{"id":14598,"date":"2019-06-19T10:30:50","date_gmt":"2019-06-19T08:30:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=14598"},"modified":"2025-09-24T08:32:04","modified_gmt":"2025-09-24T06:32:04","slug":"noms-de-pays","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/noms-de-pays\/","title":{"rendered":"Noms de pays<br \/><font size=3>[Beauce]<\/font>"},"content":{"rendered":"<p><center><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_4000.jpg\" rel=\"lightbox[14598]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-14603 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_4000-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_4000-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_4000-768x432.jpg 768w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_4000-1024x576.jpg 1024w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_4000.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><br \/>\n<\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Microfiction (<em>c\u00e9rofiction<\/em>) de la s\u00e9rie <em><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/residence\/\">R\u00e9sidences<\/a><\/em> et \u00e9crite \u00e0 l&rsquo;occasion de la r\u00e9sidence <em>Situer<\/em> organis\u00e9e avec Ciclic en r\u00e9gion Centre-Val de Loire<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=right><font size=2><em>Avant, en piquant de la queue, tu ressemblais \u00e0 une abeille,<br \/>tandis que maintenant tu piques de la langue et ressembles au serpent.<\/em><br \/>Lettre de Roscelin de Compi\u00e8gne \u00e0 Ab\u00e9lard<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est un d\u00e9cor de cin\u00e9ma\u00a0\u00bb, il pensait.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un premier moment d\u2019\u00e9garement. Mais comment s\u2019\u00e9garer\u00a0? il n\u2019y a pas d\u2019issue possible\u00a0: il n\u2019y a que la route, droite sur des kilom\u00e8tres, et pas moyen de se tromper, pas moyen de s\u2019en d\u00e9tourner, de se <i>d\u00e9pister<\/i>. C\u2019est la plaine, \u00e0 l\u2019infini la plaine, la plaine \u00e0 l\u2019infini, \u00e0 l\u2019infini de l\u2019infini, parce que derri\u00e8re la plaine, derri\u00e8re l\u2019horizon, qu\u2019on voyait depuis l\u2019habitacle, lorsqu\u2019on croyait y \u00eatre parvenu, il y avait un autre horizon, tout aussi lointain.<\/p>\n<p>Parfois toutefois, de grands virages contournaient les parcelles, et c\u2019\u00e9tait \u00e9trange aussi, ces angles droits insoup\u00e7onn\u00e9s, invisibles dans les hautes herbes\u00a0; ce n\u2019en \u00e9tait pas moins un tunnel sans \u00e0-c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Il roulait vers la ville et d\u00e9j\u00e0, si loin, il commen\u00e7ait \u00e0 percevoir les plus hautes tours. Il n\u2019avait jamais vraiment travers\u00e9 la Beauce, ou autrement que rapidement, par les voies ferr\u00e9es ou les autoroutes\u00a0; c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019il allait y r\u00e9sider quelques jours. La premi\u00e8re fois, qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 hauteur d\u2019homme\u00a0\u00bb, pour ainsi dire, il allait passer et vivre en son dedans.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9garement, c\u2019\u00e9tait aussi la difficult\u00e9 pour le regard de s\u2019accrocher \u00e0 quelque chose\u2026 une esp\u00e8ce d\u2019oppression, du ciel peut-\u00eatre qui \u00e9tait tr\u00e8s haut mais qui \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9pais aussi. Les seuls rep\u00e8res \u00e9taient les \u00e9glises, les ch\u00e2teaux d\u2019eau, les pyl\u00f4nes, les \u00e9oliennes, et surtout les silos, leur patrimoine restitu\u00e9 d\u2019immenses cath\u00e9drales m\u00e9caniques, rong\u00e9es par la rouille ou le lichen, fi\u00e8res absides d\u00e9di\u00e9es au travail agricole.<\/p>\n<p>Un peu d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, un peu de panique (\u00e9crasement d\u00fb au vide, ou fuite impossible), puis, avec le temps, l\u2019habitude (il semble que l\u2019on s\u2019habitue vite en r\u00e9alit\u00e9, quelques dizaines de minutes suffisent\u00a0; c\u2019est pareil dans d\u2019autres lieux majestueux, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019humain est ridicule\u00a0: les Alpes, la Bretagne, les d\u00e9serts et les steppes des Causses\u2026), c\u2019est plut\u00f4t une grande sensation de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, celle <i>justement<\/i> qui vient \u00e0 l\u2019homme effac\u00e9 dans le paysage. La majest\u00e9 (ce mot insistait), la majest\u00e9 du paysage.