Féroce 86

30 août 2017



Essai fragile de fiction.
Où es-tu ? Féroce est une tentative d’écriture d’une fiction « autour d’un livre sur la Méditerranée », dont le projet est expliqué ici. Il est composé de textes publiés tous les deux jours et comptant un millier de mots. Ces textes s’assemblent en chapitres. L’incipit est ici : http://www.amboilati.org/chantier/feroce-01/

 

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C’était le nom écrit sur le panneau lorsque Drieu avait suivi le garçon qui lui avait proposé un rafraichissement : زفيزف, et Drieu, de bonne grâce, un Drieu hagard, abandonné à lui-même, perdu et atone, défait, délié, éparpillé.

Un bar à chicha, rien de moins, pour s’affranchir du soleil toujours vibrant de puissance, astre et désastre, et Drieu pénétra dans le sous-sol obscur et enfumé où personne ne sait combien de temps il resta.

Il fuma seul, puis fuma en compagnie, et puis il disparut tout à fait sans que personne ne sache ce qu’il advint de lui.

Le pharmakon est le poison et le remède. Le livre est l’auteur et le lecteur. L’histoire est le personnage et son aventure.

Toute lune a son revers, et tout soleil a sa lune.

La mer a son tréfonds et chaque surface sa profondeur. Chaque poisson a son ombre et chaque ombre son poids de vent ou d’écume.

La douleur a son plaisir et chaque note de musique, écorchée dans sa livrée, son écho silencieux.

La blessure sa mémoire et l’oubli est le fantôme du souvenir. Le café passe comme le tabac se consume. Le désert a l’oasis et la jungle la roche à nu.

Le nuage l’eau et l’eau l’air.

Le moucharabieh a deux faces et sa surface deux états d’âme.

L’épice son remugle et même l’oiseau possède sa fin. La blanc a le noir et la vie la mort.

La nostalgie et la mélancolie façonne les âmes humaines. Elle font les poètes et les musiciens ; ainsi de ce qui périt infiniment constitue l’œuvre qui à tout jamais bourdonne.

Et tout le contraire est vrai et ce qui suit a précédé, comme ce qui précéda suivra.

Ce qui descend remonte et ce qui touche au ciel mordra la poussière.

Ainsi de Drieu qui n’est plus que le souffle avant le vent, et le calme avant le souffle, et l’inspiration avant le calme, et le silence avant l’inspiration, et le vide avant le silence.

La bouche a son anus, et le mets le plus exquis sa plus repoussante pourriture. La chair a son déchet et chacun des vers aura son propre ver.

Et chaque ver a un parent et chaque parent produit mille vers.

Et la vie se ronge elle-même, et c’est une interminable litanie de corps torsadés, de ganses plus ou moins élastiques, plus ou moins mobiles, et les feuilles, les boiseries, les fers et les dorures, les meubles et les véhicules, les outils comme les armes, les pensées comme les œuvres d’art, se combinent et s’élance et demain mange hier et entre les deux c’est le mords, c’est maintenant.

Et tout est fait de rien, et rien est fait de tout.

Et on ne compte jamais que jusqu’à deux, et quand on arrête on recommence.

 

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