{"id":14098,"date":"2018-09-04T15:58:00","date_gmt":"2018-09-04T13:58:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=14098"},"modified":"2024-05-12T11:56:41","modified_gmt":"2024-05-12T09:56:41","slug":"nulle-part-ou-se-perdre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/nulle-part-ou-se-perdre\/","title":{"rendered":"Nulle part o\u00f9 se perdre<br \/><font size=3> [Barrois d&rsquo;Arc]"},"content":{"rendered":"<p><center><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/IMG_7385-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" class=\"alignnone size-medium wp-image-14105\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/IMG_7385-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/IMG_7385-768x432.jpg 768w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/IMG_7385-1024x576.jpg 1024w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/IMG_7385.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Microfiction de la s\u00e9rie <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/residence\/\">R\u00e9sidence<\/a><\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La toupie roule, tourne sur elle-m\u00eame, et finalement vient se ramasser en elle-m\u00eame et sur le rebord de la table. La maison est sombre, et j\u2019attends. Il y a une chemin\u00e9e, les cendres sont froides\u00a0; une grande b\u00fbche \u00e0 moiti\u00e9 carbonis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9. Il pleut, et j\u2019attends.<br \/>\nLa toupie tourne, puis roule.<\/p>\n<p>Plus t\u00f4t dans la journ\u00e9e, le soleil avait dor\u00e9 les for\u00eats. La marche. C\u2019\u00e9tait la marche, qui m\u2019avait men\u00e9 ici, et c\u2019\u00e9tait la marche qui m\u2019avait fait traverser ces terres.<\/p>\n<p>La ferme n\u00e9cessitait des bras, &#038; mes bras j\u2019ai donn\u00e9. Une grande surface de c\u00e9r\u00e9ales, quelques bovins, avec sa ferme fortifi\u00e9e, trois blonds b\u00e2timents en U, propre, bien tenue, qui tr\u00f4ne en son centre et, pour unique ma\u00eetre une ma\u00eetresse, une femme seule qui devait g\u00e9rer toutes ces terres et tout ce travail depuis la mort de quelque parent (mari ou vrais parents, je n\u2019ai jamais pu savoir). Je ne donnais pas beaucoup de renseignements moi-m\u00eame. Besoin de me faire oublier, besoin de m\u2019oublier moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on \u00e9tait sur le terrain, la Triesche, elle disait, on \u00e9tait sur la marge d\u2019une grande \u00e9tendue de terre (je suis arriv\u00e9 aux premiers semis), et c\u2019\u00e9tait comme une \u00eele, parce qu\u2019aussi grand que \u00e7a pouvait \u00eatre, impossible de marcher aux milieux des champs, on restait bien sur le bord,  tout autour, c\u2019\u00e9tait la for\u00eat la for\u00eat, la for\u00eat \u00e0 perte de vue.<\/p>\n<p>Enfin de perte de vue, pas tant, puisque \u00e7a faisait plut\u00f4t murs, tous ces manteaux d\u2019arbre, molletonn\u00e9s dans leurs ourlets de prunelliers, de noisetiers, d\u2019\u00e9glantiers et tout et tout. Bien taill\u00e9s au garrot de vache, comme des champignons g\u00e9ants.<\/p>\n<p>En somme on ne voyait que couic. Du vert, et nous on longeait les champs, bien pr\u00e9cautionneux de pas mettre le pied dans l\u2019arable \u00e9paisse.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Ceci, cela, et voil\u00e0 que je reste l\u00e0, \u00e0 bien travailler, aider comme il faut, je me suis bien comport\u00e9. L\u2019\u00e9t\u00e9 a pass\u00e9, puis l\u2019automne, et \u00e0 sa fin, avec les pluies, le travail se faisait plut\u00f4t vers la maison, puis il y en avait moins. Un apr\u00e8s-midi, je l\u2019ai pris, et je me suis promen\u00e9, j\u2019ai dit que j\u2019allais en for\u00eat et elle m\u2019a dit Une belle ballade c\u2019est vers la Combe\u00a0; de l\u00e0 il y a la place des forestiers et tu prends n\u2019importe quel chemin couchant pour revenir ici. C\u2019est ce que j\u2019ai fait. Plus ou moins.