Parler contemporain

janvier 12th, 2012 § 0 comments § permalink


Vendredi 13 prochain, je serai accueilli pour la seconde fois par le centre de recherche ARGEC, ovvero « Atelier de Recherches Génois sur l’Ecriture Contemporaine », dépendant de l’université des langues de Gênes et de la faculté de « francesistica », et animé avec vitalité par Elisa Bricco. Ce centre fait partie d’un réseau de trois centres spécialement dédiés à la littérature contemporaine française, les deux autres se trouvant à Bari (le GREC, Groupe de Recherches sur l’Extrême Contemporain ») et à Rome (LARC, « Laboratorio di Ricerche sul Contemporaneo »).

J’ai découvert l’ARGEC par hasard, enfin presque, comme d’habitude via François Bon, lors du colloque de St-Etienne (encore un sigle : par le CIEREC, « Centre Interdisciplinaire d’Etudes et de Recherches sur l’Expression Contemporaine ») qui lui était consacré en 2007 (déjà !).

Mais à peu près au même moment, c’est Martin Rueff qui intervenait dans un autre colloque, celui-l’organisé fin 2008 par l’ARGEC à Gênes même sur la poésie contemporaine avec Antoine Emaz, Jean-Louis Giovannoni, Jean-Patrice Courtois et Fabio Scotto, notamment.

Je ne sais plus pour quelle raison il y a eu aussi interaction avec Arno Bertina, dans l’intervalle.

*

Mon propos, si j’en ai un, sera double, et même un peu partagé, voire déchiré entre les deux points de vue.

D’un côté, on ne peut que se réjouir de voir trois centres de recherches de trois université différentes (dans trois villes méditerranéenne magnifiques où j’ai habité, hasard, ou habiterai, aidons-le) s’intéresser ainsi à la littérature contemporaine. Ceci nous montre que l’expression littéraire française ou francophone a encore de beaux restes à l’étranger même s’il nous semble à nous, que les problèmes sont innombrables et insurmontables : sclérose de l’édition traditionnelle, peur viscérale du numérique, marché du produit livre, intermédiaires, et puis l’obédience des gros éditeurs, des gros écrivains, des prix, etc. De tout cela, qu’est-ce qui transfuge hors-les-frontières ? J’étais hier à l’Alliance française de la via Garibaldi : des plaquettes publiées sur les auteurs on voit : Char, Beckett, et autre (je ne sais plus lequel) mais moins mort. Nous auteurs, on devrait plus souvent se sortir de notre nez et voir un peu ce qui se trame, sur notre texte, ailleurs — et bien sûr en profiter pour voir ce qui se trame, comme autre texte, ailleurs.

D’un autre côté, j’aimerais affronter la difficulté de proposer un panorama assez complet et pertinent, et pertinent parce que complet et complet parce que pertinent, tout en laissant, arbitrairement, bien entendu, des pans entiers de production actuelle, et défendant son pré carré (donc rendre pertinent et complet ce qui sera à la fois lacunaire et impertinent) :
• les écrivains du jours s’appellent Remue, Inculte, Verticales, Actes Sud, Fiction & Cie, Joca Seria (salut collectif, pardon), Vasset, Chevillard, Jauffret, etc. (et moins les noms dont on nous rebat les oreilles et qui raflent la plupart des attentions) ;
• ils s’appellent aussi Pierre Ménard, Fred Griot, Guillaume Vissac, Joachim Séné, le Général Instin (voyez ici Guénaël Boutouillet), et toute la joyeuse ribambelle de Publie.net (où l’on retrouve Emaz, Claro, Vasset, Noël, Bozier, etc. tiens, bonjour).

Une littérature contemporaine (un extrême contemporain ? mais contemporain de quoi, de qui ?) existe, et elle utilise tous les moyens de diffusion, jusqu’aux moins officiels et labellisés, et surtout si pas officiels et pas labellisés. Ici comme ailleurs, on campe, on trace, on délimite. Si nous ne le faisons pas, d’autres le ferons pour nous.

De là aussi à insister sur la nécessité devenue pour nous des réseaux sociaux et de l’internet plus GENERALement : Instin, D’Ici Là, les Vases Communicants, le Convoi des Glossolales, les 807, e-pagine ou Poezibao, tout ça ne serait pas possible sans le collectif, sans l’échange permanent. Ce rôle des jadis revues, on le maintient dans ces lieux là, virtuels. Et je saluerai au passage les revues qui tiennent le coup : Inculte, donc, mais le Tigre, BoXoN, Grumeaux, La Femelle du Requin, Multitudes, et on attend la nouvelle TINA etc. 1

Et donc ça bouge : ça remue, ça chatouille et gratouille, ça boutouille, ça ne tient pas en place : c’est l’inquiétude. C’est le &.

La littérature inquiète, n’aurai-je de cesse de répéter, parce qu’elle va voir ailleurs, parce qu’elle ne s’enracine pas, parce qu’elle est curieuse, invertie, immodérée, mobile, plurielle, anonyme, rebelle, belle.

Ce n’est déjà pas facile de faire correspondre les deux mondes, mais les rassembler dans un propos commun relève de la gageure. C’est tout le propos. C’est le & du lir&crire.

Néanmoins c’est avec grand plaisir que je vais rencontrer enseignants et étudiants passionnés de notre écriture/lecture contemporaine, et de venir, peut-être, espérons-le, bouger quelques lignes et tomber quelques murs, tout en délicatesse, comme on sait.

La littérature inquiète. Il n’y a pas d’autre voi.



