{"id":12127,"date":"2016-11-22T22:02:11","date_gmt":"2016-11-22T20:02:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=12127"},"modified":"2020-04-28T11:42:46","modified_gmt":"2020-04-28T09:42:46","slug":"ceci-est-mon-corps","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/ceci-est-mon-corps\/","title":{"rendered":"I. Ceci est mon corps"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/09\/IMG_4217-197x300.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"300\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3728\" srcset=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/09\/IMG_4217-197x300.jpg 197w, http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/09\/IMG_4217.jpg 658w\" sizes=\"auto, (max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Ce <strong>texte<\/strong> [Acte 1, sc\u00e8ne I] appartient \u00e0 <em>De par la ville de par le monde<\/em>, un <strong>roman<\/strong> en cours d&rsquo;\u00e9criture, en <strong>six actes<\/strong> et <strong>soixante-douze sc\u00e8nes<\/strong>, qui traite de la figure d&rsquo;<strong>Auguste<\/strong> dans l&rsquo;<strong>Empire romain<\/strong> et <strong>au-del\u00e0<\/strong>, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/de-par-la-ville-de-par-le-monde\/\">l\u00e0<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le sexe glisse alors dans la bouche et la main qui le dirige comprime plus fermement encore le sang entre les doigts. L\u2019aube \u00e9crase et brouille tous les d\u00e9tails du corps, se son grain, de sa teinte. Seul un \u0153il curieux et attentif pourrait d\u00e9celer dans cet amas de tissus et de peaux les mouvements qui se dissolvent lentement avec les derni\u00e8res couches de la nuit.<\/p>\n<p>L\u2019homme \u2014\u00a0dont la bouche est pleine \u2014 la chronique retiendra assur\u00e9ment son nom seul, et lui r\u00e9servera une place de choix au tableau d\u2019honneur de la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La bouche qui, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cet instant, va et vient, engobant le sexe dur de l\u2019homme (sans que le visage de celui-ci ne se laisse voir) de sa salive, de sa langue, de ses l\u00e8vres et de ses dents, en ce m\u00eame moment la chronique pourrait l\u2019oublier, l\u2019oubliera s\u00fbrement, l\u2019a d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9e.<\/p>\n<p>La chronique prendra plaisir \u00e0 s\u00e9lectionner, \u00e0 dissoudre, \u00e0 ajourer, \u00e0 confondre, dans leur acide inexorable, emporte-pi\u00e8ce, eau-forte, comme la sc\u00e8ne ici sous le poids de l\u2019aube, les visages, les faits ou les lieux qu\u2019en toute autoritaire souverainet\u00e9 elle ne juge pas convenable de retenir et transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations futures. <\/p>\n<p>Elle ne dira pas comment, le corps bris\u00e9 par une convulsion \u00e0 chaque assaut plus pr\u00e9cise, le membre de l\u2019homme \u00e9chappe et ne r\u00e9chappe pas de la bouche, ni comment cette bouche experte retient et d\u00e9tient la d\u00e9charge qui arrive, ni comment le reste du corps de la bouche vient entraver l\u2019autre corps, r\u00e9vuls\u00e9, lui imposant non seulement son rythme, mais le ma\u00eetrisant, non seulement par la bouche affair\u00e9e autour du membre turgescent, mais encore par un jeu connaisseur des jambes, du thorax, de la poitrine et des bras, une esp\u00e8ce de danse que la bouche m\u00e8ne sur l\u2019ensemble de sa proie, donnant ici de l\u2019isthme, l\u00e0 de l\u2019\u00e9tendue, ici de l\u2019aisselle ou de l\u2019aine duveteuse, l\u00e0 du plein ou du rond glabrescent ; comment ce qu\u2019elle prend ici, elle le rend au d\u00e9cuple, au centuple l\u00e0, donnant, se donnant aussi \u00e0 l\u2019autre, peu avare de salive, de poil, de sueur et d\u2019humeur faisant briller les courbes, saillir les os, les lin\u00e9aments.<\/p>\n<p>L\u00e0 de la forme, l\u00e0 de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Le peu de lumi\u00e8re levante qui s\u2019insinue par claire-voie d\u00e9signe un \u00eatre monstrueux, en pleine lutte contre lui-m\u00eame dans cette mutation aux mouvements pourtant tranquilles. Car toute cette violence encore mouchet\u00e9e de p\u00e9nombre est feutr\u00e9e et comme lente, l\u2019intensit\u00e9 est au prix de la c\u00e9r\u00e9monie, l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9carts et fonction de la solennit\u00e9 de la c\u00e9r\u00e9monie, \u00e0 chaque fois, toutes les fois, ces pr\u00e9cipices se mesurent \u00e0 la fleur plut\u00f4t qu\u2019au fusil.