GEnove. Villes épuisées

juillet 24th, 2017 § 0 comments § permalink

Benoît Vincent ¶ GEnove
 

Le texte

numérique : ISBN 978-2-9541654-0-0 – 9×9 textes + 9 péritextes – 0 €
papier : 979-10-95244-07-3 – 306 pages – 20€
couverture : Cheeri
✓ Texte publié en 2012 (version internet) et le 12 mai 2017 (papier)
♨ écriture et publication en ligne, 2008-2015 – reprise jusqu’à début 2017

Attention Le site internet qui a vu naître le texte est toujours en ligne [www.ge-nove.net] mais, dans le cours d’une radicale mise à jour suite à la publication papier, tous les liens sont désactivés.

 

Quatrième

Par le biais de neuf chapitres de neuf textes, l’auteur évoque la complexité de la ville de Gênes en Italie et la relation qu’il entretient avec elle. Essai autogéographique, ce texte fascinant décortique l’organisme urbain, son vernaculaire et ses épiphanies (cuisine, chansons, paysages, transports, économie, culture, histoire…)

 

Echos

Presse, radio, blogues…

Jacque Josse, sur le site de larevue remue.net (20 juillet 2017) : « Cet ensemble – que l’on peut arpenter en empruntant plusieurs itinéraires – n’a évidemment rien du guide touristique. C’est d’abord un ouvrage foisonnant, conçu par un curieux qui ne cesse de noter ses étonnements, de questionner ce qu’il découvre d’une ville trop riche pour qu’on puisse n’en faire qu’une lecture linéaire. C’est à une marelle étonnante, à une imparable parade oulipienne, à une savante déconstruction (pivotant autour du chiffre 9) que s’adonne Benoît Vincent, en inventant Gênes au pluriel, et en invitant le lecteur à en faire de même. »

Alain Nicolas, dans L’Humanité (19 juillet 2017) : « C’est aussi le rendez-vous des mots et du réel, auquel Benoît Vincent ne se dérobe pas en donnant une furieuse envie de ne jamais refermer ce livre et de partir, toutes affaires cessantes, pour Gênes. »

Hugues Robert, sur le blog de la librairie Charybde (9 juillet 2017) : « Tout ce qui peut s’avérer nécessaire à la reconstruction patiente, fiévreuse et poétique, de l’identité de cette ville coincée entre ciel et eau, qui fut la Superbe et qui demeure une extraordinaire bizarrerie, sera soigneusement mobilisé et projeté contre les 80 autres éléments, nous offrant des séries entières de chocs libérateurs. Et c’est ainsi que Benoît Vincent nous offre bien davantage qu’une ville, fût-elle unique : une démarche littéraire fondamentale, construite et étagée, pour appréhender une essence par nature volatile et fragile, sous les amoncellements de l’Histoire et du réel – comme nous l’annonçait sans ambages le beau sous-titre de « Villes épuisées ». »

Emmanuelle Caminade, sur le blog L’Or des Livres (21 juin 2017) : « Cette étrange façon de raconter la ville évoque bien sûr Marco Polo, ce voyageur étranger décrivant les propres villes de son empire au grand Khan dans Les villes invisibles, et surtout le grand oeuvre de ce marchand et explorateur vénitien dont s’est inspiré Italo Calvino : deux textes qui, entre autres, irriguent fortement GEnove »

« Se prêtant à de nombreuses relectures car permettant une redistribution des cartes pour changer la donne à l’infini, offrant ainsi au lecteur mille et un chemins pour affiner sa perception de cette ville symbolique à la fois visible, invisible et imprévisible, GEnove est un livre foisonnant et vertigineux totalement atypique. Une expérience de lecture(s) exigeante et exaltante que je conseille vivement. »

Sean J. Rose, dans la Livres-Hebdo #1127 (28 avril 2017) : « Car GEnove c’est aussi le récit de cette relation-là, s’enchevêtrant dans une cartographie singulière qui n’a d’autre boussole que le sens poétique. »

François Bon (aussi plus bas !), dans son Service de Presse #33 (25 avril 2017) sur la plateforme vidéo bien connue. C’est à 25’45 » :

 

Du temps du site internet

Les premières lectures, bien que tardives, ont été consacrées à la version numérique du texte, c’est-à-dire au site liminaire.

• Ainsi Noëlle Rollet ouvre admirablement le bal sur le site Glossolalie (juin 2014) :
« On s’attendait à de l’aléatoire qui le soit un peu moins, et il y a bien quelques pan­neaux, neu­vains points de repères, qui indiquent bien une direc­tion, mais l’on n’est plus si atta­ché à connaître la des­ti­na­tion, fina­le­ment, on n’a pas hâte d’arriver à connaître la fin. On déam­bule, et on prend l’habitude, ici aussi, de voir se côtoyer la recette des tro­fie al pesto et un poème sur­réa­liste. C’est ainsi que GEnove peu à peu s’organise, devient orga­nique, dans ce désordre de la lec­ture de texte rigou­reu­se­ment ordon­née. L’ennui bien sûr, c’est qu’on pei­nera par­fois à retrou­ver ensuite tel texte qui ne payait pas de mine, l’obscure ruelle qu’il nous prend sou­dain l’envie de revi­si­ter, et qu’on se retrou­vera à lâcher quand même le fil d’Ariane pour se perdre fran­che­ment, cette fois-ci, le cœur léger, heu­reux de s’égarer au fil du texte. […] Or, beau­coup plus que la com­plexité du dis­po­si­tif mis en place, c’est au fond cela que j’appelle l’écriture expé­ri­men­tale, celle qui per­met une expé­rience de lec­ture, au sens plein du terme, c’est-à-dire qui me fait vivre une lec­ture dont j’ignorais qu’elle était pos­sible (et peut-être par­fois ne l’était-elle pas avant tel auteur). GEnove y réus­sit, en tirant parti de la spa­tia­li­sa­tion effec­tive du web pour « col­ler » à celle de la ville, non pas en creuse mime­sis, mais en décalque fonc­tion­nel, afin que puissent s’y ins­crire autant de tra­jets que de lec­teurs – un vir­tuel redou­ta­ble­ment plus proche de l’expérience réelle que le livre?

 

• « magnifique expérience narrative et expérimentale » (François Bon, Grues jaunes de Gênes, in Tiers Livre, 22 juillet 2014 : http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1741

 

On dirait du (on l’a dit)…

• Italo Calvino
• Julio Cortázar
• Jean-Yves Jouannais
• Sébastien Ménard
• OULIPO
• Georges Pérec
• Marco Polo
• Emmanuel Ruben
• Antonio Tabucchi

 

Non, je n’ai jamais écrit [L’éclat]

avril 23rd, 2016 § 0 comments § permalink

Lorsqu’en octobre 2015, j’étais invité aux Cafés Littéraires de Montélimar (salut Julien, salut Odile, salut Guillemette et salut Yann !), les tables des librairies avaient, aux côtés de Farigoule Bastard (et de l’absence évidente de mes livres immatériels), un livre à mon nom publié chez L’Harmattan, intitulé L’éclat.

Si, étant jeune, j’ai pu parfois être tenté par une publication chez l’Harmattan, je me suis toujours refusé à le faire. En revanche, j’ai été pris d’un sérieux doute quant à l’existence de ce livre, car ç’aurait tout à fait pu être le genre de titre que je produisais plus jeune (cf. L’abandon ou L’accident !) — le livre date de 2011.

« Je suis le clown que vous attendez, les poches bourrées d’antidépresseurs, la phrase alerte. Vous avez payé pour me voir, approchez, oui, plus près, c’est vrai j’ai l’air humain à cette distance, ne vous y fiez pas, je ne suis qu’un clown et vous ne serez jamais que mon public. Au-delà il n’y a rien, oui, venez plus près. » Premier roman, livre malade, livre sans cirque et sans remords. Histoire sans début ni fin, période dont on aurait réussi à garder, à prélever l’éclat.

 

En lisant la quatrième de couverture, le doute s’est maintenu un instant — jusqu’à quel point peut-on parler d’un style personnel ? N’étais-je pas l’auteur de ces lignes ? De doute, il n’y en avait pourtant pas quant à mon nom : Benoît Vincent, c’était bien moi !

Drôle de sensation… qui est est revenue peu après, vraiment quelques semaines après, lorsqu’en cherchant les articles au sujet de GEnove, je suis tombé sur cette page de Solenne Lagedamont, que je ne connaissais pas, où je vois de nouveau que je suis l’auteur de L’éclat ! La page date un peu, au jugé des captures d’écran, d’octobre 2013 au moins, date du dernier article en ligne, sur le Projet El Pocero de l’ami Anthony Poiraudeau (salut !).

Peut-être avais-je réellement écrit L’éclat et, comme cela arrive parfois, j’avais enterré ce fait dans remous de l’inconscient…

Evidemment si ce genre de surprises arrive à François Bon (salut !), cela arrive aussi à Benoît Vincent (et Vincent Benoît), avec ou sans circonflexe, dont on peut facilement trouver les homonymes sur internet : le « sound designer », le responsable de ligne SNCF Laon-Paris, le chercheur au laboratoire de technologie et de biologie halieutique à l’Ifremer, le médecin hospitalier devenu consultant ARS, le fiscaliste au sein du département international tax services chez EY, et les (au bas mot) 141 autres des pages blanches… Il paraît même qu’il y a un Benoît Vincent botaniste !

Mais j’ai beau faire un effort, aussi vrai que je m’appelle Benoît Vincent et aussi vrai que je n’ai jamais eu de relation particulièrement heu, patrimoniale avec mon nom, ce double prénom, je peux l’avouer maintenant : non, je n’ai jamais écrit L’éclat, paru chez l’Harmattan en 2011.

Sur /Farigoule Bastard/

mai 28th, 2015 § 2 comments § permalink

Texte publié sur Remue.net, « en trois temps », grâce à Guénaël Boutouillet, que je remercie.

1. Origine et genèse de FB

Farigoule Bastard est né sur les réseaux sociaux, je vais de suite y revenir, mais dès auparavant une première fois dans le réel.

C’est à l’occasion d’une soirée de l’association La Commère, dans l’extrême sud de la Drôme et les marches de Farigoule-personnage que celui-ci est né. La Commère s’incarne par des personnages, des mannequins grandeur réelle, disposés dans le village (coins de rue, balcons) et relaie les nouvelles du pays. Elle organise également une soirée annuelle, avec différentes animations, balades, stands. On était à la salle des fêtes dudit village, Sahune. Je suis allé fumer une cigarette sur la terrasse, et là fumait également une jeune femme. Devisant avec elle, elle m’apprend qu’elle est bergère1. Je lui dis que je suis botaniste et elle me demande si je connais une plante dont raffolent les bêtes et que les anciens appellent la farigoule bâtarde. Je ne la connaissais pas. Après bien des recherches sur les différents sites et dans les différents ouvrages traitant de taxinomie populaire, je n’ai jamais trouvé de mention de la « farigoule bâtarde ». Farigoule, en patois provençal, c’est le thym. Si le thym est bâtard, c’est qu’on a affaire à une espèce ressemblant au thym. Soit d’un point de vue morphologique (badasse, marjolaine par exemple) soit d’un point de vue biologique (les autres espèces du genre Thymus sont les serpolets, qui sont très nombreux et relativement difficiles à distinguer les uns les autres — et plusieurs sont très courants dans la région).