  1. Il y a aussi toute l’édition petite ou indépendante, mais c’est autre propos, qu’ils veuillent me pardonner

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Le devenir-végétal

novembre 28th, 2010 § 1 comment § permalink

Ça y est, suis contraint de le faire ce texte que je mets de côté depuis longtemps, mais qui pousse en moi également depuis d’autant. A cause de François Bon, et de sa métaphore du livre comme arbre, dans cette fabuleuse quotidienne (Après le livre) où, dit-il, j’écrivais ici uniquement pour l’écriture même, type de phrase qui a le don de me fasciner de longues minutes durant.

Alors oui, tentons d’aborder ce thème qui, par le biais de Gonzague de Montmagner, partenaire Hors-Sol (décidément), et la revue Chimères, lorgne directement dans la direction de Deleuze et Guattari








Graines

Chiendent.
Luzerne. Lin. Hélianthème. Millepertuis.
Ancolie, mélilot.
Gesse, vesce.
Genêt.
Aupébine, églantier, prunelier.
Badasse, rouvet, fustet, aphyllanthe.




Plantes.

Plantes qui indifféremment, obstinément croissent, quelle que soit la nature ou la qualité du sol, les aléas du climat ou la violence de ce qui broie — dents ou lames.

Plantes qui continuent, qui s’enfoncent et se répandent comme un genre d’eau solide qu’elles imitent régulièrement.

Qu’ont-elles à nous apprendre sur nous ? Qu’ont-elles à nous révéler sur notre être même, que savent-elles de nous, elles qui nous fascinent précisément parce qu’elles appartiennent au tout autre ?

Les travaux de la science (botanique aujourd’hui, qui n’es plus enseignée en France, phytosociologie méconnue) commencent tout juste (Francis Hallé) à découvrir ce nouveau monde, un monde qui n’est pas fait de mouvements, de cris, de crainte et de fuites, mais d’accointance presque ontologique avec cette terre qui les nourrit.

Je vérifie en quelques propositions s’il est possible d’imaginer une écriture qui, libérée de la transcendance dans laquelle le langage (qui n’est presque qu’une extension, périphérique de nos appareils sensoriels et locomoteurs) la jette, tenterait d’approcher de l’immanence propre au monde végétal… Trois facultés probables (A), trois applications possibles (B).




A1 | Une horizonte

Ce n’est pas sa faute, à l’arbre, d’être comme il est, bien droit, roide et vertical, pour revêtir une symbolique qu’il n’approuve pas, ne saurait approuver, tant il est lui-même témoin de l’impossibilité d’être droit, roide et vertical.

Toutes les sociétés humaines l’ont élu comme symbole de connaissance ou d’autorité, mais c’est bien mal connaître sa biologie et son écologie. Rien de moins un ; rien de moins unanime. Rien de moins plastique, héritant sa forme élancée des conditions physiques de notre planète, en des conditions extrêmes (vent, pente, eau), il croît tout aussi bien couché, en travers du regard. Et puis quel monde il représente : presque autant de racines que de houppier, monde souterrain, et donc secret (on peut se demander pourquoi), généralement développé en un ancrage central vertical accompagnée d’un chevelu concentrique, proprement échevelé, serpent infini de minuscules bouches, doigts, suçoirs… On voit l’arbre comme un trait, un bâton, mais c’est l’erreur d’avant Galilée : il est plutôt circulaire, enroulé autour de son duramen, de son liber, de son écorce.

Alors en ce cas, d’accord pour voir avec Bon l’arbre non comme métaphore du livre, ou en tout cas non du livre traditionnel, celui qu’on appelle parfois saint, et qui est l’intouchable, mais comme cette ramification de notre vie littéraire aux différents étages de l’écriture : carnet ou cahier, téléphones, réseaux sociaux, écrans, articles de revues, conférences, dédicaces, etc. Cette ramification est celle de l’horizon, elle est celle qui associe recherche et développement aux furetages de la vie qui se dirige vers de nouveaux paysages comme de nouvelles aventures.

Et puis l’arbre n’est qu’une plante qui s’est perfectionnée à franchir les caps des saisons. Une plante annuelle, comme cette petite cardamine, qui pousse dans toutes les villes au printemps, ne démontre-t-elle pas non plus cette faculté à l’étalement… ou cette renouée qu’on dirait cerceaux venus du caillou jeté à l’eau.

La surface (le plan d’immanence ?) nous constitue : nous ne pouvons faire autrement, l’horizon est toujours latéral et même l’écran, comme le ciel, ou l’eau, nous le tranchons de notre regard pour en faire un plan d’immanence, c’est-à-dire un lieu adéquat pour que surgisse un évènement. Une terre qu’on retourne pour faire germer les graines. Ou, loin de l’agricole, un sol qui devient pelouse, vie.

Mais c’est simplement la ligne, la ligne d’écriture ou la ligne de la portée, la page, avec son tranchant acéré, c’est simplement l’unique et longue phrase et infinie, que l’invention du codex a artificiellement rompu en ligne brisée mais que le volumen déroulait infiniment. Plus qu’un seul livre, nous ne sommes faits que d’une seule ligne…




A2 | Une multiplicité

Car on ne peut évidemment pas considérer le végétal comme le siège de l’unique, mais bien plutôt de la multiplicité. Directement provenant du point précédent, cette faculté est celle du pluriel. L’écriture pour être horizonte, doit être plurielle, c’est-à-dire nombreuse, polyphonique (Bakhtine).

S’il y a plusieurs voix, il doit donc y avoir plusieurs bouches, comme il y a plusieurs extrémités au racinaire. L’une des grandes inventions du monde animal ç’a été de séparer l’orifice liminaire de l’orifice final, de séparer donc la bouche de l’anus, l’oral de l’anal. Cela s’est transmis à tous les taxons jusqu’à nous. Sans faire de psychanalyse qui, sur ces questions, demeure d’une pauvreté, d’une indigence conceptuelle et d’une ignorance biologique hallucinantes, nous pouvons constater que cette invention technique n’a pas seulement posé les limites entre un dedans, un dehors et un dedans-dehors, créant l’invagination du même coup, elle a également freiné considérablement les capacités d’adaptation au monde alentour et ce, durablement.

