{"id":101,"date":"2007-02-27T17:43:51","date_gmt":"2007-02-27T22:43:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=101"},"modified":"2010-04-03T19:42:42","modified_gmt":"2010-04-04T00:42:42","slug":"mes-nuits-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/mes-nuits-1\/","title":{"rendered":"Mes nuits 1"},"content":{"rendered":"<p>Moi qui vous parle, j&rsquo;ai peur de la nuit.<\/p>\n<p>C&rsquo;est que j&rsquo;ai fr\u00f4l\u00e9 la main sure. Et me voil\u00e0 hagard. Abruti. Repoussant le sommeil de mes deux yeux, de mes bras m\u00eame !<\/p>\n<p>Moi qui vous parle, j&rsquo;ai peur de la nuit.<\/p>\n<p>Car mon sommeil est horrible ; pas seulement impossible : lorsque je m&rsquo;allonge en mon lit, il n&rsquo;y a pas seulement le sommier qui craque comme un squelette douloureux. Il n&rsquo;y a pas seulement les relents f\u00e9tides qu&rsquo;exhalent les murs et le reste.<\/p>\n<p>Il y a que, si j&rsquo;aborde le sommeil, que je m&rsquo;y engage, comme on entre confiant dans un tunnel, ou comme dans une voiture. Ou comme si on se remet \u00e0 l&rsquo;oubli propre au somme, je ne suis pas certain d&rsquo;en revenir.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;entre vous rient d\u00e9j\u00e0.  Je sais ce que je dis. Il n&rsquo;y a pas que moi, et beaucoup de vieillards et de vieilles appr\u00e9hendent leur nuit\u00e9e ; ou l&rsquo;attendent impatiemment ; insolents.<\/p>\n<p>Mais je ne suis pas un vieillard.<\/p>\n<p>Si la nuit m&rsquo;effraie, ou plut\u00f4t si le sommeil m&rsquo;effraie, c&rsquo;est qu&rsquo;il m&#8217;emp\u00eache de dormir. Si : je dors, mais si mal, si contraint et engonc\u00e9 en lui que rien ne se repose, rien ne se d\u00e9pose. Rien n&rsquo;oublie.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;oublie rien.<\/p>\n<p>Cette nuit, je me r\u00e9veille en pleine nuit, nuit froide et dolente, et mortellement priv\u00e9e de son, priv\u00e9e de vie.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9touffe ; je ne parviens pas \u00e0 respirer. Je dois ahaner, sans quoi je m&rsquo;\u00e9touffe.<\/p>\n<p>Je sens tous le circuit de mon air bord\u00e9 de lames de rasoirs. Je ne peux respirer. Mon ventre se plie. Mes \u00e9paules, mon torse, se braquent. Cela retentit jusqu&rsquo;au bas du dos. On dirait un cheval mourant.<\/p>\n<p>Se glissent sous ma peau des nerfs de feu. Et je tousse ; je suffoque. Mais rien, pas de toux, je ne fait que mimer, pour l&rsquo;app\u00e2ter ou la s\u00e9duire, une toux inaudible, qui ne vient, ne veut pas venir, et n&rsquo;a rien \u00e0 faire ici.<\/p>\n<p>Et pourtant je dois tousser. Je suffoque ; je m&rsquo;essouffle. Comme apr\u00e8s une course, o\u00f9 l&rsquo;on aurait trop force, peut-\u00eatre \u00e0 cause du froid, du piquant du froid.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre \u00e0 cause de la claustration.<\/p>\n<p>Je me retrouve alors en bas, condamn\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, sans rien avoir pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 \u00e9crire. Cela me prend aussi les tempes, et peu s&rsquo;en faut la main.<\/p>\n<p>Je suis un grand cheval sur le bas-c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Alors je repousse la nuit. Je crains la nuit. Mon cauchemar est dans la veille. Ou le sommeil intermittent.<\/p>\n<p>Tout le jour se passe, sans douleur sinon la fatigue qui s&rsquo;accumule.<\/p>\n<p>Puis la nuit se pose sur moi comme un cheval mort. C&rsquo;est mon cauchemar ; c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tymologie de \u00ab\u00a0cauchemar\u00a0\u00bb : une jument est assise sur mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>Tant pis si je ne dors pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moi qui vous parle, j&rsquo;ai peur de la nuit. 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