Le nom, ou binom, au sens linnéen du terme, est resté, et j’ai commencé à le trouver pertinent du point de vue de la fiction, c’est-à-dire qu’il commençait à donner. Farigoule Bastard est ainsi arrivé, comme un binom, au sens patronymique et administratif du terme — Bastard étant un nom de famille répandu un peu partout en France2.

Poussant cette frontière à son bout, j’ai même changé mon nom sur Facebook en Farigoule Bastard, pour écrire quelques statuts inspirés de Haute-Provence : de thym et de moyenne montagne. Certains amis se sont interrogés3.

De là l’idée de développer ce personnage, de nom Bastard, de surnom Farigoule (prénom Jean-Louis), qui passera par son propre canal : une page Facebook par exemple. Dans le même temps, j’entre en contact avec Anthony Poiraudeau et nous convenons d’une série de textes pour Le convoi des glossolales. Farigoule intervient alors, et, pour une durée indéterminée, je cède à Farigoule qui impose son arbitraire à l’ensemble de l’écriture. C’est un peu comme si Farigoule avait été, par mon entremise, en résidence dans le Convoi.

Dans le Convoi on a la possibilité d’être auteur contraint ou non (et donc affranchi). La contrainte d’un paragraphe vaut pour tous, mais l’auteur contraint s’impose une récurrence. Dans ce contexte, Farigoule est intervenu de manière hebdomadaire, le vendredi, parce que, disait-il, « c’est le jour du poisson » (?).

Et c’est ainsi que chaque jeudi soir, je livrais au Convoi le « Farigoule » du vendredi, et ce durant neuf mois entre 2011 et 2012. Et c’est ainsi que le récit s’est construit, pas à pas, dans le flux de l’internet, sur la base d’une rencontre réelle, et par le biais d’une fiction incarnée en langage.

Extrait (Chapitre VIII, page 31)

Les pieds de Farigoule Bastard ne trempent pas, mais s’évertuent, et se campent ou se frottent tout contre le monde qui n’est pas rond, mais complexe polygone de faces et leurs revers, poches toujours répétées, ralentissements détours renversements. À quoi peut bien servir la mesure On ne connaît pas les sous-sols les
niches & alcôves les avens et les plissures il pense. Le monde il est infini Comment veux-tu savoir les chiffres il pense, ahanant. Dans les interstices de ce cairn il y a un monde des fissures des cavités des zones d’air sans contact parce que rien n’est droit ni rigide pareil au froissé du corps pareil à tout ce qui demande un
nom Espacement est séparation. L’espace est possible rencontre & rencontre est juste agencement. Quelques mètres à vol d’oiseau pour ramasser les débris de la Vieille. Mais vol d’oiseau ? Tout ce qui rampe comme Moi et les vers les pourceaux les plus beaux étalons & les cloportes, nous, tous autant, c’est : Un pied devant l’Autre. C’est : (1) par (1). Je ne sais pas même si j’y arriverai, peut-être que cent mètres Presque je renifle un fumet de
marmite éteinte de peu Une maison Une femme Un système Mais qui sait si jamais je pourrai me présenter au seuil toquer gaillardement peut-être appeler sourire faire face. Une poignée d’herbes est tellement loin déjà. Soupire, Farigoule.


2. Domestication du bastard

a. Structure originelle du livre

À l’origine, après le déploiement dans le Convoi, le texte global fut repris sur mon propre site, où il fut alors question d’une première mise en forme de second niveau (au niveau du texte, et plus au niveau du contenu4). Cette nouvelle mouture (qualifiée de geste, alors) était constituée de trois parties (trois cycles) ; il y avait des chapitres numérotés de romain — mais certains de ces chiffres étaient inversés (ou mal écrits, ou incohérents ou erronés : VIX, IVII, IXX par exemple) ; d’autres chapitres, les chapitre cinq, dix, quinze, etc., étaient eux numérotés en chiffres arabes, et constituaient une biasse de correspondances, elle-même double : trois lettres de Farigoule Bastard et d’autres personnages du récit, et trois lettres de voyageurs égarés, de migrants totalement extérieurs au récit ; il y avait des chapitres classés par lettre, de A à E, portraits plus ou moins poétiques de Farigoule Bastard ; il y avait enfin, à la fin de chaque cycle un long poème d’une page dense, de Farigoule Bastard, développé en rhizome depuis une citation d’un auteur existant, sur lequel — à l’époque — je n’avais jamais écrit et le regrettais : Roubaud, Roche, Volodine.

Comme on voit cette structure était plus que complexe et destinée à perdre à l’envi le lecteur. Or le texte étant déjà ardu, il a fallu émonder un peu les frisottis de ce bouillonnement.

b. L’éditeur et l’édition

J’ai envoyé le texte ainsi harnaché à quelques éditeurs choisis (je savais que ce texte n’était pas pour tous), et pratiquement tous m’ont répondu positivement quant à la qualité intrinsèque ; un seul a toutefois bien voulu s’y atteler, Benoît Virot, alors aux éditions Attila, aujourd’hui au nouvel Attila. Le texte fut prêt à être publié en 2013-2014, mais la scission de la maison Attila a contraint à le repousser, ce qui est une bonne chose. Le texte, décanté, a permis qu’on le travaille plus tranquillement, et sereinement. Il n’a pas trop moufté.

Première chose, BV refuse une telle structure : les chapitres poétiques sont évacués (ils ont été publiés par Mathieu Brosseau sur son site Plexus-S) ; les lettres des migrants également (n’ont rien à faire là). On réorganise également l’ordre des chapitres, afin de balancer les chapitres “réels” des chapitres “rêvés”.

Et, chose étrange, on ajoute deux éléments : un chapitre où serait une chanson, le chapitre trente-trois. Deux chapitres sont écrits, dans le va-et-vient et le temps dispersés, dans la confusion des versions, un 33 et un XXXIII, et ils seront finalement mêlés.

L’autre élément, suite à une demande singulière de la part de BV à BV, celle de composer pour l’occasion une chanson. J’ai écrit des chansons, par le passé, dont le ton et la forme sonnaient justement avec ce genre de récit, des histoires de ruisseaux, d’hirondelles (elles ont le ventre blanc) ou de martinets (ils sont noirs faucille), d’amours déçues et d’aulx. Benoît les a entendues. J’ai donc écrit Le couteau, car c’est bel et bien le cœur du récit, sur la base d’un morceau que j’avais abandonné (vous savez qu’on écrit des choses, et puis elles ne tiennent pas dans le temps, trop fragiles, ou vous changez, et elles s’étiolent et meurent, petits ombilics racornis à vue d’œil).

Dans le chapitre trente-trois il est question d’une chanson.

Extrait (Chapitre trente-trois, version inédite, feuillets 84-85)
Elle a fermé les battants des fenêtres. Elle a déposé le voile et défait son chignon. Elle a froissé le tilleul, et jeté des épices dans le petit feu. Elle a infusé le thym avec la sarriette, pétri les pâtes de lierre et écrasé dans le mortier les siliques de vélar mélangées avec les akènes du séséli et du buplèvre.

Elle a épuisé l’aristoloche.

Elle a posé à côté d’elle la cuiller d’argent.

Déjà la boucane a envahi la pièce, nourrit les angles. Les lumières sont baveuses, floutées par l’excès de suie. Les formes chancelantes, et les sons étouffés. Elle peut alors lâcher la bride de la raison, à son aise.

Elle tremble, vieille carne, et se raidit d’un coup, puis tremble à nouveau. Ce manège se poursuit encore et à chaque fois plus brusque. On dirait qu’elle rajeunit et, si elle dansait, ce serait de ces danses des terres arides, où des femmes ensorcelées dévident leurs gestes à la manière des bestes, leurs yeux devenus chas.

Les siens sont révulsés, rougies par l’air vicié, sa bouche est soudain pâteuse. Il faut une langue de terre pour dire ce qu’il advient. Lécher serait plus proche que le langage, du reste. Son insomnie prend racine ici, dans un subit dérèglement des lumières. Les cordes se mêlent, et les trames s’épuisent comme neige au sol. La voix se dénoue.

Un son comme au travers d’une porte de chêne, pleine de visserie et large d’une paume, dont la clef est définitivement paumée. Un son rauque et scarieux s’élève du bouquet de caieux, et s’effiloche enfin en hoquets et chuintements. Elle déroule des paysages.

Il y a une ville, une vraie ville, une ville en vrai, en plein, avec des costumes, des odeurs de cuisine, des chaleurs, des misères, des lumières, des objets infinis entassés sur d’infinies limandes.

Il y a une montagne, un grand dévès dénudé, parsemé de boustrigas, de clapas, de failles et d’avens et peut-être une sente tortueuse. Quelques arbres décharnés, déjetés, en quête de soleil ou de terreau plus cléments, miment, arthritiques.

Dans les deux tableaux il est là. Ombre allongée et claudiquante, elle semble chercher chemin. Pourtant non, elle sait très bien où elle va. Elle passe.


3. Envoûtement

a. Possession récurrente

Comme dit précédemment, Farigoule Bastard est né du désir de feuilleton au sein du Convoi des Glossolales. Cette récurrence (hebdomadaire) est le fait, au départ, du bon plaisir de l’auteur, celui de s’adonner au développement pratiquement aléatoire, comme au fil de l’eau, d’un noyau narratif vers son épanouissement. Très sensible à la structure singulière de la revue (aujourd’hui on dirait la série), et nourri en partie à elle, je me suis donc lancé dans l’aventure de poursuivre une histoire à partir de ce simple fait, élémentaire : le nom même de Farigoule Bastard, passé du théâtre réel au masque poétique.

Les premiers textes posent le cadre, et ne semblent pas devoir porter d’autres enjeux littéraires particuliers (autres que celui-ci). Mais dès le début, la langue prend. Une langue singulière, à la fois un peu archaïque, un peu revêche, rocailleuse, me prend.

Pour citer une anecdote qui n’est peut-être pas en ma faveur : je livrais le texte le jeudi pour le vendredi (publié le samedi), chaque semaine. Et, ç’a été le cas plus d’une fois, il m’est arrivé de n’avoir pas du tout préparé la semaine suivante et de devoir écrire en vitesse le prochain “épisode”. Mais au moment de me présenter à la page blanche, la langue venait d’elle même — et avec elle le récit.