En effet, cela amène de fait une spécialisation des organes, là où précisément, les plantes, le végétal, ne comporte qu’un nombre limité de fonctions cellulaires : croître, se nourrir/reproduire, protéger/soutenir.





On me dira alors que cette animalité est multiple, et sans doute l’est-elle, mais au service d’un unique « individu ». Alors que chez la plante, la relative pauvreté des éléments constituants autorise de manière beaucoup plus spectaculaire et répandue, l’instauration de collectivités ou d’êtres collectifs, de devenir-multiple : la colonie. Un arbre n’est pas, c’est-à-présent bien démontré, un individu. Si un individu est un élément du monde autonome, autogéré et littéralement qu’on ne peut couper (sans de graves dommages à son intégrité même), il n’en va pas de même chez la plante. Si vous sciez la patte de votre chat, il souffrira, et risquera toutes les infections ; de plus, par la suite, il fonctionnera beaucoup moins bien. Chez l’arbre ou l’herbe, qu’on taille, coupe, divise, marcote, fait drageonner, clone à tour de bras depuis la nuit des temps dans nos champs et jardins, rien de tel, bien au contraire.

C’est le principe même du chiendent, qui (à l’image de certains vers parasites toutefois), peut faire d’une pierre deux coups, ou d’un accident deux corps. C’est le principe même de l’arbre de haut port, l’arbre futaie (à l’image des récifs coralliens), dont il est avéré aujourd’hui que le génome des racines les plus profonde est différent de celui des ultimes feuilles.

Telle est la multiplicité : l’être collectif, le devenir coloniaire, qui aurait bien entendu, dans un contexte d’écriture, des portées tout à fait singulières.




A3 | Une diversité

Un peu différente de la multiplicité, la diversité. Une écriture végétale serait celle qui se laisse ouvrir, prendre ou envahir, de la variété des langues, mais aussi des bouches, et des mains. Il y a cette faculté de se déprendre de son être constitutif et d’adopter la langue de l’étranger.

La traduction est un éminent siège de ce principe de différenciation ; car c’est ici l’attention au différent, à l’étranger, à l’altérité qui est appelée ; alors si la littérature est le lieu où se parle un langage que rien ne parle ni qui ne parle aucune langue, encore faut-il accompagner cette proposition de ses effets concrets très nets : s’ouvrir à la langue étrangère dans une babel rejouée pour démonter ce qui, dans la langue, parle, domine, commande, explique.

Ce qui parle est l’autorité ; ce langage que nous appelons de nos bouches à l’étrangeté même du langage, à l’étranger au langage ne peut être celui de l’autorité, mais celui de ce qui sape l’autorité dans son fondement même (le langage). Mais qui décide de se passer d’autorité doit encore se passer d’auteur. Etrange processus quand on constate depuis des siècles (Mallarmé, Blanchot) que l’œuvre (mais il faut arrêter avec l’œuvre comme semi-dieu, comme autre chose que la béance du désœuvrement) est cela même qui nie l’auteur comme autorité. Les récents soubresauts d l’idée : Barthes, Foucault, on en rit presque, alors que ce qui fut énoncé là n’a pas encore donné les implications techniques escomptées (sinon chez un Chevillard, un Volodine, un Claro ?).

Alors bien sûr, l’attention au réseau même — quoi de plus proche d’un racinaire qu’un réseau — internet, et aux réseaux sociaux en particulier, avec ses mensonges, ses avatars, ses ruptures de faisceaux, l’omniprésence de l’écran, le lien hypertexte, son débit et sa navigation, ses flux, son corps de machine, ses extensions et autres applications, est un profond renouvellement de la pratique ; un outils indispensable et, comme on le constate régulièrement, trop peu utilisé par les écrivains. (Etrange d’ailleurs, de se plaindre de Google quand il prétend que l’homme est une information — ou un document — comme les autres, et que le romancier ne se sente pas piétiné sur son propre terrain, symboliquement : celui de la bibliothèque).

Enfin la diversité c’est aussi l’échange, le va-et-vient : si l’auteur disparaît, il existe aussi le parasitisme ou la symbiose d’un auteur à l’autre, d’un auteur l’autre. Personne ne s’est posé la question du droit de l’auteur lorsqu’il intègre telle tradition populaire, telles légendes historiées (Rabelais), ou morceaux entiers d’une autre œuvre, « parce que c’étaient eux » (Montaigne). On peut noter ici l’expérience déconcertante de l’accueil sur territoire précis de langue autre : les vases communicants. Telle est l’expression de la diversité, qu’à bon droit (non d’auteur) s’arrogent les scripteurs des sites — et que fait le lecteur sinon actualiser la diversité même ?





Je reste dans le linéaire, car nous n’avons pas encore les moyens de nos désirs. Je pose trois application possibles, mais il y aurait encore bien des choses à réfléchir. Je propose de jeter une idée générale, puis d’y revenir avec des exemples techniques glanés à droite et à gauche.

B1 | Une collaboration
Une écriture qui ne serait pas seulement celle d’un unique auteur mais une écriture collective, expérience Inculte ou Instin, peu importe.

B2 | Une parthénogenèse
Une écriture qui est capable de se reproduire seule : dérivation à partir d’un mot, exploration de la famille ou du champ lexical, mais aussi déstructuration du mot, qui trop souvent fait bloc, et de la phrase qui est engoncée dans sa ponctuation et son ordre canonique.