<\/p>\n<p>La chronique ne retiendra pas les faits, oui. Ils sont pourtant essentiels, ces lieux, ces gestes, ces visages, aussi capitaux que n\u00e9cessaires au d\u00e9roulement futur de l\u2019histoire. Mais l\u00e9gende et chronique ne sont gu\u00e8re g\u00e9n\u00e9reuses. Ainsi la bouche qui s\u2019attarde en ce moment m\u00eame sur la pointe la plus chaude et rougie du sexe de l\u2019homme, cette bouche est condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019anonymat par la chronique et jamais elle ne daignera inf\u00e9rer \u00e0 cette cause un quelconque effet qui puisse de quelque mani\u00e8re peser sur le cours des \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n<p>Arithm\u00e9tique, aussi rythmique que m\u00e9trique, m\u00e9canique, m\u00e9thodique, le jeu cesse, la danse se casse, les deux corps sont suspendus un instant en un clic, un hiatus de leur liaison avant la d\u00e9visse. Un instant un souffle l\u2019aube avant la d\u00e9charge, le membre turgescent d\u00e9verse sa col\u00e8re dans la bouche aussi surprise que comprise et cette d\u00e9charge dans la bouche se communique aussi au corps restant de la bouche, \u00e0 son tour saisi de tressaillements, maintenus d\u2019un seul doigt bien pos\u00e9, et l\u2019instant le souffle l\u2019aube dure le temps d\u2019un instant d\u2019un souffle mais il dure le temps de l\u2019aube qui est un temps qui ne dure pas, qui perdure, qui s\u2019\u00e9tire, et les corps se d\u00e9chirent, accabl\u00e9s retombent sur la couche, et les gouttelettes avec elle sur les ventres, les joues, les mains et \u00e9toffes pesantes.<\/p>\n<p>Cette bouche, alors qu\u2019enfin elle re\u00e7oit, de mani\u00e8re aussi capricieuse que logique, toute la semence du monde, cette bouche n\u2019est pas seulement cette bouche dans laquelle se d\u00e9verse toute la semence de l\u2019homme, mais elle est une bouche anonyme parmi tant d\u2019autres, elle est toutes les bouches, et toutes les bouches ne le font pas souvent, et sans doute la plupart ne le feront jamais de leur vie, mais toutes les bouches en retour peuvent se permettre de pr\u00e9tendre avoir bais\u00e9 le gland du prince, et d\u2019avoir bu le sperme du prince, bu le sperme de dieu lui-m\u00eame, sperme dont quelques gouttes, dit-on, conf\u00e8re l\u2019immortalit\u00e9, ou encore une descendance de futurs g\u00e9n\u00e9raux, de notables, de jumeaux fac\u00e9tieux ou d\u2019excellents cavaliers.<\/p>\n<p>Mais on sait bien, \u00e0 errer avec des centaines d\u2019autres bouches, d\u2019autres sexes anonymes dans les couloirs de la maison d\u2019or que les immortels sont inconstants, et sujets \u00e0 des compl\u00e9tions complexes, souvent m\u00e9lancoliques, parfois funestes, et puis qu\u2019en ferait-on, d\u2019une paire de jumeaux pr\u00e9tentieux, quand on peut l\u00e9cher aujourd&rsquo;hui les couilles de dieu lui-m\u00eame comme une cr\u00e8me glac\u00e9e aromatis\u00e9e \u00e0 la v\u00e9ritable pistache de Bronta.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\">\u271a <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/naissance-d-octave\/\">II<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce texte [Acte 1, sc\u00e8ne I] appartient \u00e0 De par la ville de par le monde, un roman en cours d&rsquo;\u00e9criture, en six actes et soixante-douze sc\u00e8nes, qui traite de la figure d&rsquo;Auguste dans l&rsquo;Empire romain et au-del\u00e0, sporadiquement mis en ligne ici&#8230; et expos\u00e9 l\u00e0. &nbsp; Le sexe glisse alors dans la bouche&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,3144,1090],"tags":[],"class_list":["post-12127","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-de-par-la-ville-de-par-le-monde","category-fiction"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12127"}],"version-history":[{"count":10,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12127\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15084,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12127\/revisions\/15084"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}