<\/p>\n<p>Au fond du dernier champ il y avait une esp\u00e8ce de ru, et c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9. Ensuite le truc est d\u00e9vi\u00e9 (pas qu\u2019il soit bien gros) et sert de drain au sol. A cet endroit il y avait la cicatrice d\u2019un cours d\u2019eau mais de cours d\u2019eau point.<\/p>\n<p>L\u00e0 j\u2019ai commenc\u00e9 mon chemin. Il fallait d\u2019abord monter, parce que les combes ici sont occup\u00e9es par les champs, et puis les routes et les villages, on est comme sur un plateau, et tout le haut est occup\u00e9 par la for\u00eat. Ce que j\u2019ai fait.<\/p>\n<p>C\u2019est pas que c\u2019est haut, je sais pas, cinquante m\u00e8tres, mais tout dans la for\u00eat. Tu montes dans les layons, parfois un peu raides, et tout autour c\u2019est la for\u00eat, le grand taillis sans bruit.<\/p>\n<p>Le soleil \u00e9tait venu, mais dans la mont\u00e9e je ne connaissais rien de la lumi\u00e8re. Arriv\u00e9 en haut,  j\u2019ai pris la piste de gravier, \u00e0 droite je crois, et je l\u2019ai poursuivi un instant\u00a0; \u00e0 droite \u00e0 gauche, \u00e0 distance r\u00e9guli\u00e8re, je sais pas cinquante pas, un layon \u00e0 droite, un layon \u00e0 gauche. Si bien qu\u2019\u00e0 force, tous les endroits se ressemblaient, et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 mon premier doute. <\/p>\n<p>Toutes les parois de la for\u00eat se refl\u00e9taient les unes dans les autres.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>*<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019ai march\u00e9 peut-\u00eatre bien deux heures, de layon en layon, sur diff\u00e9rentes pentes, et rien ne changeait\u00a0; chaque fois que j\u2019arrivais au sommet d\u2019une petite c\u00f4te, le paysage qui se pr\u00e9sentait \u00e0 mes yeux anxieux \u00e9tait le m\u00eame\u00a0: la piste encadr\u00e9e d\u2019arbres \u00e0 perte de vue. A peine un paysage, en somme.<\/p>\n<p>Parfois il y avait des zones claires, loin derri\u00e8res les arbres, mais la plupart des fois c\u2019\u00e9tait \u00e0 nouveau le replat d\u2019un coteau, ou bien l\u2019ouverture d\u2019une nouvelle piste, une place de retournement.<br \/>\nJe fatiguais, et je doutais.<\/p>\n<p>Une fois encore, \u00e0 main droite, une lueur plus claire dans les houppiers, sous les houppiers plut\u00f4t, \u00e0 nouveau comme un bombement de la lumi\u00e8re. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement clair, toutefois, mais l\u00e9g\u00e8rement roussi. Sans doute un effet du soleil qui tourne, je me suis dit, et j\u2019h\u00e9sitai \u00e0 aller voir. Mais comme aucun layon \u00e0 proximit\u00e9 ne semblait y mener, ni aucun sentier n\u2019\u00e9tait visible, sauf peut-\u00eatre quelque sente de sauvage, alors je me suis engag\u00e9 vers la rousseur\u00a0; c\u2019\u00e9tait bien le comble\u00a0: quitter la piste pour trouver son chemin\u00a0!<\/p>\n<p>Une autre chose qui m\u2019avait particuli\u00e8rement attir\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9trange silence transparent qui semblait\u2026 pulser&#8230; de la forme lumineuse. Il y a parfois dans la nature des lieux dont la singuli\u00e8re composition, l\u2019agencement des formes, des lignes et volumes, la palette de sons ou de couleurs, les lumi\u00e8res ou la temp\u00e9rature, leur conf\u00e8re une atmosph\u00e8re surnaturelle\u00a0; loin de moi l\u2019id\u00e9e d\u2019esprit ou de magie, c\u2019est le hasard de notre survenue l\u00e0, \u00e0 ce moment-pr\u00e9cis, qui justifie qu\u2019on y f\u00eet d\u00e9tour, ou pause.<\/p>\n<p>La lueur \u00e9tait plus loin que pr\u00e9vue, et l\u2019extr\u00eame platitude des lieux, simplement distraite d\u2019un chablis l\u00e0, d\u2019un bosquet d\u2019arbustes ici r\u00e9duisait les distances. Finalement j\u2019arrivais, une nouvelle fois au bord d\u2019une grande, brusque et abrupte pente, piquet\u00e9e de gen\u00e9vriers, d\u2019\u00e9glantiers. Les arbres formaient toujours cette futaie serr\u00e9e, mais il y avait maintenant beaucoup d\u2019encombrement au sol\u00a0: le lierre couvrait des monceaux de branches, la mousse pulvinait dans chaque recoin favorable.