Presque l’Europe, presque la France. Sur les migrants en 2017

août 1st, 2017 § 0 comments § permalink

 

Les migrants subissent un “déplacement forcé”, fuient leur pays à cause d’une combinaison de facteurs politiques, économiques, sociaux ; il est difficile de distinguer les causes, la guerre portant avec elle, de toute façon, la misère.

Plus de 60.000.000 de personnes migrent dans le monde ; la Turquie accueille plus 2.900.000 de personnes, le Pakistan 1.600.000, le Liban 1.000.000, l’Ouganda 900.000 personnes. Qu’on se le dise, l’Europe n’est clairement pas en tête de l’accueil (choisi ou non) des migrations.

On nous montre souvent les images spectaculaires et insupportables1 des bateaux de plastique chargés de personnes ayant tout quitté ; si cette réalité existe bel et bien, nombre de migrants pass(ai)ent également par la terre mais de plus en plus par la mer, et proviennent de classes sociales généralement plus aisées et diplômées, des gens qui dans leur pays avaient ce qu’on appelle une situation, une culture, qu’ils auront aussi amenées avec eux chez nous ; dans un cas comme dans l’autre le voyage ou la traversée sont tout aussi difficiles, extrêmes et inhumains.

Il est particulièrement délicat de connaître les données précises, puisqu’elles dépendent de ceux qui sont arrivés à bon port, si on ose dire, et de ceux qui font une demande d’asile. Mais les pays principaux d’où proviennent les migrants sont, en Europe : la Syrie, l’Afghanistan, l’Irak, l’Érythrée, le Soudan, le Kosovo, le Mali, l’Albanie, la Gambie, le Nigéria… La guerre civile en Syrie et en Irak, la guerre en Afghanistan, la guerre civile en Somalie, la guerre au Darfour et la fuite de régimes autocratiques et la misère sont les principales causes.

Rappelons que depuis l’adoption par l’Union européenne du Règlement de Dublin III (2013), un demandeur d’asile doit faire sa demande dans le pays par où il est entré sur le territoire de l’UE, c’est-à-dire concrètement le plus souvent la Grèce et l’Italie, et depuis mars 2017, avec la signature du pacte migratoire avec la Turquie, fermant par conséquent la route grecque et balkanique, l’Italie seulement — qui est confrontée de plus, de par la géographie, aux repêchages en mer.

 


 

En cet été 2017, la situation objective est la suivante :

1. Le nombre de migrants ne cesse d’augmenter. L’Italie est en première ligne (180000 personnes sont arrivées en 2016, on prévoit entre 220 et 250000 nouveaux arrivants en 2017) : elle s’est substituée à la Grèce dans ce rôle d’ “accueil” suite à la fermeture de la frontière balkanique et aux accords passés avec la Turquie. L’Espagne a signé un accord avec le Maroc (sur la question saharienne occidentale) pour fermer également la route marocaine. L’Italie est une péninsule et la Méditerranée n’est pas verrouillable ; l’accueil se fait souvent de manière tragique : suite à de nombreux naufrages en pleine mer, les migrants sont repêchés soit par la marine italienne, soit par des pécheurs privés, soit par les navires d’organisations non-gouvernementales, dont le rôle a pu être questionné dernièrement (accords suspectés avec des passeurs). De nombreux migrants, trop de migrants, périssent toutefois lors de la traversée : déjà plus de 2000 en juin 2017.

2. Devant cet état de fait, l’Italie a demandé aux ports européens d’accueillir aussi les bateaux ayant secouru les migrants, et s’est vu répondre un refus général de tous les pays concernés : Belgique, Pays-Bas, France, Espagne (tous soutenus par l’Allemagne). L’Italie a menacé de fermer ses propres ports.

3. Entretemps la France évacue le camp de migrants situé à la Chapelle, pour la énième fois. Les gens sont dispersés, sans recours, et il y a fort à parier que la situation ne se reproduise bientôt.

Déjà des regroupements interlopes se reconstituent à Calais comme à Paris.

Juste avant sa fête nationale, la France a présenté un « plan migrants » : il ressemble à s’y méprendre à un répertoire de bonnes intentions ; surtout il ne fait aucune allusion à la gestion des nouveaux arrivants, ni au rôle diplomatique de chacun des états au sein de l’UE.

Les discours sont souvent nourris d’émotion, mais les solutions se font attendre : comment prendre au sérieux la proposition de loi de la maire de Paris pour que d’autres communes ouvrent des centres ?

4. Alors qu’au niveau communautaire, le blocage est patent, la France organise unilatéralement une rencontre avec les chefs libyens, Tripoli et Benghazi. Non seulement cet acte affaiblit l’Union européenne (ce qui n’a guère d’importance) mais de plus, accentuant la crise avec l’état italien (la Libye étant liée historiquement et dramatiquement à l’Italie), révèle les seuls intérêts des uns et des autres, qui sont économiques (uranium, pétrole, etc.).

5. La France est pour l’installation de « hotspots » (ces camps de regroupement aux dérives inhumaines2) en Afrique, mais l’armée installée durablement au fort Madama pour protéger ses sources d’uranium laisse passer les colonnes de migrants du Niger vers la Libye, dont l’aboutissement sera inexorablement l’Italie.