Un phénomène rarement éprouvé, me concernant, puisque j’ai cédé pas mal par le passé à des projets d’écriture, comment dire, normés : structurés par une figure (c’est le cas de Local héros qui sort en fin d’année chez Publie.net), épaulés par une configuration particulière (Ge-nove en ce sens en est un peu la démesure), aiguillés par la circonstance (l’écriture quotidienne sur le site, par exemple), ce qui revient finalement à ne faire que du “montage” textuel. C’est une données importante, aujourd’hui, dans la littérature, que de s’emparer d’un sujet du réel et de tourner autour, et dans cette spire trouver un souffle propre. C’est comme si l’on avait peur du récit, de s’adonner totalement à la force intrinsèque du chant5. Au reste, cette puissance narrative, nous l’avons abandonnée à des auteurs qui, pour autant, n’ont pas bougé d’un iota depuis Balzac. On peine aujourd’hui à trouver des auteurs qui ne s’affublent pas d’un dispositif (je ne supporte plus ce mot) d’écriture ou d’un prétexte ponctionné dans le réel, une vie ou une œuvre préexistante.

Je ne dis pas que je n’ai pas fait cela ici, ou que je ne le referai plus jamais, je pose un constat.

Cette peur du récit, sans doute l’ai-je eue moi aussi — on se demande comment on peut écrire la première page d’un texte qui pourrait en compter mille. Mais dans le cas de Farigoule Bastard le personnage était si imposant, son histoire pratiquement insignifiante, et il m’était pourtant tellement familier, que je puis dire que nous avons coécrit ce texte ensemble, qu’enfin je n’ai servi que de support ou de medium pour le laisser venir. En quoi on peut parler peut-être d’une petite mort de l’auteur.

b. Mort de l’auteur

Aujourd’hui le livre est sorti. Comme disait l’autre, maintenant je n’ai plus mon mot à dire. Farigoule Bastard et Farigoule Bastard ne m’appartiennent plus — mais à dire le vrai il ne m’ont jamais beaucoup appartenu.

Je peux l’apprécier pour ce qu’il est, un texte où je trouve de plus en plus de défauts, un chant épique brisé, un réservoir poétique, une ode à mon pays natal, etc. ; mais revenir à son assourcement me semble bien difficile. Chaque jour, chaque lecture, m’éloigne de lui. Je réalise peu à peu son ampleur, je veux dire ce qu’il porte de ces gens, de ces paysages, de ces mots, et cela me convient.

Je le réalise d’autant plus fort qu’il reçoit maintenant des lecteurs, avec leurs impressions, leurs commentaires6.

Je le réalise d’autant plus fort que, malgré vingt ans d’écriture assidue, depuis le texte numéro un et jusqu’au dernier qui est le texte numéro quatre mille trois cent vingt cinq de mon trente-septième carnet, ce livre est mon “vrai” premier livre, mon premier livre papier, en conséquence de quoi j’accède au statut “réel” d’auteur 7.

Accession un peu faussée si l’on considère que nous avons été plusieurs, et même beaucoup, j’en prends conscience en relisant ces trois textes de présentation non dénués d’égocentrisme, à l’écrire.

Écrire devrait toujours nous démettre du propre de la propriété, comme il le fait de l’auteur, de toute autorité.

Extrait (Chapitre XXVI, pages 85-86)

Une voix au fuselage de coton, c’est elle qui venait, heurtoir mou, pointiller sur la coque de Farigoule Bastard, là où derrière se cache du remuant. Il ne parvenait pas pourtant à saisir cette longe trop mince ou trop courte ou trop cassante paille, évaporée entre ses doigts plutôt, dans le miroir les qualités s’étreignent. Confusément on agite autour de lui des corps, un ballet d’épileptiques. Il ne voit pas, puisque dort, ou plutôt dans la profondeur replète de lui-même s’enfonce, comme dans du tissu, comme dans du drap. Il ne voit pas mais devine – la masse d’air ? les tacts électriques ? ce ne peut qu’être simplement du son – il ne devine pas mais flaire, c’est d’un état précis du monde qu’il s’agit, cela demande un inventaire précis, une méthode et un rapport. Il se passe quelque chose. Les outils hélas ne sont pas adaptés, et tous nécessitent une maintenance qui est à cet instant déficiente. Inopérante. Limier erratique, avance au hasard, croit suivre une piste mais ce n’est que le gras de lui-même quand il sombre. Farigoule Bastard s’est effondré en lui.

La voix persiste, lointaine, humide, un filet de voix, une brume, à peine la moue ou l’inspiration. « Monsieur Fayaaaaaaard. » Et se perd, ricoche de limbe en limbe – soit : ne ricoche pas, glisse. « Monsieur Fayaaaaaaard. » S’entend répondre Farigoule Bastard Mon nom est Bastard mais les a-t-il même prononcés. Ces mots. Ne sont-ils pas restés à l’état de chenille de mot, qui tortille sans grâce, cette petite flamme qui résonne dans la coque, dans le creux de l’oeuf, à peine formulés, ou pas, à peine engagés dans l’énonciation ? Qu’est-ce que c’est un mot ? Un morceau de soi qui se décroche et vient toucher dehors. Mais si le soi n’est pas tenu, si le soi est évacué ? Si l’occupant déserte ? Comment, le trafic des mots ? À quelles inclinaisons se rendent-ils ? « Monsieur Fayaaaaaard ? »

  1. Les bergers sont aujourd’hui eux-mêmes souvent des transhumants, appelés par les éleveurs.
  2. Et plutôt dans le nord ! J’ai découvert depuis que derrière la tombe du GI, il y a le tombeau de la famille Bastard. N’est-ce pas beau ?
  3. On m’a même traité de « Claro ».
  4. J’ai peu d’idées, mais une conception personnelle de la forme littéraire, qui se construit comme un système emboîté, depuis le phonème et le graphème, jusqu’au mot, la phrase, le texte, le livre ou l’œuvre ; chacun de ces niveaux possède son réseau de renvois, d’échos et de tourbillon sémantique, et chacun de ces niveaux peut correspondre avec l’autre ; certains textes ne travaillent que sur un niveau, d’autres les embrassent tous, y compris l’œuvre, impliquant jusqu’à la fiction du nom d’auteur (Blanchot, Pessoa, Tabucchi, Volodine) ; cette conception évacue toute problématique du genre, qui ne me convient pas, ne m’a jamais convenu
  5. Ou qu’on en n’a pas les moyens. Il est vrai que Farigoule Bastard déménage…
  6. Les références à Giono sont évidentes ; celles à André de Richaud, Pierre Guyotat ou Rabelais plus surprenantes, mais évidemment elles me ravissent !
  7. Mais il est vrai que sera passé par là, entretemps, le Général Instin, qui déporte considérablement l’égo littéraire dans ses retranchements textuels

Espace(s) #11

avril 6th, 2015 § 0 comments § permalink

Le revue Espace(s) du CNES accueille l’un de mes textes dans son numéro 11 qui paraîtra le 15 avril. Le copieux sommaire associe Olivier Bleys, Marie Quéau, Éric Pistouley, Claire Rengade, Tomás Saraceno, Bernard Chambaz, Jean-Claude Pinson, Karin Serres, Éric Suchère, Marc Molk, Sylvain Renard, Emmanuelle Pagano, Nicole Caligaris, Jakuta Alikavazovic, Vincent Gelot, Sabine Macher, Christine Montalbetti, Véronique Pittolo, Cécile Coulon, Frédéric Danos, Arno Bertina, Emmanuel Adely, Philippe Malone, Pacôme Thiellement, Carla Demierre, Florent Trochel, Bruno Meyssat, Stéphane Olry, Christophe Kihm, Coline Pierré, Boris Crack, Ian Monk, Sabine Normand, Élodie Boivin, François-Xavier Denis, Yannick Torlini, Philippe Mangano


&

Mon texte, Un nouvel espoir, est une récréation et un hommage à Alexandre Astier et à la série Kaamelott. En ce sens, il ne fait que retenir quelques procédés récurrents dans la série, notamment autour du très riche personnage de Perceval.

Jef Klak #02

avril 2nd, 2015 § 0 comments § permalink


Après La Moitié du Fourbi, une autre revue nouvelle a bien voulu accepter un texte pour son numéro 2. Cette vivacité des revues est excitante. Il s’agit de la revue Jef Klak (critique sociale et expériences littéraires), qui décline également chaque parution autour d’un thème, par rapport à la comptine des Trois p’tits chats. Après Marabout, ce numéro 2 est donc Bout d’ficelle, occasion inespérée pour moi d’amorcer le projet déjà évoqué bien des fois de Bobines.

Jef Klak est bien parti, je crois :


Jef Klak, c’est un collectif, une revue papier tous les six mois (à pagination variable), un disque de création sonore, un site Internet et un journal mural. Nous ne consacrons aucune page à la publicité et ne sommes rattachés à aucun groupe. Nous avons reçu des aides ponctuelles pour l’impression de ce numéro et sommes toutes et tous bénévoles. Jef Klak se prolongera de votre lecture, des sentiments, des discussions et des joutes qu’elle suscitera. Un collectif n’est jamais figé. Ni éternel.


Le sommaire est cousu d’or :


THÈME BOUT D’FICELLE (Coudre & en découdre)

« Je lui dis des secrets et il les garde en lui »
Quatre enfants, dix mille doudous

Propos recueillis par Mathieu Rivat, Émilie Lebarbier, Noémi Aubry, Hélène Pujol, Bruno Thomé et Julia Zortea

Le dernier fil de la parenté
Colliers et bouts de tissus : signes de reconnaissance

des enfants abandonnés à Paris au XIXe siècle
par Guillaume Normand

Chaussettes noires de rage
Les premiers pas émeutiers du rock and roll français

par Mickaël Correia

Armé d’épingles et de glaviots
Richard Hell : quand le punk n’était pas un uniforme

par Émilien Bernard

L’humide colle de veste
Poème
par Lou Nicollet

« Ça, c’est de la mode socialiste ! »
Créateurs d’État et couturières privées, s’habiller à la soviétique. Entretien avec Larissa Zakharova

Propos recueillis par Julia Zortea et Norah Benarrosh-Orsoni

Chronique Biographiques
Nom : Tissé

Édouard Kazimirovich Tissé : cinéaste pseudonyme
par Oswaldo Rider

« Le voile islamique est un fossile vivant
qui se porte comme un charme »
Histoire des régimes de visibilité dans les cultures musulmanes
et chrétiennes. Entretien avec Bruno Nassim Aboudrar

Propos recueillis par Raphaël Kempf

Quelques aventures des cagoules
La vérité sur un mouvement terroriste (un de plus !) qui fait trembler l’État ou comment devenir anarcho-autonome en 4 leçons