B3 | Une contamination
Sans doute le plus important, le capital, le cardinal, la thématique de la maladie, du germe, de la prolifération, de l’expansion du territoire, de la guerre, bref tout ce que nous avons cherché (et tout cas moi en tant qu’organe) à développer dans Climax



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Désir, internet, littérature

septembre 13th, 2010 § 0 comments § permalink

1. Il est assimilé à un corps, le texte, c’est lui qui offre des sensations, des sentiments, une expérience sensible. | 1.1 Après tout le stylographe et la feuille de papier ou bien clavier et écran, la main est toujours là-présente. | 1.2 Et si notre outil favori, la main, faisait de nous des maniaques (* non de manie, mais de main) ?


2. Ce n’est pas le format qui induit le corps (encore que), c’est le texte qui est porté. Format, comme matériel utilisé pour la transmission du texte (i.e. : lecture, écriture et lir&crire), ne sont que des outils. On peut aimer les outils, oui. On peut préférer ce à quoi ils sont dédiés, et même la production (soyons matérialiste, demandons l’artefact !) qu’ils permettent. | 2.1 Le langage est-il un outil ? On ne va pas relire Mallarmé pour la distinction, la séparation des langages.


3. Parler de l’excitation, excitation de recevoir des courriels ou des pépiements, d’écrire à une personne en particulier, et patience de la réponse | 3.1 Impatience là-même où se télescopent les présents de la présence. | 3.2 On aime le nom de l’être aimé jusqu’au bout. | 3.3 Une étude montre que l’usage des réseaux sociaux, et notamment les plus rapides, Twitter par exemple, augmente le taux d’ocytocine dans le sang ; ocytocine, l’hormone du plaisir amoureux. Il est peut-être là le plaisir du texte.


4. Va-et-vient : quand une escalade de messages, dans la réponse, toujours venue, toujours plus loin.


5. Rencontre. Cette machine m’a sauvé la vie. Combien de personnes ou de livres découverts à travers un simple écran posé sur une table dans un salon ? Combien de rencontres imprévues ?


6. Des écosystèmes. Qu’est-ce qu’un écosystème ? Une forme de vie (biocénose) et un endroit où elle se meut (biotope). Si on imagine que la vie, c’est respiration/alimentation/reproduction, soit la dynamique, plutôt que le mouvement. Le lieu de son expression : le livre, l’écran, la portée musicale, etc. | 6.1 Alors oui, on peut assimiler le tout comme un écosystème et, en ce cas, littérature |lire/écrire| n’est qu’un élément d’un système. Pensons au schéma de la communication de Jakobson. Pensons au texte (« Texte veut dire tissu… » comme disait l’autre) : il ne serait qu’un état, à la limite (un état à la limite) entre deux dehors, deux extérieurs : la lecture. Un état initial : le texte qu’on lit (alimentation), le texte final (ou fini) : le texte que le lecteur lira (reproduction). Entre les deux : l’écriture, ou respiration. L’entre-deux. L’intertexte. (Un plan, une traverse, une coupe, un quartier, que sais-je ?) | 6.2 Puis il y a encore le code, le canal, et le contexte, chez Jakobson, mais ici aussi : canal-livre, ou canal-internet, peu importe. Code : langage articulé, ça suffit (ce n’est pas siggne plastique, ce n’est pas signe musique). Contexte : toutes données socio-économico-politico-culturelles externes : j’écris en français, car je suis français, avec la langue du XXIème siècle sur les villes du XXIème siècle par exemple. Mais la différence avec Jakobson, c’est la respiration, l’éternel va-et-vient entre les deux dehors : qu’est-ce que la respiration ? Un espace pour le souffle. Un vide constituant. Un vide animé. | 6.3 Ecosystème : oikos, la maison (le lieu, le site) et le système (ensemble de relations plus ou moins motivées entre éléments liés). | 6.4 Un lieu et ses réponses — un lieu et ses fonctions : comment habiter un espace, comme l’investir ?


7. Monde nouveau. Finalement, l’ouverture de l’écran (comme l’ouverture du livre) sur le monde : a modifié mon texte propre, a modifié aussi mon approche du texte. | 7.1 De l’hypertexte comme assembleur de réalités diverses, point de rupture, point de bascule, ou, comme on dit en italien parlant des correspondances de métro, coincidenza. Il y a un réseau, il perfore le monde, il y a des passages secrets. J’ai longtemps cherché, j’ai demandé à la RATP, un plan des galeries piétonnières du métro parisien — incapables de le fournir — mais c’est l’image : une ville souterraine [et j’insiste sur l’urbain (pourquoi emporter son iPhone en haut de la montagne de Miélandre ou à Aleyrac ?)] et des aller-retours, des impasses, des sens unique, des escaliers, des niveaux, des entresols… | 7.2 On peut se passer de l’hypertexte — sans doute. On peut toujours se passer des outils. Mon Chevillard, par exemple, il écrit tout dans sa tête, puis c’est au burin et au marteau qu’il achemine ses textes en support (d’où le galbe mordoré de ses bras musclés) ; c’est un stagiaire apprenti exploité sans doute, probablement en formation des métiers du livre, et à qui on inculque par exemple les avancées du droit numérique, qui, vilement, a tout saisi (à la main, d’où le galbe de ses doigts de cuivre) sur le net et via Over-blog. | 7.3 Exemple très bête, encore Twitter : avec ses contraintes a permis d’écrire, dans le petit gabarit de cent quarante caractères, les phrases désirantes de Punctum/Déchirure.

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Internet interlope

septembre 12th, 2010 § 0 comments § permalink

Sûr qu’il a frappé fort, Arnaud Maisetti dans son texte Internet | temps réel, et les relais par différents amis.

Me fait venir d’autres réflexions qu’abusivement et égoïstement je rattache à l’inquiétude littéraire. Je les énumère en vrac, à la manière d’un brouillon, d’un bouillon, d’une ébullition — hasardeuse, spontanée,

Internet (commencer ainsi permet de concilier la majuscule, toujours collée au mot par François Bon — mais met-on une majuscule à Livre, ou Culture ? On peut, cela dit), internet disais-je (ah ben voilà, la majuscule est tombée — plus lieu d’être) peut être un ferment ou cadre propice à l’invention de l’inquiétude littéraire.