6. Sous la pression européenne, et du fait des critiques faites aux ONG qui recueillent les migrants méditerranéens sur leurs bateaux, l’État italien a imposé à ces dernières un Code de conduite décliné en treize points3. Plusieurs d’entre elles, dont MSF, qui dispose de certains des plus gros bateaux, ont refusé de signer le code ; non seulement elles respectent la plupart des treize points (qui relèvent de la sécurité ou de la légalité), mais elle s’oppose en particulier à deux d’entre eux : (7) l’interdiction de procéder au transfert de personnes d’un bateau à l’autre (en effet, les plus petites embarcations devraient se rendre au port le plus proche, ce qui prendrait un temps considérable et multiplierait certainement le risque de noyade) et (10) accueillir non seulement à quai, mais aussi en mer, des fonctionnaires de police en arme, ce que MSF a toujours refusé, aussi bien sur les bateaux, mais également dans les hôpitaux des pays où elle intervient4

Les ONG qui ne signeraient pas le Code seraient arrêtées.

7. À cela s’ajoute la présence des passeurs, mais aussi de trafiquants d’êtres humains, dont on suspecte le lien avec diverses maffias locale, ce qui n’arrange rien. La présence relativement importante des bateaux de sauvetage a rendu la situation plus visible aux pègres de part et d’autre du bassin.

8. Un résumé du chaos a été proposé par Il Corriere della Sera dans son édition du 15 juillet (cliquer pour agrandir, attention c’est très grand !) :

9. Le drame est aussi que tout ceci se passe en plein été, quand les attentions sont moindres, mais les eaux “plus propices”.

 


 

Ce qui est en jeu dans cette intolérable situation à présent pérenne, c’est le perpétuel aveuglement-mensonge généralisé.

1. Il faut clarifier la situation de l’UE et de ses membres : depuis 2015, la frontière entre la France et l’Italie est fermée, d’autres le sont temporairement ; l’Autriche menace de fermer le Brener. On ne le crie pas trop sur les toit — puisque c’est contraire à la philosophie de Shengen.

L’Italie repêche les migrants depuis des années, qui se retrouvent coincés dans un pays où les difficultés structurelles sont connues. Après les accords (machiavéliques) avec la Turquie, elle est maintenant la seule. Le réseau et les moyens de l’Église permettent d’aider aussi bien l’État que les ONG ou les personnes privées. Une certaine connaissance et une certaine expérience de la situation ont jusqu’ici permis un accueil relativement décent. L’État a demandé à toutes les communes a accueillir les personnes (évidemment toutes ne l’ont pas fait). Mais combien de temps cela va-t-il durer5 ?

L’Autriche a demandé à l’Italie d’éviter que les migrants ne touchent la terre ferme européenne (sous-entendu qu’ils restent à Lampedusa, une île de 20 km2 et 6000 habitants ! Ou sur les bateaux ! Ou dans la mer !)

L’Allemagne, quant à elle, a rempli ses quotas en sélectionnant les migrants les plus utiles (en particulier les classes supérieures syriennes) — et à présent qu’elle a son compte, elle n’en veut plus.

En France, le Président de la république nouvellement élu, comme ses collègues, de logiciel ultralibéral, devrait pourtant être favorable à l’ouverture des frontières et aux mouvements de personnes (comme aux mouvements de marchandises et aux mouvements de capitaux, qui forment la mondialisation dont il est l’un des fervents défenseurs). Mais on ne comprend plus : on distingue à présent les réfugiés politiques ou climatiques, et les migrants économiques, dont il est clairement annoncé qu’ils sont indésirables.

Pour synthétiser, on constate la friction entre l’inefficience politique de l’UE (qui est structurelle, donc inamovible) et les intérêts séparés des états.

2. Ce qui est au cœur du processus, c’est la lâcheté, lâcheté incarnée par le volontarisme français. Cette lâcheté prend par exemple le visage de l’état d’urgence. Celui-ci entretient volontairement le flou, dans les mentalités, entre terrorisme et migration ainsi que le flou sur ses responsabilités actuelles et passées.

Doit-on rappeler que la France a bombardé la Libye ? Doit-on rappeler qu’elle a agi militairement en Afrique subsaharienne ? Qu’elle préserve notamment ses accès à l’uranium ?

3. Il faut aujourd’hui se l’avouer : le phénomène des migrations ne s’arrêtera jamais, et les flux ne se résorberont pas ; au contraire, ils s’amplifieront. Une lecture politique plus sereine, moins crispée et moins intéressée devrait prendre acte de ce que deviendra la société, de ce que sera la société de demain. Ce ne seront pas 5000 migrants qu’il s’agira d’accueillir, mais des centaines de milliers, voire des millions.

4. Les prétextes sont nombreux qui servent à ne pas agir sur le fond ; que faire ? En premier lieu cesser d’invoquer l’urgence ; ensuite, arrêter de détourner l’attention (par exemple sur le rôle des ONG) ; enfin, tout de suite, organiser tous les moyens pour s’organiser. On ne peut pas dire comme le disent certains élus qu’il n’y a pas assez de place en France ; on ne peut pas penser comme le pensent certains élus que le pays n’en a pas les moyens (ni d’ailleurs les besoins).

5. Pourquoi insister sur le rôle de la France (à part qu’il s’agit de mon pays) ? Parce qu’elle prétend incarner les droits de l’homme ! Dans cette optique, comment comprendre le sens historique de ce refus net des migrants sur son territoire ?