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un temps, tout ce temps ramass\u00e9 en quelques instants, il pensa donc\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est un d\u00e9cor de cin\u00e9ma\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><i>Je ne saurai dire si le paysage avait chang\u00e9. Comment changer l\u2019uniforme\u00a0? Pourtant nous nous \u00e9tions bien l\u00e0, pour t\u00e9moins, et nous vieillissions. Est-ce parce que nous, nous changions, que changeait le paysage autour de nous\u00a0? Oui sans doute.<\/i><\/p>\n<p><i>Je me rappelle les moutons, mais ils ne sont plus l\u00e0 sous mes yeux.<\/i><\/p>\n<p><i>Je me rappelle les chevaux, mais ils ne sont plus l\u00e0 sous mes yeux.<\/i><\/p>\n<p><i>Je vois pourtant les bl\u00e9s, et eux toujours p\u00e8sent dans le champ, ondulent sous le vent perp\u00e9tuel. Je me rappelle le gros vent, et je le vois. Je me rappelle les cieux, et je les vois.<\/i><\/p>\n<p><i>Je ne sais pas pour les silos, peut-\u00eatre ont-ils grandi, et je ne sais pas pour les ch\u00e2teaux d\u2019eau, peut-\u00eatre ont-ils pouss\u00e9 \u00e0 leur tour eux aussi\u00a0? Je me rappelle aussi d\u2019avant les pyl\u00f4nes, les \u00e9oliennes.<\/i><\/p>\n<p><i>Alors oui en effet, insensiblement\u2026 comme un l\u00e9ger d\u00e9vers am\u00e8ne imperceptiblement un relief, et un relief un paysage, et un paysage une m\u00e9lancolie, c\u2019est-\u00e0-dire une m\u00e9moire d\u00e9chue.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est exactement \u00e7a, poursuivit-il dans sa t\u00eate\u00a0: un grand film de la route, \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, et pourquoi pas\u00a0? Nous sommes impr\u00e9gn\u00e9s des vastes paysages de la plaine am\u00e9ricaine, aussi bien dans les films que dans les s\u00e9ries et m\u00eame les romans. Ils \u00e9veillent en nous de myst\u00e9rieux imaginaires, d\u2019h\u00e9ro\u00efques personnages, des luttes sauvages. Mais lorsqu\u2019on \u00e9voque la Beauce dans notre pays, surgissent en premier lieu des traits n\u00e9gatifs. \u00ab\u00a0Parce que les gens de la ruralit\u00e9 sont m\u00e9pris\u00e9s\u00a0\u00bb, pensa-t-il.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs quand il avait cherch\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments touristiques sur la Beauce, c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique qui est venue. La Beauce du Canada. Il ne comprenait pas les visites que proposaient le site, il ne connaissait pas de mont Sainte-Marguerite, et il ne voyait pas de monts en Beauce.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait venu faire des recherches sur la for\u00eat des Carnutes (passons sur le cadre et les d\u00e9tails professionnels), dans l\u2019espoir de trouver sur le territoire des fragments de for\u00eat ancienne, historique m\u00eame, dont l\u2019\u00e9tude du sous-sol apporterait de nouveaux (et qui sait\u00a0? pr\u00e9cieux) \u00e9l\u00e9ments sur les mouvements climatiques. L\u2019analyse bibliographique avait stipul\u00e9 que le sol et le sous-sol n\u2019avaient jamais permis l\u2019installation d\u2019une for\u00eat en tant que telle, et des \u00e9tudes r\u00e9centes semblaient indiquer que la for\u00eat sacr\u00e9e se situait dans une zone comprise entre Orl\u00e9ans et Chartres, entre la Loire et le Loir. Le mot <i>Beauce<\/i> lui-m\u00eame viendrait d\u2019un mot gaulois pour dire \u00ab\u00a0espace d\u00e9couvert\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0champagne\u00a0\u00bb\u2026 Or la conformation des paysages depuis au bas mot la fin de la r\u00e9publique romaine l\u2019avait incit\u00e9 \u00e0 fouiller les lieux, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vidence, et contre toute logique, les lieux n\u2019avaient que peu chang\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 peine d\u00e9buta-t-il de compulser les documents (qu\u2019il avait r\u00e9serv\u00e9s depuis chez lui), qu\u2019il tomba sur une liasse de feuilles deux fois pli\u00e9es en deux, gliss\u00e9es dans le rabat d\u2019une jaquette. Elles attir\u00e8rent aussit\u00f4t son attention\u00a0; il h\u00e9sita et se demanda s\u2019il avait vraiment le droit de les ouvrir et de lire. Il balaya la petite pi\u00e8ce du regard\u00a0; la lumi\u00e8re \u00e9tait tamis\u00e9e, il portait des gants, il agissait dans le cadre professionnel\u00a0: il en conclut qu\u2019il n\u2019y avait pas de raison qui s\u2019oppos\u00e2t \u00e0 ce qu\u2019il les consid\u00e8re comme une part de son corpus.