{"id":11068,"date":"2016-04-21T23:24:46","date_gmt":"2016-04-21T21:24:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11068"},"modified":"2024-02-04T18:43:21","modified_gmt":"2024-02-04T16:43:21","slug":"parade","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/parade\/","title":{"rendered":"La parade"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un texte de <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/pistes-et-sillages\/\"><em>Pistes et sillages<\/em><\/a>, une s\u00e9rie de textes po\u00e9tiques n\u00e9s de l&rsquo;\u00e9coute des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la discoth\u00e8que. Base d&rsquo;improvisation, ou simplement paysage et divagation. Une anthologie.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.discogs.com\/U7yLTEVL_rSEGG3GZCTQcKGSZz3wjC1h8pKnmhRrmTA\/rs:fit\/g:sm\/q:90\/h:600\/w:600\/czM6Ly9kaXNjb2dz\/LWRhdGFiYXNlLWlt\/YWdlcy9SLTYwNDYw\/MTYtMTUxMTA5MTA4\/OC03NTUwLmpwZWc.jpeg\" alt=\"Prince, 'Parade'\" width=\"300\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>{\u00e0 partir de <em>Parade<\/em>, de Prince, 1986}<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>La parade<\/h2>\n<p>C&rsquo;est comme entrer dans un rade une demeure une villa o\u00f9 tu n&rsquo;aurais jamais mis les pieds sinon. Ce ne sont pas tes habitudes, ce ne sont pas tes rep\u00e8res, ce n&rsquo;est pas ton histoire. Et pourtant quelque volute, quelques vibrations spirale, quelque battement singulier du bois ou un claquement particulier de corde, des cordes ou des cuivres d\u00e9bordent pour ainsi dire le champ de vision.<\/p>\n<p>Il y a ce coup de luette comme le sourire le profil avec l&rsquo;ongle du pouce.<\/p>\n<p>Non. Ce n&rsquo;est pas \u00e7a. Pas une question d&rsquo;exp\u00e9rience, d&rsquo;habitude, ou de familiarit\u00e9. C&rsquo;est simplement que ces paysages nouveaux, jamais explor\u00e9s, tu les portais d\u00e9j\u00e0 en toi. Tu les avais en toi quand tu es entr\u00e9 dans ces lieux, cette grotte, ce cin\u00e9ma. C&rsquo;est toi qui les y portes. Mais tu as \u00e0 peine le temps de t&rsquo;adapter \u00e0 la lumi\u00e8re, deux minutes onze, un train s&rsquo;\u00e9loigne, et voil\u00e0 que la lumi\u00e8re change&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Nouvelle position<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s la cr\u00e8me-jusque-l\u00e0, une pi\u00e8ce sombre, grise-sombre. Pas de chichi, ici ; se coule la basse comme des coussins de serpents et le c\u0153ur bat fort plus que vite, \u00e7a te dit le r\u00eache ? <\/p>\n<p>Il faudrait faire sa f\u00eate \u00e0 l&rsquo;accent, \u00e0 la voix d&rsquo;\u00e9pices, de piments \u2014\u00a0pour l&rsquo;instant c&rsquo;est impossible.<\/p>\n<p>C\u2019est un sh\u00e9h\u00e9razade clinquant\/fatigu\u00e9, qui t&rsquo;attire ; pour finalement te c\u00e9der \u00e0 ses minuscules bras, clins d&rsquo;\u0153il, pincement des voix, conversations de clo\u00eetre tr\u00e8s nettes mais tr\u00e8s au fond. Chute et draps.<\/p>\n<p>L\u00e9ger retard des casseroles roles, les serpents essoufflent souffle, ouffle, exhaustion&#8230; puis de nouveau la cuisine et les serpents qui te guident vers nouveaux d\u00e9lais&#8230; Tu ne parviens pas \u00e0 poser tes gestes, ni tes yeux sur les formes ici succ\u00e9d\u00e9es, deux minutes vingt le tableau, quand la nouvelle pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>J&rsquo;imagine toi<\/h2>\n<p>En enfilade, l&rsquo;autre pi\u00e8ce, \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames personnages, la m\u00eame aust\u00e8re fondation. D\u00e9cid\u00e9ment tu ne t&rsquo;y [pas de verbe pour dire] \u2014 et pourtant tu t&rsquo;y [pas de verbe pour le dire]. Le paysage est de r\u00e9silles &#038; de cuir, non, de cuivre, non, de boas violac\u00e9s, d&rsquo;ouate. De petits corps de bois qui s&rsquo;entassent en saccades, mais saccades ralenties, peut-\u00eatre le choc est trop \u00e0 la fois un souvenir, un r\u00eave. Les serpents escortent le retrait, fid\u00e8les et pr\u00e9cis. Tensions des tissus. Mais d\u00e9j\u00e0 une fen\u00eatre, d\u00e9j\u00e0, une fen\u00eatre, des divans qui sont des fleuves, c&rsquo;est tu ne sais pas c&rsquo;est quoi. C&rsquo;est \u00e7a : c&rsquo;est tu ne sais pas c&rsquo;est quoi. On ouvre des fum\u00e9es. Puis on n&rsquo;a pas le temps de dire ouf, une minute trente-neuf, qu&rsquo;on change encore de pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sous la lune cerise<\/h2>\n<p>Cette nouvelle pi\u00e8ce soudain d\u00e9bouche (ou donne ? comment donner sur dedans ?) sur des paysages de papier japonais. Les murs neigent. Une esp\u00e8ce de circuit d&rsquo;eau dessine au parquet des formes brillantes, changeantes. Les murs s&rsquo;ouvrent, ils s&rsquo;\u00e9loignent : la sensation de se trouver dans une pi\u00e8ce est toujours perceptible, mais ses parois sont distendues. Ce sont des voiles de toile \u00e9paisse, mais cela dit le courant est faible.