Il faut bien sûr aussi questionner l’UE sur son rôle et sa responsabilité, il s’agit donc aussi de questionner l’UE et ses membres sur ses frontières : il ne suffit pas de les repousser ailleurs : en pleine mer ou en Turquie, mais il s’agit d’assumer la portée politique de la frontière : sommes-nous une nation européenne ? Non. Les citoyens ont-ils la main sur la politique européenne ? Non. Cette occasion, par l’horrible circonstance, nous est donnée, sachons la saisir.

Mon pays, qui a les moyens d’agir, qui serait un acteur-clef dans toute l’affaire, a fait hélas le choix inverse.

6. Le point le plus sensible est aussi l’un des plus difficiles à exprimer : nous marchons sur des œufs : entre l’urgence (au sens strictement temporel ici) sanitaire et culturelle et les enjeux politiques qui découlent de la migration même. Notre exigence de clarté ne doit pas provoquer un excès de moraline dont le seul effet est de ne rien faire.

Nous qui luttons contre l’Europe ultralibérale mondialisée, pour l’existence d’une souveraineté au sein d’une nation sur un territoire défini (et donc défini par ses frontières6), nous nous heurtons de fait d’une part aux doux rêveurs qui voudraient un seul monde ouvert, ce qui est encore une utopie (les mêmes généralement sont contre l’idée de l’État et de la Nation), et d’autre part aux mondialistes avisés qui préfèrent saper nations et états pour plus de profit encore.

Malheureusement, malheureusement, le manque de lucidité des uns fait souvent le jeu des autres. Dans les deux cas, ce sont les migrants qui en payent frontalement le prix.

 

  1. C’est l’association du spectaculaire et de l’insupportable qui complique fortement les choses, notre sincérité, notre lucidité.
  2. La Méditerranée a tous ces « hotspots » de concentration ; ironiquement, elle est aussi l’un des « hotspots » mondiaux de la biodiversité !
    1. Non entrare nelle acque libiche, « salvo in situazioni di grave ed imminente pericolo » e non ostacolare l’attività della Guardia costiera libica.
    2. Non spegnere o ritardare la trasmissione dei segnali di identificazione.
    3. Non fare comunicazioni per agevolare la partenza delle barche che trasportano migranti.
    4. Attestare l’idoneità tecnica per le attività di soccorso. In particolare, viene chiesto alle ong anche di avere a bordo « capacità di conservazione di eventuali cadaveri ».
    5. Informare il proprio Stato di bandiera quando un soccorso avviene al di fuori di una zona di ricerca ufficialmente istituita.
    6. Tenere aggiornato il competente Centro di coordinamento marittimo sull’andamento dei soccorsi.
    7. Non trasferire le persone soccorse su altre navi, « eccetto in caso di richiesta del competente Centro di coordinamento per il soccorso marittimo (Mrcc) e sotto il suo coordinamento anche sulla base delle informazioni fornite dal comandante della nave ».
    8. Informare costantemente lo Stato di bandiera dell’attività intrapresa dalla nave.
    9. Cooperare con il competente Centro di coordinamento marittimo eseguendo le sue istruzioni.
    10. Ricevere a bordo, su richiesta delle autorità nazionali competenti, « eventualmente e per il tempo strettamente necessario », funzionari di polizia giudiziaria che possano raccogliere prove finalizzate alle indagini sul traffico.
    11. Dichiarare le fonti di finanziamento alle autorità dello Stato in cui l’ong è registrata.
    12. Cooperazione leale con l’autorità di pubblica sicurezza del previsto luogo di sbarco dei migranti.
    13. Recuperare, « una volta soccorsi i migranti e nei limiti del possibile », le imbarcazioni improvvisate ed i motori fuoribordo usati dai trafficanti di uomini.

  3. Sur ces points voir/écouter l’émission du 2 août de Tutta la Città ne parla de la Rai 3 : ; sur le blog, visiter les liens du jour : http://lacittadiradio3.blog.rai.it/.
  4. Pour ne citer qu’un exemple, à Lampesuda, la maire volontariste n’a pas été réélue aux récentes élections municipales de juin.
  5. Que cette nation soit européenne ou française, peu importe finalement, mais ce qui est certain c’est que la nation française existe, alors que la nation européenne ne verra très probablement jamais le jour.

Le pays va mal

juillet 31st, 2017 § 0 comments § permalink

 

« Le pays va mal », chantait Tiken Jah Fakoli il y a bientôt quinze ans.

Malheureusement pour lui et ses compatriotes, la situation ne s’est pas arrangée en Côte d’Ivoire ni bien sûr en Afrique, en Françafrique, où quatre guerres ont éclaté, depuis, du fait de la France. La situation ne va pas s’améliorer tout de suite.

Sans vouloir évidemment comparer la situation horrible des états africains avec celle des états européens, on peut reprendre cette phrase et l’appliquer à la France, secouée par ses dernières élections présidentielles et législatives.

« Secouée » est un terme qui se veut neutre.

« Malade » est l’interprétation que je fais de cette récente dynamique qu’on qualifierait rapidement de “politique”. Le pays est malade, cette maladie s’est installée depuis de nombreuses années, 1983, 1995, 2002 en sont les dates marquantes, mais c’est très probablement plus ancien encore, et s’assortit à l’histoire longue du pays, avec pour figures essentielles de Gaulle, Napoléon Bonaparte, Richelieu, Colbert… et bien sûr le CNR, le Front Populaire, les deux révolutions de 1848 et 1789-1793.