1. intertexte. Plus que l’hypertexte, notion qui semble désormais un peu obsolète (oui on peut mettre du son et de l’image dans le texte, et après ? Est-ce que cela nous renseigne sur l’écriture même ? Est-ce que cela est/a encore à voir avec la littérature, littéralement le lir&crire ?), internet permet l’intertexte, ou ce qu’on pourrait appeler aussi soit émulation, soit hybridation.

Autrefois, il y avait les revues pour permettre un (léger) dialogue entre auteurs. Les textes en travail se succédaient, s’affrontaient, se répondaient, et chacun tirait parti de cette friction. Internet permet la même chose en temps réel. Plus : je dirais, comme je le dis à mes proches, « cet ordinateur m’a sauvé la vie ». Sans parler de son contenu physique extrêmement périssable, peu enclin au recyclage et composé de matériaux rares arrachés aux terres d’Afrique ou d’Asie par des enfants exploités, ce qui se passe sur internet est proprement stimulant à cause (ou grâce) à l’interaction. Combien d’auteurs ai-je pu approcher de la sorte ? Il n’y a qu’à voir la page Facebook de Claro, pris tout à fait au hasard, pour voir combien cette interactivité peut être féconde.

En écologie, on a un concept proche (et loin de moi les sornettes de Sokal et Bricmont) et qui est la coévolution interspécifique : les plantes à fleur, souvent, interagissent avec les insectes, dans le temps de leur évolution singulière, devenue commune : le lien est si fort que telle espèce d’orchidacée, qui a prévu sa reproduction sur le poids de telle espèce d’hyménoptère (abeille, guêpe, bourdon) qui se posant sur le pétale transformé en piste d’atterrissage permet l’abaissement des étamines déposant pollen dans les poils de l’abdomen de l’insecte, est irrémédiablement liée à son hôte. Le cas est encore plus évident chez les parasites, surtout lorsqu’ils sont internes.

De là à décrire la lecture comme une espèce de parasitisme il n’y a qu’un pas. Je dirais plus simplement : lecture/écriture sont indissociablement liées. Mais là où le passé s’accomplissait dans le temps, aujourd’hui c’est dans le présent perpétuel que se jouent ces dialogues.

Ce n’est pas que tout ce qui transite via blogues et réseaux sociaux (et bien sûr FB et TW en tête) soit littérature ; mais c’est justement dans l’écart, l’inter- de l’intertexte, le délai de réponse, la latence, le feedback, ou la différance, toutes les images sont bonnes, que se rassemble, se ramasse le nœud du lire-écrire. Tel citation renvoyant sur telle autre et créant espace, espace : littéraire.


2. écran : profondeur/horizon Il n’y a pas de surface, réellement, avec l’internet. Il y a profondeur (fosse à bitume, à excellemment décrit François Bon, je le cite à chaque fois) : profondeur du blogue et toujours perpétuel recouvrement. Mais à bien y réfléchir, que fait donc la mer, sinon exactement la même chose ? Une surface est plane, surface pure. L’écran est profondeur coupé par un plan, plan d’immanence si on veut, c’est-à-dire scène coupant le monde, scène de théâtre. Plan plus que surface, dont on connaît les coulisses, la fosse (encore !) du souffleur, et les appareillages (monte-charge, lumières, rideaux, décors et autres) dissimulés sous les solives et les lattes. Je pense à ces vers de Fabrizio de Andrè récemment retraduits : il y a ce poisson rond ; quand il voit une jolie fille, il monte à la surface (galla) ; quand elle est moins jolie, il redescend vers les profondeurs de l’océan. La mer n’est pas une surface, c’est une promesse de profondeur, c’est une promesse, comme un sourire ou un visage, à la limite comme un corps.

Par contre, le lien hypertexte, même désabusé (dans son relief trompeur multimédia) induit une autre spatialité : celle de l’horizon et de l’horizontalité. Je suis toujours surpris de voir que le livre numérique adopte une forme plutôt verticale quand nos écrans de lecture (nos écrans ne sont ainsi que des interfaces) sont disposés horizontalement. Portrait vs paysage : voilà un beau combat. Extraire l’en-tête et l’en-pied, et tout le corps de texte intermédiaire (c’est Quignard, quelque part dans les Petits traités qui le remarque : nombre de termes de la typographie et de la composition typographique sont calqués sur le corps humain).

Peut-on imaginer une profondeur (qui n’est serait pas une) qui se rendrait à droite et à gauche de l’écran ? On me dira : quel intérêt ? A priori aucun. Sinon qu’on parvienne, finalement, à imaginer une construction, une structure, qui ne soit pas calquée sur le vertical, i.e. l’autoritaire, le magistère, la magistral, le phallique, le masculin. Une structure, pour reprendre des concepts deleuziens, déjà anciens, bien sûr, mais rarement mis en œuvre [or si le travail du philosophe consiste à imaginer des concepts, le nôtre serait de les mettre en action, non ?], qui lorgnerait du côté du rhizome et non de l’arbre… De la dissémination, de la contamination, de la contagion.

C’est exactement ce que produit le lien hypertexte : certes les tweets de Twitter sont empilés comme les statuts de Facebook en fosse à bitume (je n’ai pas regardé Twitter de deux jours, je ne parviens pas à raccrocher les wagons), mais le lien fait sauter d’un site à l’autre, d’un écran à l’autre, d’une lecture à l’autre : il juxtapose les fosses à bitume, mais ces dans ces chemins de traverse, ces transverses que justement la rencontre opère.

