{"id":14865,"date":"2020-03-26T12:26:14","date_gmt":"2020-03-26T10:26:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=14865"},"modified":"2024-02-04T18:43:24","modified_gmt":"2024-02-04T16:43:24","slug":"epilogue-tragique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/epilogue-tragique\/","title":{"rendered":"Epilogue tragique"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un texte de <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/pistes-et-sillages\/\"><em>Pistes et sillages<\/em><\/a>, une s\u00e9rie de textes po\u00e9tiques n\u00e9s de l&rsquo;\u00e9coute des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la discoth\u00e8que. Base d&rsquo;improvisation, ou simplement paysage et divagation. Une anthologie.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/img.discogs.com\/psARO9h_0cmZeDAGBgjvtS4xHiw=\/fit-in\/600x539\/filters:strip_icc():format(jpeg):mode_rgb():quality(90)\/discogs-images\/R-2355953-1525028101-5694.jpeg.jpg\" width=\"300\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>{\u00e0 partir de <em>Tragic epilogue<\/em>, Antipop Consortium, 2000}<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Blanchisserie<\/h2>\n<p>Peut \u00eatre<br \/>\n\u00e7a peut \u00eatre<br \/>\n\u00e7a peut \u00eatre une rue dans la ville, un transport en commun, ou un appartement d\u2019individus, non pas un appartement, pas des individus, une ville.<\/p>\n<p>Si le soleil ne tape fort, il y a quelque chose qui agit comme lui, en essence. Comme le sang dans la tempe, le sang dans la tempe, le sang dans la tempe.<br \/>\nUne nu\u00e9e de gamins passe.<br \/>\nQuelque chose du piston, aussi, ou du muscle. Comme le coup dans le c\u0153ur, le coup dans le c\u0153ur, le coup dans le c\u0153ur, le coup dans le c\u0153ur.<br \/>\nHeu.<\/p>\n<p>Le type en bas, il vend de la bouffe, on adore lui en prendre, il sert \u00e7a, on sait pas c\u2019est quoi, dans des papiers qui sont tout de suite gras, et les doigts br\u00fblent, et c\u2019est bon.<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019y a pas de soleil, on fera un grand parc, et on fera comme c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on fera sans.<\/p>\n<p>Sans. Sans. Sans.<br \/>\nSans.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p>On fera sans, on s\u2019allongera et on regardera battre la lune, comme au ferronnier, pour faire de grands disques jaunes, qui ne s\u2019oublient pas, putain, des galettes, des cymbales, des joailleries de rythme et d\u2019or.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Papier nu<\/h2>\n<p>Quelque chose, du carton, d\u00e9clame, ne cesse de d\u00e9clamer. Le carton, le carton normal, le marron, celui qui est fait de tubes, de cellules, d\u2019un indicible r\u00e9seau de ligne \u00e0 la Romita Jr, le carton parle, ne cesse de parler.<br \/>\nLe carton, le carton, le carton, le carton.<br \/>\nIl ne cesse de parler, il t\u2019embrouille, te perd, tu es toujours un peu en de\u00e7\u00e0 de lui, tu ne parviens pas \u00e0 r\u00e9pondre, tu as d\u00e9j\u00e0 du mal \u00e0 comprendre. Tu ne peux que retenir le souffle, et quand il y a une ouverture, tu n\u2019as pas le temps de sortir, \u00e7a repart d\u00e9j\u00e0.<br \/>\nLe carton est affable, mais il a aussi de ces grands gestes d\u2019une dimension, qui le rendent en quelque sorte aussi friable que maladroit, en v\u00e9rit\u00e9 il ne supporte gu\u00e8re l\u2019\u00e9quilibre, il fascine surtout la gravit\u00e9.<br \/>\nIl ne cesse de parler, cela devient ton ami, parce qu\u2019un ami c\u2019est cela qui te parle et quand il te parle il te parle en ami et c\u2019est ton ami qui te parle.<br \/>\nLe carton, le carton, le carton, le carton, le carton.