Mon propos ici n’est pas de résumer maladroitement cette histoire que par ailleurs je ne maîtrise pas dans ses détails.

Mon texte est un cri de douleur devant ce mal qui ronge le pays.

La France est malade est l’un des symptômes de cette longue affection s’appelle Emmanuel Macron (ou la République en marche si l’on veut, pour ne pas blesser l’individu que je ne connais pas).

Quelle est la manifestation ce symptôme ? La fièvre délirante.

Sans fièvre sans délire, comment les électeurs de la REM ont-ils pu se persuader que ce mouvement ne se formerait pas en parti, offrirait un visage neuf à l’Assemblée, chamboulerait le fonctionnement de l’Etat, révolutionnerait la politique ?

Dans tous les domaines, on constate la politique ultralibérale dont l’horrible mot d’ « überisation » représente à lui seul la philosophie.

Intellectuellement, je peux comprendre qu’un électeur sensible à la moraline puisse choisir (au second tour des présidentielles) la REM contre le FN : c’est inutile et mal pensé, mais c’est encore presque rationnel. Je comprends également — et même je l’approuve — qu’un électeur soucieux de politique ne fasse le jeu ni de l’un ni de l’autre parti (toujours au second tour des présidentielles).

Mais que des gens (surtout s’ils se disent à “gauche”) puissent soutenir le REM en cédant aux sirènes du changement, de la révolution, de la réforme, cela m’échappe complètement. À moins d’avoir été absolument sourd et aveugle à la politique nationale depuis l’inénarrable présidence de François Hollande (qui a lancé à la fois trois des quatre guerres en Afrique, sans parler de l’Irak ou de l’Afghanistan, ainsi que la dynamique nécessaire au nouveau président), je ne parviens pas à saisir pourquoi et comment les gens ne voient pas que le pouvoir en place représente l’élite mondialisée ultralibérale la plus éclatante, c’est-à-dire celle qui a pour objet la destruction de l’État et de la Nation, avec pour immédiates conséquences la destruction des chaînes sociales (avec comme victime numéro un les classes populaires) et écologiques (écosystèmes et biodiversité).

Alors je me dis que la société française est malade.

La société française, c’est-à-dire l’ensemble des Français, ne fait plus corps ; dit autrement : le peuple dans son ensemble est malade. L’élite se blinde derrière les nouveaux dirigeants, les « pauvres » ne participent plus au vote1, la classe moyenne, ce mythe des Trente glorieuses, a volé en éclat, les villes et les campagnes sont en opposition, Paris reste le centre absolu de décision, mais aussi de prescription culturelle, aux dépens de l’ensemble du reste du territoire national.

Ce qui se passe, c’est la fin du politique. La politique est la manière dont une société (libérée des dieux ou des mythes ou des traditions) établit ses règles de fonctionnement, et notamment de qui dispose du pouvoir (la souveraineté). Il se trouve qu’en France la souveraineté est celle du peuple, constitué en nation. La dépréciation des termes d’État, de peuple, de souveraineté et de nation par les uns et les autres nous mène à cette conséquence tragique : un pays bloqué, crispé, absolument réfractaire à ce qu’il se passe dans le monde, nourri de moraline, mais aussi d’une mythologie nationale qui a tout de la méthode Coué (l’idée des droits de l’homme, de la puissance de la France, et d’un prétendu rôle éclairé qu’elle aurait dans le concert des nations) et surtout brisé, sans cohésion, avec une défiance mutuelle entre classes sociales (dont on a voulu nous faire croire qu’elles avaient disparu) et l’accentuation du gouffre toujours plus insupportable et dramatique entre les ressources des classes les plus populaires (ouvriers, employés et retraités ouvriers et employés, dont on a aussi voulu nous faire croire qu’ils avaient disparu quant ils sont l’écrasante majorité !) et celles des classes les plus riches.

C’est en somme comme si l’organisme refusait le soin.

Sans un sursaut politique, évidemment bien différent du petit théâtre auquel nous assistons depuis deux mois, c’est-à-dire un sursaut populaire, je ne vois pas comment le pays pourra aller mieux ; et même je pense que son état (sans jeu de mot) ne va cesser d’empirer (sans jeu de mot).

C’est le tribut à payer à Jupiter.

 

  1. Et consomment, unique exutoire. Dans Le Christ s’est arrêté à Eboli, Carlo Levi, qu’on ne peut accuser de marxisme forcené, tente d’expliquer au Podestat que les paysans ne croient pas en l’État parce que l’État les méprise (comme le Podestat du reste) et qu’il ne faut pas s’étonner qu’ils respectent les brigands — c’est une histoire connue, par exemple en Sardaigne, ou la Mafia…

Ne rien faire

mai 5th, 2017 § 2 comments § permalink

Nous fait défaut, aujourd’hui, le calme souverain d’un Pasolini (par exemple), sa clairvoyance, qui nous aide à analyser pleinement, froidement, objectivement, la situation politique et sociale de notre pays. À l’inverse, nous assistons à une surenchère d’hystérisation collective, de mouvements aussi futiles qu’impensés, de panique démocratique comme rarement on en a fait l’expérience.

Quelle est la situation politique de notre pays ?

La principale nouvelle, bonne ou mauvaise, est en tout cas que la politique s’est arrêtée au moment du dépouillement du premier tour : tout ce qui se passe après ce premier tour baroque et riche d’enseignements ne sera plus guère politique si les décisions se prennent sur un fond de crispation antifasciste.

