{"id":11737,"date":"2017-03-25T06:19:11","date_gmt":"2017-03-25T04:19:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11737"},"modified":"2017-03-25T11:41:18","modified_gmt":"2017-03-25T09:41:18","slug":"textile","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/textile\/","title":{"rendered":"Graphes. \u00c9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2016\/09\/IMG_3934.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sur la forme<\/h2>\n<p><strong>0.0 Je cherche une <strong>forme<\/strong><\/strong>. Tous ces mots ne sont peut-\u00eatre que la recherche de cette forme ; peut-\u00eatre ces mots, dans leur recherche, dans leur accumulation, produisent cette forme. C&rsquo;est tout le mal que je leur souhaite.<\/p>\n<p><strong>0.1<\/strong> Pour ma part, la forme que je recherche, j&rsquo;ose le dire d&#8217;embl\u00e9e, partage nombre de ses <strong>traits<\/strong> avec des formes proches : je pense \u00e0 l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 d&rsquo;un cours d&rsquo;eau, depuis la source jusqu&rsquo;\u00e0 l&#8217;embouchure ou la confluence ; je pense \u00e0 l&rsquo;arbre des racines au houppier ; je pense au syst\u00e8me veineux ; je pense \u00e0 la main ; je pense au tissu, etc.<\/p>\n<p>Toutes ces formes devraient porter un nom commun, et ce nom pour l&rsquo;instant est <em>r\u00e9seau<\/em>. Mais toutes ces formes auxquelles j&rsquo;ai pens\u00e9es pr\u00e9sentent un inconv\u00e9nient d&rsquo;ordre po\u00e9tique ou symbolique. L&rsquo;arbre, le plus g\u00e9n\u00e9rique des r\u00e9seaux peut-\u00eatre, rappelle trop l&rsquo;arbre de la connaissance \u2014 cela \u00e9tant d\u00fb \u00e0 la perp\u00e9tuation de la symbolique de l&rsquo;arbre en d\u00e9pit de sa description fine et pr\u00e9cise par la botanique [HALL\u00c9], nettement plus complexe et moins anthropocentr\u00e9e. Le cours d&rsquo;eau, comme le tissu, nous cantonnent (peut-\u00eatre abusivement) le premier dans le domaine de l&rsquo;\u00e9cologie, le second dans celui de l&rsquo;anthropologie ; ce n&rsquo;est pas grave en soi, mais cela p\u00e8se sur la suite ; je cherche un terme neutre. R\u00e9seau, de m\u00eame, est un mot trop bien trop \u00e0 la mode ; de plus ses d\u00e9riv\u00e9s sont incompr\u00e9hensibles (r\u00e9tistique, dyktiologie), ou cuistres (r\u00e9ticulaire).<\/p>\n<p><em>Graphe<\/em> est, techniquement, c&rsquo;est-\u00e0-dire au sens math\u00e9matique, le mot qui nomme cette forme multiple ; s&rsquo;il \u00e9voque beaucoup l&rsquo;\u00e9criture, il ne l&rsquo;\u00e9voque pas au point de peser sur le propos et de le cantonner aux productions humaines (enfin il me semble). C&rsquo;est donc, faute de mieux, et pour l&rsquo;instant, le titre que je vais r\u00e9server pour cet ensemble.<\/p>\n<p><strong>0.2<\/strong> En tant que graphe [>0.2.1], le propos est constitu\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments composites des graphes : les arr\u00eates ou <strong>arcs<\/strong>, les sommets ou <strong>n\u0153uds<\/strong>. Ce graphe aura la forme d\u00e9crite <em>supra<\/em> de l&rsquo;arbre ou de chevelu de la rivi\u00e8re, et \u00e0 chaque nouvelle id\u00e9e, n\u00e9e de la pr\u00e9c\u00e9dente, il y aura un nouveau n\u0153ud, repr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;ajout d&rsquo;un num\u00e9ro \u00e0 la s\u00e9rie, ou bien l&rsquo;avanc\u00e9e dans cette s\u00e9rie.