<\/p>\n<p>On peut compter par trois les joncs, les roseaux, les bols abandonn\u00e9s ; les voyageurs et les embarcations sont dessin\u00e9s \u00e0 revers. Les soleils et les doigts. Les silences et les d\u00e9sirs qui y prennent forme.<\/p>\n<p>S&rsquo;allonger est tout aussi impossible que porter en avant le pas de sa chute. Tu as \u00e0 peine le temps de saisir quelques bribes du temps pour du futur souvenir, deux cinquante-sept, que d\u00e9j\u00e0 la pi\u00e8ce s&rsquo;\u00e9vanouit dans un coton gorg\u00e9 de trop de larme, rendu \u00e0 l&rsquo;informe, choc \u00e9chec des milieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Filles et gar\u00e7ons<\/h2>\n<p>Retour \u00e0 la f\u00eate. Les femmes sont belles, les hommes sont belles, les f\u00eates sont belles. Les costumes sont des ann\u00e9es cinquante \u00e0 quatre-vingts jambes larges, tailles de gu\u00eape. Ent\u00eat\u00e9es, ent\u00eat\u00e9es, les ann\u00e9es se concat\u00e8nent. Si tu veux comprendre d&rsquo;o\u00f9 je viens, tu dois passer par l&rsquo;\u00e9trange carnaval des p\u00e9tales de rose, des coupes, des clochettes&#8230; S&rsquo;il y a une voie, elle est tordue \/ Il y a une voie, mais elle est tordue.<\/p>\n<p>Il y a au mur des chefs d&rsquo;\u0153uvre de concise gr\u00e2ce, un cri, les deux lunes bais\u00e9es de la charleston, un soupir, un riff delphique, quelque cuivre t\u00e9nor. (Quelque petit tr\u00e9sor.)<\/p>\n<p>Enfin tu peux souffler ; les choses se cadrent en cadence, un projet prend forme ; la vie n&rsquo;est pas vou\u00e9e \u00e0 br\u00fbler et s&rsquo;effumer en vain.<\/p>\n<p>Tu tiens tes aises, tu les assoies et les lanternes. Tu cajoles celles qui sont le plus affables, et les plus rev\u00eaches viennent accomplir le tableau qui jusque l\u00e0 s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 en angles, en horizons.<\/p>\n<p>Qui est-elle ? Que veut-elle ? Seras-tu assez grand assez fort ? Seras-tu assez m\u00fbr ? Car il est vrai que \u2014 drogues et sueurs aidant \u2014 tu as peut-\u00eatre troqu\u00e9 la maturit\u00e9 pour la coquille de l&rsquo;enfant ; ces mondes ne sont pas pour toi et ils te sont destin\u00e9s. Tu pr\u00e9f\u00e8rerais effacer tout cela, mais la raison est la moins forte, c&rsquo;est la meilleure. Tu abandonnes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>La vie peut \u00eatre tellement bien<\/h2>\n<p>On te surprend de nouveau dans la demeure du cirque. Ils sont l\u00e0 les animaux, les nains, les femmes qui crachent du feu ou \u00e9tendent leur corps. Il faut aller vite, grimper ces escaliers, ces velours, ces \u00e9charpes de soie, grimpe, grimpe, grimpe, une pi\u00e8ce est un escalier est une rose. Monter les p\u00e9tales, monter les p\u00e9tales !<\/p>\n<p>Un coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 vingt-quatre, tu reconnais le battement, le c\u0153ur est un liquide, les araign\u00e9es qui d\u00e9filent derri\u00e8re ne sont pas inutiles, leur r\u00e9seau intercepte les membres qui voudraient jaillir. On te fait sortir, c&rsquo;est \u00e7a leur projet, sortir ce c\u0153ur, sortir ce c\u0153ur, le bras est un c\u0153ur&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>V\u00e9nus de Milo<\/h2>\n<p>s&rsquo;arrache net\/te voil\u00e0 assis au cin\u00e9ma. Tu ne sais plus o\u00f9 est le d\u00e9but de l&rsquo;histoire, dans les yeux de scarlet ou les enjoliveurs de miami, tu roules, tu roules, tu roules.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Montagnes<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s enfin un silence, l&rsquo;unique dans ta vie, mis \u00e0 part les deux autres, le petit et le grand, \u00e0 moins que ce ne soit l&rsquo;inverse, tu crois \u00eatre enfin sorti de la maison.<\/p>\n<p>On te pr\u00e9sente des gens que tu crois reconna\u00eetre (personnalit\u00e9s ou familiers ?). Tu crois leur parler, tu crois qu&rsquo;ils te r\u00e9pondent.<\/p>\n<p>En tout cas, tu crois \u00eatre \u00e0 l&rsquo;aise, affable, m\u00eame aimable.