<br \/>\nLe carton.<br \/>\nUne esp\u00e8ce de bourdon passe qui rompt un peu la monotonie de ce fleuve ador\u00e9.<br \/>\nOn se tait, et dans l\u2019\u00e9coute et dans non.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Votre monde est plat<\/h2>\n<p>Souffle \u00e0 peine, tuyaux, compresseurs, pompes, le flux reprend d\u00e9j\u00e0, le bourdon n\u2019a pas eu le temps d\u2019agir.<br \/>\nCe n\u2019est plus le carton.<br \/>\nC\u2019est quelque chose qui ressortit plut\u00f4t de l\u2019aluminium.<br \/>\nOu du verre, comme le chant d\u2019ampoules color\u00e9es. C\u2019est le chant d\u2019ampoules color\u00e9es, qui gravitent autour de toi, d\u00e9non\u00e7ant ton passif, et d\u00e9liant le silence, en accrocs, en marches d\u2019escalier, en gravillons \u00e9parpill\u00e9s pour faire semblant de surface.<\/p>\n<p>Soleil trou noir, aspir\u00e9 tout \u00e0 coup.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Psa 2<\/h2>\n<p>Pause dedans.<br \/>\n\u00c7a respire, \u00e7a fr\u00e9tille, la petite fl\u00e8che engendre.<br \/>\nDebout pause.<br \/>\n\u00c7a s\u2019\u00e9tire, \u00e7a se l\u00e8ve, le petit triangle gigote.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>9.99<\/h2>\n<p>Et repart.<br \/>\nLe carton, avec l\u2019ampoule, \u00e7a fait une esp\u00e8ce de pi\u00e8ce derechef, une pi\u00e8ce qui se r\u00e9p\u00e8te, pas une pi\u00e8ce comme la pi\u00e8ce de monnaie, la pi\u00e8ce de moteur ou la pi\u00e8ce de maison, mais<br \/>\nhan<br \/>\nune pi\u00e8ce comme une sc\u00e8ne projet\u00e9e peut-\u00eatre oui (han) sur des surfaces (et tant pis si ces surfaces ont des fonds), une sc\u00e8ne tourn\u00e9e en 8mm, tu sais (han), floue et jaunie, et tremblante, \u00e7a projette et tourne en boucle<br \/>\nC\u2019est le prix de cette petite vid\u00e9ocam\u00e9ra, une broutille, mais qui d\u00e9rape, et c\u2019est beau. Han. Comme une rayure sur le disque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Eau de vaisselle<\/h2>\n<p>Tout \u00e0 coup on se pose ou presque.<br \/>\nOn a jusqu\u2019ici d\u00e9val\u00e9 le son comme depuis les cabrioles et les rondes.<br \/>\nRonde\u2026 on se retourne sur elle, depuis le canap\u00e9 quelque chose encore une fois rien d\u2019humain d\u00e9veloppe, une fum\u00e9e, une gaze, noire, et dense, et mouvante, \u00e9voluant sans se mouvoir, s\u2019effondrant sur elle et reprenant forme, forme informe sur le canap\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Les voil\u00e0 !<\/h2>\n<p>Premier silence.<br \/>\nDes rires, des borborygmes.<br \/>\nDes lycanthropes, des fant\u00f4mes, des frankesteins domestiques, pixelis\u00e9s.<br \/>\nC\u2019est un mauvais r\u00eave qui s\u2019arr\u00eate, \u00e0 moins que ce ne soit le contraire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Lune z\u00e9ro XM<\/h2>\n<p>Lune z\u00e9ro supermoyen, <em>ad lib.<\/em><br \/>\nLune<br \/>\nz\u00e9ro<br \/>\nsupermoyen<br \/>\nLune z\u00e9ro supermoyen.<br \/>\nLune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen lune z\u00e9ro supermoyen<\/p>\n<p>Lune<br \/>\nz\u00e9ro<br \/>\nsuper<br \/>\nmoyen<\/p>\n<p>Calculs informatiques. Et\/ou<\/p>\n<p>Pleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<br \/>\nPleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<br \/>\nPleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<br \/>\nPleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<br \/>\nPleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<br \/>\nPleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<\/p>\n<p>Pleine lune super mutants pleine lune super mutants pleine lune super mutants pleine lune super mutants pleine lune super mutants pleine lune super mutants pleine lune super mutants <\/p>\n<p>Pleine<br \/>\nlune<br \/>\nsupermutants<\/p>\n<p>Puis une feuille se brise parce qu\u2019elle s\u2019\u00e9crase parce qu\u2019elle se d\u00e9chire parce qu\u2019elle se froisse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Ascenseur<\/h2>\n<p>Sortie, \u00e0 peu pr\u00e8s.