<\/p>\n<p><strong>0.2.1<\/strong> forc\u00e9ment orient\u00e9, on ne peut se passer d&rsquo;orient, ni d&rsquo;occident (par cons\u00e9quent), de nord ni de sud, et on ne conna\u00eet pas de graphe sans gravit\u00e9, il n&rsquo;y a pas de grave graphe. Retour \u00e0 <sup class='footnote'><a href='#fn-11737-1' id='fnref-11737-1' onclick='return fdfootnote_show(11737)'>1<\/a><\/sup><\/p>\n<p><strong>0.3<\/strong> Certains mots sont suivis d&rsquo;un appel de note en rouge. En survolant cet appel, une fen\u00eatre appara\u00eet, avec un certain nombre d&rsquo;outils no\u00e9tiques ou th\u00e9oriques n\u00e9cessairement convoqu\u00e9s, mais pas toujours facilement convocables, expos\u00e9s ici simplement pour le confort du lecteur, mais qui pourront \u00eatre repris de mani\u00e8re disons \u201cautonome\u201d dans la fil du discours.<\/p>\n<p>0.3.1 On pr\u00e9voit \u00e0 terme l&rsquo;\u00e9tablissement de mots-clefs qui permettent de sauter \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une puce de concept en concept.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u00a7<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>Vie des graphes<\/h2>\n<p><strong>1.0 La fr\u00e9quentation des cours d&rsquo;eau<\/strong>, comme celle des for\u00eats, nourrit peut-\u00eatre avantageusement les esprits r\u00eaveurs. La majest\u00e9 de ces \u00eatres complexes, les sons et les lumi\u00e8res qu&rsquo;ils parviennent \u00e0 produire ou capter, leur bienveillant d\u00e9dain \u00e0 notre \u00e9gard nourrissent en tout cas notre curiosit\u00e9 et attisent, si je puis dire, notre qui\u00e9tude. Leur symbolique est puissante, bien agripp\u00e9e en nous, et il n&rsquo;est pas facile de s&rsquo;en d\u00e9faire \u2014\u00a0si on le souhaitait.<\/p>\n<p>Le noyau de ce livre (voyez comme on se d\u00e9prend avec difficult\u00e9 de la m\u00e9taphore) provient de telle fr\u00e9quentation : l&rsquo;ensemble rivi\u00e8re\/arbre \u00e9tait pour moi, enfant, adolescent, \u00e9tudiant, aux temps de la d\u00e9couverte de la philosophie, en classe de Terminale, un refuge n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par Spinoza. Plus tard ce serait Derrida. J&rsquo;ai tr\u00e8s souvent souhait\u00e9 d\u00e9velopper ces id\u00e9es : j&rsquo;ai \u00e9labor\u00e9 des plans, pris des notes, fait des fiches de lecture. Tout ceci aujourd&rsquo;hui a d\u00e9cant\u00e9. Aujourd&rsquo;hui la rivi\u00e8re coule toujours au m\u00eame endroit, et l&rsquo;arbre sans doute y cro\u00eet encore ; mes id\u00e9es se sont aiguis\u00e9es, mais elles ne sont plus aussi strictement r\u00e9f\u00e9renc\u00e9es. Ce n&rsquo;est pas dire que j&rsquo;ai acquis une ma\u00eetrise parfaite des auteurs, c&rsquo;est m\u00eame plut\u00f4t le contraire : je n&rsquo;ai gard\u00e9 d&rsquo;eux que ce qui me servait, et me permets d&rsquo;\u00e9vacuer l&rsquo;appareil scolastique. Lorsque nous avan\u00e7ons dans la vie, nous prenons des habitudes, et nous c\u00e9dons \u00e0 des facilit\u00e9s (la marque de l&rsquo;\u00e9crivain, c&rsquo;est la libert\u00e9 qu&rsquo;il se permet de prendre avec la bibliographie). Je sais en revanche de qui je suis redevable. Ils se liront en moi.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>1.1 Mais \u00e0 l&rsquo;arbre et \u00e0 la rivi\u00e8re<\/strong>, en tant que forme, on pourrait aussi bien substituer d&rsquo;autres formes semblables : par exemple le plan du m\u00e9tro de la capitale ; le syst\u00e8me veineux de mon corps ; un circuit int\u00e9gr\u00e9 ; une carte g\u00e9ographique ; un tissu de soie&#8230; Si elle est moins romantique, l&rsquo;image n&rsquo;en est pas moins suggestive : il ne faut pas se laisser trop s\u00e9duire par les belles images (m\u00eame s&rsquo;il faut garder en t\u00eate qu&rsquo;elles existent et nous sont famili\u00e8res). Voici la forme, le graphe, que nous cherchons et d\u00e9signons ici.