Bande dessinée par Jessica Gould

« Je cocotte, mais c’est la classe »
Entretien avec le Bachelor, sapologiste d’élite
et tenancier de la boutique Sape & Co

Propos recueillis par Émilien Bernard

Comment les artistes doivent s’habiller
Précis de mode à l’usage des artistes en herbe

par Roger White
Traduit de l’anglais (US) « I like your work : art and etiquette »
par Maxime Dargaud-Fons

Chronique Perdu/Trouvé

Rapport de l’élément de décor numéro 12
Fashion week janvier 2015

par Antoine Bérard, poète public

Milano, guide rouge
Mode, précarité et biosyndicats

Reportage par Ferdinand Cazalis

Chronique Biographiques
Nom : Couturier

Louis-Augustin Couturier : architecte rétrofuturiste
par Oswaldo Rider

L’art de bien s’habiller
par Jesús Miguel Soto
Nouvelle traduite de l’espagnol (Vénézuela) tirée de
Perdidos en Frog
par Dominique Normand et Julia Zortea

« L’organisation du marché ne me facilitait pas la tâche »
Récit d’un commerce de textile aventureux, du Caire à Bangkok

par Romain André et Youssef El Khayat

Esclaves de la mode
Conditions de travail des ouvrières du textile

par Albert Sales i Campos
Traduit de l’espagnol
par Jef Klak

Les tailleurs de Port-au-Prince
Portfolio : Libéralisme postcolonial et artisanat de couture

par Leah Gordon

King Cotton
Fragments de l’histoire textile du capitalisme au XIXe siècle

par Mathieu Léonard

Sur les ruines du futur
Contre-récit de la révolution des textiles innovants à Roubaix

Reportage par Mickaël Correia

Les trois « R » du Relais textile
Recycler les vêtements, recycler les hommes, rénover le capitalisme

Reportage par Mathieu Rivat

Du fil à la bourre
Nouvelle par Benoît Vincent

« Moi, je suis venue ici, et j’ai vu c’était quoi »
Rencontre avec une classe de CAP couture flou à Saint-Denis

Propos recueillis par Léa Aurenty

Jours bruts à la « S »
Atelier textile avec des artistes handicapés mentaux

Reportage par Marion Dumand

À chaque boxeur sa manière de bander
Essai littéraire par Pierre-Alexis Tchernoïvanoff

« Si tu enlèves la notion du temps, il n’y a plus de musique »
Entretien avec Marco Marini sur le tissu sonore

Propos recueillis par Joëlle Kehrli et Raphaël Mouterde

« Comme la page déchirée d’un journal intime »
L’art du paño en prison

Propos recueillis par Mickaël Correia

Le vêtement comme seconde peau
Brève biographie textile de Frida Kahlo

par Rachel Viné-Krupa

Mujercitos
Portfolio : Travestis glamour dans la presse mexicaine

par Susana Vargas Cervantès

La fabrique de l’aérobic
Chimie, lycra et VHS

par Rafael Luna
Traduction du fanzine barcelonais Clift
par Julia Zortea

New wave cool tendance ultra droite
Quand Alain Soral faisait dans la dentelle

par Jean-Baptiste Bernard

Le mâle vulnérable
Culture cuir et culture bear : déconstruire la « nature masculine »

par Javier Sàez
Traduit du catalan
par Angelina Sevestre

Le Remonte- couilles toulousain
Slips chauffants et contraception masculine

par Xavier Bonnefond et Paulin Dardel

Chronique Contre la science-fiction
Fashion, sex and sci-fi
Nichons de l’espace et slips du futur

par Patrick Imbert

Chronique Comics Politics
Super-slips vs Bat-masques
Vérité et Justice VS Terreur et Sécurité

par Bruno Thomé

Chronique Pas perdus
Faire son sac
Tentative de recommandation algorithmique
aux marcheurs sur le départ

par Nicolas Marquet

La saga des ficelles
De quelques cordes qui unirent l’Europe et l’Amérique nordiques

par Jacob Durieux

HORS THÈME

L’armure des journées de travail
Nouvelle par Antoine Mouton

Anatopées
Portfolio

Portfolio d’Arnaud Lesage

Chronique L’usure des mots
L’extensible démesure des choses
par Zig Blanquer

Chronique Bandes déclinées
Topor & Gébé, Torpeur & Bédé
Traits mêlés à l’encre de Chine

par Marion Dumand

Chronique Musique des entremondes
Éloge du quatre-pistes
King Tubby et Lee « Scratch » Perry, le gros son du ghetto

par Bruno Le Dantec

Je dois te dire une chose importante,
très importante, très très importante

par Sergio Bianchi
Nouvelle traduite de l’italien par Serge Quadruppani

Chronique Ciné-persistances
« Je m’en vais lire en refilmant »
Conversation avec Martine Rousset, cinéaste « cabane »

Propos recueillis par Nicolas Rey

Avant-propos sur les sociétés de ciblage
Une brève histoire des corps schématiques

par Grégoire Chamayou

Chronique ANGLES MORTS
Super pouvoir noir
Les comics à l’épreuve du Black Power

par Casey Alt
Traduit de l’américain par le collectif Angles morts

Lichens, chewing-gums
et la petite tâche du langage là-dedans

Essai littéraire par Adrien Bardi-Bienenstock et Prune Bécheau

Chronique Sur la crête
Trois jeunes garçons dans le vent contraire
Du punk à l’édition critique

par Paulin Dardel

Chronique Master de création littéraire
En Empathie
par Sylvain Pattieu
Alma-Lina-Laura
par Laura Sellies
Le jour où j’ai décapité la Sainte Vierge
par Pauline Guillerm

Chronique Dernière saison
Peine de mort, J+1
Notes sur la série TV Rectify
par Sébastien Navarro

Autoportrait en cagoule
Georges Courtois, malfaiteur professionnel,
preneur d’otage de la cour d’assises de Nantes

Propos recueillis par Clémence Durand et Ferdinand Cazalis

Chronique Stade critique
D’équilibre et d’ovale
Ruffec 15 – La Rochefoucauld 10

par Alexis Berg

IMAGES Bout d’ficelle

Couverture
Par le collectif Jef Klak

Intérieur
Lou Nicollet

Couvre-feu
François de Jonge / Super Structure

Varese, 1977
Baptiste Alchourroun

Chemins
Photogrammes du film par Martine Rousset

Tom Reck
Mireille Mireille

Argobert
Bruno Thomé & Anna Guiborat-Pujol

Tissus d’abandon
Aurelien Gillier

«Sheet». Thread and clothes
Maria Lai

Deux blousons
Aurélie William Levaux et Moolinex

Richard Hell
Lizzy Mercier Descloux

La Veste
Lou Nicollet

Devantures communistes
David Hlynsky

Moscou 1967
Bruno Barbey / Magnum

Istanbul
Emy Nassy

Sans-titre
Valfret

Isä father
Hanneriina Moisseinen

Personnages
Thibald Lifolff

Milano 1
Alexis Berg

Milano 2
Ferdinand Cazalis

Ville tissu
Camille Benarab-Lopez

Filature de Barentin
Barbara Pellerin

Tanneurs de Sidi Moussa
Bruno Barbey / Magnum

Outburst Gaza
Doriane Souilhol

Ouvrières textiles au Cambodge
Martin Barzilai / Sub.coop

Roubaix
Florent Grouazel

tartan / 1.wav et unravelled dots
Claire Williams

CAP Couture Flou Saint-Denis
Léa Aurenty

Louis
Photos par Nicolas Bomal / La S Grand atelier

Cahiers de broderie
Lucie Picandet

Marco Marini, Agrigento
Photo par Jean-Marie Châtelier

Paños
Collection privée Reno Leplat-Torti

Frida
Maud Guely

Dépôt de tête
Julie Jardel

Hommage à Freud
Michel Journiac

Le Pisse-debout jetable
Papier Gâchette

Anjelica, Louredo
La balançoire, Urdax
Gabrielle Duplantier

Robe de Bonneval
Anonyme / Photographie : Philip Bernard

Batman et Superman
Frédéric Logez

Histoire de la pacification sociale
Guillaume Trouillard

La saga des ficelles
Yacine Gouaref & Yann Bagot

Maquinas
Ana Tamayo

Sample de comics
Samplerman

Voyage à Tokyo
Manu Jougla

Laure
Gabrielle Duplantier

Le scooter de Popey
Géraldine Stringer

&

Des nœuds dans les doigts, mon texte, est dans mon travail un texte liminaire, là encore, qui pose les bases d’une enquête intime et sociale autour de la figure paternelle, laborieux ouvrier dans une usine de textile dans un village de la Drôme.

Tout cela aujourd’hui a disparu : l’usine démantelée, l’entreprise délocalisée, la maison familiale rasée, mon père décédé. Il y a quelques semaines, pas même un mois, je rendais les clefs à leurs propriétaires de la maison voisine où habitait encore ma mère. Je fermais la séquence d’une vie.

Puisse ce texte ouvrir une nouvelle séquence, textuelle celle-là !

Farigoule Bastard

mars 8th, 2015 § 0 comments § permalink

Farigoule Bastard reçoit le 30 septembre 2016 le prix Jean Follain de la prose poétique à Saint-Lô

 

Benoît Vincent ¶ Farigoule Bastard

 

Le texte

Farigoule Bastard, Le nouvel Attila, 2015
ISBN 978-2-37100-013-1 – 124 pages – 16€
✓ Texte publié [2, 9, 16 avril 2015]
♨ écriture et publication en ligne, 2011-2013
Prix Jean Follain 2016 de la prose poétique
★ Sélection du Prix Wepler-La Poste 2015
★ Sélection du Prix (du métro) Goncourt 2015

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Lectures

2017

• le 25 mars 2017 à Paris (75), Salon du Livre, Stand de la Région IdF (P68) 14h00 : discussion animée par Philippe Guazzo sur la « nouvelle génération », avec Quentin Leclerc auteur de Saccage (Éditions de L’Ogre), et Emmanuel Villin auteur de Sporting Club (Asphalte), en présence des éditeurs.
• le 26 janvier 2017 à Nanterre (92), Paris-Nanterre, salle de conférence Max Weber, 10h15 : dialogue avec Kebir Ammi, dans le cadre des Enjeux contemporains du roman de la Maison des écrivains et de la littérature, 10e édition ; entretien mené par Jean-Marc Moura.