<\/p>\n<p>J\u2019arrivai finalement, apr\u00e8s plusieurs replats que formaient d\u2019autres chemins parall\u00e8les \u00e0 la piste du haut, chemins que je me gardais bien d\u2019emprunter, obstin\u00e9 vers mon objectif, \u00e0 un dernier chemin, de terre cette fois, que longeait un large foss\u00e9 en haut, lequel me s\u00e9parait d\u2019une for\u00eat bien diff\u00e9rente\u00a0: je reconnaissais les boules g\u00e9n\u00e9reuses des saules et, \u00e7a et l\u00e0, de grands aulnes blancs. J\u2019arrivais donc au fond d\u2019une vall\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019eau.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 nouveau je fus d\u00e9sorient\u00e9. Non seulement je n\u2019\u00e9tais pas arriv\u00e9 \u00e0 la source floue de la lumi\u00e8re, mais je me retrouvais \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019ombre, bien au fond d\u2019une poche v\u00e9g\u00e9tale, et le noir de la terre humide n\u2019aidait pas \u00e0 distinguer bien. Pourtant, \u00e0 bien scruter au travers des osiers, je rep\u00e9rais, dans le noir entrelacs, des trou\u00e9es claires, brunes, orang\u00e9es, jaunes. Ce devait \u00eatre l\u00e0\u00a0: c\u2019\u00e9tait l\u00e0. La lumi\u00e8re, comme aspir\u00e9e par l\u2019entonnoir de la for\u00eat, devait faire comme un faisceau lumineux, que sais-je\u00a0?<\/p>\n<p>Mais maintenant il fallait passer, ce qui n\u2019\u00e9tait pas une mince affaire\u00a0: le ruisseau \u00e9tait trop large, je rep\u00e9rai vite qu\u2019il s\u2019av\u00e9rait profond, vaseux, inutilement dangereux, et puis derri\u00e8re il y avait encore l\u2019ourlet de ronces, sur le rideau de saules, sans doute m\u00eal\u00e9s des horripilants cassis (j\u2019avais taill\u00e9 une partie d\u2019une saulaie vers la ferme, et j\u2019avais fait l\u2019exp\u00e9rience de tr\u00e9bucher, pied, comme main tenant la scie, sur ces arbustes petits, minuscules, indestructibles, le cassis).<\/p>\n<p>Je longeais un peu le ruisseau et, \u00e0 un endroit o\u00f9 il faisait de petites tresses, je parvins \u00e0 le traverser en m\u2019aidant d\u2019un tronc abattu en travers, et des branches bien vivantes au-dessus, quitte \u00e0 m\u2019enfiler pratiquement au sol entre les ramures d\u2019osier. Je marchais un peu comme \u00e7a, pench\u00e9, r\u00e2lant, entre les orties, les grands joncs et les douces-am\u00e8res, le sol \u00e9tait toujours plus humide et je m\u2019enfon\u00e7ais nerveusement, jusqu\u2019\u00e0 ce que je parvienne \u00e0 une esp\u00e8ce de petite roche, qui s\u2019av\u00e9ra abriter une source, une source tufeuse, jaune, derri\u00e8re laquelle je d\u00e9couvris alors, \u00e9berlu\u00e9, et comme abruti, le marais\u2026<\/p>\n<p>Le marais, un marais immense, qui naissait l\u00e0 d\u2019un coup, et formait comme une langue dont on ne distinguait au loin, ni \u00e0 droite, ni \u00e0 gauche, les extr\u00e9mit\u00e9s. Ce n\u2019\u00e9tait pas de ces imp\u00e9n\u00e9trables roseli\u00e8res qu\u2019on voit parfois, m\u00eame si quelques roseaux, parfois en colonie, \u00e9mergeait \u00e7a et l\u00e0, c\u2019\u00e9tait une construction miniature de v\u00e9g\u00e9tation aras\u00e9e, roussie par les \u00e2ges, polies, des herbes (des la\u00eeches de Davall, des la\u00eeches jaun\u00e2tres, des la\u00eeches \u00e0 v\u00e9sicule, et bien d\u2019autres, que j\u2019apprendrais plus tard), piquet\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de belles, d\u2019\u00e9l\u00e9gantes, de somptueuses fleurs bleues (diverses gentianes, plus tard). Je sautai dessus, c\u2019\u00e9tait bien \u00e7a, je sautai sur le marais, comme on sauterait sur une \u00e9toupe ou une \u00e9ponge g\u00e9ante. De la source glaciale (je me d\u00e9salt\u00e9rai longtemps, soudain le soleil tr\u00e8s haut dans le ciel piquait plombait abrupt sur mon front\u00a0; je r\u00e9alisai que j\u2019\u00e9tais \u00e9reint\u00e9, je m\u2019assis un instant) naissait un r\u00e9seau complexe de rus et de gours profonds, s\u00e9par\u00e9s par des plages plus ou moins solides de tufs, au milieu des touradons, nombreux, de la\u00eeches. Parfois l\u2019eau passait dessous, formait des douves ou des arches, tout un univers secret de batailles m\u00e9di\u00e9vales ou de mythes encore plus anciens. C\u2019\u00e9tait un paysage fantastique, in\u00e9dit, discret. Des phases vallonn\u00e9es de bruns, d\u2019ocre ou de vert des diff\u00e9rentes colonies des la\u00eeches, les taches de violet soyeux des swerties, celles de blanc laiteux des parnassies, les tiges argent\u00e9es des tormentilles, les plumeaux blancs de linaigrettes, les touffes noires de choins, et le clapotis de l\u2019eau\u00a0: un paradis d\u2019une flore rare, \u00e0 mes yeux \u00e9mus l\u2019une et l\u2019autre inconnus.