{"id":14064,"date":"2017-10-26T15:32:40","date_gmt":"2017-10-26T13:32:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=14064"},"modified":"2021-07-05T22:32:10","modified_gmt":"2021-07-05T20:32:10","slug":"la-prophetie-des-grenouilles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-prophetie-des-grenouilles\/","title":{"rendered":"III. La proph\u00e9tie des grenouilles"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/grenouille.jpeg\" alt=\"\" width=\"284\" height=\"177\" class=\"alignnone size-full wp-image-15068\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Ce <strong>texte<\/strong> [Acte 1, sc\u00e8ne III] appartient \u00e0 <em>De par la ville de par le monde<\/em>, un <strong>roman<\/strong> en cours d&rsquo;\u00e9criture, en <strong>six actes<\/strong> et <strong>soixante-douze sc\u00e8nes<\/strong>, qui traite de la figure d&rsquo;<strong>Auguste<\/strong> dans l&rsquo;<strong>Empire romain<\/strong> et <strong>au-del\u00e0<\/strong>, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/de-par-la-ville-de-par-le-monde\/\">l\u00e0<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La bouche est \u00e0 pr\u00e9sent endormie, et la main qui la secondait repose aussi, inanim\u00e9e, comme morte, sur la couche en d\u00e9sordre, \u00e9chevel\u00e9e.<\/p>\n<p>Le jeune c\u00e9sar s&rsquo;est \u00e9clips\u00e9, il est mont\u00e9 au sommet de la petite tour, laquelle surplombe la terrasse de la demeure ; de jour, l&rsquo;orientation choisie, l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9e lors de r\u00e9cents travaux, permet de voir, derri\u00e8re le spectre bleu de la mer, selon le moment ou la saison, selon la lumi\u00e8re ou la forme de l&rsquo;air (la diffraction n\u00e9e du heurt entre les atomes, blablabla), la cote salernitaine<sup class='footnote'><a href='#fn-14064-1' id='fnref-14064-1' onclick='return fdfootnote_show(14064)'>1<\/a><\/sup> : c&rsquo;est comme deux ou trois \u00eeles (deux ou trois serres qui viennent plonger dans la mer, s\u00e9par\u00e9s de petits golfes immatures) au large, de sorte qu&rsquo;\u00eatre ici, pour le prince, c&rsquo;est parfois comme s&rsquo;il voulait ou allait envahir une \u00eele pleine de barbares et d&rsquo;aub\u00e9pine.<\/p>\n<p>De sorte qu&rsquo;\u00eatre ici c&rsquo;est aussi bien \u00eatre l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>A dire la v\u00e9rit\u00e9, les r\u00e9cents travaux, cens\u00e9s rafra\u00eechir la structure \u00e9rod\u00e9e par le sel, avaient aussi (et surtout) pour objet de donner plein est, plein levant. La forme idiote de l\u2019\u00eele, comme une esp\u00e8ce de mammif\u00e8re des eaux lacustres, ne permettant pas une installation sur son c\u00f4t\u00e9 est directement, et ce c\u00f4t\u00e9-ci, la fa\u00e7ade nord, permettait seule l&rsquo;installation de la marina ; pratiquement l&rsquo;\u00eele fait un quadrilat\u00e8re satisfait. Mais ses rivages sont mirifiques (ou presque), menac\u00e9s de falaises blanches (Tib\u00e8re s&rsquo;en rappellera qui y installera sa demeure personnelle non que le si\u00e8ge de l&rsquo;Empire, la villa jovis > TEXTE).<\/p>\n<p>Les histoires ressass\u00e9es par Auguste \u00e0 propos d\u2019Octave lors du repas r\u00e9sonnent encore dans sa t\u00eate (quelle connerie de s&rsquo;ouvrir comme \u00e7a aux premiers inconnus venus). L&#8217;empereur se penche depuis le point haut de la tour, et contemple \u00e0 nouveau l\u2019horizon qui est \u00e0 pr\u00e9sent noir et d\u2019eau et de ciel. Se r\u00e9fl\u00e9chit dans une coupe un vin tout aussi noir, fl\u00e9trissant une id\u00e9e de lune.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Su\u00e9tone raconte que sa chambre d&rsquo;enfant \u00e9tait petite et ressemblait \u00e0 un garde-manger ; mais que ceux qui y entraient sans r\u00e9v\u00e9rence \u00e9taient saisis d&rsquo;effroi ; le nouveau propri\u00e9taire de la maison voulut ainsi dormir dans cette pi\u00e8ce, mais la premi\u00e8re nuit o\u00f9 il y dormit, il fut enlev\u00e9 par une force implacable et transport\u00e9 dans la rue o\u00f9 on le retrouva le lendemain, \u00e0 demi mort. Nicolas Coeffeteau, Jean Fran\u00e7ois de la Harpe et Alexandre Dumas rapportent aussi ces histoires.