2016

• le 7 octobre 2016 à Lajoux (39), à 19h30, lecture-rencontre avec Alexandre Chollier, géographe et écrivain, sur le thème « La montagne, matière à penser et à sentir », dans le cadre des Pérégrinations de la Maison Transjurassienne de la Poésie .
• le 30 septembre 2016 à Saint-Lô (50), à 20h00, lecture d’extraits et interprétation de quelques chansons, pour la remise du prix Jean Follain 2016 de prose poétique.
• le 21 mai 2016 à Pessac (31), à 14h30 dans le cadre du festival de littérature de voyage La grande évasion : table-ronde “les écrivains marcheurs”, en compagnie de Colette Mazabrard, Pierre Mora, et Jean-Pierre Brouillaud ; programme ici.
• le 7 mai 2016 à Nyons (26), dans le cadre du festival Lire en Mai, et sur thème imposé, Réécrire l’histoire, à 15h30, avec Benoît Virot ; programme ici.
• le 23 janvier 2016 à Moret-sur-Loing (77), dans le cadre de la résidence artistique numérique du collectif L’aiR Nu (que je remercie des deux mains), Où passent les frontières.


2015

aux alentours du 10 décembre 2015 à Paris, librairie Gibert de Barbès (informations à venir) (évènement reporté sine die)
• le 28 novembre 2015 au Lieu Unique à Nantes, dans le cadre d’une journée Ecologie et poésie, organisée par la Maison de la Poésie, et avec une bien belle brochette d’auteurs :
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• le 3 octobre 2015 à Clansayes (Drôme), au Domaine des Alyssas, à 12h (en complicité avec la librairie des Cinq Continents de Saint-Paul-Trois-Châteaux).
• du 2 au 4 octobre 2015 à l’occasion des Cafés Littéraires de Montélimar : le 3 à l’Annexe à 16h30, entretien avec Yann Nicol ; le 4 dans le Salon d’honneur de l’Hôtel de ville à 14h, table ronde avec Emmanuelle Pagano et Yves Bichet.
• le 12 septembre 2015, à Marsanne (Drôme), librairie LiberTexte, de 10h à 13h et de 15h à 18h.
• le 30 juin 2015, à Dieulefit (Drôme), librairie Sauts et Gambades, à 18h30 : lecture-balade-caillette.

 

Quatrième (officieuse)

Farigoule Bastard, berger dans une commune de Haute-Provence sauvage et dépeuplée, est invité à Paris, lointaine capitale, pour une rétrospective sur son œuvre. A vrai dire, il ne sait pas exactement en quoi consiste son œuvre. C’est ainsi qu’il décide d’entreprendre un voyage à pied vers la gare au cours duquel se succèdent rencontres oniriques et souvenirs pesants, deux femmes, une mule et un couteau.

 

Echos

Presse, radio, blogues…

Arno Bertina, dans la Quinzaine littéraire #1127 (1er mai 2015) : « Le livre n’habille pas le personnage au fur et à mesure ; il le déshabille » […] « la tension qui fera tenir debout le texte est bien celle-là : une lutte entre le sujet du livre, archaïsant, et le déploiement d’une langue qui, emportée par sa propre violence, s’affranchira de tout cadre, et d’abord du sien, de celui qui l’a rendue possible. » […] « Cet élan lyrique est donc immédiatement dénoncé comme un leurre, cette dénonciation restituant le livre à son autre mouvement, qui consiste à dénuder pour rendre visible, à désarticuler pour isoler – ainsi de la liste qui consigne tout ce qu’on trouve dans la gibecière de Farigoule Bastard –, à aller joyeusement vers une forme de suspens et de silence. »

BERTINA 2015_Dans la gibecière de Farigoule


Guénaël Boutouillet, sur Remue.net (avril 2015), nous autorise un making-off, et les auteurs le remercient : 123


Claro, sur son blogue le Clavier cannibale (avril 2015) : « […] tout le travail de [l’auteur] est dans cette fusion: faire de Farigoule une langue avant tout, une syntaxe capable d’entrer en phase avec la matière des roches, la peau des plantes, les ondes de l’air […] En botaniste des affects imperceptibles, l’auteur construit son livre à la façon d’un peintre changeant souvent de technique, passant du cubisme au fauvisme, du collage à l’impressionnisme, permettant ainsi à son personnage d’expérimenter sa dissolution, ses variations, les « inéluctables modalités du visible ». Farigoule cesse alors d’être un nom accolé à un corps pour devenir le corps même du texte, sa machine patraque. »


Librairie L’Atelier (20e) : « [L’auteur] rend hommage aux paysages rocailleux de la Haute-Provence, aux chemins de traverse qu’emprunte son héros, FB. Et c’est autant un roman d’aventure qu’un long chant poétique. »


Brigitte Célerier, sur son blogue Paumée (avril 2015) : « mais Farigoule donc, et Picris, et la vieille aussi sont issus, porteurs, de la vérité splendide et rude de cette terre montagneuse […] Farigoule Bastard dont le récit respecte la complexité… »


Nikola Delescluse dans l’émission Paludes #761 du 15 mai 2015, sur Radio Campus Lille :


Monique Pétillon, dans le Monde des Livres, supplément au Monde #21885 du 29 mai 2015 :
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Emmanuelle Caminade, sur le blogue de La Cause littéraire (juin 2015) : « Il y a d’abord tous ces noms de lieux, de cols et de montagnes, immuablement présents comme des divinités, et ces nombreux termes relevant du registre régional ou spécialisé pour décrire cette nature – minérale, végétale ou animale – dont l’auteur dope son texte, sans compter sa part d’invention verbale, de jeu sur les sonorités et les graphies à la manière de Queneau. Mais c’est surtout la grammaire qu’il renouvelle, jouant sur l’ellipse et les silences, la ponctuation, sur l’irrégularité du rythme. Une langue sobre et calleuse mais chantante, un parler abrupt et condensé non dénué de sensualité évoquant la parole économe et imagée, profonde, de ces Farigoules que certains lecteurs ont peut-être un jour rencontrés. »


Joachim Séné, sur son blogue, Fragments, chutes et conséquences (juin 2015) : « […] cette exigence poétique, qui ne cède devant aucune facilité pour mener une phrase à un terme qui en devient, par ses détours rocailleux, unique, étonnante, haute étincelle ou à-pic. Difficile de placer une phrase de Farigoule Bastard dans un autre livre […] parce que sa langue est la langue de Farigoule Bastard, unique, « étrangère ». Cela nous emporte dans l’histoire, née de la peau de ce personnage et du sol du pays, où poussent le thym et la blache, le cairn et les fissures, sous le soleil et dans la burle, avec « la râpe de la cigale » pour opéra ; le trajet impossible de quelqu’un qui n’est pas pour tout le monde qui il semble être. »


Jacques Josse, sur remue.net (juin 2015) : « La langue employée par [l’auteur] pour donner vie aux différents cycles de “la geste de Farigoule Bastard” épouse la rugosité et l’éclat des paysages évoqués. Il adopte, pour cela, un lexique local âpre et judicieusement revisité qui ancre bien le récit dans ces lieux souvent désertés par l’homme, là où la parole, quand elle advient, sait se montrer tout aussi économe que précise. L’’histoire évolue, par saccades, au fil des pages. Elle change volontiers de narrateur. Déroule ses aléas, ses imprévus. Et multiplie les points de vue en faisant, au bout du conte, entrer Farigoule Bastard dans la légende. »


Hugues Robert, libraire, sur le blogue de Charybde (juin 2015) : « Nul lyrisme ici, ou alors un lyrisme obscurci et sévèrement recalibré : c’est sans doute en ce sens que le texte peut s’affirmer (dans un pitch à rallonge tentant de le caractériser, page 71) comme “antigiono” aussi bien que comme “antichar” , “autoporté” ou “déterritorialisé”. Si l’auteur de Regain ou de Que ma joie demeure semble en effet bien loin, celui de Un roi sans divertissement ou de Les grands chemins est pourtant beaucoup plus proche que ce que [l’auteur] feint joueusement d’avouer. L’incommunicabilité, malgré le langage profus — ou à cause de lui ? —, guette partout, le ressentiment s’immisce et le lien social n’a plus guère d’avenir. Seuls ancrages humains apparents du personnage, la jeune Celle et la Vieille sont aussi témoins et acteurs de l’échec, fatal et toujours déjà écrit, de l’absence de futur qui hante cette épopée silencieuse, taiseuse, qui bavarde abondamment et toujours intérieurement, qui donne à lire le punk des alpages dissimulé dans le cheminement radieux.


Benoît Artige, auteur, sur son blogue (juillet 2015) : « Fiction-paysage aux multiples détours qu’on aimerait n’avoir jamais fini d’explorer. » ; « Il faudra ouvrir la marche, sans crainte, conduit par cette langue en mouvement qui invente, coupe, accroche et qui, sans le vouloir séduit, et il y a bien longtemps qu’elle ne nous sera pas apparue si tendue, aiguisée. »


Le Chant du Monstre, revue, #4 (octobre 2015, à l’occasion d’un portrait haut en couleur de l’auteur et du Nouvel Attila) :

chant_du_monstre_04.com
« Ce roman déjoue toutes les attentes trop rapidement conçues […] Nous sommes donc face à un paysan avançant au pas pesant de sa mule en direction de la capitale. Oui, mais tellement plus et tellement autre. C’est dans une langue qu’immédiatement nous nous faisons prendre et embarquer au cœur d’un voyage qui traverse les paysages comme les regrets. L’écriture […] a la beauté sauvage, irrégulière et rugueuse des contrées que son personnage parcourt, irrespectueuse des normes et usages de la syntaxe pour le plus grand triomphe de la poésie. Cette très grande liberté prise à l’égard des cadres habituels du langage l’est également vis-à-vis de la structure romanesque elle-même, heurtée par de brusques changements de focale […] Ce roman est une très grande expérience littéraire. »


• Et Benoît Virot, l’éditeur, d’ajouter, dans le même numéro : « Sa prose poétique est l’une des plus puissantes du catalogue de la maison. Nous avons signé un contrat pour dix livres. »


• Et Louise de Crisnay, d’en rendre compte dans Libération Next du 13 novembre 2015, justement à propos du Chant du Monstre, qui présenta divers extraits « […] parmi lesquels la prose chahutée de BV et son Farigoule Bastard est probablement l’une des plus belles découvertes de ces derniers mois.


Emmanuel Delaplanche, dans l’émission Ozone Libre sur la radio Principe Actif (novembre 2015) :


Caroline (X ?), sur le blogue Un dernier livre avant la fin du monde (novembre 2015) : « [L]es tribulations internes forment un récit d’un nouveau genre, tout à fait prenant et envoûtant, où tout s’entrechoque et roule, où le patois forme une mélodie piquante aux effluves ensoleillées pour nous raconter le quotidien de gens hors du temps […] [A]utant de facettes qui font de ce livre une petite pépite. Beaucoup de passages méritent d’être retranscrits, tous même. […] [C]e petit roman tout mince renferme au cœur de ses quelques 120 pages tout un pan de pays qui tombe dans l’oubli, avec ses habitants chérissant leurs traditions […] Un des plus beaux livres que j’ai eu l’occasion de tenir entre mes mains. C’est tout simplement ça.


