitude, Lucain en profite d&rsquo;ailleurs pour glisser que personne n&rsquo;y croit, ce qui revient d&rsquo;ailleurs, soulignons-le en passant, \u00e0 resserrer les rangs ethniques contre le pharaon : C\u00e9sar se serait senti totalement \u00ab\u00a0satisfait\u00a0\u00bb, dit-il, \u00ab\u00a0si par mes travaux, j&rsquo;avais m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre ton \u00e9gal, alors, dans une paix sinc\u00e8re j&rsquo;aurais obtenu de toi de pardonner ma victoire aux dieux, et tu aurais obtenu que Rome me l&rsquo;e\u00fbt pardonn\u00e9e \u00e0 moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais le s\u00e9jour touristique ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0. Plus tard (dans le livre X), C\u00e9sar visite l\u2019\u00c9gypte, mais avec une id\u00e9e pr\u00e9cise.  \u00ab\u00a0Cependant ni la beaut\u00e9 de ces \u00e9difices, ni les richesses qu&rsquo;ils \u00e9talent, ni la majest\u00e9 du culte qu&rsquo;on y rend, aux dieux, ni la magnificence et la grandeur de la ville qui les renferme ne touchent l&rsquo;\u00e2me de C\u00e9sar. Un seul objet l&rsquo;\u00e9meut et l&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est le tombeau d&rsquo;Alexandre. II descend avec une ardeur impatiente dans son caveau fun\u00e8bre ; l\u00e0 repose ce brigand heureux, dont le ciel vengeur d\u00e9livra la terre. Ses restes, qu&rsquo;il e\u00fbt fallu disperser dans l&rsquo;univers, sont recueillis dans le sanctuaire. La fortune \u00e9pargne jusqu&rsquo;\u00e0 ses m\u00e2nes, et le bonheur de son r\u00e8gne se perp\u00e9tue m\u00eame apr\u00e8s sa mort. Car si jamais la libert\u00e9 rentrait dans ses droits sur la terre, ce serait pour \u00eatre le jouet des peuples qu&rsquo;on aurait conserv\u00e9 les cendres de leur oppresseur, de celui qui offrit au monde l&rsquo;exemple funeste de l&rsquo;univers esclave d&rsquo;un seul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Alexandre le Grand est une r\u00e9f\u00e9rence majeure pour le monde romain : son souvenir fait le lien avec la Gr\u00e8ce tant r\u00e9v\u00e9r\u00e9e, et l&rsquo;ambition d&rsquo;unir Orient et Occident soutient qu&rsquo;on s&rsquo;inspire de son \u0153uvre, la conqu\u00eate. Son \u0153uvre inachev\u00e9e, toutefois, Alexandre meurt dans son sommeil, \u00e0 Babylone. Comme il est loin de chez lui, suppose-t-on, on pratique l&#8217;embaumement ; c&rsquo;est de plus l&rsquo;occasion de venir rendre hommage au souverain g\u00e9nial sur un temps d\u00e9mesur\u00e9. Perdiccas, l&rsquo;un de Diadoques (g\u00e9n\u00e9raux d&rsquo;Alexandre qui se partageront son empire), pr\u00e9pare le retour de la d\u00e9pouille \u00e0 Aig\u00e9ai, en Mac\u00e9doine. Comme finalement il embarque pour la terre de ses anc\u00eatres \u00e0 bord d&rsquo;un charriot d&rsquo;or tir\u00e9 par cinquante mulets (Diodore), Ptol\u00e9m\u00e9e (le premier cette fois), qui est \u00e9galement diadoque, intercepte le convoi (semble-t-il comme une attaque, comme cela se produit dans les films am\u00e9ricains, avec les trains charg\u00e9s d&rsquo;or ou les diligences, Elien XII 64), et le fait d\u00e9tourne vers Alexandrie, dans un magnifique et imposant tombeau.<\/p>\n<p>Il faut rappeler que, lui-m\u00eame empereur, Alexandre devient roi d\u2019\u00c9gypte par un subterfuge. Ayant mis au pas toute la Gr\u00e8ce, une partie du Moyen Orient et contr\u00f4lant toute l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Indus. Son principal concurrent est l&#8217;empire Ach\u00e9m\u00e9nide, qui se trouve alors en \u00c9gypte ; comme il souhaite ravir aux Perses leur derni\u00e8res fa\u00e7ade littorale, il marche sur l\u2019\u00c9gypte, et y semble acclam\u00e9 comme un lib\u00e9rateur (les populations locales luttant contre les Perses), au point qu&rsquo;il soumet la zone dans combattre ; il est alors proclam\u00e9 pharaon. Il adopte les rites \u00e9gyptiens, et fonde Alexandrie (la ville sera termin\u00e9e sous Ptol\u00e9m\u00e9e II) ; il fait un p\u00e8lerinage \u00e0 l&rsquo;oasis de Siwa ou l&rsquo;oracle de Zeus Ammon l&rsquo;informe qu&rsquo;il est attest\u00e9 comme fils du dieu Amon, anc\u00eatre de tous les dieux uniques (si j&rsquo;ose dire).