<br \/>\nIl y a ce moteur qui poursuit obstin\u00e9ment sa route, toute sortie est compromise, et pour lui de m\u00eame.<br \/>\nIl faudrait \u00e9crire des colonnes, ou mieux des lignes sur des lignes sur des lignes, surimprimer les \u00e9critures pour que \u00e7a ait quelque sens.<br \/>\nLe moteur avance et poursuit, il monte ou descend, c\u2019est selon, c\u2019est comme un petit landau, comme un perp\u00e9tuel va-et-vient.<br \/>\nC\u2019est donc autour de lui, comme une colonne disais-je, comme une ligne, comme des c\u00e2bles qui perp\u00e9tuent le cycle, ou en tout cas le mouvement (il ne semble pas qu\u2019il y ait du retour, ou que le retour soit pr\u00e9vu)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Mur d&rsquo;yeux<\/h2>\n<p>Des cornes, elles poussent, color\u00e9es, bigarr\u00e9es, sur des paysages boucl\u00e9s, des fourrures, des<br \/>\nTu sais quand le formulaire cherche de toi des informations que :<br \/>\n    \u2022 soit tu ne veux pas donner<br \/>\n    \u2022 soit tu tu ne sais m\u00eame pas tr\u00e8s bien quelles elles sont<br \/>\nTu as fait la queue pour le retirer au guichet o\u00f9 tu n\u2019as vu aucun regard, mais une main du bout d\u2019elle te l\u2019a tendu, tu t\u2019es dirig\u00e9e vers une esp\u00e8ce de lutrin, il y a l\u00e0 un stylo bleu, qui marche malle, sa bille d\u00e9raille, attach\u00e9 \u00e0 une cha\u00eenette ; quelqu\u2019un a \u00e9crit grosse pute sur le lutrin.<br \/>\nTu r\u00e9p\u00e8tes<br \/>\n<center><\/p>\n<table>\n<tr>\n<td>GROSSE PUTE SUR LE LUTRIN<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p><\/center><\/p>\n<p>Dehors il se met \u00e0 pleuvoir une pluie froide et coupante.<\/p>\n<p>Les gens semblent sortis d\u2019une cage d\u2019escalier sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>L\u2019ascenseur est en panne.<\/p>\n<p>Un jour \u00e0 Brooklin, comme \u00e7a, tu es all\u00e9 chercher des timbres, pour envoyer une lettre dans ton pays. Il faisait tr\u00e8s beau mais tr\u00e8s froid. Des glaciers passaient dans la rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>Pourquoi Brooklin, je ne sais plus.<\/p>\n<p>Le guichet \u00e9tait de bak\u00e9lite, le bureau minuscule, il n\u2019y avait rien de tr\u00e8s glorieux dans la sc\u00e8ne. Une vieille folle, habill\u00e9e comme un r\u00f4ti, gueulait dans l\u2019hygiaphone. Derri\u00e8re une vitre cradingue et ray\u00e9e de plexiglas, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, une grosse femme noire n\u2019\u00e9coutait m\u00eame pas et distribuait \u00e0 tour de bras des vignettes officielles sans qu\u2019on sache, personne ici, de quoi il s\u2019agissait, et elle tamponnait, tamponnait, tamponnait.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait pas mieux qu\u2019\u00e0 Sofia, quand on avait cherch\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre les horaires pour un train qui n\u2019est jamais venu, bris\u00e9 en deux par la glace, lui aussi.<\/p>\n<p>Le formulaire ne r\u00e9pond rien de juste. Tu changes de lutrin. Tu poses le formulaire sur une bite hachur\u00e9e. Dieu on n\u2019a jamais vu de bouche si mal ex\u00e9cut\u00e9e. Tu dois barrer une indication, mais la bite en dessous, par ses rainures, te fait faire un trou.<br \/>\nToute d\u00e9gradation, tache, marque inappropri\u00e9e, rayure, faute d\u2019orthographe ou information inexacte conduira inexorablement le formulaire vers la d\u00e9chiqueteuse et votre demande aux oubliettes de la servitude. Soyez-en assur\u00e9e. L\u2019\u00c9tat vous remercie.