<\/p>\n<p><strong>1.2 Un ensemble, un tout<\/strong>. Le cours d&rsquo;eau d\u00e9bute \u00e0 la source et se termine \u00e0 la confluence ou \u00e0 l&#8217;embouchure ; l&rsquo;arbre na\u00eet de racine et rejoint le houppier ; le syst\u00e8me veineux tient dans le corps et le r\u00e9seau \u00e9lectrique conna\u00eet les fronti\u00e8res. Le graphe comme toute chose conna\u00eet un d\u00e9but et une fin. Il n&rsquo;est pas une ramification perp\u00e9tuelle, toujours plus fine, m\u00eame s&rsquo;il peut en pr\u00e9senter tous les aspects. C&rsquo;est le premier point essentiel : le graphe est limit\u00e9, born\u00e9 et ces bornes sont au nombre de deux, et elles sont les m\u00eame bornes pour toutes les choses.<\/p>\n<h2>Bornes, influences et r\u00e9p\u00e9tition <\/h2>\n<p><strong>2.0 Tout se passe comme entre les murs.<\/strong>. Tout se d\u00e9roule entre deux p\u00f4les, et nous ne sommes jamais, qu&rsquo;on soit consid\u00e9r\u00e9 comme objet du monde, complexe d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments chimiques, \u00eatre vivant, animal, homme ou femme, parent, ouvrier (au sens large), citoyen ou autre, comme coinc\u00e9s, avec tout notre bagage (corps, pens\u00e9e, connaissance, langage, h\u00e9ritage, entourage, imaginaire, etc.) entre le moment de notre naissance et le moment de notre mort. Les premi\u00e8res sont des contraintes de base et les derni\u00e8res sont nos limites ultimes. Notre vie appara\u00eet comme l&rsquo;interface au monde situ\u00e9e entre ces deux p\u00f4les. Il n&rsquo;y a aucune autre r\u00e9alit\u00e9 que celle avec laquelle nous interf\u00e9rons, comme des phares qui passent dans la for\u00eat et laissent voir ce paysage dans la nuit noire.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, tout ce que nous faisons, produisons ou fabriquons, tous les artefacts humains sont ainsi born\u00e9s : il en va de m\u00eame avec les th\u00e9ories et donc les mod\u00e8les \u00e9pist\u00e9miques. L&rsquo;un de mes chevets les plus s\u00fbrs est, \u00e0 mon avis, moins un philosophe qu&rsquo;un sage<sup class='footnote'><a href='#fn-11737-2' id='fnref-11737-2' onclick='return fdfootnote_show(11737)'>2<\/a><\/sup>, a proposer cette assertion, reprise de Cic\u00e9ron : <em>Que philosopher c&rsquo;est apprendre \u00e0 mourir.<\/em><\/p>\n<p><strong>2.1 Nous sommes l&rsquo;aboutissement de trois sources<\/strong>, le fil compos\u00e9 de trois brins : notre histoire personnelle (notre vitalit\u00e9 psychique, nos souvenirs, notre exp\u00e9rience de l&rsquo;apprentissage, nos peurs, nos fantasmes, nos d\u00e9sirs, nos traumas, etc.) ; notre histoire familiale (les r\u00e9cits et fictions port\u00e9s par elle) et notre histoire culturelle (les r\u00e9cits et fictions port\u00e9s par le monde o\u00f9 nous sommes n\u00e9s : occident lib\u00e9ral, phallocentr\u00e9, blanc, etc., pour ce qui me concerne) ; tous les efforts d&rsquo;acculturation ou de d\u00e9culturations, tous les efforts de d\u00e9colonisation, pour louables qu&rsquo;ils sont, n&rsquo;en sont pas moins rendus extr\u00eamement fragiles ou difficiles. Ainsi tout le discours (comme ce qui suit) proviendra de ce terreau-l\u00e0 (\u00e9go-socio-culturel) et, si nous cherchons \u00e0 nous en d\u00e9prendre ou \u00e0 le critiquer, notre critique sera tout de m\u00eame forg\u00e9e dans cette histoire.<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame de nos id\u00e9es, elles ne sont pas apparues \u00ab\u00a0comme des fleurs\u00a0\u00bb par la gr\u00e2ce de l&rsquo;inspiration ou du g\u00e9nie de l&rsquo;auteur, mais elles sont toujours le fruit d&rsquo;une longue \u00e9rosion\/s\u00e9dimentation, des processus g\u00e9ologiques oui, comme les cailloux roul\u00e9s par les rivi\u00e8res, par agglutination ou phagocytage, par annexion ou division, m\u00e9iose mitose des id\u00e9es, la m\u00e9taphore g\u00e9ologique et biologique est commode : le second filtre de nos belles id\u00e9es est celui-l\u00e0, un filtre \u00e9go-socio-culturel.