Ceci d’autant plus évident que les deux principaux partis de majorité, qui, ô surprise, ont échoué à se qualifier au second tour, ont désormais intégré le déni démocratique des primaires (les primaires cherchant à contourner le premier tour, le seul qui compte réellement du point de vue de la vitalité démocratique du corps électoral comme de l’offre partisane — comment ne pas voir d’ailleurs que le piège où nous sommes maintenant s’est déployé entre autres par l’instauration de ces maudites primaires ?

Première bonne nouvelle donc, les deux partis de gouvernement historiques, ceux qui se réclament explicitement respectivement de la gauche et de la droite, ont explosé en vol. J’avais ici exposé l’idée que “droite” et “gauche” classiques avaient pour l’une laissé faire le traitement de faveur judiciaire coulant la campagne de son candidat, pour l’autre renvoyé le sien, de candidat, à sa nullité, en lui plantant des coups de couteau dans le dos si besoin, car de toute façon, le futur était en marche. Chacun se retrouvait autour du jeune leader européiste décomplexé et les cochons étaient bien gardés.

La nouvelle c’est que plus personne ne semble, aujourd’hui, ne plus donner crédit au clivage de pacotille gauche-droite, tel qu’il s’est apparemment figé depuis les année 82-83, moment où le parti de gauche (au pouvoir) a trahi tout ce qu’il était et ceux qu’il était censé représenter, clivage mou idéologiquement qui ne s’appuie plus sur aucune réalité sociologique, du travail, économique ou même philosophique.

En effet, la seule idéologie qui tienne depuis ces années de malheur, et qui n’a cessé de se renforcer depuis, est celle, dominante et écrasante, du néolibéralisme lequel, rappelons-le, se fonde sur trois piliers : généralisation du libre-échange, financiarisation de l’économie, court-circuitage des processus démocratiques par la généralisation des traités — tel que l’institution européenne par exemple.

Gauche et droite ne portant que ce discours en bouche (y compris la gauche de la gauche, dont l’échec incarne peut-être son manque de conviction à sortir des traités européens — l’extravagante articulation plan A-plan B en étant d’ailleurs la flagrante antistratégie), on constate donc ce premier effet positif du premier tour des élections présidentielles françaises : plus personne ne croit en ces balivernes.

Le clivage gauche-droite ne tient plus et, au regard des résultats des différents partis, on constate objectivement, même, la contestation nette de cette idéologie néolibérale : les partis eurosceptiques (j’en ai compté cinq) rassemblant plus de 46% des voix ; si l’on ajoute une bonne part des votants qui se sont abstenus (impossible de savoir avec précision, mais on sent bien qu’on n’a pas affaire qu’à des européistes convaincus, qui auraient alors voté le candidat idoine, le jeune ancien ministre jamais élu), on voit que le nouveau clivage qui s’est dessiné avec le temps et qui aujourd’hui se cristallise dans les votes est pro ou contre mondialisation — en particulier ceux qui s’y trouvent à l’aise et y ont gagné, et ceux qu’on décrit comme les perdants de la mondialisation, c’est-à-dire les classes les plus populaires.

La mauvaise nouvelle, prévisible, est que sera élu donc le chantre le plus avant-gardiste du néolibéralisme, la synthèse Hollande-Sarkosy, le candidat attaliste, ferry-pisaniste, terranoviste, et que donc nous seront servis les plats réchauffés (plus épicés toutefois) de la loi travail, de la libéralisation de tous les services, de la déconstruction de l’état, du renforcement des pratiques unionistes en matière de démocratie, de territoire, de mondialisme, tout ceci avec force figures revenantes du passé, recyclage d’une prétendue société civile, oubli total de l’écologie, et “modernisation” de tous et de tout.

Mais c’est l’autre bonne nouvelle : toutes les conditions sont donc réunies pour qu’on commence peut-être, dans les jours à venir, à se remettre à la politique. Les deux vainqueurs du premier tour ne représentant respectivement que 18,7% et 16,6% du corps électoral, quelle que soit leur politique, elle manquera gravement de légitimité — et le premier parti reste l’abstention, ce qui est une chance pour la démocratie.

De là le constat qu’aucun des deux candidats ne parvient réellement à rassembler les Français, et pour cause : les classes populaires ne peuvent décemment soutenir le candidat “en marche”, et nombreux sont, parmi elles, ceux qui doutent de la crédibilité de la candidate xénophobe. Chacun sent bien qu’aucun des deux candidats en lice pour le second tour ne changera les choses que nous dénonçons depuis des années, à savoir l’ordre néolibéral incarné par l’UE (et les partis de gouvernement aujourd’hui battus) : l’un représente tout ce que ce système est, il n’y a qu’à survoler l’aréopage de ses conseillers, l’autre ne parvient pas à s’imposer comme héraut anti-système puisqu’elle est le produit du pygmalion socialiste des années 80 — le même qui a institué l’ordre antidémocratique européiste.

Il apparaît donc très clairement aujourd’hui que la seule manière d’agir — en vérité, le seul geste qui soit un tant soit peu politique — est de ne donner de crédit ni à l’une ni à l’autre des deux candidats, et même si — hélas, trois fois hélas ! — les voix prétendument antifascistes sont nombreuses, unanimes et puissantes.

