{"id":10123,"date":"2015-06-22T10:31:06","date_gmt":"2015-06-22T08:31:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=10123"},"modified":"2024-02-04T18:43:16","modified_gmt":"2024-02-04T16:43:16","slug":"bas","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bas\/","title":{"rendered":"Bas"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un texte de <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/pistes-et-sillages\/\"><em>Pistes et sillages<\/em><\/a>, une s\u00e9rie de textes po\u00e9tiques n\u00e9s de l&rsquo;\u00e9coute des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la discoth\u00e8que. Base d&rsquo;improvisation, ou simplement paysage et divagation. Une anthologie.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i.discogs.com\/U3pqMqj3_qkfW3A7TSy0MJCOfaPuERLdNEWjjxgFjRs\/rs:fit\/g:sm\/q:90\/h:600\/w:600\/czM6Ly9kaXNjb2dz\/LWRhdGFiYXNlLWlt\/YWdlcy9SLTIxNjE2\/Ni0xMjc1NjI1NjQ5\/LmpwZWc.jpeg\" widht=\"100%\" title=\"David Bowie, \u2018Low\u2019\" width=\"300\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>{\u00e0 partir de <em>Low<\/em>, de David Bowie, 1977}<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Vitesse de la vie<\/h2>\n<p>\u2014\u00a0Le temps passe vite, il faut faire ses preuves. Un temps d&rsquo;avance sur la pomme qui tombe. Un temps d&rsquo;avance.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la ville cette fois. Le quotidien est bouscul\u00e9 par les odeurs de gasoil, perturb\u00e9 par le ronronnement des art\u00e8res, distrait par le mouvement des rats, des feuilles dans le vent, des journaux qui \u00e9pongent la graisse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Briser la glace<\/h2>\n<p>H\u00f4tel corridor. Repris\u00e9, mais pas r\u00e9concili\u00e9 encore \u00e0 la vie. Se r\u00e9veiller l\u00e0. Si loin de tout. Remettre ses id\u00e9es en place comme on met des lunettes. Je suis pas d\u00e9j\u00e0 vieux, bordel.<\/p>\n<p>Se mettre en marche, oublier tout ce pourquoi on en est arriv\u00e9 l\u00e0. Apr\u00e8s tout dans le carreau de la salle de pain on voit un bout de parc\u2026 Enfin quelques arbres, au moins.<\/p>\n<p>Les v\u00eatements par terre, la vaisselle en tas, mais putain il s&rsquo;est pass\u00e9 quoi ici hier soir ? Aucune id\u00e9e ; mes nuits sont devenues aussi grises que\u2026 cette radio, tiens.<\/p>\n<p>Tu n&rsquo;es pas l\u00e0, tu as d\u00fb sortir, \u00e0 moins que tu ne sois pas encore rentr\u00e9e \u2014\u00a0que tu ne soies pas rentr\u00e9e avec moi, putain tu me manques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Quoi du monde<\/h2>\n<p>La rue, encore. Le monde, les visages. Toutes ces femmes, tous ces achats, tous ces fruits et l\u00e9gumes, ces bagnoles, ces chaises et tables, ces pauses cigarette, ces vendeurs \u00e0 l&rsquo;arrach\u00e9. Toutes ces rues.<\/p>\n<p>Oui j&rsquo;ai un peu peur et tu me manques. Tu es une adorable personne. Je ne peux pas r\u00e9sister.<\/p>\n<p>Je vais acheter des roses, non du champagne, non de la dope, non des culottes, non les journaux, non quelque chose, non rien, non quelque chose, non quoi, mais quoi bordel.<\/p>\n<p>Toutes ces voix, tous ces mots, tout ce bruit dans ma tronche, tout ce temps fracass\u00e9 en \u00e9chancrures, j&rsquo;ai du mal \u00e0 tenir tout ensemble.