<\/p>\n<p><strong>2.2 Depuis le premier jour<\/strong> et d\u00e8s le premier jour il y aura eu malentendu. Il n&rsquo;est pas tout de parvenir \u00e0 \u00e9noncer clairement un propos, encore faut-il l&rsquo;entendre pleinement. Entre les deux, entre la bouche qui prof\u00e8re et l&rsquo;oreille qui \u00e9coute, il y a : rien. Le rien du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout le monde. Et dans cet entre-deux il y a tout le risque que tout le dit se perde.<\/p>\n<p><strong>2.2.1<\/strong> Depuis le premier jour ? D\u00e8s le premier jour ? Mais il n&rsquo;y a pas de premier jour. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;origine, cela est impossible. La demi-vie du radium mime le paradoxe d&rsquo;Achille et de la tortue. Il nous est impossible de remonter au premier jour car il n&rsquo;y a pas de premier jour. S&rsquo;il l&rsquo;on admet la discontinuit\u00e9 dans le monde, on oubliera vite son caract\u00e8re discret. Ou bien on l&rsquo;avancera par pr\u00e9caution : la convention.<\/p>\n<p><strong>2.2.2<\/strong> D\u00e8s le premier jour, malentendu + Malentendu sur le jour (un rendez-vous manqu\u00e9) : comme nous parlons avec les mots, comme nous pensons avec les mots, nous ne pouvons pas nous \u00e9chapper des mots, du langage. Tout notre monde passe par le langage qui est un pr\u00e9servatif sur le monde. Je dis une fleur (Mallarm\u00e9) ou une femme (Blanchot), mais la femme ou la fleur, on s&rsquo;en passe.<\/p>\n<p><strong>2.2.3<\/strong> Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre moyen d&rsquo;appr\u00e9hender le monde qu&rsquo;au travers du langage. Donc si tout commence avec les mots, tout commence avec le malentendu et, mieux encore, le risque de malentendu.<\/p>\n<p><strong>2.3 Le monde se r\u00e9p\u00e8te<\/strong>. Si le monde est born\u00e9 entre deux instants ou espaces o\u00f9, \u00e0 la diff\u00e9rence de notre quotidien, existe rien plut\u00f4t que quelque chose, il convient de noter que ces ramifications se succ\u00e8dent \u2014\u00a0ou semblent se perp\u00e9tuer, alors qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 elles s&rsquo;int\u00e8grent.<\/p>\n<p>Intervient alors cette autre forme qui autorise cette non accumulation excessive, et qui est le <strong>pli<\/strong>. Le pli interrompt, mais autorise la sym\u00e9trie et donc le rythme, la r\u00e9p\u00e9tition. Est-ce que les ondes de la mer sont un graphe ? Je ne sais pas. Est-ce que le balancement des saisons est un graphe ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c&rsquo;est que les saisons comme les ondes, dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral de ce qui est (en ce sens l&rsquo;\u00eatre n&rsquo;est qu&rsquo;une bulle, une niche dans le n\u00e9ant, l&rsquo;une de ses modalit\u00e9s peut-\u00eatre \u2014\u00a0c&rsquo;est tout le sujet de la m\u00e9taphysique), semblent \u00eatre de toute \u00e9ternit\u00e9 et semblent poursuivre de toute \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>[\u00e0 d\u00e9velopper&#8230;]<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u00a7<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>La tectonique \u00e9pist\u00e9mique<\/h2>\n<p><strong>3.0 Le d\u00e9coupage qui suit<\/strong> m&rsquo;appara\u00eet \u00e0 pr\u00e9sent tr\u00e8s clair, m\u00eame si, comme pour beaucoup des \u00e9l\u00e9ments que j&rsquo;avance dans ce travail, je n&rsquo;ai pas toujours la possibilit\u00e9, la comp\u00e9tence suffisante pour \u00e9tayer ce que j&rsquo;avance \u00e0 part le vertige bouillonnant des lectures, d\u00e9bats, \u00e9missions ou documentaires divers, combin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle.<\/p>\n<p><strong>3.1<\/strong> J&rsquo;ai donc l&rsquo;intuition forte que la connaissance du \u201cr\u00e9el\u201d que peut avoir l&rsquo;homme (aussi bien l&rsquo;esp\u00e8ce que telle soci\u00e9t\u00e9 ou telle personne prise isol\u00e9ment) se traduit sous la forme d&rsquo;une interpr\u00e9tation de celui-ci : une traduction en somme, et ceci est \u00e9videmment d\u00fb en partie, en grande partie, mais pas seulement, au pi\u00e8ge du langage [cf. infra]. J&rsquo;en suis venu ainsi \u00e0 consid\u00e9rer que la philosophie, ou la psychanalyse, ou le christianisme, par exemple (et l&rsquo;on peut multiplier tous les exemples : po\u00e9sie, toute autre religion, marxisme, par autres exemples ; ces trois-l\u00e0 ne sont pas ici cit\u00e9s pour leur qualit\u00e9s propres ou pour ce qu&rsquo;on pourrait appeler leur primaut\u00e9 sur tous les autres : ce sont des exemples qui me viennent comme \u00e7a) sont des mod\u00e8les interpr\u00e9tatifs diff\u00e9rents (un peu \u00e0 la mani\u00e8re de lexiques diff\u00e9rents), tant\u00f4t compl\u00e9mentaires et tant\u00f4t antagonistes, parfois d&rsquo;inspiration holiste et parfois d&rsquo;inspiration r\u00e9ductionniste, parfois de facture nominaliste et parfois de facture essentialiste, sans compter que ces modulations peuvent se combiner \u00e0 leur tour, d&rsquo;une seule et m\u00eame chose : le r\u00e9el [cf. infra], f\u00fbt-il fragmentaire, infini, parcellaire ou inatteignable.<\/p>\n<p>Ces th\u00e9ories, disons ces doctrines, se m\u00ealent ou s&rsquo;opposent, mais forment des r\u00e9gions ou de territoires ayant chacun leur histoire, leur vie, leurs limites et probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>Comme les connaissances ont plut\u00f4t tendance \u00e0 s&rsquo;accumuler, ou plus justement, que ces r\u00e9gions sont potentiellement en dynamique, j&rsquo;entrevois qu&rsquo;elles forment, selon divers degr\u00e9s d&rsquo;apparentements, de grandes plaques du savoir.<\/p>\n<p><strong>3.2 Je vois que les r\u00e9gions<\/strong> sont le fruit des \u00e9carts et des frictions de trois grandes plaques qui structurent l&rsquo;humain (toujours de la personne \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce, via la soci\u00e9t\u00e9), c&rsquo;est-\u00e0-dire trois grands mod\u00e8les d&rsquo;appr\u00e9hension du monde. Les voici, sans que l&rsquo;ordre, une fois encore, ne veuille souligner quelque primaut\u00e9 de l&rsquo;une sur l&rsquo;autre.<\/p>\n<p><strong>3.2.1<\/strong> L&rsquo;appr\u00e9hension du monde comme un dehors, ind\u00e9pendant, observable, mesurable. C&rsquo;est le grand continent de la <strong>Physis<\/strong>. La physique, dont la physique quantique, la biologie, dont la g\u00e9n\u00e9tique mais aussi une partie des th\u00e9ories de la perception, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie et de la psychologie, l&rsquo;\u00e9cologie, et plusieurs autres r\u00e9gions moindres (la statistique, la g\u00e9om\u00e9trie, une partie des sciences politiques, une partie de la g\u00e9ographie, etc.)<\/p>\n<p><strong>3.2.2<\/strong> L&rsquo;appr\u00e9hension du monde \u00e0 travers la raison qui est l\u2019apanage anthropique, positive et faite de langage. C&rsquo;est le grand continent de la <strong>Math\u00e9sis<\/strong><sup class='footnote'><a href='#fn-11737-3' id='fnref-11737-3' onclick='return fdfootnote_show(11737)'>3<\/a><\/sup>, logos pourrait \u00eatre un terme englobant les trois autres.]