Il ne faut pas céder à l’hystérisation collective qui veulent nous faire prendre « les vessies antidémocratiques de Macron pour des lanternes antifascistes » !

Cette hystérisation est morale : nous devons sortir le vote du champ moral ! Seule la destruction de la démocratie par l’ordre néolibéral pousse en avant le Front national, qui sert de sempiternel épouvantail (par le biais du vote utile, utile alors au PS, aujourd’hui à tous les tenants de la mondialisation, PS et Républicains en tête) destiné à conforter cet ordre. Lequel s’en empare avec joie pour devenir l’unique rempart souverainiste et populaire — ce qui est une aberration !

Céder à cette injonction morale représente à la fois une soumission et un aveuglement politiques qui ne sont guère de mise dans le combat que nous devons mener. Le fascisme est une grosse ficelle agitée maladroitement par les fossoyeurs de la démocratie (d’ailleurs le fascisme n’a, techniquement, pas besoin du vote pour s’imposer) ! Là est le véritable danger : le verrouillage démocratique, tel qu’il s’est produit par exemple en 2008 lors du vote sur le traité de Lisbonne : il y avait bien moins de pétitions indignées à cette époque (et encore, on ne parle pas des situations politiques en Turquie, en Ukraine, en Hongrie, voire en Italie, en Espagne ou en Grèce…) !

En somme, si l’on analyse froidement la situation, il n’y a pas grand chose à faire ce dimanche : il s’agit surtout de ne rien faire.

[Mise à jour du 8 mai : enseignements suite au deuxième tour : le nouveau président, avec ses 66% ne représentant en réalité qu’un peu moins de 50% du corps électoral, ayant engrangé disons 30 à 40% de vote utile, a les coudées franches, mais pas tant que ça ; il existe ainsi encore une partie de l’électorat qui réagit à l’injonction du vote utile — et une partie qui a gobé son discours rassembleur. La lutte qui vient sera difficile.]

Aveuglant ni-ni

mars 10th, 2017 § 1 comment § permalink

Je suis en train de me dire que “droite” et “gauche” se sont mises d’accord pour faire élire un candidat qui ne sorte pas de leurs rangs, l’un en l’obstinant dans les impasses idéologiques, l’autre en le laissant s’empêtrer dans les affaires — avec le chiffon rouge de l’extrême-droite (voire de l’extrême-gauche pour certains), pour assouvir ce fantasme d’une “union nationale” qu’un autre candidat ni-droite ni-gauche incarne (et suivi en cela par toute l’élite cacique) : l’illusion d’un renversement dans la droite ligne de l’idéologie dominante (précisément celle de gauche et de droite : le capitalisme post-étatique, post-national).

Le sursaut éthique

novembre 24th, 2016 § 0 comments § permalink

Comme j’appelle mon service « libéré » de fourniture de gaz, l’opérateur me demande si je veux également faire passer le service électricité dans son même giron, histoire d’économiser 3 centimes du kilowatt. Le service électricité est national. Les deux boîtes sont du même groupe, mais l’un bénéficie du régime libéré, l’autre est encore archaïquement nationalisé. Dois-je accepter ?

Ce genre de dilemme est perpétuel avec le capitalisme.

Il est le fruit d’une constante (et obstinée) dégradation des institutions disons publiques, ou pour parodier certains, du monde du passé ; il dénote de la difficulté pour le citoyen de maintenir le cap qu’éventuellement il s’était fixé, de vivre en accord avec ses principes.

Non seulement il agresse psychologiquement la personne : je ne serai donc pas aussi juste que je ne le croyais ? J’ai un comportement qui n’est pas responsable ? Citoyenne ? De gauche ?

Mais en plus il présente un piège évident, par ricochet : on pourra en effet rétorquer à cette même personne : « Alors vous qui vous dite ci et ça, qui nous serinez avec vos préceptes moralisateurs, vous n’avez pas fermé l’eau du robinet ? Vous avez une voiture ? Et c’est une “gazole” en plus ? Comment ! Vous avez pris un véhicule Uber ? Vous êtes allé dans un Airb’n’b ? Alors vous voyez ! Vos beaux discours, hein… » etc.

Et pourtant.

Pourtant deux choses :
1. D’une part il apparaît que dans un monde capitaliste, façonné et structuré selon la philosophie capitaliste, mondialiste, individualiste, il est très difficile de pouvoir maintenir un comportement qui d’une façon ou de l’autre ne tombe pas dans les rets du capitaliste, qui s’émancipe complètement de ces contraintes aussi triviales que quotidienne (consommation, transports, travail) ; ensuite, pratiquement pour les mêmes raisons, il est tout aussi illusoire de pouvoir se rassurer par des attitudes dites écoresponsables, citoyennes, écologiques alors mêmes que celles-ci sont intimés par l’institution totalement dévouée à leur exacte contradiction : limiter le pouvoir du peuple, être tranquille pour tirer toutes les ressources possible de la terre et de la nature, distraire.