<br \/>\nPassez une bonne journ\u00e9e.<\/p>\n<p>N\u2019oubliez pas de vous laver les mains apr\u00e8s chaque contact avec quoi que ce soit, en chaque instant, partout, \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>L\u2019ascenseur est en panne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Dddalle<\/h2>\n<p>Nous reprenons le cours de nos \u00e9missions.<br \/>\nLe ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie est habill\u00e9 d\u2019un haut de forme avec une spirale, vous savez. C\u2019est le cirque. Il nous parle de super-h\u00e9ros ou d\u2019autre \u00eatres travestis de mythologie, ou \u00eatre mythiques travestis en carnaval de quartier.<br \/>\nLa pi\u00e8ce d\u00e9bute ; un ballet rapide, vif, se transforme peu \u00e0 peu en une pyramide assez inconcevable de corps, d\u00e9pos\u00e9s apr\u00e8s quelques pas de chat et glissades et sauts les uns sur les autres, de plus en plus, de plus en plus, jusqu\u2019<br \/>\nNO<br \/>\nGravir, c\u2019est le refrain. Repos.<br \/>\nSolo, un autre assemblage de pas de deux et boucles et rondes et ganses fait de bras de jambes, les cous, les hanches, les omoplates jouent leur r\u00f4le \u00e0 la perfection, jusqu\u2019\u00e0 la calotte, au sternum, aux m\u00e9nisques, tout le corps est en repr\u00e9sentation dans son solo fait de mille parts.<br \/>\nGravir, c\u2019est le refrain : repos.<br \/>\nLe troisi\u00e8me acte est celui du saccad\u00e9 ; un saccad\u00e9 cool, d\u00e9tach\u00e9 de sa saccade, un peu comme le cavalier sur son cheval, ou quelque machinerie un peu bringuebalante, et apr\u00e8s une \u00e9l\u00e9gante r\u00e9v\u00e9rence (geste de l\u2019avant-bras jusqu\u2019au coude, d\u2019accueil et pr\u00e9sentation)<br \/>\ns\u2019\u00e9vanouit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sexe monstre<\/h2>\n<p>Six secondes de sperme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Cerise<\/h2>\n<p>\u00c7a repart.<br \/>\nQu\u2019est-ce que tu n\u2019as pas fait.<br \/>\nLe professeur revient, rebat les cartes.<br \/>\nIl y a quelque chose, dans le monde, disons le disque, qui \u00e9chappe aux senseurs et qui pourtant laisse une trace visible apr\u00e8s coup.<br \/>\nDes petites \u00e9claboussures de signal, des petits cris \u00e9touff\u00e9s, des craquements, des crissements, des rissolements, des frisottements.<br \/>\nC\u2019est une sous-couche, une sous-plage, une dimension r\u00e9ticul\u00e9e, fine, infrastitielle dont tu ne nous avais pas parl\u00e9e avant ton enr\u00f4lement.<br \/>\nPeut-\u00eatre d\u2019ailleurs n\u2019en avais-tu pas conscience toi-m\u00eame, que tu transportais avec toi cette besace de secrets, de remugles, d\u2019effluves, de nids grouillants de choses sournoises et furtives mais tenaces et f\u00e9roces, le tout empaquet\u00e9 dans la ouate, le d\u00e9ni, l\u2019insu, l\u2019oubli.<br \/>\nUn inventaire et une cartographie sont en cours, mais bien des dimensions \u00e9chappent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, puisqu\u2019il est question aussi de mal, d\u2019enfer, de famille ou de maladie : elles \u00e9chappent au strict champ d\u2019interf\u00e9rence qui est notre sp\u00e9cialit\u00e9, elles affleurent au paranormal.<br \/>\nQu\u2019est-ce que t\u2019as pas fait.<br \/>\nOn doit tout reprendre \u00e0 z\u00e9ro, pas seulement faire tabula rasa, puisqu\u2019on est ici en de\u00e7\u00e0 de la surface, mais proc\u00e9der \u00e0 des esp\u00e8ces de carottages psychiques, qui viennent perturber l\u2019entrelacs de tous tes tissus. \u00c7a va \u00eatre un beau bordel. Une boucherie. Notre histologue est sur les dents. Nos historiographes doivent suivre des formations acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es, et \u00e0 distance encore : il y a quelque chose en toi d\u2019ext\u00e9rieur \u00e0 toi-m\u00eame, et ce n\u2019est pas tenable. Pour nous bien s\u00fbr, mais pour toi.