[Et c’est ici que la notion de présence chez Maisetti opère également : c’est précisément dans cette rencontre entre IRL et le net, non dénuée de hasard, cette sérenpidité, que se jouerait le texte contemporain…]


3. qui parle ? et d’où ? De là une impression de machine folle, de machination, ou de délire, mais en réalité non. En réalité nous nous déplaçons dans du texte, dans du texte permanent. Un texte dénué de sens ? Non : un texte où le brouillage de l’auteur initial disparaîtrait. Un tweet sympathique me dit qu’une notion comme le droits d’auteur n’a aucun sens. Dans la danse d’internet, et notamment dans la frénésie des réseaux sociaux, sous couvert plus ou moins d’anonymat (pseudonymes, etc. : mais un nom d’auteur n’est-il pas toujours un pseudonyme, même s’il est vrai ?), la notion d’auteur est largement mise à mal. Par exemple, si on « retweete », on s’expose à la notion de plagiat, car la taille ne fait pas tout, comme on sait, mais le ratio. Si je retweete la totalité d’un tweet (ce qui est presque toujours le cas), je retweete une œuvre complète. Si je la transforme, je peux même être passible d’amende. Dans tous les cas, cela revient à mettre la notion même d’auteur — et de son prétendu droit — en grande difficulté.

Je le répète souvent, mais on a l’impression qu’avec internet, pour une part du moins, on accède à ce rêve que formulait Maurice Blanchot en 1969, concernant les articles regroupés dans L’entretien infini, mais venus de différentes revues et écrites sur « un long temps ». Donc appartenant à tous, et même écrits et toujours écrits, non par un seul, mais par plusieurs, tous ceux à qui il revient de maintenir et de prolonger l’existence à laquelle je crois que ces textes, avec une obstination qui aujourd’hui m’étonne, n’ont cessé de chercher à répondre jusqu’à l’absence de livre qu’ils désignent en vain.

Aussi, après les semonces de Roland Barthes et Michel Foucault, puis les appréciations concernant le Livre lui-même qu’on peut lire chez Blanchot et Quignard, on ne peut que constater avec dégoût, dérision et lassitude les négociations laborieuses autour de l’Hadopi — mais c’est ici un autre problème (comme est un autre problème le fait que Houellebecq utilise Wikipédia, ce qui est moins dommageable que l’indigence de son art, mais cet avis n’engage que moi).

Ainsi dans internet, une certaine forme d’auteur, d’autorité de l’auteur, autorité sur le texte qu’il produit, sur la maîtrise de son « œuvre » (cf. ci-dessous) s’évanouit, dans un tout qui serait plutôt celui de la collectivité et sans aller jusqu’à invoquer la communauté qui m’est chère (cf. Lacoue-Labarthe surtout), on pourrait peut-être parler de colonie : colonie composée d’entités plus petites, des individus (mais qu’est-ce qu’un individu), mais chacune irrémédiablement liée à l’autre pas seulement par le lien hypertexte, mais par un lien de communauté de pensée beaucoup plus fort quoique plus discret, plus ténu. La communauté de ceux qui n’ont pas de communauté (Quignard) : la communauté des solitaires, qui lisent et écrivent dans le noir.


4. le cœur à l’ouvrage Si autrefois on indexé l’ouvrage à l’artisan et l’œuvre à l’artiste, il en va autrement aujourd’hui. Plus qu’une œuvre, internet produit des ouvrages, des choses matérielles et sensibles (paradoxalement) largement « in progress ». Et plus qu’n « artiste », on a à faire à un nouveau genre d’artisan, celui qui travaille sur le texte même. C’est peut-être ceux-là (cela) que désigne Arnaud Maisetti dans son beau texte : On n’écrit plus des livres, nous autres : cela voudrait dire : ce n’est pas notre propos. Nous on travaille sur le réel en tant qu’il est langage, on travaille sur le texte directement. Or le monde est texte et entrevoir les espaces où le texte n’est pas venu au jour, aller là où ce n’est pas dit, c’est peut-être ça notre rapport au monde : les texteurs ou les intexteurs.

Des genres de tailleurs, comme le costume pour dire la lettre R chez Michaux, c’est ça notre métier, peut-être : revêtir le texte là où il faut. Je pense que le monde entier est déjà mis en texte : notre tâche c’est de faire venir ce texte, justement, à la surface, découper le monde pour en donner à voir le plan.

Ecrire/lire : dissection, mise à l’écran.

Mais cela est brutal, et technique. Nous ne sommes pas des chirurgiens. Notre tâche : déshabiller le réel pour en montrer la peau. Le désir soutient le texte, le plaisir du texte.

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Le lir&crir • La littérature inquiète, 3

juillet 12th, 2010 § 0 comments § permalink

Paetit palais


Voilà, ça recommence.

Ça revient.

Après deux divagations dont le parcours secret lorgnait vers les marges de leur titre, de leur objectif déclaré, voilà que ça revient. La littérature inquiète, troisième parcours.

Ce troisième parcours ne se contente pas d’un nom, fut-ce pour le contourner. Il est à la fois la somme et le défaut des deux précédents et il apparaît nécessairement troisième et fondateur dans le même temps.

Il est composé de textes brefs, reliés entre eux par quelques paroles clefs, des mots-bascule ou des mots-trous comme disait autrefois Marguerite Duras. Et quelques-uns de ces textes, plus ou moins viables indépendamment des autres, pourront se retrouver ici. (Certains sont déjà lisibles). (D’autres l’ont été, ne le seront plus).

Son organisation sera fluctuante, ne pouvant être complètement tenue par la forme écrite linéaire, fût-elle sous forme internet. Et d’autres champs ne seront vus qu’une fois les précédents retournés, comme des strates, d’ailleurs, plutôt que des étendues successives.

Bref, une archéologie à la fois dans les textes, comme un stylet ou un poinçon s’il pouvait lire en creusant le livre à la verticale, mais aussi un retour sur la mémoire et la pratique très personnelle de cette expérience, les efforts et les épreuves qui peuvent l’accompagner.