<\/p>\n<p>Une fois repos\u00e9, je pensais rejoindre le centre du marais, de la tourbi\u00e8re en somme, ce qui \u00e9tait sans compter les nombreux trous, les reposoirs, et les pi\u00e8ges des touffes qui achev\u00e8rent de me fatiguer et de me tremper et les chaussures et les pantalons.<\/p>\n<p>J\u2019arrivais \u00e0 un endroit un peu sur\u00e9lev\u00e9, \u00e0 quelque distance d\u2019un autre bosquet de saules. Le soleil dardait et me br\u00fblait, mais je voulais surtout m\u2019asseoir, m\u00eame dans une flaque, m\u2019asseoir. Dans cette assiette me recentrer.<\/p>\n<p>Tout autour de moi un vide de la\u00eeches, un espace qui, s\u2019il semblait plan\u00e9geant, \u00e9tait d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019horizontal, bien peu \u00e0 la marche, un espace qui recelait, malgr\u00e9 sa ravissante fragilit\u00e9, avec une multitude de secrets, une multitude de dangers. Une fois plus ou moins cal\u00e9 entre touffe et minuscule lac, dor\u00e9 au soleil, je m\u2019assoupis, sans doute\u2026 sans doute un bon moment car, lorsque je rouvris les yeux, le soleil avait bien avanc\u00e9 dans sa course. Je distinguais son halo, mais lui m\u00eame \u00e9tait d\u00e9sormais cach\u00e9 derri\u00e8re les grands arbres de la for\u00eat, celle du dehors du marais. J\u2019\u00e9tais seul, berc\u00e9 par le clapotis de l\u2019eau, les feulement de b\u00eates inconnues quelque part.<\/p>\n<p>Le tuf recouvrait tout ce qu\u2019il touchait, p\u00e9trifiait les brindilles, les feuilles, les cailloux, et m\u00eame les corps morts d\u2019insectes inconnus, des ailes abandonn\u00e9es de libellules.<\/p>\n<p>Le soir tombe, on n\u2019entend plus rien que le gargouillis de la source tufeuse du marais. Une brume que celui-ci exhale voile et d\u00e9voile \u00e0 tour de r\u00f4le un groupe de grands mammif\u00e8res, chevreuils ou sangliers, difficile \u00e0 dire, et c\u2019est un barbotage incessant qui s\u2019entend alors, inqui\u00e9tant. Soudain s\u2019envole \u00e0 force de tire d\u2019aile une forme sombre qu\u2019on d\u00e9crira comme un oiseau. Il y avait aussi des frelons, qui venaient en piquet \u00e0 la lisi\u00e8re du marais, terrestre ou aquatique (je n\u2019ai pas compris pourquoi).<\/p>\n<p>Le soleil dispara\u00eet vite, derri\u00e8re les barri\u00e8res des montagnes, les frondaisons des arbres, et le froid imm\u00e9morial revient, souverain. La nuit tombait, bleue et calme et je ne me r\u00e9signais pas \u00e0 partir. Le temps n\u2019appartenait plus \u00e0 cette dimension. Le marais \u00e9tait ce temps d\u00e9pos\u00e9, concr\u00e9tion g\u00e9ologique emprisonnant les horloges. Les grenouilles r\u00e9pondaient aux pieds ou aux geais, les chauve-souris prirent toute la brume comme une place forte, une zone de combat. La lune, enfin, arriva finalement, et termina l\u2019entreprise de flocage engag\u00e9e plus haut (engrang\u00e9e par la nuit).<\/p>\n<p>Je resterais l\u00e0, sans r\u00e9mission de retour, englouti par la beaut\u00e9 sans \u00e2ge.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Microfiction de la s\u00e9rie R\u00e9sidence &nbsp; La toupie roule, tourne sur elle-m\u00eame, et finalement vient se ramasser en elle-m\u00eame et sur le rebord de la table. La maison est sombre, et j\u2019attends. Il y a une chemin\u00e9e, les cendres sont froides\u00a0; une grande b\u00fbche \u00e0 moiti\u00e9 carbonis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9. 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