. Une partie de la philosophie, des sciences dites humaines ou sociales, la politique, sont les r\u00e9gions de ce continent, ainsi qu&rsquo;une partie des math\u00e9matiques, l&rsquo;alg\u00e8bre par exemple, en tant qu&rsquo;elles sont consid\u00e9r\u00e9es comme un langage absolu, d\u00e9nu\u00e9 d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 <\/p>\n<p><strong>3.2.3<\/strong> L&rsquo;appr\u00e9hension qui consid\u00e8re l&rsquo;existence d&rsquo;un ailleurs au monde sensible. C&rsquo;est le grand continent du <strong>Mythos<\/strong><sup class='footnote'><a href='#fn-11737-4' id='fnref-11737-4' onclick='return fdfootnote_show(11737)'>4<\/a><\/sup>. L&rsquo;imaginaire est la plus vaste r\u00e9gion de ce territoire, qui englobe \u00e0 la fois les arts, mais aussi les vastes et irr\u00e9solues domaines de la foi et de la spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>3.3.1<\/strong> Il convient de pr\u00e9ciser d&#8217;embl\u00e9e que ces territoires sont en perp\u00e9tuelles dynamiques, \u00e9cartements et frictions comme les plaques terrestres, mais comme il s&rsquo;agit avant tout de logos, leur logique propre ne saurait \u00eatre simplement tridimensionnelles : il y a des recouvrements et des m\u00e9langes, il y a des apports, des d\u00e9p\u00f4ts, des intrications plus ou moins visibles ou lisibles, et en tout cas il n&rsquo;y aurait pas d\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 entre toutes les r\u00e9gions, la seule \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 \u00e9tant celle du cadre pr\u00e9d\u00e9fini [cf. \u00a7 1-2].<\/p>\n<p><strong>3.3.2<\/strong> Il faut consid\u00e9rer que ces trois continents, Physis, Mathesis et Mythos, sont trois polarit\u00e9s du Logos et, comme les trois couleurs fondamentales peuvent se m\u00e9langer, les diff\u00e9rents mod\u00e8les th\u00e9oriques se positionnent entre ces trois polarit\u00e9s en m\u00eame temps.<\/p>\n<p><strong>3.3.3<\/strong> Il est \u00e9galement possible que ces p\u00f4les ne soient pas les seuls, et probable qu&rsquo;ils ne soient pas suffisants. Il est par ailleurs tr\u00e8s difficile pour nous autres humains d&rsquo;envisager des configurations \u00e0 plus de 3 dimensions, et a fortiori \u00e0 n dimensions.<\/p>\n<p><strong>3.3.4<\/strong> Toute pens\u00e9e humaine (<em>noesis<\/em>), structur\u00e9e dans cette polarisation fluctuante, produit des th\u00e9ories diff\u00e9rentes (selon toutes sortes de facteurs li\u00e9s \u00e0 la langue, \u00e0 la culture, \u00e0 l&rsquo;histoire, etc.) plus ou moins m\u00e2tin\u00e9es de physis, mathesis et mythos, et si je ne vois pas comment on peut contredire ce fait, je ne con\u00e7ois pas plus qu&rsquo;une \u00e9pist\u00e9m\u00e8 digne de ce nom (ce qui suit en est un laborieux exemple) puisse se dispenser de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces trois dimensions, ni m\u00eame qu&rsquo;elle pr\u00e9tende n&rsquo;en privil\u00e9gier qu&rsquo;une sans saisir, consciemment ou non, ce qu&rsquo;elle perd en n\u00e9gligeant les autres.