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une lettre, adress\u00e9 \u00e0 un certain Phil\u00e9mon Sevestre, \u00e9crite par un \u00e9nigmatique MP, le 16 juin 1907 (il n\u2019y a pas d\u2019enveloppe). Il recopia ce passage dans son carnet.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On pr\u00eate beaucoup de qualit\u00e9s aux \u00e9crivains, sans doute trop. Mais ce qu\u2019on ne peut leur reprocher, mais peut-\u00eatre est-ce un vice qui s\u2019est affermi sur le terreau de la d\u00e9fiance, ou, comme une seconde nature, s\u2019est b\u00e9quill\u00e9 \u00e0 une esp\u00e8ce de mauvaise foi que d\u2019aucuns nomment sensibilit\u00e9, ou pire, lucidit\u00e9, ce qu\u2019on ne peut leur reprocher, disais-je, c\u2019est leur manque de tact au regard des r\u00e9alit\u00e9s du monde. Mais un dr\u00f4le de ph\u00e9nom\u00e8ne se produit, lorsque par exemple je vois agir mon personnage, le vois \u00e9voluer dans un monde qui peu \u00e0 peu, d\u2019\u00e9trange mani\u00e8re, s\u2019affranchit de ma tutelle, et c\u2019est comme si mon stylographe n\u2019\u00e9tait plus ni f\u00e9rule, ni houlette, pas moins une laisse dont on se sert, vous savez, pour maintenir et contraindre les animaux domestiques, ni un mors, qui est utile \u00e0 diriger les chevaux. C\u2019est comme si moi-m\u00eame me d\u00e9doublais, lui se s\u00e9parant de moi, et moi devenant lui, lui \u00e9crivant et moi lisant, je ne vois pas comment le dire autrement, ni de mani\u00e8re plus claire.<\/p>\n<p>Vous savez, cher ami, que, lorsque je vous retrouve ici, notre entretien vient nourrir ma propre pratique\u00a0; c\u2019est peut-\u00eatre aussi parce que votre soci\u00e9t\u00e9, pr\u00e9cise, positive en quelque sorte, faisait \u00e9cho \u00e0 mon propre cheminement, tant\u00f4t h\u00e9sitant, tant\u00f4t fougueux, et l\u2019un et l\u2019autre s\u2019articulent comme certains objets, ces petits v\u00e9hicules destin\u00e9s au loisir des petits enfants.<\/p>\n<p>En quoi tout roman est double\u00a0; non seulement le lecteur \u00e9crit le livre que l\u2019auteur lui a lu une premi\u00e8re fois, mais dans ce geste c\u2019est aussi un <i>paysage<\/i> qui est chaque fois \u00e9chafaud\u00e9 et renouvel\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre itin\u00e9rant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, au mus\u00e9e de la m\u00e9moire agricole qu\u2019il visita, c\u2019est avec grande surprise qu\u2019il retrouva sur l\u2019une des affiches le nom de P. Sevestre, accompagn\u00e9 de ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire veille \u00e0 maintenir l\u2019essentiel de son propos sous le boisseau. Ce qui reste inaccessible au commun, ce n\u2019est certes pas ce qui est claironn\u00e9 ou, moins vulgairement, ce qui est consign\u00e9 et sigill\u00e9 dans les livres solaires.<\/p>\n<p>En quoi toute histoire est double\u00a0; on dira qu\u2019il y a la grande et la petite histoire, mais je ne fais pas cette diff\u00e9rence car, de toute fa\u00e7on, \u00e0 chaque fois c\u2019est aussi un <i>paysage<\/i> qui est \u00e9chafaud\u00e9 et renouvel\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre ambulant.<\/p>\n<p>On pr\u00eate beaucoup d\u2019intentions aux historiens\u00a0; c\u2019est leur faire beaucoup d\u2019honneur. \u00bb, avec cette simple indication\u00a0: <i>La chronique et l\u2019histoire au Moyen-\u00c2ge<\/i>, 1909.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><i>Tr\u00e8s t\u00f4t le soleil \u00e9tait mont\u00e9 et avait arros\u00e9 tous les recoins du pays.<\/i><\/p>\n<p><i>Depuis la Conie, qui s\u2019\u00e9coulait sans h\u00e2te, nous devions nous rendre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exploitation. L\u2019\u00e9t\u00e9 et le printemps, on y allait \u00e0 pied, on se levait plus t\u00f4t, tr\u00e8s t\u00f4t, en \u00e9t\u00e9 \u00e0 cinq heures. Quand les derniers bosquets que le ruisseau nourrissait disparaissaient, on entrait dans le monde de la c\u00e9r\u00e9ale (il y a avait bien quelque champ de patates ou de tr\u00e8fles, mais dans l\u2019ensemble c\u2019\u00e9tait de la c\u00e9r\u00e9ale, et parmi elles dominait le bl\u00e9). Nous sommes un pays du pain.