<\/p>\n<p>Arch\u00e9Su\u00e9tone raconte aussi d&rsquo;autres prodiges qu&rsquo;il pr\u00e9l\u00e8ve \u00e0 Julius Marathus (esclave d&rsquo;Octave qui \u00e9crivit ses m\u00e9moires) ou \u00e0 Ascl\u00e9pias de Mend\u00e8s (<em>Sur les choses divines<\/em>) : que la foudre \u00e9tait tomb\u00e9e sur les remparts de V\u00e9litres alors que sa m\u00e8re \u00e9tait enceinte ; un oracle, consult\u00e9, pr\u00e9dit  qu&rsquo;un jour un citoyen de la ville acc\u00e9derait au pouvoir supr\u00eame, ce qui engagea les habitant \u00e0 mener d&rsquo;incessantes et inutiles guerres contre Rome (qui faillit les conduire \u00e0 leur perte). Que suite \u00e0 un prodige (on ne sait pas lequel), les augures pr\u00e9dirent la naissance d&rsquo;un roi pour Rome, ce qui para\u00eet-il conduisit le spqr \u00e0 emp\u00eacher d&rsquo;\u00e9lever les enfants n\u00e9s dans l&rsquo;ann\u00e9e. Qu&rsquo;Atia s&rsquo;\u00e9tait endormie lors d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie dans un temple \u00e0 Apollon, et qu&rsquo;un serpent \u00e9tait alors entr\u00e9 et  aussit\u00f4t il sortit ; Atia voulut alors se purifier, \u00ab\u00a0comme si elle quittait les bras de son mari\u00a0\u00bb, mais elle eut beau nettoyer et frotter son d&rsquo;eau savonn\u00e9e et parfum\u00e9e, elle ne put jamais effacer l&#8217;empreinte que le serpent avait laiss\u00e9 sur son corps, si bien qu&rsquo;elle n&rsquo;osa plus se pr\u00e9senter aux bains publics. Que plus tard encore, elle \u00ab\u00a0r\u00eava que ses entrailles s&rsquo;\u00e9levaient vers le ciel et recouvraient bient\u00f4t tout le ciel et la terre\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;Octavius avait lui aussi r\u00eav\u00e9 que le soleil sortait du sein de sa femme.<\/p>\n<p>Octave naquit en octobre et fut assimil\u00e9 au fils d&rsquo;Apollon. Le jour de sa naissance \u00e9tait le jour de la d\u00e9lib\u00e9ration du proc\u00e8s de Catilina. Nigidius, un sorcier par ailleurs cit\u00e9 par Saint-Augustin, calcula d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;heure de la naissance qu&rsquo;un \u00ab\u00a0ma\u00eetre venait de na\u00eetre au monde\u00a0\u00bb. Octavius, dans la Thrace recul\u00e9e, avait \u00e9galement consult\u00e9 le dieu Bacchus alors qu&rsquo;il traversait un bois qui lui \u00e9tait consacr\u00e9 : \u00e0 peine le vin fut r\u00e9pandu sur l&rsquo;autel qu&rsquo;une flamme s&rsquo;\u00e9leva dans le ciel, chose qui ne s&rsquo;\u00e9tait produite, aux dires des locaux, qu&rsquo;\u00e0 Alexandre lui-m\u00eame, qui avait sacrifi\u00e9 sur le m\u00eame autel. Il r\u00eava encore de son fils, sous les traits d&rsquo;Apollon, couronn\u00e9 de lauriers, sur un char tir\u00e9s par douze chevaux \u00e9clatants.<\/p>\n<p>Dans ses m\u00e9moires Caius Drusus raconte que la nourrice d&rsquo;Octave ne le trouva pas dans son berceau et apr\u00e8s une longue recherche le vit en haut d&rsquo;une tour les yeux sur le levant. Enfant, son sommeil \u00e9tait troubl\u00e9 par des grenouilles qui habitaient un marais proche de la demeure : d\u00e8s qu&rsquo;il put parler il ordonna aux grenouilles de se taire et elles ob\u00e9irent \u00e0 jamais. Un aigle lui vola un jour un morceau de pain qu&rsquo;il mangeait, s&rsquo;envola avec jusqu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre \u00e0 l&rsquo;horizon, puis le lui rapporta.<\/p>\n<p>Quintus Catulus a eu deux visions deux nuits de suite. Dans la premi\u00e8re, il vit des enfants autour de l&rsquo;autel de Jupiter Capitolin. \u00ab\u00a0Jupiter en prit un \u00e0 part et lui mit dans le sein l&rsquo;\u00e9tendard de la r\u00e9publique\u00a0\u00bb. Dans le second, il vit le m\u00eame enfant dans les bras du dieu et comme il voulut l&rsquo;en retirer, le dieu s&rsquo;y opposa en disant qu&rsquo;il \u00e9levait dans cet enfant le soutien de la r\u00e9publique. Il rencontra le jeune Octave le lendemain et fut frapp\u00e9 de la ressemblance avec l&rsquo;enfant de ses visions.