Guénaël Boutouillet, sur son blogue Matériau composite (décembre 2015) :
Farigoule Bastard, dont :
« [L]a lecture [de FB] me fut […] une des plus étonnées et réjouies de cette année […] la poétique est, littéralement, inouïe (car si, même fort tenté, je n’affirmerai pas le-censément-de-moi-connu Benoit Vincent poète, par crainte d’une humeur réactive ; de la poétique à l’œuvre dans ce texte j’oserai dire qu’elle déjoue tout ce qu’on pourrait attendre, prédire, imaginer […]), inouïe donc cette prose titubante et décidée […] Farigoule Bastard, long poème autant que promenade entêtée, fantaisie pastorale dissipant son et ses personnages dans leur sinueux mouvement, épaissit son mystère en l’énonçant, sans cesser de plaire, d’étrangement (d’estrangement) plaire à qui le lit qui l’écoute. »


Ailleurs

• « […] le texte le plus important en littérature française depuis des années ! […] »
Une libraire extatique


• « Attention stop attention : je l’ai terminé ce matin, et c’est extra ! Il a peut-être des défauts mais ils ne pèsent pas lourd en regard de ce qu’il réussit (le livre, [l’auteur]) »
Arno Bertina, auteur, sur Facebook


• « Farigoule Bastard de BV se dévore face au soleil, entouré de mains caleuses et de langue beauté. / Giono suréaliste. Richaud lumineux. / Voyage en langue et flore. / Emerveillement ! » « Il y a […] un fort écho [de Giono] mais totalement rematérialisé par une langue qui invente et répond à la nature. Je la trouve belle la filiation. Il y a une telle modernité ds l’écriture de BV. »
Charlotte Desmousseaux, libraire, sur Facebook


• « […] complètement ébloui. Hourra, c’est une merveille. L’adieu au père, la lettre de la Vieille, la mer pétrifiée de la crau, la mule qui boit pour oublier la mort, je continue mais déjà sourire immense. Vive nos deux Benoît ! »
Sylvain Prudhomme, auteur, dans le train


• « On y déambule, on y trébuche, on s’y tamponne sans jamais s’en tamponner, embarqués et déroulés comme les bergers des Saisons de Pelechian débaroulent des montagnes avec leurs moutons dans les bras. C’est moderne, frais, bio et local. C’est un bon livre, quoi ! » / « Il y a vraiment plein, plein de bonnes choses. (FB au jardin des plantes, les italiques et tant d’autres et tant d’autres)… »
Julien d’Abrigeon, poète, sur Facebook


• « aucune facilité, ça va chercher la langue où elle n’est pas, et dit forcément des choses qui n’auraient pu être découvertes autrement, cette singularité nécessaire, rare, est ce qu’il nous faut, ce qui fait qu’un livre peut être unique. C’est le cas. »
Joachim Séné, auteur, sur Facebook


• « La lecture est souvent un acte solitaire et silencieux et là, pourtant, on se prend à rêver d’être un lecteur debout, marchant, disant, hurlant ce texte (ce « roman ») pour en sublimer la densité et la puissance. J’ai tenté l’expérience (non, pas de vidéo) et je vous assure que ça carillonne. »
Caroline Gérard, éditrice, sur Facebook


• « En tout cas c’est réussi, et assez singulier de mêler ainsi une ruralité non feinte, physique et directe (moi qui suis de ces régions ou à peu près je le vois bien), et cette langue-là. »
Christian Garcin, auteur, communication personnelle


• « [L’auteur] arriv[e] à un magnifique équilibre entre poésie (à la fois ludique et profonde) et récit : cet équilibre est le graal pour moi… Quelque chose de très rare. Ça me plaît terriblement. »
Hélène Frédérick, auteur, communication personnelle


• « Parce que. Voilà. Les mots sont beaux et forts en bouche. L’objet-livre beau comme certains paysages.
Ne cherche plus la plume, c’est un couteau. »
Agathe Elieva, poète et musicienne, sur Facebook


• « […] Son style tendu, riche, avec de nombreuses trouvailles de langue, la poésie des ruptures, et bien sûr l’insertion de listes magnifiques. Tout cela m’a vraiment fort réjoui »
Antoine Volodine, auteur, communication personnelle


• « J’ai lu [le] livre, et cela m’épate toujours autant la manière dont [il] manie le langage. Un forgeron, oui. [Son] personnage est incroyablement subtil. [Il] m’a remué les sangs et tiré les larmes, comme souvent quand je [le] lis. »
Laurence Morizet, dessinatrice et céramiste, communication personnelle


• « J’aime beaucoup ce personnage qui tient à très peu et dont [l’auteur] fai[t] le portrait intérieur et le portrait en creux. J’aime cette idée d’épopée mais en pointillés, en petits pleins et en grands vides au fond, cette idée de départ, de trajet, de perte. J’aime particulièrement le passage de la mule disparue et l’enchaînement sur ces magnifiques pages sur l’absence, j’ai pensé à Don Quichotte, à cette façon de marier le noble et le trivial. »
Nicole Caligaris, auteur, communication personnelle


• « Farigoule Bastard, y monte à Chamouse et une fois sur la crête, y gueule en direction de Manosque, “Giono enculé !„ »
Luc Garraud, botaniste, communication personnelle


• « Quelle lecture du chemin rocailleux, tortueux au long duquel Bastard piétine les farigoules, en exprime les arômes éoliens… Que d’éclatements sournois aux détours. Farigoule est dalien : on dirait une femme à tiroirs en berger improbable. Un récit au naturel-actuel, les liaisons sont libres. Un texte transporteur de sens, polyinsaturé. »
Jean-Pierre Reduron, botaniste, communication personnelle


• « Un chef d’œuvre de maquisard. »
Nicolas Tainturier, auteur et traducteur, communication personnelle


• « Farigoule Bastard est un livre comme je les aime. Avec du concret, mais pas réaliste. Qui donne de la présence à des modes de vie qui semblent d’une autre époque, mais ne se prive pas d’écrire dans une palette bien de ce siècle et bousculer un peu au passage le lecteur (j’aime beaucoup la façon dont le vocabulaire, la phrase, avec aisance se décalent de l’usage courant). J’ai pensé à un auteur qui compte pour moi, André de Richaud […] »
Genevière Peigné, auteur, communication personnelle


• « Quelle écriture fascinante ! »
Patrick Chatelier, auteur, communication personnelle


• C’est très singulier et sacrément inventif, dans la composition, dans la langue, les variations et les ruptures dans le rythme, la richesse sémantique, ce que [l’auteur] fai[t] du paysage et comment [il] le décri[t], ce qu »[il] donn[e] et refus[e] à la narration, etc. Tout cela sans que ce ne soit à aucun moment gratuit, motivé par quelque désir de prouesse ; tout est justifié, bien que surgissant d’un geste libre. »
Oliver Rohe, auteur, communication personnelle


• « [C]ela fait longtemps que je n’avais pas lu meilleur premier chapitre, ce qui est chez moi déterminant pour la poursuite de la lecture.
Au fil du livre, cela ne s’est pas démenti, quelle langue […], [l’auteur] s’appropri[e] les mots, la syntaxe, les images, et cela fonctionne complètement, on se laisse bercer/heurter par les phrases, on est sur le dos de la mule ou le nez dans la garrigue, dans la grande solitude des grands espaces et de nos vies. »
Frédérique Breuil, éditrice, communication personnelle


• « [L]’invention formelle n’est pas de l’esbroufe ni un jeu autarcique, mais la volonté de trouver d’autres outils permettant de rendre compte d’autres réalités, comme mettre au point une nouvelle clef pour ouvrir une nouvelle porte – et tout ça sans aucune morgue, avec humour. »
Pierre Senges [par ailleurs lauréat du prix Wepler qui valut à Farigoule Bastard, en sus d’un aller-retour toujours remuant à la capitale par le train rapide de 5h41, une amende de cinquante euros tout ronds dans le bus numéro quatre-vingt de la régie autonome tu parles des transports parisiens et alentours pour absence de titre de transport pour un animal accompagnant « et de surcroît encombrant », somme qui sera immédiatement portée en débit du compte de M. Senges aux éditions Verticard ou Gallimales, je ne saisis pas bien], auteur, communication personnelle


• « C’est le plus beau livre que j’ai lu cette année depuis… Fraudeur d’Eugène Savitzkaya et l’une de mes belles rencontres littéraires de l’année »
Yann Dissez, vie littéraire au Ciclic, commentaire Facebook.


• « Parfois, dans certaines traductions, je me sens un peu prisonnière d’une certaine grammaire, de constructions de phrases toujours identiques tout en ne sachant pas toujours où trouver la lézarde qui pourra décloisonner l’ensemble, le faire respirer tout en restant fidèle à l’original. Lire des livres comme [FB], c’est un appel d’air, ça te remet à l’esprit que la souplesse est possible, que le sens et la musicalité peuvent prendre de nombreux chemins. »
Céline Leroy, traductrice, communication personnelle


• « Et je prends parti de vous en féliciter… On sent bien que l’intrigue romanesque (car il est intitulé malgré tout : roman), n »est pas le sujet primordial. L’enjeu est le travail sur la langue et, en ce sens, l’exercice de style est […] brillant ! […] Des bribes de silence et de dire, la gestuelle d’une vie brève et reconstituée. Le texte prend toute son ampleur, lorsqu’il est dit, conté. Il traverse l’esprit, les sens, tel un météore et « Farigoule Bastard » est sans doute plus l’allusion à une œuvre, écriture (solution hybride) soluble dans une approche nouvelle de la littérature de la nature, en soi une sorte d’épopée. »
André Bucher, écrivain, communication personnelle


Dans les textes et blogues

Farigoule Bastard est cité dans le journal de Guillaume Vissac, publié sur Fuir est une pulsion : en date du 5 mai 2015, et il y est question le 7 mai, le 16 mai, le 27 mai 2015.


On dirait du (on l’a dit)…

• Guyotat (celui-ci, qui osa la comparaison — et moi-même d’ailleurs — était un peu bourré)
• de Richaud, deux fois (très honoré)
• Giono, trois ou quatre fois
• Niffoi (moi-même)
• Pelechian (dixit un auteur qui ne jure que par le cinéma)
• Pons (plus que plus qu’honoré — il y a des gradations… ; une lectrice qui a tout compris)
• Queneau (c’est beau, c’est trop)
• Rabelais (le même qu’en ouverture, encore un peu bourré)
• Rimbaud (cet autre passait à l’apéro)
• Savitzkaya (plus qu’honoré)

 

Dossier

1. Paratextes

Farigoule Bastard a paru sous la forme d’un feuilleton initialement publié sur Le Convoi des Glossolales aux bons soins d’Anthony Poiraudeau du 1er juillet 2011 au 3 mars 2012, chaque vendredi ; ils forment la base, largement remaniée, du livre.
— les chapitres ayant pour titre une lettre capitale ont été publiés, légèrement différents, dans les revues BoXoN (numéro 27) aux bons soins de Julien d’Abrigeon, et Le Zaporogue (numéro 12) aux bons soins de Sébastien Doubinsky ;
— Les textes poétiques qui débordent chaque cycle ont été publiés sur le site de Mathieu Brosseau, Plexus-S ;
— repris dans une première forme sur ce site, l’index ci-dessous avait été créé (avec la structure originale du récit ; les liens sont désactivés) :

cliquez ici


2. Images

— Cette image illustrait une première version du texte.


