Féroce 48

5 novembre 2016



Essai fragile de fiction.
Où es-tu ? Féroce est une tentative d’écriture d’une fiction « autour d’un livre sur la Méditerranée », dont le projet est expliqué ici. Il est composé de textes publiés tous les deux jours et comptant un millier de mots. Ces textes s’assemblent en chapitres. L’incipit est ici : http://www.amboilati.org/chantier/feroce-01/

 

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Au matin, Drieu retourna au café et y déjeuna (une paste et un cappuccino, et baste).

Le cafetier (qui vendait aussi les billets de train) lui rappela que la ligne était toujours fermée. Les dégâts en Calabre n’étaient pas considérables. Seuls quelques vieilles bâtisses avaient cédé, surtout dans les plus hautes montagnes, dans l’Aspromonte. L’épicentre s’avéra avoir été sous-marin mais les autorités craignaient surtout les répliques, d’autant que les études étaient rendues difficiles, voire impossibles, à cause de la profondeur, quatre-vingt mètres au bas mot, mais les vallées là-bas pouvaient descendre à plus de mille. Un client au comptoir lui proposa de l’accompagner jusqu’à Villa, face Messine, où il devait aller chercher des pièces de moteur, et Drieu accepta. Le voyage se fit sans encombre et Drieu n’en retint rien de relevable ici.

Villa san Giovanni. La ligne ferroviaire étant inutilisable, seuls quelques bateaux pouvaient assurer la traversée du détroit ; mais le manque de trains, ces trains qui en temps normal plusieurs fois par jour se disloquaient pour monter sur les bateaux de la société nationale, avait également contraint ces bateaux à quai, de sorte que les populations se ruaient sur les autres services : ferries, aliscaphes et même, vue la demande, des passages privés, exceptionnellement tolérés par les autorités.

Il resta donc confiné là plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il trouve une place finalement sur une ligne privée (priorité avait été donnée aux travailleurs, familles et étudiants). Il monta donc sur le bateau et arriva, finalement, sur l’île de Sicile, dans la ville opulente de Messine, où il trouva facilement une chambre, malgré la situation, à l’hôtel Mirage, à deux pas de la gare.

Le lendemain de son arrivée, dans la fébrile agitation de la ville, il parvint à se rendre, par le bus, jusqu’au bout de l’île, à trois kilomètre de Scilla, à Capo Peloro, qui était le but de son voyage. Il s’y baigna, même, seul sur la plage, déporté par les forts courants, il s’était fait peur à un certain moment, puis il s’était allongé au doux soleil d’octobre, qui tout à trac avait ce jour là réussi à se frayer une identité perçante, boule de glace immergée dans les nuées.

Mais une autre version de cette arrivée existe, et il convient d’en faire la relation.

 

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