<\/p>\n<p>Plutarque : \u00ab\u00a0Quelques-uns affirment que le proph\u00e8te, voulant le saluer en grec d\u2019un terme d\u2019affection, l\u2019avait appel\u00e9 \u00ab mon fils \u00bb (\u03c0\u03b1\u03b9\u03b4\u03af\u03bf\u03bd \/ <em>pa\u00efdion<\/em>), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la derni\u00e8re lettre et dit, en substituant au nu (\u03bd) un sigma (\u03c2) : \u00ab fils de Zeus \u00bb (\u03c0\u03b1\u1fd6\u03c2 \u0394\u03b9\u03cc\u03c2 \/<em> pa\u00efs dios<\/em>) ; ils ajoutent qu\u2019Alexandre go\u00fbta fort ce lapsus et que le bruit se r\u00e9pandit qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00ab fils de Zeus \u00bb par le dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il est ensuite couronn\u00e9 \u00e0 Memphis dans le temple de Ptah (Pseudo-Calisth\u00e8ne).<\/p>\n<p>C&rsquo;est le m\u00eame Pseudo-Calisth\u00e8ne qui raconte le retour du corps dans un coffre de plomb en Alexandrie et son installation dans un temple enterr\u00e9 \u00e0 la mode mac\u00e9donienne, le S\u00f4ma. Apr\u00e8s bien des affres li\u00e9s aux tremblements de terre, raz-de-mar\u00e9e et r\u00e9voltes chr\u00e9tiennes ou pa\u00efennes, le tombeau et le corps, au IVe si\u00e8cle, semblent avoir disparu de la ville et du monde.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9pisodes r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9voquent sa red\u00e9couverte, par exemple dans la basilique d&rsquo;Alexandrie (Flavius), \u00e0 Siwa m\u00eame o\u00f9 le h\u00e9ros aurait \u00e9mis le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre enterr\u00e9, \u00e0 Venise dans la cath\u00e9drale Saint-Marc (Andrew Chugg) suite \u00e0 l&rsquo;interversion des reliques du saint et de celles de l&#8217;empereur, ou plus r\u00e9cemment \u00e0 Aig\u00e9ai m\u00eame (ou non loin), \u00e0 l&rsquo;occasion des fouilles d&rsquo;Amphipolis, o\u00f9 un tombeau d\u00e9couvert en 1960 commence tout juste \u00e0 d\u00e9livrer ses secrets.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Le S\u00f4ma reste toutefois encore visible durant l&rsquo;Empire romain : Auguste r\u00e9p\u00e9tera le geste de C\u00e9sar, apr\u00e8s une autre victoire, tout aussi d\u00e9cisive, celle d&rsquo;Actium (\u21d28). Il est \u00e0 Alexandrie, et Cl\u00e9op\u00e2tre vient de mourir, s&#8217;empoisonnant alors qu&rsquo;Antoine s&rsquo;est suicid\u00e9, croyant qu&rsquo;elle l&rsquo;avait trahi. Le lien favoris\u00e9 entre Rome et Ath\u00e8nes, qui passe par l\u2019\u00c9gypte, s&rsquo;\u00e9teint \u00e0 tout jamais. La descendance de Marc Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre sera massacr\u00e9e ou tout du moins, celle qui sera au contraire sauv\u00e9e par la gr\u00e2ce et cl\u00e9mence d&rsquo;Octave, ne porte plus le sang des Iules.<\/p>\n<p>Il vient un moment o\u00f9 \u00e0 la lign\u00e9e se substitut l&rsquo;oblit\u00e9ration. Auguste repr\u00e9sente cela.<\/p>\n<p>Auguste fait ouvrir le tombeau d&rsquo;Alexandre , afin de lui passer une couronne d&rsquo;or et le couvrir de fleurs (Su\u00e9t.). Il demande qu&rsquo;on le laisse seul. Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 dans l&rsquo;antre du tombeau ? Peut-on imaginer l&rsquo;esprit aventureux et boitant d&rsquo;Auguste, en face-\u00e0-face avec un mod\u00e8le qui est aussi un \u00e9gal et peut-\u00eatre le croit-il, un parent ? Quelle esp\u00e8ce de danse a-t-il cherch\u00e9 \u00e0 faire, en prenant dans ses bras la fragile d\u00e9pouille du Mac\u00e9donien, quel pas de deux ? A moins qu&rsquo;il ait cherch\u00e9 \u00e0 saisir le S\u00f4ma comme un objet d&rsquo;\u00e9tude scientifique, le d\u00e9v\u00eatir, regarder dans sa bouche ou s&rsquo;il a un anus, caresser ses cheveux, d\u00e9crocher son sexe et ses bourses, ou encore mettre un doigt dans le trou du nez ? On n&rsquo;en sait rien, on