— Les images ci-dessous ont été sélectionnées pour diverses illustrations. C’est finalement la photo du Pied du Mulet (en bas à gauche) (et non de Chamouse !) qui a été retenue comme revers de la jaquette.



— L’image qui suit fut prise par les auteurs lors d’une balade à Barry, village troglodytique, sur la commune de Bollène :
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3. Performances

— Des extraits du texte ont été lus en 2012, lors de la Fête du Soltice (d’été) organisée par Luisella Carretta, dans le cloître (triangulaire) de l’église Sant’Agostino de Gênes.
— Une page Facebook et une page Twitter ont été créées, portant le nom du livre-héros.
Avis aux libraires On propose lecture itinérante (dehors, en face du patrimoine qu’on a présent) pour toutes les librairies situées sous le 45e parallèle ; et pour les mêmes et toutes les autres, une dégustation de caillette, picodon et côte du Rhône village est assurée après la lecture.

La Moitié du Fourbi #01

mars 2nd, 2015 § 0 comments § permalink


Il est toujours émouvant et encourageant de voir la naissance d’une nouvelle revue. Je suis très heureux et honoré de participer à l’aventure de la Moitié du Fourbi (littérature et appels d’air), une revue exigeante de littérature proposée par Frédéric Fiolof, avec Anthony Poiraudeau, Hélène Gaudy, Zoé Balthus, Romain Verger, et avec Christophe Burine, Hugues Leroy et Simon Kohn.

Organisée autour d’un thème, pour ce numéro liminaire Ecrire petit, le sommaire est riche et puissant (je me permets de l’emprunter à Anthony Poiraudeau, qui a pris le temps de coder les liens des auteurs, et de présenter rapidement le sujet ; j’espère qu’il ne m’en tiendra pas rigueur).

• « 639 », un texte d’Edith Noublanche en hommage à Pierre-Autin Grenier.
• « Nylso, rêveur éveillé », un texte de Clémentine Vongole consacré à l’auteur de bande dessinée Nylso.
• « Le délire de la jungle », un texte d’Anthony Poiraudeau sur les carnets de Werner Herzog.
• « Sur les vertus de la concision dans certains textes que personne ne lit », un texte d’Hugues Leroy sur le goût de la concision dans l’écriture de codes chez les développeurs de sites internet.
• « Sans le petit Thouars », une déambulation de Gilles Ortlieb dans les rues parisiennes dont le nom comprend le mot « petit ».
• « Benjamin, la plume à l’envers », un texte de Zoé Balthus à propos de Walter Benjamin.
• « Mondes pygmées », une cosmogonie illustrée et commentée par Guillaume Duprat.
• « Notes sur le dernier Michaux », un texte de Benoît Vincent sur Henri Michaux.
• « WTC on fire, no joke!!! », un montage de SMS échangés aux États-Unis le 11 septembre 2001 réalisé par Sylvain Prudhomme.
• « Petites topographies walsériennes », un texte d’Anne-François Kavauvea consacré à Robert Walser.
• « Uri Orlev : écrire caché », un dialogue entre Sabine Huynh et Uri Orlev.
• « Conversation avec Thomas Vinau », un entretien avec le poète et romancier Thomas Vinau.
• « L’arbre et la forêt : sur l’affaire Tamán Shud », un texte qu’Hélène Gaudy consacre à la mort inexpliquée et très commentée d’un inconnu retrouvé sur une plage australienne en 1948.
• « Bruno Dumont, fragments d’une montée en grâce », une étude sur le cinéaste Bruno Dumont réalisée par Romain Verger.
• « Lisible, illisible : les carnets de Monsieur M. », un texte de Frédéric Fiolof à propos de la collecte  par « Monsieur M. », sur des carnets, d’innombrables et infimes faits quotidiens.
• « Autour de la Moneda : une expérience chilienne », un texte de Samuel Gallet autour du Chili sous Pinochet.
• « Prière d’abréger », un portfolio photographique de Simon Kohn.
• « Petit, petit, petit… », un texte de Jacques Jouet consacré aux formes poétiques brèves.


&

Pour ma part, sur la demande d’Anthony et Frédéric, j’ai revisité l’œuvre tardive de Michaux, sur laquelle je voulais depuis longtemps me pencher. Je n’avais ainsi emporté — en plein déménagement — qu’un livre, le troisième volume des œuvres en Pléiade (l’un des deux Pléiades que j’ai, offert par Marco, d’ailleurs !) et relu tous les livres sauf ceux sur le drogue (j’ai toujours avec moi Ailleurs et Passages).

La contrainte de place fait que le texte contient beaucoup de citations, ce qui a le mérite de faire entendre Michaux et non un exégète trop balbutiant ou maladroit.

Le dossier Futuna

août 29th, 2013 § 0 comments § permalink

Depuis pratiquement dix ans, un personnage hante mes textes, qui s’appelle Carlos Futuna.

Je ne sais pas d’où il vient, je ne sais pas où il va, mais il est là. Il est présent de différentes manières mais, pour m’en défaire peut-être, ou le pousser dans ses retranchements, voilà qu’il se dote à présent d’un récit relatant ses stupéfiantes aventures.

Pour une fois, je ne publie pas tout de suite les chapitres écrits sur ce site, mais je garde l’ensemble encore jalousement dans mon ordinateur. Je laisse macérer. Je ne sais pas pourquoi, mais sûrement pas par orgueil littéraire. Je ne me rappelle plus très bien, mais ç’avait été la même chose pour Pas rien, et je dois dire que les deux textes partagent au moins cela qu’ils sont des fictions “légères” de l’été.

Dans cette page, je recense les apparitions avérées et possibles de Carlos Futuna (six dernières pour les séries).



DSCN9922


Des fictions propres

Carlos Futuna apparaît dans des récits brefs qui, réunis, peut-être forment un ensemble (on n’en est même pas certain). Ces récits sont intitulés Chroniques, et sont comme différents épisodes d’une même saga — sans qu’on soit certains de l’identité de l’auteur, ou qu’on sache s’il est seul (certains parlent, à part moi, d’un certain Œffner, d’un certain Vort ?).

Lasagnes

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Un journal

Ce journal accompagne parfois les aventures de Futuna ; c’est lui, à la première personne.

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Des citations dans d’autres textes, incidemment

C’est plus difficile à repérer, mais je le trouve par exemple dans ces textes-ci :

à suivre ?


Local héros : discussion

mars 31st, 2013 § 2 comments § permalink

Tu dois aimer les châtiments


J’ai convié quatre amis : Gilles Amiel de Ménard, Guénaël Boutouillet, Anthony Poiraudeau et Joachim Séné, à répondre à une unique question, du mieux qu’ils pouvaient.

En quoi la musique de Dire Straits vous horripile-t-elle ?

Voici leurs réponses. Elles m’ont été absolument nécessaires pour passer outre le refus initial et me permettre d’écrire (comme des bornes, des garde-fous) Local héros ; je les en remercie tous les quatre. C’est bien sûr une discussion au dépoté, sans prétention, vous l’aurez compris.



GA
Donc je pars de ta fin, en effet il semble absolument incontestable que la carrière artistique de Mark Knopfler est un échec flagrant. Tu sembles soupçonner qu’une partie des raisons de cette impasse proviendrait du fait qu’il rêve en couleur en ce sens qu’il se prend pour un Américain alors que c’est un Écossais. Moui, m’enfin bien d’autres ont eu le même fantasme et s’en sont bien mieux tirés que lui, notamment tous les Anglais du Blues Boom, ce qui fait du monde. Non, je pense plutôt que c’est bien une indécrottable naïveté doublée d’un rédhibitoire manque de goût. Son projet artistique est insignifiant : à l’époque du punk, il part sur un projet gentiment reggae pop, qui ne mange pas de pain à défaut d’avoir un intérêt quelconque, et constitue l’essentiel des deux premiers albums de Dire Straits. Il ne retrouvera jamais cette simplicité, cette cohésion et la cohérence de ce son et de cette production. Non pas que ce soient de véritables réussites, mais ce sont des albums simples, soudés, audibles, qui résistent au temps.

Après, c’est une interminable descente aux enfers, inversement proportionnelle à son succès et à sa réputation montante de guitar héros, complètement usurpée, comme bien des soi-disant guitar héros. Les gens dont ils s’inspirent sont d’ailleurs généralement de parfaits anti guitar héros, comme JJ Cale, qui le surpasse largement dans ce style de jeu puisque chez lui la modestie du jeu est bien mieux assumée, donc plus fine et cohérente. Les deux personnes qui s’en sont le plus inspirés (voire l’ont pillé discrètement), Clapton et Knopfler, font du laid-back/up front si je puis me permettre ce néologisme-oxymore, font les malins avec un style dont toute l’intelligence réside dans son minimalisme expressif, et ne peuvent s’empêcher de surproduire un son qui exige une production super fine. Bref ils ne savent pas ce qu’ils font, au sens littéral. L’incohérence, le manque de compréhension de l’évolution de la musique populaire dans laquelle il s’inscrit ira encore en s’accroissant avec la « direction artistique » suivante, quand Mark Knopfler décidera de reprendre la flamme du rock progressif le plus pompier et superflu, et ce après le passage décapant du punk, qui aurait dû calmer définitivement ce genre d’hormones. Je parle du genre commercial rock progressif, car dans la genèse de ce dernier, à l’origine, l’effervescence créatrice bordélique de la fin des années 60 et du début des années 70 où l’on pense encore que tout est possible et que l’ambition musicale n’a d’égale que l’invention formelle et que rien n’est encore formaté, la grande majorité est à écouter voire à méditer puisque bien des pistes n’ont été alors qu’entrouvertes, ce qui fait d’ailleurs aussi leur charme.

Après, comme souvent, c’est la catastrophe. Formatage commercial, outrecuidance et cuistrerie se marient pour le pire avec la démonstration virtuose vaine et vulgaire, des mélanges de classicisme ridicule et naïf avec ce que le jazz a fait de pire et que la recherche sonore a fait de plus superficiel, une forme boursouflée et indigeste, une prétention mêlée d’un mauvais goût insupportable, bref une réussite totale. Et bien c’est ce que fait revivre Dire Straits à l’époque du punk, qui en était en quelque sorte comme l’antidote, l’antipoison. Tu me diras le punk plus Dire Straits et Marillion (les deux pouvant être considérés comme la mithridatisation du rock progressif), aucune chance de rechute. Et de fait, depuis, la malédiction s’est éteinte, le démon est vaincu.