2. D’autre part, et c’est sur ce terrain que se joue principalement la bataille, il faut faire la part des choses entre ce qui relève de la culpabilité personnelle, qui est un excellent moyen de museler des aspirations plus glorieuses (puisqu’on est toujours en faute dès qu’on se saisit du bâton dégoulinant de moraline, pour ne pas dire merdeux, qu’on nous tend à longueur de journée), et ce qui relève d’un abrutissement personnel où l’erreur est autrement périlleuse, et engendre de bien pires conséquences, lorsque par exemple on permet ou perpétue des formes politiques qui autorisent, valident, ou appellent de leur vœux les pires applications politiques néolibérales : par exemple en votant aux régionales ou aux européennes, ou en votant aux primaires de la “droite” quand on se dit de “gauche”, ou encore en appelant à des primaires à “gauche” ! Ou tout simplement en votant à tout prix à “gauche” contre la “droite”, comme c’était le cas aux dernières élections présidentielles avec le résultat qu’on voit (c’était pareil en 1981 et en 1995, ceci dit) : essentiellement la perpétuation du même et le même est capitaliste.

Or lorsqu’on a fait ce chemin personnel d’observer objectivement (il n’y a qu’à regarder objectivement, rien n’est secret !) où se trouvent les véritables enjeux politiques (par exemple le vote, la souveraineté du peuple, l’Etat), et que l’on en déroule le fil logique, c’est-à-dire lorsqu’on observe objectivement l’offre politique qui traite réellement de ces enjeux, et qu’on voit par conséquent qu’il n’y a pas d’offre politique qui décide de lutter politiquement pour ces enjeux, que, pour parler vulgairement, chacune se couche devant le soi-disant Réel (comme disait notre Premier ministre), qu’il s’appelle Mondialisation, Financiarisation de l’économie ou Union européenne, comme si c’étaient des déités insurpassables et sur lesquelles nous n’avons pas la main,

lorsqu’on donc on constate l’impasse politique et les fioritures inutiles qui encombrent le débat, comme la distinction entre ce-qui-serait-de-droite et ce-qui-serait-de-gauche, mais aussi les sirènes des alternatives à la politique comme la lutte armée (qui ne devrait jamais s’engourdir dans la durée) ou le bavardage insipide (l’inéfficience politique des occupy-indignados-debout),

bref dans tous les cas lorsqu’on se rend à l’oubli du politique, il faut accepter, piteux, qu’il n’y aucune raison que cette terreur morale ne se mute un jour en sursaut éthique.

Panique et débandade

novembre 22nd, 2016 § 1 comment § permalink

Depuis le Brexit et les élections américaines, les éditorialistes (les voix du maître) sont tous en panique. Est-il possible que quelque chose comme le peuple existât ? Et se fît entendre, au point de ne pas suivre la musique officielle ? Eh bien oui, le peuple existe encore. C’est agaçant.

La victoire de la vieille droite libérale au premier tour de la primaire à droite a confirmé que les sondages sont de la merde. A juste titre d’ailleurs, si l’on considère la maigre frange de ceux qui répondent au regard de ceux qui ne répondent pas, de ceux qui répondent n’importe quoi, de ceux qui répondent différemment de ce qu’ils pensent, et de tous ceux qui ne sont pas interrogés (tous les autres, qui se divisent entre ceux qui ne le sont effectivement pas et ceux qui ne risquent pas de l’être, pour des tas de raisons sociales, culturelles ou techniques).

Qu’on soit d’accord ou non avec le résultat, il faut bien reconnaître que ce sont des votes qui ont conduit à tous ces imprévus politiques. Des vrais votes de vrais gens. Bien sûr, je ne dis pas que j’aime le parti conservateur britannique ou le président étasunien élu, je me battrai plutôt volontiers contre eux, mais ce n’est vraiment pas la question. La question, le motif d’un plaisir à peine contenu, c’est que le marchandage en cours depuis soixante ans, ou quarante, ou vingt, n’a plus court. Oh il y aura des répliques, le cadavre bouge encore, comme disait Nietzsche, mais ce sont tout de même de fameux coups portés aux différents soutiens du néolibéralisme (un camp nombreux, toutefois, même sans le savoir).

(Il y avait eu un précédent, quand les Français ont dit non au Traité de Lisbonne en 2005, suivis par les Néerlandais, puis les Irlandais. Mais le parlement, la droite de S. avec l’appui des socialistes qui auraient pu éviter le désastre (s’ils l’avaient voulu bien sûr et ils ne le voulaient certainement pas, étant à l’origine du machin européen). On pourrait dire que, tout ce qui découle politiquement de cet évènement est techniquement antidémocratique et pratiquement hors-la-loi (en tant qu’inconstitutionnel).

Alors quand ceci se produit — et ceci, si ça ne se produit pas, cela risque toujours de se produire — toutes les cassandres déboulent.

On sot toujours les mêmes lunes : l’extrême-droite, le populisme, la guerre, le mal, le diable, etc. Je ne ferai pas l’affront au lecteur de douter qu’il ne sait pas que ces lunes sont des lunes, des scies, des histoires. Là encore, les faits sont brutaux : guerre en ex-Yougoslavie, destruction des appareils industriels ; scandale de l’accueil des migrants ; destruction des écosystèmes, etc. Quant au risque populiste, soit qu’on dédaigne le peuple (mais alors on casse la démocratie), soit qu’on craigne l’extrême-droite (mais alors on arrête de la nourrir par une politique dangereuse ou bien on mène une politique qui l’assèche), il y a peu à faire pour l’oublier.