<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u00a7<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Le vase est clos\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p><strong>4.0<\/strong> Mais si on n&rsquo;est pas (ou plus ? cf. <em>instinct<\/em>, infra) en mesure d&rsquo;atteindre le monde sans miroir d\u00e9formants ou pinces monseigneur, de la m\u00eame mani\u00e8re il nous est impossible de consid\u00e9rer l&rsquo;objet de notre \u00e9tude comme un au-dehors de nous, tel Sirius, comme un objet d&rsquo;\u00e9tude. Nous sommes nous-m\u00eames prisonniers dans l&rsquo;objet et l&rsquo;examen n\u00e9cessitera une grande humilit\u00e9 et une grande puissance psychologique pour admettre qu&rsquo;en d\u00e9signant des \u00e9v\u00e8nements nous d\u00e9signons un peu aussi nous-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>4.1.1 Le po\u00e8te dit :<\/strong> \u00ab\u00a0Il traduit aussi le Monde, celui qui voulait s\u2019en \u00e9chapper. Qui pourrait \u00e9chapper\u00a0? Le vase est clos. \u00bb<\/p>\n<p><strong>4.1.2<\/strong> Il n&rsquo;est pas seulement maladroit ou nocif, de consid\u00e9rer une carte, un mod\u00e8le, une vademecum puisse \u00eatre objectif, cela est \u00e9galement totalement illusoire. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objectivit\u00e9, non seulement car il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objet, c&rsquo;est-\u00e0-dire de r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9chappe au prisme de la conscience d&rsquo;un humain (pour l&rsquo;instant je pr\u00e9f\u00e8re ne pas utiliser le terme d&rsquo;individu), mais en plus car il n&rsquo;y a pas non plus de regard objectif, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout \u00e0 la fois neutre et anonyme : il n&rsquo;y a que de l&rsquo;investi et du personnalis\u00e9 (pour l&rsquo;instant, j&rsquo;ajouterais : quelle que soit le degr\u00e9 de libre-arbitre que se donne le sujet : combien au s\u00e9rieux il se prend pour un individu).<\/p>\n<p>[\u00e0 suivre&#8230;]<\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u00a7<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>Table des graphes<\/h2>\n<p><strong>5.0 Le tableau qui suit<\/strong> pr\u00e9sente les domaines, les provinces, comme on dirait, du savoir, de l\u2019\u00e9pist\u00e9m\u00e9.<\/p>\n<p>[\u00e0 d\u00e9velopper, ainsi que chacun des points suivants]<\/p>\n<p><strong>5.1. Physiographie<\/strong> Ce domaine concerne tout l&rsquo;inerte, les lois physiques qui s&rsquo;imposent \u00e0 nous et<br \/>\n<strong>5.1.1 Lois et hasard<\/strong><br \/>\n<strong>5.1.2 La vie<\/strong><br \/>\n<strong>5.1.3 Eros et Thanatos<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.2 Ecographie<\/strong>. Ce domaine concerne tous les apports \u2014 n\u00e9glig\u00e9s h\u00e9las aujourd&rsquo;hui \u2014 de l&rsquo;\u00e9cologie comme science, et en particulier la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;appr\u00e9hension du tissu organique, depuis la cellule jusqu&rsquo;au biome<br \/>\n<strong>5.2.1 Ecosph\u00e8re et biodiversit\u00e9<\/strong><br \/>\n<strong>5.2.2 Le probl\u00e8me de l&rsquo;esp\u00e8ce<\/strong><br \/>\n<strong>5.2.3 L&rsquo;int\u00e9gration du vivant<\/strong><br \/>\n<strong>5.2.4 Le milieu et l&rsquo;habitat<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.3 Chorographie<\/strong>. Ce domaine concerne l&rsquo;une des modalit\u00e9s de vivre des \u00eatres humains, \u00e0 savoir la soci\u00e9t\u00e9 et, inexorable corrolaire, la politique.<br \/>\n<strong>5.3.1 Territoire<\/strong><br \/>\n<strong>5.3.2 Terroir<\/strong><br \/>\n<strong>5.3.3 De la tribu \u00e0 la famille<\/strong><br \/>\n<strong>5.3.4 De la famille \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 politique [la politique \u00e9tait entendue comme un domaine sp\u00e9cifique, mais pour l&rsquo;instant je l&rsquo;int\u00e8gre \u00e0 celui-l\u00e0]<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.4 Psychographie<\/strong>. Ce domaine concerne plus particuli\u00e8rement le domaine psychologique.