Mais le fond du problème est ailleurs. Car lorsque Mark Knopfler lui-même s’est lassé de son succès indu, il est retourné à des formes beaucoup plus modestes. Il aurait alors pu réaliser une production en adéquation avec son style et ses capacités de jeu. Tout en disant quelque chose. Et c’est là que le bât blesse vraiment. Car soit parce qu’il s’était cramé dans sa tentative vaine de geste progressive, soit parce qu’il était creux à l’intérieur depuis le début (c’est mon avis), mais il s’est avéré qu’il n’avait rien à dire. Rien. Ce qui fait peu. Beaucoup de bruits pour rien donc, comme souvent dans le rock.



GB
Leur nom ressemble trop à un nom de barre chocolatée.



AP
La musique de Dire Straits ne m’horripile pas spécialement. Elle m’ennuie.

Il y a très longtemps que je n’ai pas écouté le moindre titre de Dire Straits.

Alors que j’avais dix ou onze ans, j’avais un peu écouté la cassette dupliquée (appartenant à mon grand frère) d’un best of du groupe, car je déplorais de ne pas avoir alors de goûts musicaux personnels, et je tentais de m’en faire. Ce qui m’avait fait essayer une écoute plus conséquente de Dire Straits, alors, était essentiellement le riff et le son de guitare de Money for nothing, que j’avais trouvés électrisants (cette déclaration me parait aujourd’hui invraisemblable, mais je sais que c’est ce que j’avais ressenti à ce moment) et l’idée que, j’avais entendu mon frère le dire, Mark Knopfler était un guitariste exceptionnel (le fait qu’il joue sans médiator et comme un droitier alors qu’il est gaucher en étant les signes irréfutables). Je n’ai pas essayé bien longtemps, je m’ennuyais trop en écoutant cette cassette. J’aimais bien quelques titres, je ne sais plus bien lesquels (Sultans of swing, peut-être, Money for nothing, Walk of life probablement), mais je trouvais surtout ça très emmerdant.

Lorsque j’ai écouté leurs albums quelques années plus tard (vers mes quinze/seize ans), parce que mon voisin les aimait, j’ai un peu davantage apprécié (j’ai dû garder, de cette époque-là, une affection pour Telegraph Road et Romeo and Juliet, et pour quelques titres du premier album solo de Knopfler, Golden Heart, sorti quelques années plus tard, alors que j’étais encore au lycée), mais j’ai retrouvé, assez intacte, la consistance de mon ennui initial. Je trouvais l’introduction de Private Investigations prometteuse, mais par la suite, la chanson devenait tout ce qu’était Dire Straits pour moi : un truc mou et interminable, qui me semblait plein d’ambition mais était surtout léthargique – la paresse très communicative du chant de Mark Knopfler venant couronner le tout.

Dire Straits représente pour moi, essentiellement, une série de souvenirs d’ennui. Je ne déteste pas l’ennui, mais l’ennui provoqué par Dire Straits me fait quand même trop chier.

Si je suis perméable à des dimensions horripilantes de la musique de Dire Straits, c’est au caractère cheap de leur tentative de faire une musique classieuse (qui se manifeste très bien dans la chanson Your latest trick, je trouve) que je le suis, ainsi qu’au fait que le groupe était, selon moi, essentiellement un groupe de rock pour un public adulte qui n’écoute pas du tout de rock (pour le même public que celui de Phil Collins, disons).

Mais ces dimensions horripilantes sont pour moi assez secondaires, vis-à-vis de l’ennui poisseux que provoque instantanément ce groupe chez moi.


JS
Poseur à calvitie précoce et bandeau serre-tête anti-transpiration de tennisman 70s au nom d’ours suédois déjà dépassé à la sortie du premier album avec un nez rond de buveur de bière bavarois sous des sourcils chagrins de Michel Sardou, Mark Knoplfer incarne ce que la vulgarité et le mauvais goût (Water Of Love, Sultans of Swing) peuvent détruire de potentiel de sensibilité (Six Blade Knife, Down To The Waterline) dès le premier album — et là je m’arrête, pose le clavier et réécoute, pour confirmer mon hypothèse écrite à la va-vite, et il semble que non, en fait rien ne rattrape rien, le temps a passé et tout me semble prétention affectée d’un brushing soap 80s, vanité fière soufflée par une haleine mentholée (je l’imagine avant d’entrer sur scène non pas accordant ses trop nombreuses guitares, mais bouche ouverte devant un spray haleine fraîche, et je sais que cette scène existe, quelqu’un, quelque part, possède cette photo) ; j’aime pourtant toujours la phrase « you take away my mind like you take away the top of a tin », ses « t » allitérés ne m’atterrent pas, son murmure final est bien du domaine de l’absence, mais ça s’arrête là et le refrain est atroce, rauque, plastronneur ; quand certains groupes ne laissent qu’une chanson, Mark Knopfler aura laissé ce diptyque.

Aujourd’hui, serais-je encore capable d’aimer certaines chansons ? Peut-être ça qui « m’horripile » le plus : ce risque. Par exemple je pourrais encore aimer Telegraph Road quand je sais que Private Investigations me fera casser mon ampli d’ennui au rythme des syllabes hyper-détachées de sa lèvre inférieure pendante qu’il essuie de son bracelet-éponge de tennisman ; mais que n’a-t-il troqué sa guitare pour une raquette ! J’écoute Telegraph Road, donc, et me rend compte que la voix est au-dessus des instruments, dans le plus pur style variétoche française, que tout est bien clair et trop léché, trop pour être honnête (bien que je ne sache pas ce que cela voudrait dire), ce n’est donc pas du rock, et les riffs et les solos sont toujours tellement bien clairs et plein de sens, attendus, tellement attendus — mais est-ce parce que je les connais par cœur ou est-ce parce qu’ils le sont réellement, stéréotypés, remasterisés dès la première prise, vides d’éclat ? Car à l’époque j’écoutais sans culture aucune, sans élément de comparaison, je ne connaissais que ça, et aujourd’hui mon jugement, alors que j’ai avec le temps écouté des milliers d’autres chansons, paradoxalement me semble faussé, inopérant. Pour l’éternité j’aimerai les pages fades et sages de Boule et Bill, et les chansons de Dire Straits.

Il reste donc sans aucun doute que Mark Knopfler est un tennisman raté (mais je suis Français, Anglais j’aurais dit cricket, quand il s’agit en vérité plus probablement de base-ball). Recalé, battu, déclassé, blessé peut-être, il a choisi la carrière de guitar-hero par dépit, échangé de force un manche pour un autre, chassé du monde de gloire qui l’attendait au royaume du sport, celui du corps et du muscle, de la sueur en excès et des vrais bandeaux et bracelets éponges, d’où l’importance de la dépense physique en concert, lors de ses solos de western, car il est aussi cow-boy de la scène, gâchette du diapason toujours entre le pouce et l’index, remake de western spaghetti au regard de cliché froid et impassible, à la peau suintante et poussiéreuse, tout est déjà su d’avance, ce personnage jusqu’aux bottes, Jean-Jacques Goldman international ; oui, cela m’horripile d’avoir aimé cette somme de country standardisée, folk calibrée FM, blues rendu compatible tout pays, aimé au point d’avoir dansé dessus en révisant le bac de maths-physique, au point d’avoir médité dessus, allongé sur mon lit la tête sous les étoiles du velux, au lieu de réviser le bac de philo.

иoises

décembre 29th, 2012 § 0 comments § permalink

dr_strange_ditko


Avec la mise en ligne du dernier morceau sans doute de l’ensemble, Le Maître et Marguerite, réécriture de la Belle et la Bête réalisée dans l’automne en improvisation avec ma fille Lou Vincent, je m’autorise la publication de l’ensemble sur la plate-forme (ma foi très pratique) Bandcamp.

Cet ensemble, intitulé иoises (et plusieurs applications ne veulent pas de l’initiale) est relativement hétérogène, et pourtant c’est toujours la même patte qui est ici malaxée, le même matériau travaillé, une espèce de condensé morcelé de sons. Un idiome brisé. Littéralement une forme talée de la musique, née des circonstances (et le plus souvent de l’improvisation) ainsi que de moyens très réduits (jamais ou presque de micro, jamais ou presque de jeu de corde complet, etc.)

C’est comme si le son parvenait au travers d’une membrane, et cette membrane est confuse, abîmée ; c’est comme s’il s’agissait d’une langue dont une partie du vocabulaire est plus défectueux que défectif. C’est comme un visage de lune, qui serait un souvenir de visage, un éclairage de visage, mais où manquerait ce qui constitue le visage.

Pour le moment présent, je ne me suis pas occupé de l’habillage (justement) et j’ai proposé cette image de Steve Ditko pour le comics Docteur Strange, personnage bien connu de tous, parce que Steve Ditko possède (à l’instar de John Byrne, mais d’une autre manière, d’une manière plus sombre, ou plus inquiète) un imaginaire très exotique, très exocentrique, si on peut dire. Qui colle bien à ce projet — qui n’en est pas réellement un.

Il faut du temps, je tenais à le souligner, il faut du temps pour réaliser ces morceaux. Depuis que je prétends composer des musiques ou des chansons (une dizaine d’année), j’ai atteint une espèce de rythme qui me semble de croisière : une à deux chansons par an, c’est bien suffisant…

Ainsi les enregistrements s’étalent ici de 2006 à 2012, et ça me semble être assez cohérent. Un titre est plus ancien, daté de 2002, mais probablement plus ancien encore, je ne sais plus. Je tenais à l’y laisser, car il ne pouvait coller à Bis Repetita (duo dans lequel sont rassemblées les chansons de facture plus classique et audible). Les autres sont un peu comme le devenir d’une saison, ou le concentré d’un moment. Ils s’articulent rarement autour d’un noyau musical (tonique ou thématique), ou d’un sample, ou même d’une idée particulière. Ils viennent comme cela, et il y a toujours sous la main un ressort technique pour les surprendre. Ce sont comme de petits pièges pour un moment, une intensité, une étendue (un paysage) sonore approximative.

Ces traces sont bien sûr à considérer comme des « démos », mais leur naïveté, leurs cabossages, leurs malformations, leur sont pourtant inhérentes et j’ai beaucoup de mal (un peu comme les textes) à reprendre ce qui est à un moment donné figé dans un état, qui est un état figé du moment, état qui par conséquent devient définitif.

On pardonnera donc les éclats, les voix approximatives, les rythmes brisés, les égratignures ; c’est à peu près aussi tout ce qu’il est possible de tirer de cette carcasse.

   

Quel état j'erre ?

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