<br \/>\nL\u2019\u0153il quantique te scrute. Le r\u00e9sultat n\u2019est pas beau \u00e0 voir. Pas de quoi \u00eatre fier. Tu es polyphone. Un monstre. Polymane. Une boucherie. Poly\u00e8ce. Un chaos.<br \/>\nUn chaos domestique.<br \/>\nNous songeons \u00e0 envoyer les chats de la nuit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Conduire en rond<\/h2>\n<p>Monte dans la voiture, je t\u2019emm\u00e8ne. Ce n\u2019est pas une balade, ce n\u2019est pas un voyage.<br \/>\nC\u2019est juste monter dans la voiture et t\u2019emmener. Alors viens. Je t\u2019emm\u00e8ne, monte.<br \/>\nCe n\u2019est pas un voyage, pas un trajet, pas une errance, pas une balade.<br \/>\nC\u2019est juste la bagnole : tu montes ; je t\u2019emm\u00e8ne ; viens.<\/p>\n<p>Allez. Monte dans la voiture, je t\u2019emm\u00e8ne viens.<\/p>\n<p>On s\u2019est tromp\u00e9. On s\u2019en fout. On repart.<\/p>\n<p>Dehors c\u2019est dedans. La route c\u2019est le parking. Le paysage c\u2019est le ciment et le b\u00e9ton. Et l\u2019horizon c\u2019est le n\u00e9on.<\/p>\n<p>Monte, allez, monte.<br \/>\nJe t\u2019emm\u00e8ne.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019on s\u2019en fout.<\/p>\n<p>La poussi\u00e8re et les b\u00eates de la route s\u2019\u00e9cartent en crissant, pareil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>G\u00e9nie 3 doigts<\/h2>\n<p>Tu peux pas gagner tu peux tu peux pas<br \/>\nTu peux pas gagner tu peux pas<br \/>\nTu peux<br \/>\nTu peux pas gagner<\/p>\n<p>Il est bien utile de tirer des com\u00e8tes. De torr\u00e9fier des ch\u00e2teaux. Nous sommes r\u00e9alistes, nous.<\/p>\n<p>Connect\u00e9s par des \u00e9lectrodes \u00e0 ton pass\u00e9, \u00e0 ton imaginaire, nous voyons tous ce que tu cherches dans l\u2019outback. On t\u2019a parl\u00e9 de ce type qui, sur la B, derri\u00e8re une vitrine de service informatique, procurait toutes sortes de services et de cures \u00ab sp\u00e9ciaux \u00bb. Toi qui avais \u00e9t\u00e9 l\u00e0 une fois, c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a a d\u00fb d\u00e9conner.<br \/>\nTu as mis un pied dedans ; tu as long\u00e9 la pliure de la feuille, puis tu as \u00e9rig\u00e9 son bord, dans l\u2019\u00e9paisseur ; appris l\u2019art du d\u00e9cloisonnement ; s\u00e9par\u00e9 le signifi\u00e9 du signifiant.<br \/>\nCe fut une trouvaille, mais un vertige, aussi. Tu as senti le pouls des \u00e9toiles, comme le tourbillon des \u00e9lectrons sur la courbe.<br \/>\nLe type avait un accent, on aurait dit europ\u00e9en, bien qu\u2019il arbore fi\u00e8rement ses dreads ramass\u00e9es sous un bonnet tricolore. Il fumait en continuit\u00e9. Plus tu passais du temps chez lui et mieux le connaissais, tu ne lui voyais jamais l\u00e2cher son m\u00e9got (et jamais ne le voyais rouler, du reste). Il lisait aussi, beaucoup : Nietzsche.<br \/>\nChaque jour il br\u00fblait dans un cendrier d\u2019inox et d\u2019ivoire une page de Spencer<sup class='footnote'><a href='#fn-14865-1' id='fnref-14865-1' onclick='return fdfootnote_show(14865)'>1<\/a><\/sup> qu\u2019il d\u00e9chirait avec art, pr\u00e9caution et passion.<br \/>\nIl disait qu\u2019on devrait trouver le moyen d\u2019avaler les mots.<br \/>\nQu\u2019ils retournent \u00e0 la centrifugeuse et que les phrases erron\u00e9es n\u2019aient plus la possibilit\u00e9 de s\u2019afficher.