Je propose donc ici un petit sommaire, qui servira à la fois à l’écriture et à la lecture de ce texte exigeant et encore impossible, peu concluant, chancelant, dans sa réalité même comme une chose vue et passée à travers une flamme, mais à ce compte-là, qui tient cette flamme ?


I — Nom commun

L’inquiétude
Noms communs
Paulhan le patron


II — voi


Entre ici et ailleurs
Le fond, la forme et le truand
N’importe quelle histoire
Pas l’idiot
Les voix de leur maîtrePaysage Mur
Machination : Claro
La rugosité du monde
De quoi le nom ?
Le dernier des écrivains

Au moment critique


III — Bords

Internet interlope
Ethique et esthétique de la multitude, 1
Ethique et esthétique de la multitude, 2
Désir, internet, littérature
Le devenir-végétal
La fiction est un muscle (1)

La fiction est un muscle (2)
Pas un écrivain


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Twitter • janvier-mars 2010

mars 31st, 2010 § 0 comments § permalink

J’ai donc rassemblé mes tweets, depuis le début, ceux qui participaient de cette entreprise (j’ai notamment exclu les messages « personnels » et autres liens promotionnels. Peu à peu, une masse de texte, non négligeable, se substitue aux jets quotidiens (ou quasi : pas de tweet dans les connexions branlantes de certains lieux de retraite — quand il y a connexion !) et divers projets d’écriture peuvent même en sourdre.

Tous les trois mois donc : revue de tweets. (Et je cherche encore le mot juste pour ne pas utiliser ce « tweet » ! Note explicative : les @unnom sont des tweets adressés à une autre connecté (unnom par exemple) ; et les # indique un lien entre différents tweets portant ce « hashtag » — bien pratique ça !

On me suit ici : http://wwww.twitter.com/amboilati | @amboilati


Janvier-Mars 2010



NA. Enfin, janvier-février, car mars fut une période de grands travaux sur le net, bloquant temporairement les réseaux…




saisonner, saisonner, voilà ce qu’il nous faut urgemment remettre au goût du jour… tuer le cochon ?



je crois que je vais me prendre encore quarante jour d’observation…



il ne voit pas son ombre : il pète et lâche les âmes qu’il a recueillies sous les terres. le #printemps peut arriver…



  
il voit son ombre : il retourne dans sa grotte, l’hiver durera encore quarante jour (c’est le cas cette année)…



il ausculte le ciel ; il y voit la lune, comme une crêpe. la lune découpe son ombre sur le sol. #Ours s’appelle dorénavant #Blaise


 
l’hiver passe et, le 1er février, #Ours quitte son antre, en pleine nuit…



le 1er novembre, #Ours est allé sous terre sous le nom de #Martin…


  
Ça y est, c’est la nuit, du premier au deux février, l’ours peut sortir…



« …I have to come out from somewhere and catch them. That’s all I’d do all day. I’d just be the catcher in the rye and all. » #salinger



#salinger @fbon, @pas_le_bon, @liminaire, @ericpessan, @touslesautres : salinger est mort salinger est mort



@fbon 2/2 et 2. que nous sommes pour quelques jours encore dans la période autorisée des vœux. ça ne te touche pas que l’état pense à toi ?



@fbon 1/2 tous ce numéraire, c’est pour rappeler à ton bon souvenir 1. celui de la france qui te manque (« tu l’aimes ou tu la quittes »)



après « holothurie », enfin, « pangolin », ouvrir âprement, béatement, |Choir|



se souvient de la quinte de loup, médite



écoute la neige fondre, et préfère que ne pas



#livredeschansons n°4 Fabrizio de Andrè | Un ottico




#livredeschansons n°3 Morphine | Yes




a bien envie de décaler parution imminente de @horssol au 1-2 février, fête de l’ours ! #revuehorssol




1/2 @fbon @liminaire @general_instin @amaisetti @Poezibao @villemaine @remuenet : 1. les vœux sont faits ;


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Littérature et internet

mars 29th, 2010 § 0 comments § permalink

Les choses ont bougé. Même ici, sur A(i)L.

Il y a d’abord que des chantiers dans le chantier se sont ouverts, progressivement. C’est la joie d’internet, son expérience presque quotidienne, en tout cas continue. En 2007, je me suis attelé à écrire un texte par jour pendant un an. De là sont nés ou se sont affirmés des thèmes, des projets, que le seul travail d’immersion profonde, et en apnée, dans le texte, le fait de tracer le même sillon, le fait de tarauder à ce point la phrase et le mot, mais aussi ce qui prendrait corps sous forme d’œuvre (?) a pu propulser.

En 2008, j’ai écrit peu mais me suis concentré sur le finir des grands travaux commencés parfois dix années auparavant. C’était L’anonyme. Maurice Blanchot, et Le revenant. Pascal Quignard, publiés tous deux chez Publie.net. C’était nécessaire et exténuant, mais il me fallait enfin me débarrasser de nombreux dossiers, pages écrites à la main ou imprimées, notes éparses, bibliographies…

Bibliographie que dans le cas de Blanchot, j’ai pu offrir, avec l’aide de Parham Shahrjerdi, au site Espace Maurice Blanchot, et de nouveau tout récemment dans la revue Hors-Sol dont je parlerai plus bas.

En 2009, j’ai concentré mon travail sur la « récupération » de plusieurs textes pour des revues (Voix d’encre et Po&sie, merci à Alain Blanc et Martin Rueff). Ce n’étaient que quelques pages, mais quelques pages peuvent vous suffoquer pour un bout de temps.

J’ai mieux armé les ateliers d’écriture, qui se sont multipliés, grâce encore à François Bon et Ecrire la ville.