En Italie, il y a un referendum qui vient affaiblir encore la Constitution (l’une des plus belles du monde) en diminuant la part politique, favorisant le néolibéralisme, etc. toujours la même histoire. Comme le “non” au referendum semble être un peu plus fort, les cassandres pro-“oui” (pro gouvernement, pro institutions néolibérales), dopés aux horreurs anglo-saxonnes, sont en plein délire mystique, c’en est dégueulasse. L’ambassadeur américain vient mettre son nez dans la campagne ; certains journaux de la haute-finance annoncent la sortie de l’euro si le non passe ; enfin, comme d’habitude, on agite la violence, la guerre, le chaos, etc.

Il ne faut pas seulement être cuirassé contre les coups, pour avancer dans ce monde, il faut être aussi insensible à la connerie et au grotesque : comme les raisons de voter “oui” sont spectaculairement inconsistantes (du moins peinent à masquer les réels nécessités de la réforme pour un libéral), il est plus payant d’effrayer avec les conséquences d’un “non” victorieux — c’est cela qui marche sur les gens, pense-t-on1.

Comme certains artistes français se ridiculisent pour sauver non pas la médiocrité, ce serait encore sympathique, mais une politique néolibérale indéfendable, des artistes italiens se mobilisent pour le “oui” : des clowns comme Benigni e Sorentino (ambassadeurs de la nation avec le président du conseil récemment en visite aux USA) qui n’ont d’autre raisons à donner que… eh bien on ne sait pas.

Le simple fait que les clowns se mêlent aux clowns, ou plutôt qu’on crie au loup comme avec le président américain, que la panique gagne les hautes tours, c’est un signe révélateur qui nous fait chaud au cœur.

  1. On avance donc les raisons pour lesquelles ne pas voter non, c’est très positif.

L’aveuglement

novembre 20th, 2016 § 0 comments § permalink

Comment être surpris de nos jours par une pensée politique ? On ne sait plus.

Il y a tellement de dénégation du politique, qui se cristallise en oubli, que certaines voies qui prétendent avoir un positionnement politique nous estomaquent de leur manque de discernement — au point qu’on se demande si ce n’est pas de la démence, du masochisme, ou simplement de la débilité mentale.

Par exemple, quiconque lit entre les lignes — je ne veux pas faire le malin, il n’est pas besoin d’être expert de la haute-finance (ce serait même plutôt un moins) pour lire entre les lignes de la politique actuelle ; il y a pour ça toutes sortes de sources d’informations et puis il y a la brutalité des faits — quiconque donc lit entre les lignes savait que l’ancien Président de la République S. avait été battu pour la simple et bonne raison qu’il avait été désavoué par la classe dominante (de là à dire que le Président en exercice H. a été élu justement pour faire le boulot, il n’y a qu’un pas — il l’a d’ailleurs très bien fait, le boulot, soit-dit en passant, le dominant est content, le dominé un peu moins). Que son retour était donc plus qu’improbable, et que le risque n’était certainement pas de côté là.

Or l’ancien Président de la République avait tellement cristallisé de haine sur sa personne, de la part du ventre mou de la gauche que non seulement on n’a pas pu mesurer avec sérénité l’arrivée de son ex-premier ministre F. (il faut dire que le 3e larron, J., l’homme du passé, du passé de 95-97, avait lui aussi tellement focalisé son attaque sur l’ex-Président), mais, un peu auparavant, on a pu laisser venir au pouvoir l’actuel président. On a dit même qu’on ne votait pas pour lui, H., mais contre l’autre.

Déjà à l’époque je m’étais fâché avec bien de mes amis qui se disent de “gauche”, sur ce simple fait : « ne votez pas pour H., leur disais-je, c’est comme S. mais en pire ! En pire parce, fort du soutien des classes moyennes (le ventre mou de la “gauche”), il va nous faire gober des pilules enrobées de moraline, il va nous faire passer des lois plus dures sans qu’on s’en rende compte (par exemple en mettant l’accent sur des débats de société comme le mariage pour tous qui, malgré son intérêt, n’a pas beaucoup de poids dans la lutte politique). Je me suis vraiment fâché. On m’a rabattu mon caquet, on m’a fait taire, on a coupé le contact.

Bon, si l’un de vos amis s’énerve contre vous parce qu’il refuse de voir la vérité, soit ce n’est pas vraiment votre ami, soit il est un peu borné (il mérite moins d’être votre ami) ; ou alors c’est que vous vous trompez. C’est possible aussi, ça.

Or dans ces questions, ce n’est pas tellement un problème d’opinion ; il y a la brutalité du monde, disais-je. Il y a les faits historiques. On peut refuser de les voir. Cela n’empêche qu’ils existent. Que le PS a pensé et permis la mondialisation, qu’il a contribué à la financiarisation de l’économie ou qu’il a créé l’UE — qui sont les trois piliers du capitalisme ou du néolibéralisme — tout le monde le sait, peut le retrouver dans les livres, les articles, les interviews.

On rigolait déjà pas mal de ceux qui, gros malins ! pensaient agir politiquement en demandant l’organisation de primaires (merci Piketti), ou, grand bêtas !, allaient voter aux primaires de la droite pour lutter contre S. Au moins ils nous faisaient sourire.

Mais que Philippe Caubère d’une part, ou une soixantaine de personnalités d’autre part prennent position dans l’espace public pour défendre une politique capitaliste dure, celle qui détruit les chaînes sociales et les chaînes écologiques, qui concourt à la destruction des institutions politiques, non seulement on est désolé pour le ridicule dont il s’affublent, mais on ne peut que s’attrister, intimement, devant un tel acharnement à l’aveuglement.