<\/p>\n<p>Cic\u00e9ron sur le Capitole racontait \u00e0 ses amis un r\u00eave qu&rsquo;il avait fait d&rsquo;un enfant qu&rsquo;on descendait du ciel par une cha\u00eene d&rsquo;or et auquel Jupiter donnait un fouet ; soudain il s&rsquo;\u00e9cria : \u00ab\u00a0voil\u00e0 l&rsquo;enfant de mon r\u00eave !\u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9tait Octave qu&rsquo;il venait de rencontrer pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>M\u00eame si l&rsquo;on mord un peu sur un chapitre ult\u00e9rieur, voici Octave et Agrippa \u00e0 Apollonie : ils y rencontrent Th\u00e9og\u00e8ne le math\u00e9maticien ; celui-ci pr\u00e9dit \u00e0 Agrippa un avenir merveilleux, impossible \u00e0 un seul homme. Craignant que le sien fut inf\u00e9rieur, Octave refuse d&rsquo;abord de donner le jour et les circonstances de sa naissance au math\u00e9maticien, mais sous l&rsquo;insistance d&rsquo;Agrippa, il c\u00e8de : l&rsquo;astrologue tombe \u00e0 ses pieds et se met \u00e0 l&rsquo;adorer comme un dieu.<\/p>\n<p>Octave publie alors son horoscope et fait frapper une m\u00e9daille portant l&#8217;empreinte du Capricorne, signe sous lequel il \u00e9tait n\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u271a<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque, revenu dans ses appartements, \u00e0 nouveau seul, et \u00e9tendu sur sa couche, Octave r\u00eavasse aux corps de conqu\u00eates possibles, il fomente des d\u00e9sirs qui l&rsquo;\u00e9clairent. Octave-Auguste, d\u00e9teste la nuit. Octave, Auguste sait que les grands chefs d&rsquo;\u00e9tat ne dorment jamais. Octave-C\u00e9sar, comme le dieu qu&rsquo;il peine \u00e0 devenir (il n&rsquo;est pas facile de monter dans cette barque, il n&rsquo;est pas facile, litt\u00e9ralement, de tenir l&rsquo;assiette), n&rsquo;aime pas s&rsquo;abrutir dans le sommeil, devenir la roche inerte qui s&rsquo;est vid\u00e9e de son sang, de son flux vital. Octave-Auguste n&rsquo;aime pas perdre le contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Il entend les grenouilles d&rsquo;autrefois : elles lui intiment de parler. Elles s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent, gigantesques, dans les ombres du recoin de sa couche, et d&rsquo;une voix infernale (quoique ne prof\u00e9rant aucun son) lui offrent le marais en hommage, avec toutes les terres autour, qui forment un globe presque parfait, perdu dans un \u00e9ther sans attache. Ces visions l&rsquo;atterrent autant qu&rsquo;elles le foudroient.<\/p>\n<p>Dans ces heures sombres qu\u2019il n\u2019aime pas traverser seul, Octave-Auguste pressent d\u00e9j\u00e0 les emmerdements d\u2019\u00eatre <em>primus inter pares.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/naissance-d-octave\/\">II<\/a> \u271a <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/de-pierre-est-sa-beaute\/\">IV<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-14064'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-14064-1'> <em>Paullo supra marem situm<\/em>, Strabon XXX <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-14064-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce texte [Acte 1, sc\u00e8ne III] appartient \u00e0 De par la ville de par le monde, un roman en cours d&rsquo;\u00e9criture, en six actes et soixante-douze sc\u00e8nes, qui traite de la figure d&rsquo;Auguste dans l&rsquo;Empire romain et au-del\u00e0, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 l\u00e0. &nbsp; La bouche est \u00e0 pr\u00e9sent endormie, et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,3144,1090],"tags":[3629,2628,3635,1182,1193],"class_list":["post-14064","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-de-par-la-ville-de-par-le-monde","category-fiction","tag-attia","tag-auguste-empereur","tag-empire","tag-empire-romain","tag-roma"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14064","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14064"}],"version-history":[{"count":16,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14064\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14079,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14064\/revisions\/14079"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}