<br \/>\n<strong>5.4.1 L\u2019individu absent<\/strong><br \/>\n<strong>5.4.2 Propriation, appropriation<\/strong><br \/>\n<strong>5.4.3 Tout est fiction<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.5 Allographie.<\/strong> Ce dernier domaine concerne l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un ailleurs, et touche aux deux fronti\u00e8res mal dicible de l&rsquo;art et de la m\u00e9taphysique et se traduit \u2014\u00a0qui sait \u2014\u00a0en \u00e9thique.<br \/>\n<strong>5.5.1 Art<\/strong><br \/>\n<strong>5.5.2 Esprit<\/strong><br \/>\n<strong>5.5.3 Pens\u00e9e<\/strong><br \/>\n<strong>5.5.4 Ethique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<center>\u00a7<\/center><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>Scolies<\/h2>\n<p><strong>\u00a7. La multitude et Spinoza<\/strong>. Le fourmillement anonyme contre le nom propre : tr\u00e8s vite il appara\u00eet que pour informer le monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour en rendre compte (ces deux notions sont transverses et empreintes de r\u00e9troactions), aucune singularit\u00e9 n&rsquo;est clairement d\u00e9finissable et, seule la prise en compte d&rsquo;une potentielle soci\u00e9t\u00e9, dite ici <em>multitude<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire un ensemble non d\u00e9termin\u00e9, non assign\u00e9, non nomm\u00e9, non sp\u00e9ci\u00e9, non sp\u00e9cialis\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire encore non pas une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9finie, pas une collectivit\u00e9, pas une masse populaire ou un peuple, pour l&rsquo;instant simplement une multitude indiff\u00e9renci\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout simplement le nombre face \u00e0 l&rsquo;unique ou au seul.<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-11737'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-11737-1'>2 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11737-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11737-2'> Je ne sais pas si on peut ici d\u00e9j\u00e0 marquer la diff\u00e9rence, d\u00e9j\u00e0 et ici, entre un penseur et un sage, une esp\u00e8ce de mystique, mais en tout cas je ne mettrais pas Montaigne chez les philosophes je ne sais pas bien comment dire pourquoi. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11737-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11737-3'> Je ne sais pas comment dire que le terme de Logos, en tant qu&rsquo;il se d\u00e9finit au regard des deux autres, me para\u00eet insuffisant : si le logos est un discours sur le monde, il n&rsquo;est pas moins juste ou vrai que le mythos ou la physis. Comme j&rsquo;ai tent\u00e9 de le souligner il y a longtemps par ailleurs [cf. \u00ab\u00a0Le mythe du mythe\u00a0\u00bb in Chauvin, Siganos et Walter, <em>Questions de mythocritique<\/em>, Paris, Imago, 2004 <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11737-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11737-4'> L\u00e0 encore j&rsquo;ai longuement h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 d\u00e9nommer ce territoire M\u00e9taphysis, non pas seulement pour les a priori n\u00e9gatifs que ce terme porte, mais parce qu&rsquo;il tire \u00e0 lui une vision erron\u00e9e \u00e0 mon sens des r\u00e9gions de l&rsquo;art et de la spiritualit\u00e9. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11737-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Sur la forme 0.0 Je cherche une forme. Tous ces mots ne sont peut-\u00eatre que la recherche de cette forme ; peut-\u00eatre ces mots, dans leur recherche, dans leur accumulation, produisent cette forme. 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