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Il avait trouv\u00e9 un g\u00eete, chez Odette, une dame \u00e0 la retraite, une ancienne commer\u00e7ante, boulang\u00e8re, et dont le mari, nonag\u00e9naire, ancien facteur\u00a0; ils louaient deux ou trois chambres d\u2019une belle ferme situ\u00e9e en plein c\u0153ur du pays. Nous discutions tous trois, tandis que mijotait le faitout de rata qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait propos\u00e9 de lui cuisiner, puisqu\u2019il s\u2019int\u00e9ressait \u00ab\u00a0aux choses d\u00e9su\u00e8tes\u00a0\u00bb. Elle s\u2019enquit de l\u2019avanc\u00e9e de ses recherches. Elle lui apprit que Sevestre \u00e9tait un nom commun dans le secteur, qui lui \u00e9tait familier puisque des cousins \u00e0 elle le portaient, des parents \u00e9loign\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de Fains-la-Folie, de gros exploitants depuis toujours. Il se fit \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le mot \u00e9tait une d\u00e9rivation de <i>sylvestre<\/i>\u2026 et se demanda jusqu\u2019\u00e0 quel point la for\u00eat avait hant\u00e9 l\u2019imaginaire local.<\/p>\n<p>La discussion venait alors sur le travail agricole, ce qui avait chang\u00e9, ce qui avait disparu. \u00ab\u00a0Mais aujourd\u2019hui, finit-elle, les gens vivent mieux, m\u00eame les jeunes, ils sont moins souvent contraints par le temps, les al\u00e9as. Les machines ont pris une place consid\u00e9rable, oui, mais il faut toujours quelqu\u2019un pour les mener, pour les entretenir&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00eener, il fit quelques pas dans le village et gagna ses \u00ab\u00a0faubourgs\u00a0\u00bb, les belles maisons de pierre blanche. Dans le village, on se sentait \u00e0 l\u2019abri. D\u00e8s qu\u2019on en sortait un peu, on \u00e9tait \u00e0 nouveau renvers\u00e9 par l\u2019immensit\u00e9 du vert. Comme le ciel \u00e9tait immacul\u00e9, un d\u00e9but de lune vint \u00e9clairer en douceur les arm\u00e9es et les arm\u00e9es d\u2019\u00e9pis. <\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une \u00e9trange sensation, un peu comme naviguer en mer. Et les villages \u00e9taient comme des \u00eelots. Il y avait cette pression tellurique des \u00eeles. Il ne doutait plus que la for\u00eat d\u2019ici avait \u00e9t\u00e9 un mythe, des histoires qu\u2019on raconte pour effrayer les petits enfants. Ou les subjuguer. Jules C\u00e9sar le savait d\u00e9j\u00e0, et je ne sais pas quelle \u00e9tait l\u2019intention de Rabelais lorsqu\u2019il fit dire \u00e0 Gargantua \u00ab\u00a0Je trouve beau, ce\u00a0\u00bb. Mais il \u00e9tait en plein accord avec lui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Microfiction (c\u00e9rofiction) de la s\u00e9rie R\u00e9sidences et \u00e9crite \u00e0 l&rsquo;occasion de la r\u00e9sidence Situer organis\u00e9e avec Ciclic en r\u00e9gion Centre-Val de Loire &nbsp; Avant, en piquant de la queue, tu ressemblais \u00e0 une abeille,tandis que maintenant tu piques de la langue et ressembles au serpent.Lettre de Roscelin de Compi\u00e8gne \u00e0 Ab\u00e9lard &nbsp; \u00ab\u00a0C\u2019est un&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,1090,3437],"tags":[170,1079,3696,3645,662,3695,3694,169,3697,3551],"class_list":["post-14598","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-fiction","category-residence","tag-a-la-recherche-du-temps-perdu","tag-agriculture","tag-beauce","tag-centre-region","tag-champ","tag-chartres","tag-eure-et-loire","tag-marcel-proust","tag-reforme-territoriale","tag-region-naturelle"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14598","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14598"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14598\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19466,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14598\/revisions\/19466"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14598"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14598"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14598"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}