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Son et lumi\u00e8re<\/h2>\n<p>Un moment de r\u00e9pit. Le long du fleuve (il y a bien des tas de fleuves qui passent dans toutes es villes, non ? Sinon \u00e0 quoi \u00e7a sert une ville ?) Le long d&rsquo;un lin\u00e9aire alors, un truc qui face \u00e9cran, qui fasse rebond, paf dans ta tronche, tous ces tags ces pierres ces racines dans la gueule, on y revient, on va mettre un peu d&rsquo;ordre, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9blayer tout \u00e7a, nettoyer, organiser.<\/p>\n<p>Ouf.<\/p>\n<p>Plus l\u00e9ger. Tiens je vais \u00e9crire un peu. TIENS JE UN PEU !<\/p>\n<p>Tiens je vais peindre un peu dans ma t\u00eate. <\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais ressenti \u00e7a. Tout \u00e7a est nouveau. Je me demande parfois.<\/p>\n<p>Je me demande parfois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Toujours s&rsquo;\u00e9craser dans la m\u00eame bagnole<\/h2>\n<p>C&rsquo;est aussi ces paysages. Que peux-tu faire ? C&rsquo;est plus fort que toi. <\/p>\n<p>Des champs autour. Des champs pour nourrir tous ces gens. Dieu que le pays est amoch\u00e9.<\/p>\n<p>Les gens sont des corbeaux. Mieux vaut rentrer (envie de rouler). Rentrer \u00e0 la maison (envie de rouler plus vite). Rentrer (rouler vite et partir). Rentrer (et rentrer). Rentrer.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;habite ? D\u00e9j\u00e0 ? Qui m&rsquo;a planqu\u00e9 mon appartement ?<\/p>\n<p>Dans quel h\u00f4tel d\u00e9j\u00e0 ? Qui m&rsquo;a piqu\u00e9 mon pays ?<\/p>\n<p>Mais o\u00f9 est-ce que diable je suis ? Pourquoi tous ces champs et tous ces corbeaux dessus ? Pourquoi les gens gris, les rats, les magasins ? Je n&rsquo;y suis pour rien moi. Bordel.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;y suis pour rien ! Et pour personne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sois ma femme<\/h2>\n<p>Un peu de s\u00e9rieux que diable. Les jours passent, pleins de gouache et de saucisses, ce n&rsquo;est pas possible. Il n&rsquo;y a pas assez de poubelles pour tout le temps que je balance.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9cris des cartes postales ou des lettres d&rsquo;amour et des attestations ou des contrats, peu importe. Ce qui importe est que j&rsquo;arrive encore \u00e0 signer ce bordel. Que ma lettre me renvoie \u00e0 un espace-temps dans lequel je pourrais remettre la main sur qui je suis.<\/p>\n<p>Je me sens si seul que j&rsquo;ai l&rsquo;impression de dispara\u00eetre. C&rsquo;est comme si je me nourrissais de contacts humains, et perdu dans ma chambre d&rsquo;h\u00f4tel, je ne vois qu&rsquo;un bout du parc entam\u00e9 par l&rsquo;automne d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Une nouvelle carri\u00e8re d\u00e9barque en ville<\/h2>\n<p>Les images qui traversent mes r\u00eaves et m\u00eames mes moments seuls, les repas, les toilettes, les promenades inqui\u00e8tes dans la rue, les images sont in\u00e9dites.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais vu ce que je vois. Jamais pens\u00e9 ce que je pense. Ressenti ce que je ressens.<\/p>\n<p>Je projette tout cela, du moins ce que je peux essayer d&rsquo;atteindre, de ramasser, sur des v\u00e9lins blancs. Ou des draps. Ou des murs.