n&rsquo;en saura jamais rien, mais ce qu&rsquo;on dit c&rsquo;est que dans l&rsquo;op\u00e9ration, dans ce moment de recueillement qui s&rsquo;est sans doute accompagn\u00e9 de manipulation, Auguste a bris\u00e9 le nez de la momie (Dion). Quelle partie faut-il avaler pour conjurer la rupture du sang alexandrin dans ses propres veines ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc l\u00e0 tout ce que les augustes trouveront \u00e0 faire ? Flavius Jos\u00e8phe rapporte que Cl\u00e9op\u00e2tre aurait vol\u00e9 les tr\u00e9sors amoncel\u00e9s dans le tombeau &#8211; mais, \u00e0 la limite, c&rsquo;est de bonne guerre et, comme dirait C\u00e9sar, \u00e7a reste en famille. H\u00e9las Caligula lui a d\u00e9j\u00e0 pris sa cuirasse (sans qu&rsquo;on soit certain qu&rsquo;il soit venu sur place (Suet.)), et Caracalla lui a vol\u00e9 sa tunique, sa ceinture et sa bague, qui semble \u00eatre le dernier empereur \u00e0 l&rsquo;avoir visit\u00e9 avant la perte compl\u00e8te de sa trace, ou du moins le violent tremblement de terre suivi d&rsquo;un ras de mar\u00e9e \u00ab\u00a0perchant les navires sur les tours\u00a0\u00bb en 395 ().<\/p>\n<p>Auparavant, Hadrien, qui vient en Egypte de perdre, dans de myst\u00e9rieuses circonstances, son amant Antino\u00efs, noy\u00e9 dans le Nil, a laiss\u00e9 ce po\u00e8me, sans doute apocryphe [LAV 7], en r\u00e9ponse peut-\u00eatre des moqueries des alexandrins sur la petite taille de l&#8217;empereur ? Celles-ci furent r\u00e9prim\u00e9es dans le sang (H\u00e9rodien IV, 9:3-8) Et Th\u00e9odose, dans un ultime et habile tour de passe-passe, interdit la v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;Alexandre (<em>Homili\u00e6 de Statuis<\/em> ou Hydace de Chaves, <em>Hydatii Gallaeciae episcopi chronicon<\/em>, je ne sais plus) entre-temps \u00e9videmment divinis\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/l-empereur-qui-manque-a-l-appel\/\">VI<\/a> \u271a <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/marc-antoine\/\">VIII<\/a><\/font><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce texte [Acte I, sc\u00e8nes 7] appartient \u00e0 De par la ville de par le monde, un roman en cours d&rsquo;\u00e9criture, en six actes et soixante-douze chapitres, qui traite de la figure d&rsquo;Auguste dans l&rsquo;Empire romain et au-del\u00e0, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 l\u00e0. &nbsp; Une autre aventure doit \u00eatre relat\u00e9e, utile&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,3144,1090],"tags":[3648,2628,1185,3758,3772,3770,3764,3750,3635,1182,737,3767,3766,3761,3760,499,303,3628,3765,3752,3762,1515,3759,3769,3768,3771,3753,3754,474,1996,3756,3751,3755,3757,3763],"class_list":["post-15016","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-de-par-la-ville-de-par-le-monde","category-fiction","tag-agrippa","tag-auguste-empereur","tag-benito-mussolini","tag-caligula","tag-charlemagne","tag-clovis","tag-constantin","tag-empereur","tag-empire","tag-empire-romain","tag-folie","tag-frederic-barberousse","tag-frederic-ii","tag-gaule","tag-grece","tag-guerre","tag-italie","tag-jules-cesar","tag-julien-lapostat","tag-marc-antoine","tag-mecene","tag-napoleon-bonaparte","tag-neron","tag-pax-americana","tag-pax-romana","tag-pepin-le-bref","tag-pline-lancien","tag-pline-le-jeune","tag-pouvoir","tag-rome","tag-romulus-augustule","tag-tarquin-le-superbe","tag-theodose","tag-tibere","tag-vestales"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15016","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15016"}],"version-history":[{"count":13,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15016\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15587,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15016\/revisions\/15587"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15016"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15016"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15016"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}