<br \/>\nIl avait ouvert un fichier de tableau et commenc\u00e9 \u00e0 lister tous les assemblages de mots qui lui semblaient nocifs \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement (de l\u2019esprit, des p\u00e9tunias ou de l\u2019esp\u00e8ce humaine, on ne savait pas, on ne pouvait dire).<br \/>\nPuis il applaudit des mod\u00e8les statistiques, r\u00e9alisait des analyses multifactorielles, extrayaient des composantes principales, \u00e9laborant des dendrogrammes excluant ces associations de mots, bannies des phrases.<br \/>\nSon territoire, substantiellement, c\u2019\u00e9tait la phrase. Il y r\u00e9sidait un temps non n\u00e9gligeable, entre un m\u00e9got et un client.<br \/>\nIl t\u2019a beaucoup appris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Antontonmesure Ne-0<\/h2>\n<p>Si tu ne veux pas coop\u00e9rer, tu souffriras. Si tu coop\u00e8res, tu souffriras. Pourquoi ne veux-tu pas souffrir ? Il n\u2019y a pas d\u2019issue.<br \/>\nLes \u00e9toiles ? Tu es d\u2019ici, tu dis. Poly\u00e8ce.<br \/>\nJe cite :<\/p>\n<blockquote><p>Cimole ouEclii-<br \/>\nnus. <\/p>\n<p>Melos on Bybli\u00ef&rsquo;,<br \/>\nZcphyrie, Mi-<br \/>\n]iiallide,Siph<br \/>\nnos, Acyton. <\/p>\n<p>IVIachie. <\/p>\n<p>Hyp\u00e8re ou Pa-<br \/>\nt\u00abge,PUtage,<br \/>\nAmorgos. <\/p>\n<p>Poly\u00e8ce. <\/p>\n<p>Pbyle? <\/p>\n<p>Th\u00e9ra ou Cal <\/p>\n<p>liste.<br \/>\nTh\u00e9rasie. <\/p>\n<p>Aulomate on <\/p>\n<p>Hiera.<br \/>\nThia.<br \/>\nli\u00e9e. . < \nAscaoie \nAnapbe. \n\nHippnris. \n\nGyarus (G-yaras , Juten. $ T\u00f9ap^\u00e7. \nSxRAB. , liv. X ; Tufltpet , fautivem. \npour T\u00f4ttaot. , Philostr\u00bb , p'ie \n\n$yrQus ( \u00efupyoc ? ). \n\n\u00c7yocethus ( Kwvoi3-off ? ) ,<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Radiographie<\/h2>\n<p>C\u2019est le moment glorieux de toi. Tu t\u2019extirpes de bandages, des ouates et des fils, tu dois t\u2019\u00e9riger, te mettre debout et faire front.<\/p>\n<p>C\u2019est une po\u00e9sie \u00e9sot\u00e9rique qui d\u00e9boule dans leurs algorithmes comme des quilles et&#8230; la frappe !<\/p>\n<p>R\u00e9sister est inutile.<\/p>\n<p>C\u2019est dit, le mot se r\u00e9pand comme un tatouage ou une d\u00e9calcomanie. Pas de syndrome contagieux \u00e9motionnel ici, on est plut\u00f4t simplement sur un genre de kabbale infinie, tu avais trop de voix, elles ont choisi la lumi\u00e8re. Elles parlent elles parlent et parlent.<br \/>\nLes cours d\u2019informatique sur la B ont port\u00e9 leurs fruits. R\u00e9sister est inutile, par cette capacit\u00e9 \u00e0 l\u2019invagination, tu as r\u00e9ussi \u00e0 retourner l\u2019engrenage des nappes en entier.<br \/>\nIl est maintenant ouvert, sur le c\u00f4t\u00e9, haletant, mis\u00e9rable.<br \/>\nLes b\u00eates et les poussi\u00e8res s\u2019\u00e9chappent en petites nu\u00e9es cotonneuses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>D\u00e9sorientation<\/h2>\n<p>Bien entendu abolir la rose des vents rend inconfortable.<br \/>\nMais le chemin est \u00e0 pr\u00e9sent en toi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Que suis-je ?<\/h2>\n<p>\u00ab Motif, exorciste, exercice<br \/>\nAucune discr\u00e9tion alors qu\u2019on fait pression sur les fronti\u00e8res \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-14865'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-14865-1'> Certains affirmaient Spicer. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-14865-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de Pistes et sillages, une s\u00e9rie de textes po\u00e9tiques n\u00e9s de l&rsquo;\u00e9coute des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la discoth\u00e8que. Base d&rsquo;improvisation, ou simplement paysage et divagation. 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