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tr\u00e8s nouveau et s\u00fbrement \u00e7a aura un impact.<\/p>\n<p>Un peu comme du sperme rouge ou du sang blanc. Un truc de cet acabit. Un truc d&rsquo;alien.<\/p>\n<p>Putain je suis si mal parce que je suis trente ans avant moi-m\u00eame. Et comment avec un corps trente ans plus jeune, yeux, voix, mains, attraper et s\u00e9duire ce qui sera dans trente ans ?<\/p>\n<p>Je suis putain d\u00e9muni, comme jamais, c&rsquo;est comme si<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Warszawa<\/h2>\n<p>Les \u00e9clats de l&rsquo;orage se sont fich\u00e9s en terre, sur la piste, et l&rsquo;ont ouverte ; le cheminement est plus qu&rsquo;incertain, et peu rapide.<\/p>\n<p>Ce ne sont pas des collines, ce que vous voyez de part et d&rsquo;autre. Ce sont des corps entass\u00e9s. Des corps entass\u00e9s dans l&rsquo;attente d&rsquo;une de leur reconnaissance. D&rsquo;une invitation. <\/p>\n<p>Le soleil qui perce n&rsquo;a qu&rsquo;un effet : brumes, brumes, brumes, et d&rsquo;ici je ne vois plus mes pieds, mes pas, la piste.<\/p>\n<p>Je tr\u00e9buche souvent, il y a des choses en travers du chemin.<\/p>\n<p>Des choses molles ou dures, puantes ou grin\u00e7antes, chaudes ou plus bleues encore.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien mon carnet comme piton, mais je n&rsquo;ai pas de crayon et d&rsquo;ailleurs pas assez de lumi\u00e8re pour d\u00e9gainer le fil d&rsquo;ariane. Je dois me fier \u00e0 mon seul \u0153il, celui de corail.<\/p>\n<p>Je suis dou\u00e9. <\/p>\n<p>Une falaise quelque part, cela s&rsquo;entend aux voix.<\/p>\n<p>Des ours ? Des loups ?<\/p>\n<p>Tout est glac\u00e9 de calcaire, ce b\u00e9ton de pauvre !<\/p>\n<p>Je cherche une corde de guitare\u2026 Qui ?<\/p>\n<p>Des fum\u00e9es me serrent la gorge. Derri\u00e8re, c&rsquo;est toute une for\u00eat d&rsquo;un seul arbre qui se tient la main. La main est large et verte et froide et piquante, mais c&rsquo;est la main.<\/p>\n<p>Ne pas l\u00e2cher le carnet, ou je m&rsquo;envole.<\/p>\n<p>Qui ?<\/p>\n<p>Des loups ?<\/p>\n<p>Des ours ?<\/p>\n<p>Les collines sont des vagues d&rsquo;encre, je viens de m&rsquo;en rendre compte, le relief est l&rsquo;histoire ass\u00e9ch\u00e9e. J&rsquo;avance. Il faut encore quelques m\u00e8tres, encore quelques m\u00e8tres, encore quelques m\u00e8tres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>D\u00e9cade art<\/h2>\n<p>Une voix explose dans le couloir, r\u00e9sonne sur chaque marche, ors que je m&#8217;embourbe dans un coton fait de grillons, de gargouillis, de voyages de mon enfance.<\/p>\n<p>Un verre de menthe verte tr\u00f4ne sur la table de nuit et je ne le vois presque plus, il se confond avec l&rsquo;arbre dans le carreau de la fen\u00eatre, l&rsquo;arbre tr\u00f4ne sur le lit, il se confond avec mon sexe droit et vert.<\/p>\n<p>Les rives sont moelleuses tandis que l&rsquo;eau ren\u00e2cle, elle semble demander son chemin \u00e0 chaque galet \u00e0 chaque souche.<\/p>\n<p>De dessous la chauss\u00e9e, \u00e0 travers les bouches d\u2019\u00e9gout, les caniveaux, des tentacules du pass\u00e9 viennent se dissoudre en si flottant.<\/p>\n<p>Un grand squale bleut\u00e9 passe, mais il est tellement lointain qu&rsquo;il para\u00eet plus granuleux qu&rsquo;un d\u00e9 \u00e0 coudre ou qu&rsquo;une balle de golf. Rien \u00e0 craindre de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.