<\/p>\n<p>Mais tout cela n&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;une fable, une farce lorsqu&rsquo;au d\u00e9tour du jardin, de nouveaux gestes et visages encore s&rsquo;affichent, s&rsquo;effrichent, ne cessent de se poursuivre, comme un loup en cache un autre, une main qui mord, un b\u00e2ton d&rsquo;entra\u00eenement, un vase bris\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Tu mentirais ?<\/h2>\n<p>Le temps d&rsquo;une pause pr\u00e8s d&rsquo;une fontaine. Un spectacle de fin d&rsquo;ann\u00e9e. Une composition soign\u00e9e. Une pi\u00e8ce mont\u00e9e. Rien laborieux quoique scolaire. Un moment insouciant dans un parcours parfois \u00e9corch\u00e9, un grand verre d&rsquo;eau dans une soir\u00e9e sucr\u00e9e fatigu\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Baiser<\/h2>\n<p>L&rsquo;une des pi\u00e8ces les plus originales qui soient. Un environnement d&rsquo;insecte, pr\u00e9cis, effil\u00e9, solide. Externe \u00e0 lui-m\u00eame. Il y a une esth\u00e9tique de l&rsquo;engrenage, il y a de la machine dans le vivant.<\/p>\n<p><em>Lorsqu&rsquo;une forme est \u00e0 ce point perfectement imagin\u00e9e et accomplie, aucune forme ne peut lui suppl\u00e9er, aucune nervure des \u00e9lytres ne donne prise, aucune fissure n&rsquo;autorise la naissance d&rsquo;une graine, aucune substitution possible<\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-11068-1' id='fnref-11068-1' onclick='return fdfootnote_show(11068)'>1<\/a><\/sup><em>.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Autramourtroudantateut\u00e9<\/h2>\n<p>La maturit\u00e9 se paie cher. Elle se r\u00e9dime au prix fort des larmes vers\u00e9es sur l&rsquo;autel de la beaut\u00e9. La virginit\u00e9 s&rsquo;arrache une fois une seule. Tu peux jongler sur le fil et te la jouer \u00ab\u00a0solo solo\u00a0\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire comme si tu faisais de la forme ton affaire, comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas autre chose qu&rsquo;un combat, tu te permets l&rsquo;ironie, le postmoderne !), tu sais que tu as touch\u00e9 du doigt l&rsquo;assiette des dieux ; tu pourras tourner autour un certain temps (l&rsquo;assiette est question d&rsquo;horizon, c&rsquo;est-\u00e0-dire de perspectives), y parvenir impose assez t\u00f4t, toujours trop, la chute, le diable, les cercles coupants de l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>La maturit\u00e9 se paie au prix tr\u00e8s fort, tr\u00e8s. Tu peux feinter quelques secondes, feindre le malaise ou l&rsquo;\u00e9garement, tu es arriv\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 peu parviennent, ils sont quinze peut-\u00eatre dans le si\u00e8cle, d&rsquo;un certain point de vue, tu peux laisser reposer la forme, que l&rsquo;informe vienne grignoter la broderie r\u00e9siduelle du silence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Parfois il neige en avril<\/h2>\n<p>Comme les exp\u00e9riences se nourrissent des r\u00e9cits qui les parasitent, elles ne sauraient s&rsquo;en passer. Et nous sommes impuissants \u00e0 dissuader ces r\u00e9cits, l&rsquo;op\u00e9ration est trop douloureuse (c&rsquo;est comme renoncer \u00e0 l&rsquo;incompl\u00e9tude).<\/p>\n<p>Je pourrais tout aussi bien d\u00e9montrer tout le contraire, une surface n&rsquo;est jamais qu&rsquo;une moiti\u00e9 de surface.<\/p>\n<p>Alors les histoires ; on les enrobe de voix de coton, des souffles d&rsquo;<em>in a silent way<\/em>, de cordes pinc\u00e9es, pour une fois, de cordes battues, comme toujours, les cordes viennent toujours lac\u00e9rer l\u00e9cher les souffles.<\/p>\n<p>Les flammes ne sont jamais loin de toute entreprise qui pr\u00e9tend damer le pion au silence.<\/p>\n<p>Le silence qui tombe enfin comme un rideau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-11068'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-11068-1'> I.e. aucune h\u00e9sitation propice, i.e. aucune imposture autoris\u00e9e. C&rsquo;est comme plonger la main dans une enveloppe de tessons ou de lames, c&rsquo;est des flocons au visage ; c&rsquo;est comme un arbre, une \u00e9vidence \u00e9trang\u00e8re. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11068-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de Pistes et sillages, une s\u00e9rie de textes po\u00e9tiques n\u00e9s de l&rsquo;\u00e9coute des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la discoth\u00e8que. Base d&rsquo;improvisation, ou simplement paysage et divagation. 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