J’ai pu entreprendre le grand chantier de 2010 et au-delà que sera La littérature inquiète, qui sera un peu une position, en un temps donné, mais un temps étiré, fluctuant, qui ne sied pas à la page du livre, mais plus à la navigation du net.

J’ai entrepris, avec beaucoup d’ambition, à rassembler textes et autre matériaux pour deux « blogues », l’un (Bobines) sur les usines de mon enfance, où travaillait mon père (et cela vient de Trame, publié aussi chez Publie.net), l’autre (Bornes) sur le territoire que je parcours dans le cadre de mon « vrai » travail d’éducateur à l’environnement et botaniste.

J’ai également ouvert le site à une dynamique plus souple. Le site que vous tenez entre vos paupières est donc un blogue ; mais le site auquel il est flanqué, Ambo(i)lati, faut-il le rappeler, est construit entièrement à la main, c’est-à-dire que tous les codes, toute la structure, tous les liens, images et autres animations sont saisis par mes petits doigts en langage html, xhtml, php et javascript. C’est une volonté ontologique de ce site, mais cela ne permet pas, toutefois, de recourir sans grande fatigue et temps qui manque à toutes les fonctionnalités du ‘web 2.0′ : pas de commentaires possibles, pas d’articles séparés, peu de convivialité et de rebond propre aux blogues traditionnels. Et c’est bien comme ça. C’est voulu comme tel.

Aussi, pour raccrocher ces wagons, sans que cela semble non plus une nécessité (il n’y a qu’à mesurer ma constance et mon assiduité sur leurs pages), j’ai ouvert un compte Facebook et un compte Twitter. Si Facebook ne m’apporte presque rien, d’un point de vue poiétique (poiétique oui, vous avez bien lu), Twitter m’a permis de développer de nouveaux projets du fait de la simple contrainte fameuse des 140 caractères.

Et le chantier, le cahier des notations quotidiennes, des ébauches et des esquisses, je cède et le propose sous forme d’un CMS, contre lesquels pourtant je nourris beaucoup de réserve (d’anciens textes du même chantier, en attestent, mais il faudra du temps pour les insérer ici !).

On avance dans le noir, étranger au mouvement des spirales

Enfin, et c’était le gros boulot de ce début d’année, Parham Shahrjerdi déjà cité, Pierre-Antoine Villemaine le noble et moi-même avons lancé, accompagné de Jean Lebrun et Gonzague de Montmagner, une revue de critique et poétique en ligne, Hors-Sol. Je n’en parlerai pas plus pour l’instant mais ce projet, fou, qui a nécessité lui aussi beaucoup d’heures de programmations diverses (sommaires comme apparence et informatique), est enfin lancé à l’adresse : http://www.hors-sol.net. Que tous ceux qui ont bien voulu se jeter à l’eau du premier numéro (sur Blanchot ! mais je vous jure que c’est fini après, je le lirai à voix basse !) soient ici publiquement remerciés : Maurice Attias, Philippe Bentley, Vassilis Gkiokas, Prisicilla Grosjean, Véronique Hotte, Charlotte Mandell, Laurence Morizet, Paul-Emmanuel Odin, Amandine Roussin, Parham Shahrjerdi, Pierre-Antoine Villemaine, Michel Woelfflé, Giuseppe Zuccarino.

J’ai réactualisé aussi le boulot quotidien à travers cette expérience de l’espace génois : GEnove, ou G9, que je finalise pour qui sait quel éditeur… C’est par l’écran que m’est venue la structure telle qu’elle porte, une série de 9 fois 9 textes sur la ville de Gênes. Et je ne peux que remercier dans cette entreprise Elisa Bricco, Luisella Carretta, Simona Gabrielli, Giuseppe Zuccarino, Mattia Perdomi, Luca Brozzo, et tous les autres, Domingo Donato, Maurizio Olita, Silvia Ballerini, Rufus, Cinghiale, Vito, etc. (pardon pour ceux que j’oublie)…

Et le dernier chantier en cours, ce sera de donner consistance littéraire au général Instin, initié sur Remue.net et là encore, je ne peux que saluer, amicalement, le travail de Guénaël Boutouillet et Patrick Chatelier.

Ainsi peut-on enfin le dire : oui, internet transforme notre rapport à l’écriture, si encore il fallait le démontrer à travers les sites habituels et à présent bien ancrés dans notre paysage d’rss, tels que Florence Trocmé, François Bon, Pierre Ménard, Olivier Ertzscheid, ou Claro pour ne citer que ceux qui sont devenus vitaux, en négligeant tous les autres, même si je ne suis pas aussi visible sur leurs pages comme j’aimerais l’être.

Pourquoi ? Pourquoi l’écran à ce point stimule l’écriture (et la lecture) ? On serait bien en peine de répondre, sinon le fait que de « poster » un article propose une version presque terminée, une édition bel et bien. Et subitement, encore. Une touche à presser.

Ce qui nous ramène au livre, vers lequel l’internet pointe, et tant pis si ce livre est virtuel. Un dernier exemple : l’incroyable, minutieux, facétieux, constant et roboratif travail d’Eric Chevillard et ses mondes cruels hantés du bestiaire et surtout des tissus éthérés du monde déchirés en texte. L’autofictif est devenu nécessaire, et pour de nombreux amis qui ne sont pas forcément versés dans la littérature. Pour eux Choir vient à point nommé pour démontrer en acte que la littérature est encore, toujours possible. Inclus dans mon paysage d’auteurs contemporains de renom, qui m’entourent et m’épaulent, avec Nicole Caligaris et Arno Bertina, par exemple, et tous les autres, et tous les autres.

Une page nouvelle s’ouvre, tâchons d’en étriller une sève neuve, et instiller en elle une exigence qui celle, condition sans condition, vide qui creuse encore, faim qui dévore le corps, et cela s’appelle, encore, la littérature.

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