<\/p>\n<p>En attendant, je d\u00e9croche le t\u00e9l\u00e9phone et dispara\u00eet sous les draps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Mur qui pleure<\/h2>\n<p>Vous n&rsquo;avez jamais entendu pleurer un mur.<br \/>\nUn mur regrette et pleure.<\/p>\n<p>Vous n&rsquo;avez jamais vu d\u00e9lirer la plaque de la bouche d&rsquo;\u00e9gout Je vous montrerai, il faut \u00eatre attentif.<\/p>\n<p>Vous n&rsquo;avez jamais vu les vagues de la moquette, et comment \u00e7a fait tout un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombre, ce machin de velcro ?<\/p>\n<p>Je vous montrerai. Montez, montez !<\/p>\n<p>Et sourire tout le r\u00e9seau de voirie, lors des grands rassemblements de juin ? Vous le savez ? Tout ce d\u00e9noyage des tensions ? \u00c7a fait un bien fou \u00e0 la ville.<\/p>\n<p>Elle en d\u00e9gueule tout l&rsquo;int\u00e9rieur de vos placards de cuisine. Vous verrez, ce sera beau.<\/p>\n<p>Tout de formica et lettrage publicitaire. Un feu d&rsquo;artifice de joie et de corruption !<\/p>\n<p>Une belle nuit d&rsquo;\u00e9t\u00e9, \u00e7a oui, bandes de veinards.<\/p>\n<p>Bandes de salopards !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Souterriens<\/h2>\n<p>Je replonge.<\/p>\n<p>Je croyais \u00eatre revenu aux champs, je sais maintenant qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien.<\/p>\n<p>Ce boyau me semble plus avenant qu&rsquo;un chat. <\/p>\n<p>Les aiguilles que j&rsquo;y vois, en procession, descendent les veinules vers la nuit.<\/p>\n<p>Encore les voix, ourl\u00e9e de rembardes d&rsquo;acier brute. Ces voix c&rsquo;est du coton arm\u00e9 verre qui racle les murs, attention o\u00f9 vous posez les mains. Un tesson est si vite arriv\u00e9 dans les yeux. Pareil pour les pieds.<\/p>\n<p>Suivez mon chant. Il est un peu magique, mes petits rats !<\/p>\n<p>Je vais nous sortir de l\u00e0. Toutes les mauvaises choses ont une fin, d&rsquo;ailleurs. N&rsquo;est-ce pas.<\/p>\n<p>Suivez mes buissons, je les ai plant\u00e9s il y a vingt ans dans l&rsquo;espoir de ta venue.<\/p>\n<p>Grimpez, grimpez sur le cuivre, ne faites pas attention au d\u00e9sordre, ne tenez pas compte de ces panneaux. On est souvent capable du meilleur et du pire. Il arrive souvent qu&rsquo;on se pose des pi\u00e8ges soi-m\u00eame. La surprise en se d\u00e9chaussant ! Un mollet est si vite arriv\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, je parle je parle, mais il faut maintenant quitter ce r\u00eave, cet appartement, cette ville.<\/p>\n<p>Vous pouvez revenir \u00e0 vos occupations de coupe-papier ou de pince \u00e0 linge, peu m&rsquo;importe en tout cas. Vous avoir visit\u00e9 fut un honneur. <\/p>\n<p>Je vous laisse. Je retourner trier les couleurs de mon vomi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de Pistes et sillages, une s\u00e9rie de textes po\u00e9tiques n\u00e9s de l&rsquo;\u00e9coute des pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la discoth\u00e8que. Base d&rsquo;improvisation, ou simplement paysage et divagation. Une anthologie. &nbsp; &nbsp; {\u00e0 partir de Low, de David Bowie, 1977} &nbsp; Vitesse de la vie \u2014\u00a0Le temps passe vite, il faut faire ses preuves. 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